12. L’échaudage des ustensiles en pratique

L’eau d’échaudage doit être vraiment bouillante. C’est une condition sine qua non pour ce qui concerne un ustensile qui a absorbé le goût interdit en tant que keli richon placé sur le feu. Comme nous l’avons vu, a priori, on a coutume d’échauder tous les ustensiles dans une marmite elle-même keli richon, et placée sur le feu.

Il faut laisser tout l’ustensile immergé dans l’eau pendant quelques secondes[15].

Parfois l’introduction des ustensiles refroidit un peu l’eau, de sorte qu’elle cesse de bouillir. Il faut alors laisser l’ustensile dans l’eau jusqu’à ce que celle-ci reprenne son ébullition. Si l’on introduit deux ustensiles en même temps dans l’eau bouillante, on devra les remuer un peu afin de s’assurer que l’eau bouillante passe bien entre les deux (d’après Choul’han ‘Aroukh 452, 3-4).

Un ustensile que l’on ne peut introduire entièrement en une fois dans l’eau, on peut en échauder d’abord une moitié, puis l’autre moitié (Choul’han ‘Aroukh 451, 11).

A priori, on a l’usage de rincer les ustensiles à l’eau froide après l’échaudage, afin de n’y pas laisser d’eau chaude, par laquelle les ustensiles risqueraient d’absorber de nouveau le goût expulsé durant l’échaudage. Mais ce n’est pas une condition de validité de la procédure, car on a coutume de faire l’échaudage vingt-quatre heures après le dernier usage de l’ustensile, ou dans une eau dont le goût est lui-même dénaturé[k], de sorte que, même si l’ustensile réabsorbait du goût provenant de l’eau, l’échaudage ne serait pas invalidé (Choul’han ‘Aroukh 452, 7, Michna Beroura 34). Aussi ne doit-on pas rincer à l’eau froide des ustensiles qui risqueraient par-là d’être endommagés – tels des ustensiles de verre. De même, quand il est difficile d’accomplir ce rinçage à l’eau froide, il n’est pas obligatoire de se donner de la peine à cette fin.

Certains appréhendent l’idée d’échauder les ustensiles ; mais en réalité, la procédure d’échaudage est simple. Rappelons ses étapes en résumé : on nettoie d’abord l’ustensile, et l’on attend vingt-quatre heures depuis le moment de l’absorption de la nourriture interdite. Ensuite, on immerge l’ustensile dans l’eau bouillante. S’il est possible de l’en sortir et de le rincer tout de suite à l’eau froide, c’est parfait ; si c’est difficile, on peut éteindre le feu sous la marmite d’eau bouillante, et attendre que l’eau refroidisse quelque peu. Puis on jettera l’eau chaude, et l’on rincera un peu l’ustensile échaudé. Pour les besoins de l’échaudage, on peut utiliser l’une quelconque des marmites de sa cuisine : on attendra simplement vingt-quatre heures entre la dernière cuisson que l’on y aura faite et le moment de l’échaudage ; ou bien on ajoutera du savon à l’eau afin de l’altérer[16].


[15]. Il faut prendre soin de ne pas laisser trop longtemps les ustensiles dans l’eau bouillante, afin qu’ils ne réabsorbent pas ce qu’ils ont expulsé. Il n’est pas bon, non plus, de les laisser trop peu de temps, car ils n’auraient pas le temps d’expulser le goût interdit (Choul’han ‘Aroukh 452, 1 ; Michna Beroura 4). Selon le Michna Beroura, il est difficile d’évaluer le temps nécessaire, qui ne soit ni excessif ni insuffisant. Quoi qu’il en soit, l’auteur ajoute : « Si on procède à l’échaudage avant la période d’interdiction du ‘hamets, il n’est pas nécessaire de limiter le temps d’immersion, et l’on peut laisser les ustensiles plus longtemps dans l’eau. » Car alors, la transmission d’un goût dénaturé ne rend pas interdit le récepteur du goût, et le ‘hamets s’annule dans une quantité d’eau soixante fois supérieure. Cf. Kaf Ha’haïm 452, 2, qui dit que, selon certains Richonim, on laissera les ustensiles dans l’eau « jusqu’à ce qu’ils rejettent ce qu’ils ont absorbé », et que, selon d’autres, on les immergera « puis on les sortira immédiatement ». L’usage courant suit cette dernière opinion. Le Peri ‘Hadach écrit que la coutume d’Israël a valeur de loi. Il semble que l’usage soit de laisser l’ustensile trois secondes, tandis que l’eau bout.

[k]. Par de l’eau de Javel ou du savon liquide.

[16]. La coutume ashkénaze et d’une partie des communautés séfarades est de ne pas faire passer un ustensile du statut de carné à celui de lacté, ou inversement, par le biais d’un échaudage, afin de ne pas risquer de confusion en oubliant ce qui était lacté et ce qui était carné. En revanche, quand un ustensile a été rendu tarèfe (non cachère), et requiert d’être échaudé, on pourra, après son échaudage, en modifier la destination. Le ‘Hatam Sofer 110 écrit ainsi que, après un échaudage en vue de Pessa’h, il est permis de changer l’état de l’ustensile. Si l’on reçoit un ustensile comme cadeau, on peut en modifier l’emploi par échaudage (Darké Techouva, Yoré Dé’a 121, 59). On peut, si l’on souhaite modifier l’état d’un ustensile, le faire acquérir par son prochain, puis l’acquérir soi-même à nouveau : alors, on pourra l’échauder et en modifier l’état. (Selon le Peri Mégadim 452, Echel Avraham 13, en cas de nécessité pressante, il est permis de modifier la destination d’un ustensile en l’échaudant.)

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