Quand un Juif rencontre sur son chemin un monument idolâtre, il est tout entier saisi d’un choc en songeant à la grande faute et à la grande erreur de ceux qui s’adonnent à ce culte. Alors, une question lui vient à l’esprit : comment Dieu peut-Il leur permettre de se tromper à ce point ? Or on doit se rasséréner, et comprendre que le Saint béni soit-Il dirige le monde avec patience, permettant aux hommes de parvenir par eux-mêmes à la vérité, sans intervention miraculeuse. Ainsi, de façon naturelle, par le biais des expériences et des connaissances humaines, le Saint béni soit-Il enchaîne les causalités, de manière que, l’une après l’autre, les erreurs disparaissent du monde. Ainsi, par un processus graduel auquel les hommes sont partie prenante, le monde parviendra à la foi parfaite. Si les hommes choisissent le bien, ce processus sera court ; si leurs erreurs sont nombreuses, le processus sera long et chargé d’épreuves. Pour implanter cette connaissance en nos cœurs, les Sages ont institué une bénédiction relative à la vision d’un monument idolâtre, et une autre pour la vision d’un lieu d’où l’idolâtrie a été extirpée.
Si l’on voit un monument idolâtre, on dit : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-natan érekh apaïm le‘ovré retsono (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui es longanime envers ceux qui enfreignent ta volonté ») (Berakhot 57b ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 1). C’est précisément quand on voit l’objet même de l’idolâtrie – c’est-à-dire la statue ou l’autel voué à son service – que l’on prononce la bénédiction ; en revanche, on ne la dit point au sujet de l’édifice dans lequel elle se trouve (Baït ‘Hadach). Pour une église ou une croix, on ne dit pas la bénédiction non plus (cf. Har‘havot).
Si l’on revoit le même objet d’idolâtrie dans les trente jours qui suivent la première vision, on ne répète pas la bénédiction. Si trente jours ont passé, on la répétera. Si l’on voit un autre objet d’idolâtrie, quoique trente jours ne se soient pas écoulés depuis la vision du premier – et quand bien même il appartient à la même catégorie –, on récite de nouveau la bénédiction.
Si l’on habite au milieu d’idolâtres, on ne récitera pas la bénédiction en voyant leurs statues, puisqu’on y est habitué. Même si, en pratique, on ne les a pas vues pendant trente jours, on ne récitera pas la berakha, puisque la vision de ces statues est considérée, pour les Juifs habitant là-bas, comme routinière et qu’elle n’offre rien de nouveau (Rema 224, 1 ; Elya Rabba ; Michna Beroura 3). Mais si l’on voit des statues appartenant à une autre religion, à laquelle on n’est pas habitué, on dira la bénédiction.
Si l’on voit un lieu d’où l’idolâtrie a été déracinée, en terre d’Israël, on dira : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, ché-‘aqar ‘avoda zara mé-artsénou (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui as déraciné l’idolâtrie de notre terre »). Si c’est en diaspora, on dira : … ché-‘aqar ‘avoda zara mé-hamaqom hazé (« … qui as déraciné l’idolâtrie de ce lieu »). Puis on récitera cette prière : « De même que tu l’as déracinée de ce lieu, ainsi déracine-la de tout lieu, et ramène le cœur de ses serviteurs à ton service. » Même si ce monument a été ôté de tel lieu pour être reproduit dans un autre, on récitera, sur le lieu d’où il a été enlevé, la bénédiction afférente à son annulation, et, sur le lieu où il a été établi, la bénédiction Ché-natan érekh apaïm le‘ovré retsono (Choul‘han ‘Aroukh et Rema 224, 2). Il est bon que les guides touristiques incluent dans leurs circuits des sites où se faisait jadis le culte de telle idole, et qu’ils décrivent devant leurs auditeurs quelle certitude animait jadis ses serviteurs, persuadés que l’on continuerait perpétuellement à la servir ; puis l’entière disparition dudit culte sous l’influence de la foi d’Israël. Alors les participants réciteront tous la bénédiction.
Si l’on voit les maisons luxueuses de non-Juifs pervers, ou leurs tribunaux, ou le siège de leur gouvernement, on dit : Beit guéïm yissa‘h Ado-naï (« L’Éternel abattra la maison des orgueilleux ») (Pr 15, 25). On prononcera la même formule si, sans que l’on aperçoive la statue elle-même, on voit un édifice voué à un culte idolâtre ; de même quand on voit une mosquée tenue par des pervers, ennemis d’Israël. Quand on en voit les ruines, on dit : E-l néqamot Ado-naï, E-l néqamot, hofia’ (« Dieu des vindictes, Éternel, Dieu des vindictes, apparais ») (Ps 94, 1 ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 11 ; Michna Beroura 15)[10].
Selon Rabbi Aqiba Eiger, se basant sur les propos du Maharcha, celui qui, par lui-même, extirpe un monument idolâtre, récite la bénédiction suivante : Baroukh… acher qidechanou bémitsvotav, vétsivanou la‘aqor ‘avoda zara mé-artsénou (« Béni sois-Tu… qui nous as sanctifiés par tes commandements, et nous as ordonné d’extirper l’idolâtrie de notre terre »). L’obligation de s’éloigner de l’idolâtrie inclut également l’interdit de visiter des églises pour y voir des œuvres d’art. Il est dit en effet : « Ne vous tournez pas vers les idoles » (Lv 19, 4), ce dont nos Sages déduisent l’interdit de regarder les œuvres liées à un service étranger (Chabbat 149a ; Choul‘han ‘Aroukh, Yoré Dé‘a 142, 15).