06 – Manger, boire avant la prière

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À partir de l’aube, il est interdit de manger ou de boire avant de prier. Nos sages (Berakhot 10b) illustrent leur propos par le verset : « Vous ne mangerez pas en présence du sang » (Lv 19, 26), qu’ils traduisent, dans une lecture midrachique : « Ne mangez pas avant d’avoir prié pour votre sang[8] ». Les sages disent encore : « Quiconque mange et boit avant de prier, le verset (Rois I 14, 9) dit à son sujet : “Et Moi, tu M’as rejeté loin de toi” (littéralement derrière ton dos, le mot gavékha, ton dos, faisant allusion à guéékha, ton orgueil). Le Saint béni soit-Il dit : “Après qu’il s’est enorgueilli (en satisfaisant ses désirs), celui-ci prendrait le joug de la royauté des Cieux !” » (Berakhot 10b)[c].

En revanche, il est permis de boire de l’eau avant la prière, car le fait d’en boire n’est aucunement un signe d’orgueil. De même, il est permis d’ingérer des aliments dans un but thérapeutique ; en effet, puisqu’ils sont destinés à un tel usage, leur consommation n’est pas signe d’orgueil (Choul’han ‘Aroukh 89, 4). Par exemple, il est permis à celui qui souffre de constipation de manger des prunes avant la prière, puisque leur consommation répond à un but thérapeutique (cf. Michna Beroura 89, 24).

Si l’on est très affamé, au point de ne pouvoir se concentrer durant la prière, on est autorisé à manger avant l’office, car la règle applicable est ici semblable à celle d’un malade contraint de manger, pour lequel manger n’est pas signe d’orgueil (Choul’han ‘Aroukh 89, 4 ; cf. Michna Beroura 26).

Un homme faible, qui est capable de prier seul avant de prendre son petit-déjeuner, mais qui ne peut attendre, pour prendre ce repas, la fin de la prière communautaire, fera mieux de prier seul et de prendre son repas après la prière. A priori, il est bon qu’il se rende, après avoir terminé son repas, à la synagogue afin d’entendre le Qaddich et la Qédoucha (Béour Halakha 89, 3 ; voir ci-après, paragraphe 7).

Un mineur (qatan), qui n’est pas encore parvenu à l’âge de la bar-mitsva, est autorisé à manger avant la prière. Certes, nous devons éduquer les enfants en leur apprenant à s’abstenir des aliments interdits, mais cela n’est vrai que lorsque l’aliment est interdit intrinsèquement, parce qu’il n’est pas cachère. En revanche, quand les sages instituent une haie protectrice autour des mitsvot en interdisant de manger avant la prière ou avant le Qidouch, les enfants ne sont pas tenus d’observer cette disposition rabbinique, puisque l’interdit ne porte pas sur ces aliments en eux-mêmes (Michna Beroura 106, 5 ; Yabia’ Omer IV 12, 15 ; toutefois, le Kaf Ha’haïm 106, 11 est rigoureux).


[8]. Selon la majorité des Richonim, l’interdit de manger avant la prière est d’ordre rabbinique, et les sages illustrent cette disposition par le verset cité. C’est ce qu’écrivent les élèves de Rabbénou Yona, le Ritva et le Méïri, c’est dans le même sens que statue le Beit Yossef 89, 3, et c’est sur la base de ses paroles que les décisionnaires sont indulgents pour toute consommation qui ne révèle aucun sentiment d’orgueil. L’opinion du Raavia, du Roch et de nombreux autres auteurs va également dans ce sens. En revanche, selon Rabbi Aharon Halévi et Na’hmanide dans son commentaire sur le verset, l’interdit est d’ordre toranique. Cf. Bérour Halakha sur Berakhot 10b et Chéérit Yossef II p. 282.
[c]. Le fait de manger ou de boire certaines boissons avant la prière est associé à la notion d’orgueil, car cela revient à donner à la satisfaction de ses propres désirs la priorité sur le service de Dieu. Se concevoir comme serviteur avant de rechercher la satisfaction de ses désirs est au contraire un signe d’humilité.
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