10. ‘Anénou

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Nos sages ont ajouté une bénédiction particulière au jeûne : ‘Anénou (« Réponds-nous »). Elle s’insère dans la répétition de la ‘Amida, à Cha’harit et à Min’ha, entre les bénédictions Goel Israël (« Béni sois-Tu… qui délivres Israël ») et Refaénou (« Guéris-nous… »). On récite cette bénédiction, à la condition qu’il se trouve au moins six fidèles qui aient jeûné ; l’officiant lui-même doit faire partie des jeûneurs (Choul’han ‘Aroukh 566, 5)[13].

En revanche, dans la prière dite par chaque fidèle à voix basse, on ne récite pas ‘Anénou comme bénédiction autonome : on inclut ce texte au sein de la bénédiction Choméa’ téphila (« Béni sois-Tu… qui écoutes la prière ») (Ta’anit 13b). Quant au fait de savoir à quels offices on récite ‘Anénou, les coutumes divergent. Selon certains, il y a lieu de dire ‘Anénou à chacun des trois offices du jour de jeûne ; et bien que, le soir qui précède le jeûne, on ne jeûne pas encore, on récite ‘Anénou, puisque ce jour est appelé jour de jeûne (tsom). Tel est l’usage des Yéménites et d’une partie des communautés séfarades. Pour une autre partie des communautés séfarades, on ne récite ‘Anénou que pendant le temps du jeûne proprement dit. Par conséquent, durant les jeûnes courts, on ne dit ‘Anénou qu’à l’office du matin, Cha’harit, et à celui de l’après-midi, Min’ha ; le 9 av, on récite également ‘Anénou à l’office du soir, ‘Arvit (d’après Rabbi Zera’hia Halévi et le Kaf Ha’haïm 565, 17). Suivant la coutume ashkénaze, on récite ‘Anénou à Min’ha seulement, car on craint que certains, qui auraient récité ‘Anénou à l’office du matin, ne se sentent faibles et n’en viennent à rompre le jeûne, de sorte qu’elles auraient prononcé de vaines paroles le matin, en disant « au jour de notre jeûne ». Par conséquent, on a coutume de ne réciter ‘Anénou qu’à Min’ha car, si l’on a jeûné jusqu’alors, on peut supposer que l’on terminera le jeûne (d’après les Guéonim et Rachi ; Rama 565, 3). Chacun perpétuera la tradition de ses pères.

Dans le cas où l’on a mangé ou bu, un jour de jeûne : si l’on a mangé une quantité de nourriture inférieure à la mesure d’un kazaït[b], ou que l’on ait bu une quantité de liquide inférieure à la mesure de melo lougmav[c], on n’est pas considéré, a posteriori, comme ayant rompu le jeûne ; on récitera donc ‘Anénou. Mais si l’on a mangé ou bu davantage, on aura rompu le jeûne, et l’on ne pourra donc plus réciter ‘Anénou. (Quoi qu’il en soit, on devra poursuivre le jeûne ; cf. ci-dessus, § 6)[14].


[13]. Selon le Choul’han ‘Aroukh 566, 3, ce n’est que lorsqu’il y a dix jeûneurs que l’officiant récite ‘Anénou. Mais de nombreux A’haronim écrivent que cette disposition ne vise que les cas de jeûnes fixés par la communauté ; en revanche, pour ce qui concerne les quatre jeûnes institués par les prophètes, il suffit qu’il y ait six jeûneurs pour réciter ‘Anénou. Cf. Michna Beroura 566, 14, Torat Hamo’adim 3, 12, Pisqé Techouvot 566, 4. Quand il n’y a pas six jeûneurs, l’officiant intégrera ‘Anénou à la bénédiction Choméa’ téphila (« Béni sois-Tu… qui écoutes la prière »), comme le fait le particulier.

Si l’officiant a oublié de réciter la bénédiction ‘Anénou, et s’il n’a pas encore prononcé le nom divin à la fin de la bénédiction Refaénou, il reviendra en arrière et récitera ‘Anénou. S’il a déjà prononcé le nom divin, il récitera ‘Anénou au sein de la bénédiction Choméa’ téphila, comme le fait le particulier. S’il oublie également de réciter ce texte dans Chomé’a téphila, il le dira, mais sans formule finale de bénédiction (Baroukh Ata… ha’oné lé’amo Israël be’et tsara), entre la formule finale de la bénédiction de la paix (« hamevarekh et ‘amo Israël bachalom, amen ») et le verset qui la suit (Yihyou lératson imré fi…) (Michna Beroura 119, 19). Un particulier, qui aurait oublié de réciter ‘Anénou dans la bénédiction Choméa’ téphila récitera ce texte au sein des supplications (Ta’hanounim) qui suivent la ‘Amida. Cf. Pisqé Techouvot 565, 2.

[b]. Volume équivalent à la moitié d’un œuf.

[c]. Majorité du liquide que peut contenir la bouche.

[14]. Il y a certes, en cela, différentes opinions. Selon le Michna Beroura 568, 3, se fondant sur le Nehar Chalom, on dira, en ce cas, ‘Anénou. Pourtant, le même auteur, dans le Béour Halakha 565, 1, écrit, en se fondant cette fois sur le Maamar Mordekhaï, que celui qui a mangé durant un jour de jeûne devra s’abstenir tout à fait de réciter ‘Anénou.

Pour résoudre cette contradiction apparente, le Chévet Halévi V 60 distingue deux cas : si l’on est dispensé du jeûne, on ne récitera pas ‘Anénou, mais si l’on a mangé par oubli, on récitera ‘Anénou, puisque l’on est assujetti à la loi du jeûne. Toutefois, à notre humble avis, il semble clair que, suivant la coutume ashkénaze – qui veut que l’on ne récite pas ‘Anénou à Cha’harit, de crainte de ne pas achever son jeûne –, on ne récitera pas ‘Anénou dès lors que l’on a mangé. C’est aussi la coutume de nombreux Séfarades, comme le rapporte le Torat Hamo’adim 1, 16. Celui-là même qui a l’intention de manger, bien qu’il ne l’ait pas encore fait, ne dira pas ‘Anénou (Choul’han ‘Aroukh 562, 1 ; cf. Michna Beroura 562, 6).

Il faut encore préciser la mesure à partir de laquelle le jeûne est considéré comme rompu. Car à Kipour, nos sages parlent du volume d’une grosse datte sèche (kotevet) [dont le volume est inférieur à celui de kabeitsa], consommée dans le laps de temps appelé akhilat pras [soit six ou sept minutes] ; et, quant aux boissons, de la mesure dite melo lougmav [cf. note 9] : par une telle quantité, la souffrance liée au jeûne s’annule. Cependant, selon le Choul’han ‘Aroukh 568, 1, dès lors que l’on a mangé un kazaït dans le délai d’akhilat pras, on a rompu le jeûne, car, en général, la mesure à partir de laquelle une consommation revêt quelque importance est d’un kazaït. Cf. Pisqé Techouvot 568, 1, où l’on voit que les A’haronim sont partagés à ce sujet. En raison du doute, il est préférable d’observer une prudente abstention : dans le cas où l’on a mangé un kazaït, on ne récitera plus ‘Anénou.

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