14. L’absorption par conserve, et son mode de cachérisation

Les ustensiles où l’on a mis des produits ‘hamets à froid ne requièrent pas d’échaudage à l’eau bouillante : il suffit de les cachériser, en vue de Pessa’h, en les lavant bien. Par exemple, les verres dans lesquels on a bu de la bière – qui, comme on le sait, est du ‘hamets par excellence – peuvent être cachérisés en les lavant bien. En effet, tant que le ‘hamets n’atteint pas la chaleur de yad solédet bo, l’ustensile n’absorbe pas le goût de l’aliment qu’il contient. À plus forte raison, si l’on a mis des gâteaux ‘hamets dans des bols ou des assiettes, on pourra cachériser ceux-ci en vue de Pessa’h en les lavant bien car, en plus du fait que leur chaleur n’a pas atteint le degré de yad solédet bo, ces gâteaux sont secs, or, sans humidité, le goût ne se transmet pas à l’ustensile. Il faut seulement ôter toutes les miettes qui, peut-être, se sont attachées à l’ustensile.

Mais si l’on a laissé la bière dans le verre plus de vingt-quatre heures, cela devient une « conserve » (kevicha), et le goût du ‘hamets y est absorbé. Nos sages ont en effet énoncé le principe suivant : « Ce qui est en conserve est comme cuit ». Aussi est-il interdit d’utiliser cet ustensile à Pessa’h sans cachérisation préalable.

Il est certain que l’on peut cachériser de tels ustensiles en les échaudant à l’eau bouillante. En effet, si l’échaudage est efficace pour des ustensiles qui ont absorbé le goût interdit par l’effet d’une cuisson, à plus forte raison sera-t-il efficace pour des ustensiles qui l’ont absorbé en tant que conserve. Mais puisque l’absorption par conserve est plus légère, on peut aussi cachériser les ustensiles en les plongeant pendant trois jours dans l’eau : on mettra dans l’eau l’ustensile que l’on veut cachériser, pendant une durée d’une journée entière, continument ; puis on changera l’eau, et l’on plongera l’ustensile dans l’eau nouvelle pendant encore un jour ; on changera l’eau de nouveau, et l’on y plongera l’ustensile pour une journée supplémentaire. Certes, en général, ce mode de cachérisation n’est pas utile, puisqu’il est plus rapide et plus facile de cachériser les ustensiles par échaudage dans l’eau bouillante. Mais pour des ustensiles qui risqueraient d’être endommagés par l’eau bouillante, la solution de l’immersion dans l’eau pendant trois jours peut être d’une grande utilité.

Il importe encore de signaler que, si la boisson est alcoolisée, comme le whiskey[l], par exemple, plusieurs décisionnaires pensent qu’il suffit de dix-huit minutes pour que le goût du ‘hamets, dont le whiskey est porteur, soit absorbé par le verre. Si l’on veut donc utiliser ce verre pendant Pessa’h, il faudra le cachériser par l’une des deux méthodes susmentionnées[18].


[l]. Le cas du whiskey, dont le taux d’alcool est d’environ 40 degrés, est différent de celui de la bière, précédemment citée, qui titre 5 degrés.

[18]. S’agissant des autres interdits alimentaires, les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si l’on peut parler d’imprégnation par mise en conserve (kevicha), concernant les ustensiles. Certains estiment, en effet, que l’ustensile absorbe les saveurs par la mise en conserve, comme par la cuisson. D’autres pensent que, par la mise en conserve, l’ustensile n’absorbe les saveurs que superficiellement. En pratique, en cas de perte financière importante, on peut s’appuyer sur l’opinion indulgente : si l’on a cuit un aliment dans un ustensile où, auparavant, étaient restés des liquides interdits pendant vingt-quatre heures, l’aliment sera permis, car l’imprégnation en superficie ne suffit pas à l’interdire. Mais si la perte est faible, il y a lieu d’être rigoureux, puisque la majorité des décisionnaires l’interdisent. À plus forte raison ne faut-il pas utiliser a priori d’ustensiles où un aliment interdit a été mis en conserve (cf. Kaf Ha’haïm, Yoré Dé’a 105, 1).

Quant au temps d’imprégnation d’une conserve quand l’aliment a un goût très fort, [comme c’est le cas de l’aliment alcoolisé, ou piquant, ou acide], le Darké Techouva 105, 42 rapporte que les décisionnaires sont partagés : selon certains, le temps d’imprégnation est de dix minutes (Yad Yehouda) ; selon d’autres il est de dix-huit minutes (Tiféret Israël). Un doute supplémentaire existe quant au fait de savoir si cet ustensile tansmet son goût pendant ce même laps de temps. Le Nichmat Adam 57, 10 et le Binat Adam 59 résument : selon le Sifté Cohen, même pour un aliment alcoolisé, l’absorption ne se produit qu’en vingt-quatre heures, tandis que, pour le Maguen Avraham, elle se produit rapidement. A priori, il y a lieu d’être rigoureux.

Bien qu’un ustensile d’argile ayant absorbé du ‘hamets par cuisson ne puisse en expulser le goût de ses parois par échaudage, l’expulsion par échaudage – ou par immersion de trois jours – reste possible si l’absorption s’est produite par mise en conserve, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 451, 21. Cf. Michna Beroura 118 et Kaf Ha’haïm 242, qui rapportent au nom du Sifté Cohen (Yoré Dé’a 135, 33) que, s’agissant des autres interdits alimentaires, on ne permet pas de cachériser un ustensile d’argile qui a absorbé un goût interdit par mise en conserve.

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