Lorsqu’on va au jardin ou aux champs, au mois de nissan, et que l’on voit des arbres en fleur, on récite la Birkat ha-ilanot, bénédiction des arbres, afin d’exprimer notre reconnaissance envers l’Éternel pour les bontés qu’Il nous témoigne en faisant renaître et refleurir les arbres, qui étaient desséchés par l’hiver.
La bénédiction est ainsi libellée : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, chélo ‘hisser bé‘olamo kloum, ou-vara vo beriot tovot vé-ilanot tovim, léhanot bahem bené-adam (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui n’as privé son monde de rien, et qui y as créé de bons êtres et de bons arbres, afin de satisfaire par eux les fils de l’homme. ») (Berakhot 43b)[5]
Ce n’est que sur les arbres fruitiers que l’on récite ce texte, car c’est en leurs fleurs que la bénédiction prend effet, en ce qu’elles deviennent fruits.
Nos Sages ont institué une bénédiction au sujet des fruits, et non des légumes, car les fruits donnent à l’homme plus d’agrément. De plus, on perçoit davantage par les arbres la grâce du Saint béni soit-Il, car ils produisent leurs fruits sans effort humain. En outre, la nourriture essentielle à la subsistance de l’homme provient des céréales, des légumineuses et des légumes ; or l’Éternel nous a accordé sa bienfaisance en ajoutant à notre intention les fruits de l’arbre, afin de varier notre alimentation par de riches et délicieuses saveurs. Aussi disons-nous, dans cette bénédiction, que Dieu « n’a privé son monde de rien », même des choses qui ne sont pas nécessaires à la survie.
A priori, cette bénédiction requiert la vision de deux arbres au moins ; mais en cas de nécessité, on peut la réciter en voyant un seul arbre en fleurs.
Si l’on n’a pas eu le temps de voir les arbres quand ils étaient en fleurs, et qu’on les ait vus après que leurs fruits ont commencé de croître, on ne dira pas la bénédiction. Toutefois, si les fruits en question sont si petits qu’on les perçoit difficilement, on peut encore, a posteriori, dire sur un tel arbre la bénédiction (cf. Michna Beroura 226, 4 ; Birkat Hachem IV, 4, note 121). Si l’on a vu des arbres en fleur et que l’on n’ait pas récité la bénédiction, la possibilité de la dire n’est pas perdue : on la récitera quand on reverra des arbres en fleur (Michna Beroura 226, 5).
Les Sages enseignent que la berakha doit se réciter pendant le mois de nissan, parce que les arbres fleurissent habituellement pendant ce mois-là. Cependant, du point de vue halakhique, on peut réciter cette bénédiction dès avant, ou encore après. Les kabbalistes insistent sur l’importance de cette bénédiction, par le biais de laquelle des « réparations » (tiqounim) s’opèrent pour les âmes qui se sont incarnées dans les arbres ; or c’est précisément au mois de nissan que se produisent ces tiqounim. C’est pourquoi certains A‘haronim écrivent qu’il faut veiller à réciter cette bénédiction au mois de nissan, précisément. Les pratiquants zélés se hâtent de la réciter dès le Roch ‘hodech (néoménie) de nissan. Cependant, en pratique, si l’on n’a pas eu le temps de la réciter en nissan, on pourra la dire au mois d’iyar, de l’avis de la majorité des décisionnaires (Ma‘hatsit Hachéqel, Ora‘h ‘Haïm 226 ; Yad Yits‘haq I, 198 ; Yisma‘h Lev, Ora‘h ‘Haïm 12).
Dans les pays du nord, où la floraison des arbres a lieu au mois d’iyar, c’est a priori que l’on récite la Birkat ha-ilanot en iyar. Si l’on se trouve dans l’hémisphère sud du globe terrestre, où la floraison des arbres se produit dès le mois de tichri, c’est en tichri que l’on récitera cette bénédiction (Har Tsvi I, 118).
Certains ont coutume de ne pas réciter cette bénédiction le Chabbat (Kaf Ha‘haïm 226, 4). Mais selon la majorité des décisionnaires, il n’y a aucune raison de s’abstenir de dire la Birkat ha-ilanot le Chabbat (Ye‘havé Da‘at I, 2) ; et tel est l’usage en de nombreux endroits.
On ne récite pas la bénédiction sur des arbres que l’on sait avoir été greffés de manière interdite, car, selon de nombreux décisionnaires, il ne conviendrait pas de louer Dieu pour un arbre qui a été l’objet d’une transgression (Halakhot Qetanot I, 60, 265). De même, il ne faut pas dire la bénédiction sur des arbres ‘orla (dans leurs trois premières années) : puisqu’il est interdit de tirer profit de leurs fruits, il ne convient pas de réciter une bénédiction à leur propos (Rabbi Aqiba Eiger). Mais tant qu’il n’est pas connu que tel arbre est greffé, ou ‘orla, on peut réciter sur lui la bénédiction.
Les femmes, elles aussi, récitent cette bénédiction. Suivant la coutume ashkénaze, il n’y a rien que de normal à cela, puisque les femmes, si elles le souhaitent, peuvent réciter les bénédictions relatives aux mitsvot conditionnées par le temps (ché-hazman graman). Si, selon la coutume séfarade elle-même, les femmes peuvent dire la Birkat ha-ilanot, c’est parce que le temps fixé pour cette bénédiction ne dépend point d’une mitsva, mais de l’apparition des fruits dans les arbres. On ne considère pas cela comme une mitsva conditionnée par le temps, mais comme l’effet de la réalité naturelle. Cf. Pniné Halakha – La Prière juive au féminin 2, 8.