Il faut avoir grand soin de ne pas détruire des aliments. Quiconque détruit ou gâche de la nourriture, fût-ce dans la quantité d’un kazaït, enfreint l’interdit de bal tach‘hit[g] (Sifré sur Dt 29, 19). Par conséquent, nos Sages avaient soin de ne pas faire passer un verre rempli de boisson au-dessus du pain, de crainte que du liquide ne se renversât sur le pain, ce qui l’eût rendu repoussant et eût gâté sa comestibilité. De même, il est interdit de mettre au contact du pain un ustensile qui risque d’être sale ; cela afin de ne pas rendre le pain repoussant (Berakhot 40b ; Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 171, 1).
Dans le même sens, il est interdit de lancer à son prochain des aliments susceptibles de devenir dégoûtants s’ils venaient à tomber par terre ; ainsi des dattes ou des figues. Quant aux aliments qui ne deviennent pas dégoûtants s’ils tombent, par exemple les noix, il est permis de les lancer à son prochain (Choul‘han ‘Aroukh, Ora‘h ‘Haïm 171, 1). Il ne faut pas s’asseoir sur des aliments qui s’en trouveraient écrasés, de crainte de les rendre dégoûtants. Mais si des aliments sont rangés dans une boîte rigide, il est permis de s’asseoir sur la boîte (ibid. 2).
Quand on se sert d’un plat, il faut prendre garde de trop se servir, de crainte de ne pas pouvoir finir son assiette, ce qui causerait du gâchis. A posteriori, si l’on s’est trop servi, et que l’on craigne d’être déjà rassasié, il n’y a aucune mitsva à terminer la nourriture que l’on a dans son assiette, et ce n’est pas même un acte de piété. En effet, la santé du corps a plus d’importance ; et puisque trop manger porte atteinte à la santé, il importe davantage d’être pointilleux, quant au principe de bal tach‘hit, à l’égard de son corps qu’à l’égard des aliments qui seront jetés (Chabbat 140b ; cf. ci-après, § 9, et Pniné Halakha – Lois de la cacheroute 13, 10).
Il est permis de se servir de pain comme d’une cuiller, pour manger autre chose ; cela, à condition que, finalement, on mange aussi le pain. Ceux qui sont pointilleux dans l’observance des mitsvot ont soin de manger, à chaque bouchée, un peu de pain, afin que celui-ci ne soit pas mésestimé en étant considéré comme un simple ustensile (Choul‘han ‘Aroukh 171, 3).
Si l’on aperçoit, par terre, du pain ou quelque autre aliment, en un endroit où passent des gens, et que cet aliment soit ainsi déconsidéré, il faudra, pour le respect dû à la nourriture, le ramasser et le placer en hauteur, sur quelque pierre, ou le mettre sur le côté du chemin, de manière qu’il ne soit pas rendu méprisable en étant exposé à être piétiné (‘Érouvin 64b ; Beit Baroukh 45, 31).