Si l’on voit des maisons juives qui ont été détruites, sur la terre d’Israël, on dit : Baroukh Ata, Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, dayan ha-émet (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, juge de vérité ») (Berakhot 58b ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 10). Il y a lieu de réciter cette bénédiction pour la vision de débris de maisons que, sous la pression des nations, des Juifs ont détruites et livrées à des étrangers – comme la localité de Yamit, dans la péninsule du Sinaï, et les villages du Gouch Katif.
À l’inverse, les Sages ont décrété que quiconque verrait des maisons d’Israël restaurées réciterait : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha‘olam, matsiv guevoul almana (« Béni sois-Tu, Éternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui rétablis les frontières de la veuve ») (Berakhot 58b ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 10). Le propos de cette bénédiction est d’exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour la restauration du peuple d’Israël sur sa terre ; car en raison de nos fautes envers Lui, nous fûmes exilés de notre terre, devînmes la proie des moqueries et de la dérision des peuples, au point que nous ressemblions à une veuve, errante, brisée et délaissée, qui n’a plus guère de chance de revenir à ses frontières et de reconstruire sa maison. Or voici qu’à présent, Dieu nous a pris en miséricorde et nous a ramenés dans notre pays, pour y construire des maisons et nous y établir, dans la tranquillité et la sûreté. Ont commencé de se réaliser en nous les paroles du prophète Isaïe :
Oui, tu t’étendras d’est en ouest, ta descendance héritera de peuples, et l’on rebâtira des villes solitaires. Ne crains rien, car tu n’auras pas lieu d’avoir honte, ne sois pas confuse, car tu ne seras point objet d’opprobre. Oui, tu oublieras la honte de ta jeunesse, et l’opprobre de ton veuvage, tu ne t’en souviendras plus ; car ton époux sera ton Créateur – l’Éternel, Dieu des armées est son nom –, et ton libérateur, le Saint d’Israël, sera appelé Dieu de toute la terre. (Is 54, 3-5)
Tout au long des dures années d’exil, lorsque le reste d’habitants juifs en terre d’Israël se trouvait dans la peine, la détresse et l’abaissement, il n’était pas d’usage de réciter cette bénédiction, car il était difficile de considérer l’établissement des Juifs dans le pays comme stable ; et l’on n’y voyait pas tellement matière à consolation. Mais lorsque le mouvement de peuplement juif en Erets Israël commença de s’agrandir, que les membres du vieux yichouv[f] sortirent des murailles de Jérusalem et que les militants du mouvement ‘Hovevé Tsion (« les Amants de Sion ») rejoignirent le pays, on commença à réciter cette bénédiction à propos des quartiers et des villages nouveaux. On rapporte ainsi que Rabbi Chemouel Salant récita cette bénédiction au sujet de Petah Tikva, et que Rabbi Mordekhaï Gimpel Yaffe la récita sur la ville de Yehoud.
Selon le Rif, c’est précisément quand on voit des synagogues restaurées que l’on récite cette bénédiction. A priori, il y a lieu de tenir compte de son opinion, et de réciter la berakha sur la synagogue du village ou du quartier. Toutefois, même si l’on a vu un village ou un quartier sans en apercevoir la synagogue, on récitera la bénédiction, conformément à l’avis de la majorité des décisionnaires (Rabbénou ‘Hananel ; Rachi ; Maïmonide ; Choul‘han ‘Aroukh 224, 10).