Après avoir bu et mangé, l’homme assimile la meilleure partie de la nourriture, dont il tire force et vitalité, tandis qu’il expulse la partie superflue, le déchet. Quand on a du mal à éliminer, la souffrance est grande, tout le corps devient malade ; et si l’on ne trouvait pas de traitement à une telle maladie, on mourrait dans de grandes peines. Par conséquent, les Sages ont institué une bénédiction particulière de louange et de reconnaissance envers Dieu, pour l’élimination des déchets du corps. Par cela, nous exprimons notre gratitude pour la création du corps dans son ensemble, qui fut conçu avec sagesse ; car Dieu créa des membres dotés d’orifices, tels que le cœur, les poumons, l’estomac et les intestins, et Il dota le corps d’ouvertures, le nez pour la respiration, la bouche pour l’alimentation et la boisson ; de même, Il créa un appareil digestif, destiné spécialement à l’expulsion des déchets liquides et solides du corps. Or si un seul détail de ce prodigieux système cessait de fonctionner, l’homme ne pourrait subsister. Le plus merveilleux, à cet égard, est la façon dont le Créateur a relié l’âme spirituelle au corps matériel ; car, lorsque le corps est malade, l’âme ne peut donner sa pleine expression ; et quand le corps meurt, l’âme s’en détache.
En général, l’homme est occupé aux buts qu’il poursuit, nourriture, boisson, acquisition de biens, tandis que l’expulsion des déchets de son corps n’est pas digne, selon lui, d’une attention particulière. Ce n’est que lorsqu’il est malade qu’il comprend combien il importe de louer Dieu pour cela. Il est donc juste, tant que l’on est en bonne santé, de réciter avec une attention convenable la bénédiction Acher yatsar. Peut-être, grâce à cela, jouira-t-on d’une bonne santé et de la longévité.
Les Sages attachent une grande importance à la présence de toilettes dans une maison. Rabbi Yossé a dit : « Qui est riche ? Celui qui a des toilettes non loin de sa table. » (Chabbat 25b) Selon Mar Zoutra, toute personne pieuse doit prier pour habiter un endroit où des toilettes se trouvent à proximité (Berakhot 8a).
Il y a là une profonde vérité. Nombre de personnes croient que les malheurs de l’homme proviennent seulement de ses manques. Mais en vérité, une grande partie des troubles frappant l’homme proviennent de certaines choses qui perturbent sa conscience, son esprit et son corps, de sorte que, s’il ne pouvait s’en délivrer, il irait en s’atrophiant. Quand quelqu’un étudie, parmi tout ce qu’il intègre se trouvent aussi de fausses opinions. Il existe aussi certaines opinions qui ont, en elles-mêmes, une part de vérité, mais qui ne conviennent pas à la personnalité de l’étudiant, lequel doit trouver le moyen de les écarter de sa pensée. Il en est de même dans le domaine des expériences de l’esprit : certaines d’entre elles, si elles s’accumulaient en nous, nous oppresseraient au point de nous rendre la vie impossible ; il faut donc les écarter de notre esprit. La richesse superflue, elle aussi, risque de peser sur l’homme, de façon qu’au lieu de l’aider à réaliser sa vocation, elle en ferait l’esclave de son avoir et de ses désirs, et finirait par anéantir son monde. Nous voyons donc que l’une des actions les plus importantes pour l’homme et de se délester des superfluités qui sont en son corps, en son esprit, en son patrimoine et en son intellect, afin de pouvoir continuer à mener une vie normale et saine.
Par la bénédiction Acher yatsar, nous remercions et louons Dieu de nous avoir créés avec une sagesse merveilleuse, et de nous avoir dotés d’instruments, d’ouvertures, par lesquels nous pouvons intégrer du dehors les choses qui nous sont utiles, et rejeter le superflu et le dommageable.
À partir de là, nous pouvons comprendre pourquoi nous veillons tellement à nous tenir à l’écart des excréments et de l’urine, au point qu’il nous est interdit de prononcer près d’eux quelque parole sacrée (davar ché-biqdoucha) (cf. Pniné Halakha – La Prière d’Israël 3, 9). Ces déchets ont en effet une certaine ressemblance avec la toumat met (impureté liée à la mort) : il s’agit de matières mortes, dégradation d’aliments qui ne peuvent plus ajouter à la vie ; le corps doit donc les éliminer afin de n’en pas subir de dommage.