Chapitre 10 – Cachérisation des ustensiles

11. Pourquoi on attend vingt-quatre heures avant l’échaudage

On a coutume de ne pas échauder d’ustensiles qui ont été utilisés le jour même, c’est-à-dire durant les vingt-quatre heures qui suivent le moment où ils ont absorbé la substance interdite. La raison en est que, durant toute la durée des vingt-quatre heures qui suivent l’absorption de la substance interdite, le goût absorbé ou attaché au sein de l’ustensile demeure excellent, et si l’eau du récipient où se fait l’échaudage n’était pas en quantité soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de l’ustensile devant être échaudé, cette eau contracterait le goût interdit, et le ferait pénétrer en retour dans les parois de l’ustensile, si bien que l’échaudage ne serait pas valable. En revanche, si l’on attend vingt-quatre heures, le goût qui se trouve dans l’ustensile sera dénaturé, de sorte que, même si l’eau n’est pas en quantité soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de l’ustensile, celui-ci sera cachérisé : le goût dénaturé que renferme l’ustensile sera rejeté dans l’eau, et même si l’ustensile devait en absorber de nouveau une partie, le goût, puisqu’il est altéré, ne le rendrait pas interdit. En effet, c’est seulement dans le cas où le goût absorbé d’abord était bon que l’ustensile est rendu interdit, et que cette interdiction s’étend également après que le goût absorbé en son sein s’altérera. En revanche, si le goût était déjà altéré dès le début de l’absorption, l’ustensile ne sera pas interdit.

Il faut encore craindre que, si l’on fait, dans la même eau, l’échaudage d’ustensiles réservés, pour les uns, au carné, et pour les autres au lacté, un bon goût de viande et un bon goût de lait ne soient lâchés dans l’eau. Or, si l’eau n’était pas en quantité soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de l’un de ces ustensiles, les goûts ne s’annuleraient pas, et se mélangeraient l’un à l’autre, rendant toute l’eau interdite. En conséquence, tout ustensile que l’on y échauderait deviendrait interdit, car il y absorberait le goût du carné et celui du lacté à la fois. En revanche, si vingt-quatre heures s’écoulent, le goût de la viande que recèlent les uns, comme celui du lait contenu dans les autres, seront altérés ; et même s’ils se mélangent dans l’eau, celle-ci ne s’en trouvera pas interdite, non plus que les ustensiles, car, lorsqu’un goût dénaturé est transmis, le récepteur de ce goût reste permis (Choul’han ‘Aroukh 452, 2, Michna Beroura ad loc.). D’après ce motif, la marmite dans laquelle on échaude les ustensiles doit elle-même n’avoir pas été utilisée dans les vingt-quatre heures qui ont suivi sa dernière absorption de viande, de lait, ou de ‘hamets.

Dans les lieux où l’on procède à l’échaudage en public, on a coutume de ne pas se fier au fait que tout le monde a laissé reposer ses ustensiles vingt-quatre heures avant le moment de l’échaudage. Pour éviter toute erreur, on ajoute à l’eau un produit ayant pour effet de dénaturer le goût incrusté dans les parois des ustensiles que l’on vient cachériser : par exemple de l’eau de Javel, ou du savon liquide. Grâce à cela, toute saveur rejetée par les ustensiles est immédiatement altérée ; et même si elle devait être réabsorbée par les ustensiles, elle ne pourrait avoir pour effet d’interdire ceux-ci, puisque cette saveur est déjà dénaturée[14].


[14]. Ces principes sont exposés par le Choul’han ‘Aroukh 452, 1-2 et le Michna Beroura 1. Nous voyons donc que, si l’on veut échauder un ustensile, on doit être pointilleux sur l’une de ces deux conditions : ou laisser passer vingt-quatre heures après la dernière utilisation de l’ustensile, pour que le goût qui s’y trouve absorbé s’altère et que, même après sa réabsorption par d’autres ustensiles, ceux-ci ne s’en trouvent pas interdits ; ou qu’il y ait une quantité d’eau soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de l’ustensile : alors, le goût lâché par l’ustensile s’annulera au sein des soixante mesures d’eau. Cependant, si l’on échaude de nombreux ustensiles, il est certain que la quantité d’eau contenue par la marmite d’échaudage ne sera pas soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de tous les ustensiles. On a coutume de ne pas échauder d’ustensile qui a été utilisé dans les dernières vingt-quatre heures, de crainte que, suite à une erreur, il n’y ait pas soixante fois plus d’eau que d’épaisseur en parois (Rama 452, 2, Michna Beroura 20).

Ces règles sont applicables à toute absorption de saveur interdite. Toutefois, en ce qui concerne le ‘hamets, le Choul’han ‘Aroukh 452, 1 enseigne que, si l’on échaude un ustensile ‘hamets avant le commencement de la période d’interdiction du ‘hamets, l’échaudage est efficace, même si les ustensiles ont été utilisés dans les dernières vingt-quatre heures et qu’il n’y ait pas soixante fois plus d’eau. En effet, durant ce temps, le ‘hamets est permis. S’il faut cachériser l’ustensile, ce n’est qu’en raison du goût de ‘hamets absorbé par celui-ci à partir d’aliments ‘hamets ; en revanche, pour une imprégnation indirecte – cas du goût lâché dans l’eau, puis qui pénètre de nouveau dans l’ustensile (ce que nous appelons noten ta’am ben noten ta’am, ou de manière abrégée nat bar nat, littéralement « donneur de goût, fils de donneur de goût »), l’échaudage n’est pas nécessaire. Il faut seulement avoir soin de ne pas échauder ensemble des ustensiles carnés et lactés ayant servi durant les dernières vingt-quatre heures.

Certains ont objecté que l’auteur du Choul’han ‘Aroukh lui-même, au chapitre 451, 4, oblige à chauffer à blanc les ustensiles qui ont absorbé du ‘hamets par l’effet du feu, de sorte que le Choul’han ‘Aroukh tranche conformément à l’opinion selon laquelle le ‘hamets est appelé issoura [chose interdite, cf. note 6] ; comment donc peut-il décider, dans notre cas, que le ‘hamets est hitra [chose d’abord permise, cf. note 6] ? Effectivement, le ‘Olat Chabbat, le Peri ‘Hadach et le Gaon de Vilna estiment que, s’agissant même d’un ustensile ‘hamets avant la période d’interdiction, il faut veiller, soit à ce qu’il y ait une quantité d’eau soixante fois supérieure, soit à ce que les ustensiles ne servent pas pendant vingt-quatre heures. Et tel est l’usage. (Cependant, on peut résoudre la contradiction apparente du Choul’han ‘Aroukh en disant que, s’agissant d’échaudage d’ustensiles, il s’agit d’imprégnation doublement indirecte – nat bar nat bar nat –, et que, dans un tel cas, le Choul’han ‘Aroukh s’appuie sur l’opinion selon laquelle ce qui est absorbé est une chose initialement permise [hitra]. En revanche, en matière de chauffage à blanc, il n’est question que d’imprégnation directe [nat], de sorte que le Choul’han ‘Aroukh penche pour l’interdiction.)

Quant au fait de savoir si l’on peut échauder des ustensiles pendant Pessa’h : pour le Choul’han ‘Aroukh, la chose est permise, à condition que l’ustensile n’ait pas été utilisé dans les dernières vingt-quatre heures, de manière que le goût qu’il renferme soit dénaturé. En revanche, il ne suffit pas de prévoir une quantité d’eau soixante fois supérieure, puisque le ‘hamets, à Pessa’h, ne s’annule pas dans la proportion d’un soixantième. Pour le Rama (447, 10), à Pessa’h, un facteur de goût ‘hamets, même altéré, interdit le récepteur de ce goût, quelle que soit la quantité transmise. Aussi n’a-t-on pas l’usage d’échauder des ustensiles à Pessa’h. La seule voie permettant de cachériser des ustensiles à Pessa’h est le chauffage à blanc, qui détruit par combustion le goût interdit.

A priori, on ne mêle à l’eau de l’échaudage aucun autre produit, comme l’explique le Rama 452, 5. Mais a posteriori, l’échaudage est valide, quel que soit le liquide [cachère] utilisé. Le Michna Beroura écrit, au nom du Peri Mégadim, que si l’on est avant Pessa’h, on répétera l’échaudage, cette fois sans y adjoindre d’autre produit. Mais dans le cadre d’un échaudage public, il est difficile de se fier au fait que chacun aura laissé reposer ses ustensiles pendant vingt-quatre heures, la crainte principale étant le mélange des goûts carné et lacté. Aussi a-t-on coutume de mêler du savon liquide ou de l’eau de Javel à l’eau. Cf. Sidour Pessa’h Kehilkhato 7, 20 et notes, où il est dit que c’est seulement dans le cas où l’eau s’est épaissie au contact des produits additionnels que l’on peut douter de la validité de l’échaudage. En note 7, le même ouvrage cite le ‘Hazon Ich, selon lequel il est préférable de mettre beaucoup de produits ayant un effet dénaturant, de manière à ne pas s’exposer à la possibilité d’un mélange de goûts carnés et lactés, non plus qu’à la possibilité d’un goût de ‘hamets, pour ceux qui tiennent qu’un ustensile ayant absorbé un goût de ‘hamets a absorbé un produit interdit (issoura bala’, cf. note 6).

12. L’échaudage des ustensiles en pratique

L’eau d’échaudage doit être vraiment bouillante. C’est une condition sine qua non pour ce qui concerne un ustensile qui a absorbé le goût interdit en tant que keli richon placé sur le feu. Comme nous l’avons vu, a priori, on a coutume d’échauder tous les ustensiles dans une marmite elle-même keli richon, et placée sur le feu.

Il faut laisser tout l’ustensile immergé dans l’eau pendant quelques secondes[15].

Parfois l’introduction des ustensiles refroidit un peu l’eau, de sorte qu’elle cesse de bouillir. Il faut alors laisser l’ustensile dans l’eau jusqu’à ce que celle-ci reprenne son ébullition. Si l’on introduit deux ustensiles en même temps dans l’eau bouillante, on devra les remuer un peu afin de s’assurer que l’eau bouillante passe bien entre les deux (d’après Choul’han ‘Aroukh 452, 3-4).

Un ustensile que l’on ne peut introduire entièrement en une fois dans l’eau, on peut en échauder d’abord une moitié, puis l’autre moitié (Choul’han ‘Aroukh 451, 11).

A priori, on a l’usage de rincer les ustensiles à l’eau froide après l’échaudage, afin de n’y pas laisser d’eau chaude, par laquelle les ustensiles risqueraient d’absorber de nouveau le goût expulsé durant l’échaudage. Mais ce n’est pas une condition de validité de la procédure, car on a coutume de faire l’échaudage vingt-quatre heures après le dernier usage de l’ustensile, ou dans une eau dont le goût est lui-même dénaturé[k], de sorte que, même si l’ustensile réabsorbait du goût provenant de l’eau, l’échaudage ne serait pas invalidé (Choul’han ‘Aroukh 452, 7, Michna Beroura 34). Aussi ne doit-on pas rincer à l’eau froide des ustensiles qui risqueraient par-là d’être endommagés – tels des ustensiles de verre. De même, quand il est difficile d’accomplir ce rinçage à l’eau froide, il n’est pas obligatoire de se donner de la peine à cette fin.

Certains appréhendent l’idée d’échauder les ustensiles ; mais en réalité, la procédure d’échaudage est simple. Rappelons ses étapes en résumé : on nettoie d’abord l’ustensile, et l’on attend vingt-quatre heures depuis le moment de l’absorption de la nourriture interdite. Ensuite, on immerge l’ustensile dans l’eau bouillante. S’il est possible de l’en sortir et de le rincer tout de suite à l’eau froide, c’est parfait ; si c’est difficile, on peut éteindre le feu sous la marmite d’eau bouillante, et attendre que l’eau refroidisse quelque peu. Puis on jettera l’eau chaude, et l’on rincera un peu l’ustensile échaudé. Pour les besoins de l’échaudage, on peut utiliser l’une quelconque des marmites de sa cuisine : on attendra simplement vingt-quatre heures entre la dernière cuisson que l’on y aura faite et le moment de l’échaudage ; ou bien on ajoutera du savon à l’eau afin de l’altérer[16].


[15]. Il faut prendre soin de ne pas laisser trop longtemps les ustensiles dans l’eau bouillante, afin qu’ils ne réabsorbent pas ce qu’ils ont expulsé. Il n’est pas bon, non plus, de les laisser trop peu de temps, car ils n’auraient pas le temps d’expulser le goût interdit (Choul’han ‘Aroukh 452, 1 ; Michna Beroura 4). Selon le Michna Beroura, il est difficile d’évaluer le temps nécessaire, qui ne soit ni excessif ni insuffisant. Quoi qu’il en soit, l’auteur ajoute : « Si on procède à l’échaudage avant la période d’interdiction du ‘hamets, il n’est pas nécessaire de limiter le temps d’immersion, et l’on peut laisser les ustensiles plus longtemps dans l’eau. » Car alors, la transmission d’un goût dénaturé ne rend pas interdit le récepteur du goût, et le ‘hamets s’annule dans une quantité d’eau soixante fois supérieure. Cf. Kaf Ha’haïm 452, 2, qui dit que, selon certains Richonim, on laissera les ustensiles dans l’eau « jusqu’à ce qu’ils rejettent ce qu’ils ont absorbé », et que, selon d’autres, on les immergera « puis on les sortira immédiatement ». L’usage courant suit cette dernière opinion. Le Peri ‘Hadach écrit que la coutume d’Israël a valeur de loi. Il semble que l’usage soit de laisser l’ustensile trois secondes, tandis que l’eau bout.

[k]. Par de l’eau de Javel ou du savon liquide.

[16]. La coutume ashkénaze et d’une partie des communautés séfarades est de ne pas faire passer un ustensile du statut de carné à celui de lacté, ou inversement, par le biais d’un échaudage, afin de ne pas risquer de confusion en oubliant ce qui était lacté et ce qui était carné. En revanche, quand un ustensile a été rendu tarèfe (non cachère), et requiert d’être échaudé, on pourra, après son échaudage, en modifier la destination. Le ‘Hatam Sofer 110 écrit ainsi que, après un échaudage en vue de Pessa’h, il est permis de changer l’état de l’ustensile. Si l’on reçoit un ustensile comme cadeau, on peut en modifier l’emploi par échaudage (Darké Techouva, Yoré Dé’a 121, 59). On peut, si l’on souhaite modifier l’état d’un ustensile, le faire acquérir par son prochain, puis l’acquérir soi-même à nouveau : alors, on pourra l’échauder et en modifier l’état. (Selon le Peri Mégadim 452, Echel Avraham 13, en cas de nécessité pressante, il est permis de modifier la destination d’un ustensile en l’échaudant.)

13. Echaudage des marmites

Lorsque, dans une marmite, on a fait cuire du ‘hamets, par exemple une soupe d’orge perlé, nous avons vu qu’il fallait, pour la cachériser à l’approche de Pessa’h, l’immerger dans l’eau bouillante : par l’eau bouillante qui l’entourera de toutes parts, le goût du ‘hamets en sera rejeté. Certes, en vertu du principe selon lequel le mode d’absorption détermine le mode d’expulsion, on devrait pouvoir, de prime abord, cachériser la marmite en y faisant bouillir de l’eau ; en effet, de même que le goût interdit aura été absorbé de cette façon, ainsi doit-il pouvoir être rejeté. Mais il est certain que, au cours de l’année, il a dû se produire que tel mets que l’on y a cuit a débordé, de sorte que le goût aura été également absorbé sur la bordure supérieure de la marmite ; or ce goût ne disparaîtra pas par l’effet de l’eau qui bouillira à l’intérieur de la marmite. Aussi la cachérisation de l’ustensile en vue de Pessa’h devra-t-elle se faire en l’immergeant au sein d’un grand chaudron plein d’eau bouillante.

Dans le cas où l’on ne peut trouver d’ustensile assez grand pour y immerger la marmite que l’on veut cachériser pour Pessa’h, les décisionnaires donnent pour directive de remplir celle-ci d’eau, que l’on portera à ébullition, et, parallèlement, de chauffer une pierre à blanc : quand l’eau sera bouillante, on y introduira la pierre chauffée à blanc, laquelle aura pour effet que beaucoup d’eau sortira et se déversera sur les côtés de la marmite, échaudant la bordure et la paroi extérieure. Tout cela n’est efficace que pour un ustensile dont la paroi extérieure a absorbé le goût du ‘hamets par l’effet d’un débordement de liquide. Par contre, si l’ustensile avait été introduit dans un autre ustensile, où il avait absorbé le goût, l’absorption aura eu lieu à l’intérieur d’un keli richon : en ce cas, l’échaudage par débordement ne sera pas efficace. Il faudra échauder tout l’ustensile en l’immergeant dans l’eau bouillante (Choul’han ‘Aroukh 452, 6, Michna Beroura 31).

Dans les cuisines domestiques, il est difficile de porter une pierre au rouge. Aussi peut-on conseiller, au lieu de cela, de faire bouillir de l’eau dans un petit ustensile ; puis, au moment où la grande marmite commencera à bouillir, on enfoncera quelque peu le petit ustensile au milieu de la marmite : ainsi, l’eau bouillante qui est en la grande marmite débordera et en échaudera la bordure ainsi que la paroi extérieure.

Dans de nombreuses marmites, on peut démonter les poignées. Il est juste de le faire et d’échauder également les poignées et les vis. Toutefois, si l’on n’a pas démonté les poignées, et que l’on ait nettoyé leur pourtour avec beaucoup de savon avant de les échauder, la marmite sera cachérisée.

Il existe un autre problème, que l’on rencontre dans de nombreuses marmites : la présence d’un repli à leurs extrémités et sur leur couvercle, où il arrive que des résidus alimentaires se logent. A priori, on a l’usage de passer au brûleur les extrémités de la marmite et son couvercle, afin de brûler les résidus alimentaires qui s’y trouvent. Mais il n’est pas nécessaire d’être pointilleux durant ce chauffage, car, après tous les rinçages et nettoyages au savon que cette marmite a subis, le goût des résidus est dénaturé, et ils ne seraient pas consommables par un chien, si bien qu’ils n’ont plus le statut de ‘hamets. En cas de nécessité, si l’on n’a pas de moyen de chauffer un peu à blanc les replis de la marmite, on pourra se contenter de l’échaudage, sans chauffer à blanc les extrémités[17].


[17]. Nous avons un jour examiné les replis d’une marmite : ce qui s’y trouvait était noirci, laid, et le goût en était extrêmement altéré. Aussi, même sans chauffage à blanc, il n’y a pas là d’interdit. De même, ce qui s’amasse près des poignées a un goût extrêmement dénaturé. Aussi, même quand on n’a pas démonté les poignées, l’échaudage reste valide. Pour plus de sûreté, il y a lieu de laver ces endroits avec beaucoup de savon.

Concernant l’échaudage d’une grande marmite qu’il n’est pas possible de cachériser dans une marmite plus grande : un décisionnaire conseille de provoquer le débordement de l’eau par le biais d’un jet d’eau bouillante fait à partir d’une bouilloire branchée à l’électricité. Mais le conseil que nous mentionnons plus haut est meilleur, car, en se déversant, l’eau refroidit quelque peu, tandis qu’avec notre méthode la petite marmite est entièrement bouillante, de sorte qu’elle constitue elle-même un keli richon, et se retrouve ensuite à l’intérieur d’un autre keli richon ; aussi n’y a-t-il là aucun refroidissement.

En matière d’ustensiles carnés et lactés : parfois, de la  sauce bouillante, provenant d’une marmite lactée, gicle sur une marmite carnée froide placée sur le gaz. Il s’agit donc d’un jet (‘érouï) qui fait pénétrer le goût du lait à la surface de l’ustensile carné, là où le contact s’est produit. Le mode de cachérisation est, semblablement, un jet d’eau bouillante. Puisqu’il s’agit d’une absorption très faible, on pourra y verser de l’eau bouillante en abondance, si bien qu’il se trouvera certainement un volume d’eau soixante fois supérieur à l’épaisseur de l’ustensile pris à l’endroit ayant reçu la projection de sauce. Par cela, la marmite sera cachérisée, sans qu’il soit besoin d’attendre vingt-quatre heures. Si l’on craint que le jet d’eau n’équivaille pas à soixante fois ce volume, on pourra mêler l’eau de savon liquide : de cette façon, le goût de l’eau sera altéré ; et, sans qu’elle soit en quantité soixante fois supérieure au volume de la partie de l’ustensile ayant reçu la projection, on pourra cachériser l’ustensile. Si la marmite [ayant reçu la projection] contenait un mets brûlant, elle doit être en tout état de cause cachérisée par immersion dans l’eau bouillante. Quant au mets qu’elle contient, il faut poser la question à son rabbin. En effet, une quantité de mets soixante fois supérieure à la quantité projetée suffit parfois ; mais il faut d’autres fois 3600 fois plus que la quantité projetée (60 x 60).

14. L’absorption par conserve, et son mode de cachérisation

Les ustensiles où l’on a mis des produits ‘hamets à froid ne requièrent pas d’échaudage à l’eau bouillante : il suffit de les cachériser, en vue de Pessa’h, en les lavant bien. Par exemple, les verres dans lesquels on a bu de la bière – qui, comme on le sait, est du ‘hamets par excellence – peuvent être cachérisés en les lavant bien. En effet, tant que le ‘hamets n’atteint pas la chaleur de yad solédet bo, l’ustensile n’absorbe pas le goût de l’aliment qu’il contient. À plus forte raison, si l’on a mis des gâteaux ‘hamets dans des bols ou des assiettes, on pourra cachériser ceux-ci en vue de Pessa’h en les lavant bien car, en plus du fait que leur chaleur n’a pas atteint le degré de yad solédet bo, ces gâteaux sont secs, or, sans humidité, le goût ne se transmet pas à l’ustensile. Il faut seulement ôter toutes les miettes qui, peut-être, se sont attachées à l’ustensile.

Mais si l’on a laissé la bière dans le verre plus de vingt-quatre heures, cela devient une « conserve » (kevicha), et le goût du ‘hamets y est absorbé. Nos sages ont en effet énoncé le principe suivant : « Ce qui est en conserve est comme cuit ». Aussi est-il interdit d’utiliser cet ustensile à Pessa’h sans cachérisation préalable.

Il est certain que l’on peut cachériser de tels ustensiles en les échaudant à l’eau bouillante. En effet, si l’échaudage est efficace pour des ustensiles qui ont absorbé le goût interdit par l’effet d’une cuisson, à plus forte raison sera-t-il efficace pour des ustensiles qui l’ont absorbé en tant que conserve. Mais puisque l’absorption par conserve est plus légère, on peut aussi cachériser les ustensiles en les plongeant pendant trois jours dans l’eau : on mettra dans l’eau l’ustensile que l’on veut cachériser, pendant une durée d’une journée entière, continument ; puis on changera l’eau, et l’on plongera l’ustensile dans l’eau nouvelle pendant encore un jour ; on changera l’eau de nouveau, et l’on y plongera l’ustensile pour une journée supplémentaire. Certes, en général, ce mode de cachérisation n’est pas utile, puisqu’il est plus rapide et plus facile de cachériser les ustensiles par échaudage dans l’eau bouillante. Mais pour des ustensiles qui risqueraient d’être endommagés par l’eau bouillante, la solution de l’immersion dans l’eau pendant trois jours peut être d’une grande utilité.

Il importe encore de signaler que, si la boisson est alcoolisée, comme le whiskey[l], par exemple, plusieurs décisionnaires pensent qu’il suffit de dix-huit minutes pour que le goût du ‘hamets, dont le whiskey est porteur, soit absorbé par le verre. Si l’on veut donc utiliser ce verre pendant Pessa’h, il faudra le cachériser par l’une des deux méthodes susmentionnées[18].


[l]. Le cas du whiskey, dont le taux d’alcool est d’environ 40 degrés, est différent de celui de la bière, précédemment citée, qui titre 5 degrés.

[18]. S’agissant des autres interdits alimentaires, les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si l’on peut parler d’imprégnation par mise en conserve (kevicha), concernant les ustensiles. Certains estiment, en effet, que l’ustensile absorbe les saveurs par la mise en conserve, comme par la cuisson. D’autres pensent que, par la mise en conserve, l’ustensile n’absorbe les saveurs que superficiellement. En pratique, en cas de perte financière importante, on peut s’appuyer sur l’opinion indulgente : si l’on a cuit un aliment dans un ustensile où, auparavant, étaient restés des liquides interdits pendant vingt-quatre heures, l’aliment sera permis, car l’imprégnation en superficie ne suffit pas à l’interdire. Mais si la perte est faible, il y a lieu d’être rigoureux, puisque la majorité des décisionnaires l’interdisent. À plus forte raison ne faut-il pas utiliser a priori d’ustensiles où un aliment interdit a été mis en conserve (cf. Kaf Ha’haïm, Yoré Dé’a 105, 1).

Quant au temps d’imprégnation d’une conserve quand l’aliment a un goût très fort, [comme c’est le cas de l’aliment alcoolisé, ou piquant, ou acide], le Darké Techouva 105, 42 rapporte que les décisionnaires sont partagés : selon certains, le temps d’imprégnation est de dix minutes (Yad Yehouda) ; selon d’autres il est de dix-huit minutes (Tiféret Israël). Un doute supplémentaire existe quant au fait de savoir si cet ustensile tansmet son goût pendant ce même laps de temps. Le Nichmat Adam 57, 10 et le Binat Adam 59 résument : selon le Sifté Cohen, même pour un aliment alcoolisé, l’absorption ne se produit qu’en vingt-quatre heures, tandis que, pour le Maguen Avraham, elle se produit rapidement. A priori, il y a lieu d’être rigoureux.

Bien qu’un ustensile d’argile ayant absorbé du ‘hamets par cuisson ne puisse en expulser le goût de ses parois par échaudage, l’expulsion par échaudage – ou par immersion de trois jours – reste possible si l’absorption s’est produite par mise en conserve, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 451, 21. Cf. Michna Beroura 118 et Kaf Ha’haïm 242, qui rapportent au nom du Sifté Cohen (Yoré Dé’a 135, 33) que, s’agissant des autres interdits alimentaires, on ne permet pas de cachériser un ustensile d’argile qui a absorbé un goût interdit par mise en conserve.

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