11 – Le travail exécuté à ‘Hol hamo’ed

11 – L’interdit de lessiver

C’est une mitsva que de lessiver les vêtements à l’approche de la fête ; et, pour que l’on ne soit pas négligent à cet égard, les sages ont interdit de lessiver les vêtements pendant ‘Hol hamo’ed. En d’autres termes, bien que, suivant les principes de la halakha, il eût fallu autoriser le lavage des vêtements à ‘Hol hamo’ed, afin que l’on pût les porter pendant la fête – c’est en effet un travail non spécialisé, et qui répond aux besoins de la fête –, les sages l’ont interdit, afin qu’il ne se trouve personne qui repousse la lessive à ‘Hol hamo’ed, au motif qu’on est alors dégagé de ses travaux professionnels ; car alors, on déconsidérerait la fête, en l’accueillant avec des vêtements sales (Mo’ed Qatan 14a, Choul’han ‘Aroukh 534, 1). Il est donc interdit de lessiver les chemises, les pantalons, robes, jupes, costumes et tous les habits de ce genre. En revanche, il est permis de laver, pour les en vêtir pendant la fête, les habits des bébés et des petits enfants, qui se salissent constamment, et qui, même si on les lave avant la fête, se resaliront (comme nous l’expliquerons au paragraphe suivant).

Il est permis d’ôter une tache du vêtement d’un adulte, en utilisant de l’eau et des produits nettoyants, car le nettoyage d’une tache n’entre pas dans le champ de l’interdit. Néanmoins, tant que l’on dispose d’un vêtement propre, il vaut mieux le porter, plutôt que de nettoyer la tache de l’autre vêtement. Mais si le vêtement taché présente un avantage, il sera permis de nettoyer la partie tachée afin de le porter à ‘Hol hamo’ed ou à Yom tov (cf. Chemirat Chabbat Kehilkhata 66, 72).

Les sages permettent à celui qui ne dispose que d’une tenue de la lessiver à ‘Hol hamo’ed, car, même s’il la lessivait à la veille de la fête, il est probable qu’elle se salirait à nouveau au cours des sept jours de fête ; or les sages n’ont pas voulu contraindre une telle personne à porter des vêtements sales pendant la fête. Par conséquent, si l’on n’a qu’une chemise, et que celle-ci se salisse, ou si l’on ne dispose que d’une robe et qu’elle se soit salie, on pourra lessiver le vêtement considéré. Il faudra veiller à le laver discrètement, c’est-à-dire dans une machine à laver domestique, et de ne pas l’étendre à l’extérieur pour le faire sécher.

Mais si l’on dispose de deux tenues, et quoiqu’elles se soient salies et qu’on conçoive quelque désagrément à les porter, les sages ont interdit de les lessiver pendant la fête, car deux tenues doivent suffire pour toute la durée de la fête. Même si l’une des deux tenues est moins belle, on sera considéré comme disposant de deux tenues, et il sera interdit de lessiver son vêtement à ‘Hol hamo’ed. De même, si l’on a une robe d’une pièce et que, à part cela, on dispose d’une jupe et d’un chemisier, on sera considéré comme disposant de deux tenues ; et même si ces deux tenues se sont salies quelque peu, il sera interdit de les lessiver : on les portera telles qu’elles sont.

Si l’on dispose d’une tenue pour le Chabbat et d’une autre pour les jours de semaine, et que l’on n’ait pas l’habitude de sortir en habits de semaine le Chabbat, on sera considéré comme n’ayant qu’une seule tenue pour le Chabbat et la fête ; si la tenue de Chabbat se salit, il sera permis de la lessiver à la machine, à l’approche du dernier Yom tov.

Quand tous ses vêtements se sont fort salis, au point que l’on préférerait, tant la gêne est grande, ne pas sortir de chez soi, il sera permis de lessiver une tenue, afin de ne pas être contraint de rester enfermé chez soi[6]. (Le repassage domestique est permis, comme nous l’avons vu au paragraphe 7).


[6]. Les sages permettent à celui qui ne dispose que d’une tunique (‘halouq) de la lessiver (Mo’ed Qatan 14a). Or la Guémara enseigne que « la ceinture de l’homme témoigne pour lui » – de ce qu’il ne possède qu’une tunique [car, quand il la lessive, il se couvre d’un sous-vêtement qu’il ceinture, ce qui indique aux tiers qu’il ne possède pas de tunique de remplacement]. De cela, le Séfer Mitsvot Qatan et Rabbénou Pérets déduisent que la permission est annulée de nos jours, dans la mesure où nous ne disposons plus d’un signe établissant que cette tenue est la seule qu’on possède. Le Michna Beroura 534, 9 mentionne l’opinion des auteurs rigoureux, et c’est en ce sens qu’incline le Chemirat Chabbat Kehilkhata 66, 63. Mais selon le Rif, Maïmonide et le Roch, cette condition n’est pas déterminante, et c’est en ce sens que tranchent le Choul’han ‘Aroukh 534, 1 et la majorité des décisionnaires (Kaf Ha’haïm 11).

Si l’on dispose de deux tenues, mais que l’une d’elles soit réservée aux jours profanes, certains auteurs estiment que le cas est semblable à celui où l’on dispose de deux tenues festives ; il est donc interdit de lessiver la tenue festive qui se serait salie (Avné Yachfé 104, 4). D’autres estiment que le cas est comparable à celui où l’on ne dispose que d’une tenue : si la tenue festive s’est salie, il sera permis de la lessiver (Or lé-Tsion III 24, 3, ‘Hout Chani 16, 6). Il semble que, en associant à cela la thèse suivante, on puisse être indulgent :

Nous apprenons en Mo’ed Qatan 19a-b qu’il est permis de lessiver des vêtements de lin. Cela, parce qu’ils sont blancs et se salissent constamment, de sorte que le nettoyage de veille de fête ne leur est pas utile (Maïmonide 7, 21, Nimouqé Yossef) ; ou encore parce qu’ils se lavent facilement (Rachi, Ran). Mais dès l’époque des Richonim, on a pris coutume d’être rigoureux à cet égard (Roch, Rabbénou Yerou’ham), peut-être parce qu’il était difficile de distinguer entre les catégories de vêtements. Et c’est en ce sens que la halakha est tranchée : l’usage prévaut, et il est interdit de lessiver des vêtements de lin (Choul’han ‘Aroukh 534, 2). Toutefois, quand il se trouve un autre motif d’indulgence – par exemple, quand on dispose d’une tenue pour le Chabbat et d’une autre pour la semaine –, on peut y associer l’opinion de Rachi et du Ran, d’après lesquels la permission de laver des vêtements de lin se fonde sur la facilité qu’il y a à les laver ; dans cette mesure, on pourra les laver à la machine.

Lorsqu’on dispose de deux tenues, mais qu’elles se sont salies, au point que l’on préfère rester chez soi, tant est grande la gêne que l’on ressent, il semble qu’il soit permis de les lessiver, au titre de davar ha-aved (« chose susceptible d’être perdue ») ; en effet, on perdrait la possibilité de se rendre aux prières publiques, aux cours de Torah et aux repas familiaux. On rapporte que, selon le Rav Elyachiv, on peut permettre cela en raison de l’honneur dû aux créatures (kevod habriot). Car ce n’est que dans le cas où la gêne est mineure que les sages ont interdit le lessivage, tandis que, dans le cas où l’on éprouverait un grand embarras, c’est permis. Cf. Har’havot.

12 – Vêtements qu’il est permis de lessiver

Il est permis de lessiver à ‘Hol hamo’ed les vêtements qui se salissent constamment, tels que les vêtements de bébés et de petits enfants ; cela, afin de les en vêtir pendant la fête. En effet, si les sages ont interdit de lessiver des vêtements pendant la fête, c’est pour qu’on ait soin de le faire à l’approche de la fête, et qu’on ne repousse pas leur lavage à ‘Hol hamo’ed. En revanche, les sages n’ont pas interdit le lessivage de vêtements qui, même si on les lessive avant la fête, nécessiteront d’être relavés pendant celle-ci. Il n’est pas nécessaire de procéder discrètement pour une telle lessive, car tout le monde sait qu’il est permis de lessiver ces vêtements-là.

Néanmoins, il faut laver, avant la fête, tous les vêtements des bébés et des enfants ; et c’est seulement après qu’ils se seront servis de tous leurs vêtements propres qu’il sera permis de lessiver les vêtements nécessaires à la fête. S’il ne reste à un enfant aucune tenue propre pour la fête, il sera permis de lui en laver une, bien qu’il lui reste des vêtements propres de semaine. Il faut veiller à ne pas joindre à la lessive, outre les vêtements nécessaires à la fête, d’autres vêtements, nécessaires aux jours profanes qui suivront. Et si, avant la fête, on n’a pas lessivé tous les vêtements nécessaires, il faudra, de l’avis de nombreux auteurs, être rigoureux, et s’abstenir de les lessiver à ‘Hol hamo’ed, car on semblerait avoir planifié son travail pour la période festive. Cependant, en pratique, il ne faut pas pénaliser les enfants pour cela : a posteriori, il sera permis de lessiver, à ‘Hol hamo’ed, les vêtements qui n’avaient pas été lavés avant la fête, avec ceux qui se seront salis pendant celle-ci.

En général, les enfants à partir de l’âge de neuf ans ne se salissent plus ; il n’est donc pas permis de lessiver leurs vêtements à ‘Hol hamo’ed. Cependant, si un enfant se salit davantage, il sera permis de lessiver ses vêtements pour les besoins de la fête, même s’il a neuf ou dix ans.

S’agissant des serviettes à main, que l’on a l’habitude de changer chaque jour ou tous les deux jours, et des nappes qui se salissent constamment : si toutes sont salies, il sera permis de lessiver celles qui sont nécessaires à la fête (Choul’han ‘Aroukh 534, 1). La règle est la même s’agissant des chaussettes et des sous-vêtements, que l’on a l’usage de changer chaque jour en raison de la transpiration. Après s’être servi de tous les sous-vêtements propres, il sera permis de lessiver ceux qui sont nécessaires à la suite de la fête[7].


[7]. Dans les hôtels, on a l’usage de changer les draps et les serviettes tous les jours ; et si les clients exigent que l’on fasse de même pendant ‘Hol hamo’ed, faute de quoi ils auraient l’impression que l’endroit n’est pas assez propre, on sera autorisé à lessiver pour eux les draps et les serviettes usagés, puisqu’on a l’habitude de les changer chaque jour. Il n’y pas lieu d’exiger des propriétaires d’hôtels d’acheter une grande quantité de draps et de serviettes, afin qu’ils n’aient pas besoin de les lessiver à ‘Hol hamo’ed (cf. Chemirat Chabbat Kehilkhata 66, note 263). Cependant, a priori, il est préférable que les clients ne demandent pas qu’on change leurs draps et leurs serviettes chaque jour, cela afin de limiter les lessives nécessaires. Mais quand de nouveaux clients arrivent, il est évident qu’on doit changer leurs draps et serviettes.

13 – Écrire

Comme toutes les mélakhot, écrire est également interdit à ‘Hol hamo’ed. Il est donc interdit d’écrire des rouleaux de la Torah, des téphilines, des mézouzot, et même une simple lettre. De même, il est interdit d’écrire des documents juridiques, des comptes commerciaux. Il est également interdit d’écrire des études, des recherches ou de passer des examens écrits (Choul’han ‘Aroukh 545, 1 ; 6).

Même pour les besoins de la fête, il est interdit d’écrire d’une manière artisanale[e], c’est-à-dire en lettres carrées[f], ni même en lettres ordinaires, du moment que l’on s’efforce de rendre son écriture bien droite, ou de tracer de beaux caractères. Mais il est permis, pour les besoins de la fête, d’écrire de manière ordinaire, c’est-à-dire de la façon dont les gens ont l’habitude d’écrire, sans effort particulier pour enjoliver les caractères. Par conséquent, si l’on veut acheter des produits alimentaires pour la fête, on est autorisé à écrire, en caractères ordinaires, la liste des produits dont on a besoin.

De même, il est permis d’écrire, en caractères ordinaires, une lettre amicale à son prochain, car cela aussi est considéré comme répondant aux besoins de la fête. En effet, par cela, on répand la joie et l’amitié. Cela, à condition de ne pas planifier une telle activité pour la période festive : si l’on souhaite écrire des lettres à ses amis, on ne repoussera pas cela à ‘Hol hamo’ed (Michna Beroura 545, 31).

Il est de même permis, pour qui veut faire un cadeau à son ami, de lui écrire des paroles d’amitié et de bénédiction. Et si l’on veut lui offrir un livre, on est autorisé à lui écrire une dédicace sur la page de garde (Choul’han ‘Aroukh 545, 5). Certains usent d’une rigueur, dans les cas où il est permis d’écrire en caractères courants : ils écrivent la première ligne en caractères penchés. Si l’on veut être indulgent, on y est autorisé, puisque telle est, en pratique, l’opinion de la majorité des décisionnaires (cf. Michna Beroura 35).

Écrire au moyen d’un ordinateur est également considéré comme un travail non spécialisé ; il est donc permis d’écrire une liste de courses sur son ordinateur, d’envoyer un message court (SMS) par téléphone, ou une lettre amicale par courrier électronique. Mais s’il n’y a pas à cela de besoin pour la fête, c’est interdit, puisqu’un travail non spécialisé lui-même est défendu, s’il n’est d’aucun besoin pour la fête.

Si, dans le cadre de son étude de Torah, on souhaite résumer un enseignement, en écrivant en caractères ordinaires, ou par ordinateur, afin de mieux se concentrer dans son étude, c’est permis, puisque l’on écrit alors pour les besoins d’une mitsva. (Les règles relatives au fait d’écrire pour les besoins d’une mitsva seront exposées ci-après, chap. 12 § 11 et 13.)

L’impression au moyen d’une imprimante est considérée par une partie des décisionnaires comme un travail d’artisan. Certes, l’opération est en soi très simple ; mais puisque le résultat est considéré comme mélékhet oman, il est juste, a priori, de tenir compte de l’opinion rigoureuse, et de ne pas imprimer à ‘Hol hamo’ed[8]. (Ci-après, chap. 12 § 14, nous parlerons du fait d’écrire pour les besoins du fonctionnement d’un tribunal rabbinique, ou pour éviter une perte.)


[e]. Dérekh oman, d’une manière requérant une spécialité professionnelle.

[f]. Caractères d’imprimerie, par opposition à l’écriture cursive.

[8]. Selon la majorité des décisionnaires, toute écriture requérant un effort pour former les lettres avec précision, que ce soit en hébreu ou dans une autre langue, est considéré comme un travail artisanal (mélékhet oman), tandis qu’une écriture ordinaire, que l’on ne s’efforce pas particulièrement de rendre droite et belle, est un travail simple (mélékhet hédiot). Aussi ces auteurs permettent-ils d’écrire en caractères ordinaires des lettres amicales, puisque celles-ci contribuent à la joie de la fête (Maïmonide, Na’hmanide, Mor Ouqtsi’a). Cependant, certains auteurs sont rigoureux, estimant que toute écriture doit être considérée comme mélékhet oman, et que seule l’écriture de lettres « brisées » [c’est-à-dire une écriture rapide et non soignée] relève de mélékhet hédiot (Tour au nom du Halakhot Guedolot, Teroumat Hadéchen). Le Choul’han ‘Aroukh 545, 5 tranche conformément à l’avis indulgent. Mais le Rama estime que, bien que l’opinion indulgente soit principale, on a l’usage d’être rigoureux, même à l’égard de l’écriture « ronde » (cursive), en écrivant tout son texte sur des lignes montantes ou descendantes. Le Maguen Avraham écrit qu’on n’a coutume d’incliner ainsi que la première ligne. La majorité des A’haronim enseignent, en pratique, que l’usage est d’être indulgent en matière d’écriture cursive (Baït ‘Hadach, Touré Zahav, Elya Rabba et d’autres). Leur opinion est rapportée par le Michna Beroura 35.

Écrire sur ordinateur sans imprimer : certains disent qu’il n’y a là aucun interdit, et que, même s’il n’y à cela aucune utilité pour la fête, la chose est permise, puisque l’on ne fait rien dans la réalité, mais que l’on se contente de créer des lettres électroniques, de sorte que la chose est assimilable à une écriture qui ne se maintient pas (ktav ché-eino mitqayem). Toutefois, quand l’ouvrage constitue un labeur (mélékhet ‘avoda), par exemple s’il est exécuté pour contribuer à sa subsistance, c’est interdit (‘Hol Hamo’ed Kehilkhato 6, 98). D’autres disent qu’écrire sur ordinateur est un travail non spécialisé, et qu’il est donc interdit quand il n’est pas nécessaire à la fête. Quant à ce qui ne se conserve pas, par exemple ce que l’on écrit au cours d’un jeu, c’est entièrement permis. Telle est la halakha (Rav Mordekhaï Elyahou, Maamar Mordekhaï 19, 54 ; ‘Hout Chani 19, 6).

Imprimante : certains estiment qu’imprimer au moyen d’une imprimante est une mélékhet oman, puisque le résultat est semblable à un ouvrage artisanal (d’après Elya Rabba 460, 6) ; d’autres pensent qu’il s’agit d’une mélékhet hédiot, puisque chacun sait faire cela (Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch 545, deuxième édition). Cf. ‘Hol Hamo’ed Kehilkhato 6, 89 et Pisqé Techouvot 545, 2. Il semble, en pratique, qu’il y ait lieu d’être rigoureux a priori, et de ne pas imprimer, même pour les besoins de la fête. Cependant, en cas de nécessité – par exemple pour les besoins d’un cours de Torah –, on peut s’appuyer sur le raisonnement des auteurs indulgents, puisque celui-ci est logique. Et si le fait de ne pas imprimer doit entraîner une perte en matière d’étude toranique, la chose est permise au titre de davar ha-aved (éviter une perte). De plus, pour la majorité des décisionnaires, il s’agit d’un cas de doute portant sur une norme rabbinique, de sorte qu’il y a lieu d’être indulgent en cas de nécessité. En effet, de l’avis même de ceux qui pensent que l’interdit du travail à ‘Hol hamo’ed est toranique, il est vraisemblable que cela ne vise que les grands travaux, ou ceux que l’on accomplit pour sa subsistance.

14 – Jeux et travaux créatifs

Bien que l’écriture, le dessin, le découpage, le collage et la couture fassent partie des travaux interdits à ‘Hol hamo’ed, il est permis aux petits enfants d’écrire, de dessiner, de découper, de coller et de coudre sur le mode ludique. Puisqu’ils ne peuvent se livrer à l’étude de la Torah comme le font les grands, qu’ils ont l’usage de jouer chaque jour, et que c’est de cela qu’ils tirent leur jouissance, le jeu est considéré, à leur endroit, comme nécessaire aux jours de fête ; tant qu’il s’accomplit sur un mode non spécialisé, c’est permis. Il est même permis aux grandes personnes de les aider dans leur jeu, car il s’agit là d’un travail non spécialisé, accompli pour les besoins de la fête.

Mais il est interdit à une grande personne de dessiner ou de plier des papiers de manière artisanale (origami), ou de faire d’autres créations pour sa propre jouissance ; car il est dans la nature des grandes personnes de s’efforcer d’embellir leur œuvre, ce qui donnerait à celle-ci le statut de mélékhet oman, (œuvre artisanale) interdite à ‘Hol hamo’ed. Même aux enfants, il est interdit de préparer des créations de haut niveau ; nous avons vu en effet qu’il n’est permis d’accomplir une mélékhet oman que lorsque la chose est nécessaire à la préparation des aliments, ou pour les besoins du corps ; tandis que, pour les besoins d’autres jouissances, seul le travail non artisanal (mélékhet hédiot) est permis. Plus l’enfant se rapproche de l’âge des mitsvot, plus il faut l’éduquer à cesser de se livrer à ces jeux pendant ‘Hol hamo’ed, et à se consacrer davantage à la Torah, ainsi qu’à des plaisirs qui ne requièrent point de travail.

Il est permis à un adulte d’amener des enfants à un atelier de création, pendant la fête – par exemple, un atelier de peinture sur poterie. Il est même permis à l’adulte de les aider ; mais il lui est interdit de peindre lui-même les pièces de poterie.

Les jeux sur ordinateur sont permis, bien que l’on crée à cette occasion des lettres et des formes qui se maintiennent dans la mémoire de l’ordinateur. Même à des adultes, il est permis de se divertir ainsi, puisqu’il s’agit d’un travail non spécialisé, et que de tels travaux sont permis pour les besoins des plaisirs de la fête. Cela, à condition de ne pas faire obstacle, à cette occasion, au propos essentiel de la fête : étudier la Torah.

15 – Voyages, excursions, divertissements

Il est permis de voyager, à ‘Hol hamo’ed, pour les besoins d’une excursion ou d’une promenade, car toute chose dont des Juifs ont l’habitude de profiter, et qui ne cause pas de dérangement, est considérée comme s’inscrivant dans les besoins de la fête, et il est permis de faire à cet effet un travail non spécialisé (mélékhet hédiot), par exemple de conduire une voiture. Mais il est interdit de voyager sans nécessité pour la fête ; par exemple, pour apprendre à conduire, ou pour aller examiner une chose en vue du travail professionnel qui suivra la fête.

Il est permis, pour les besoins de la fête, de voyager par autobus, ou encore par train ou par taxi, et de payer le voyage. Il est même permis aux chauffeurs juifs de travailler de manière rémunérée, en conduisant autobus ou trains à ‘Hol hamo’ed, car cela répond aux besoins du public. Quant aux chauffeurs de taxi, il est juste qu’ils cessent leur travail pendant la fête. Mais s’il y a une nécessité pour la collectivité à ce qu’ils continuent de travailler, il leur est permis de le faire à ‘Hol hamo’ed[9].

Si l’on a besoin de voyager pendant la fête, il est autorisé d’apporter à son véhicule des réparations légères, qu’une personne non spécialisée peut accomplir. Ainsi, jadis, quand on voyageait à cheval, les sages avaient permis de s’occuper du cheval d’une manière non professionnelle, c’est-à-dire de soigner ses sabots (Mo’ed Qatan 10a, Choul’han ‘Aroukh 536, 1). Par conséquent, il est permis, en cas de nécessité, de changer une roue ; de même, il est permis de réaliser une petite réparation, qui ne requiert pas d’instruments de travail particuliers, ni la spécialisation d’un professionnel. Mais une réparation professionnelle n’est permise que pour éviter une perte (davar ha-aved) (comme on le verra ci-après, chap. 12 § 2).

Il est permis de laver le pare-brise d’une voiture ; mais il est interdit de laver la voiture elle-même, car quiconque fait, à ‘Hol hamo’ed, un travail d’entretien qu’il est d’usage de faire une fois par tant de semaines, déconsidère la fête. En revanche, si, à la suite d’une excursion à ‘Hol hamo’ed, la voiture s’est beaucoup salie, au point qu’on aurait honte d’y voyager, il sera permis de la laver pour les besoins des prochains voyages que l’on fera pendant la fête.

Il semble que, en autorisant les excursions à ‘Hol hamo’ed, les sages visaient uniquement des excursions courtes, qui ne fatiguent ni n’importunent, mais qui s’associent au propos général de ‘Hol hamo’ed : se reposer de son travail et se réjouir, par des repas festifs et par l’étude de la Torah. Nous l’avons vu (ci-dessus, chap. 1 § 6 et chap. 10 § 6), il faut consacrer environ la moitié de la journée à l’étude de la Torah ; dès lors, le temps affecté aux excursions et promenades fait partie de l’autre moitié, laquelle comprend également les repas. Toutefois, il semble que, pour se rendre à Jérusalem, cité sainte, ville du Temple, il soit permis d’entreprendre un long voyage.


[9]. Certes, nous avons pour principe qu’il est permis de demander à son prochain, à condition qu’il le fasse gratuitement, d’accomplir un travail s’inscrivant dans les nécessités de la fête. Mais quand il s’agit des besoins d’une collectivité à l’occasion de la fête, et que telle chose nécessaire ne peut s’accomplir sans paiement, il est permis de payer ; car il n’est pas concevable que le conducteur accepte de quitter sa famille afin de convoyer des gens, leur assurant l’aller et le retour, cela gratuitement (Ritva, Béour Halakha 541, 5 ד »ה אלא, 542, 1 ד »ה אפילו ; cf. ci-après, chap. 12 § 8). Concernant les chauffeurs de taxi qui ont de quoi se nourrir, cf. Har’havot.

16 – Commerce et achats

Le commerce est interdit à ‘Hol hamo’ed, et, à ce titre, il est interdit d’acheter et de vendre, de donner à bail et de louer, car les fêtes sont données à Israël pour qu’on y mange, qu’on y boive, qu’on y étudie la Torah, tandis que s’occuper de commerce fatigue, tracasse, et risque même d’attrister dans le cas où une affaire ne réussit pas. Certes, une transaction unique et petite ne fatigue ni ne tracasse ; mais puisqu’il n’y a pas de limite quantitative dans le commerce, et qu’en commençant par une petite chose on est parfois conduit à une opération complexe et de grande ampleur, les sages ont interdit toute activité commerciale à ‘Hol hamo’ed (Mo’ed Qatan 10b, Roch, Choul’han ‘Aroukh 539, 1, Michna Beroura 2, ‘Aroukh Hachoul’han 3-4).

Toutefois, pour les besoins alimentaires de la fête, il est permis d’acheter et de vendre (Mo’ed Qatan 13a-b). Dans le cas même où l’on aurait pu acheter avant la fête toutes les denrées alimentaires nécessaires, on est autorisé à les acheter pendant la fête, cela sans limitation, car les sages n’ont pas voulu fixer de barrières susceptibles d’amoindrir la joie festive. Il n’est pas nécessaire de limiter les achats alimentaires pendant la fête : on peut acheter largement, suffisamment pour toute la fête, y compris pour le Chabbat qui suivrait immédiatement le dernier Yom tov ; et s’il reste des aliments pour les jours qui suivent la fête, on pourra profiter du reste. Mais il est interdit d’acheter intentionnellement plus que nécessaire afin que cela serve après la fête (Choul’han ‘Aroukh et Rama 539, 11 ; cf. ci-dessus, § 3).

Si l’on a l’habitude d’acheter des produits alimentaires par grands paquets, dont le prix est meilleur marché, on sera autorisé à acheter de cette façon à ‘Hol hamo’ed aussi, puisque telle est la façon dont on les achète couramment. De même, si une remise significative est accordée à ceux qui réalisent un grand achat, il sera permis d’acheter des produits supplémentaires, qui serviront après la fête, conformément au principe permettant d’éviter une perte (davar ha-aved). Certes, comme pour toutes les règles relatives au davar ha-aved, cette permission ne vaut que pour ceux qui n’avaient pas prévu d’accomplir cette transaction pendant la fête ; en d’autres termes : ceux qui n’avaient pas programmé, avant la fête, de faire leurs grandes courses à bas prix pendant ‘Hol hamo’ed. Si l’on avait programmé cela d’avance, il sera interdit d’acheter, à ‘Hol hamo’ed, plus que ce qui est nécessaire à la fête (Choul’han ‘Aroukh 539, 1, Michna Beroura 4 ; cf. Cha’ar Hatsioun 537, 49 et, ci-après, chap. 12 § 3).

En principe, même ce qui n’appartient pas à la catégorie des denrées alimentaires, mais qui est véritablement nécessaire à la fête – comme des vêtements, chaussures, ustensiles de cuisine, ustensiles électriques, livres d’étude –, il est permis de l’acheter à ‘Hol hamo’ed. Par exemple, si une femme possède une tenue festive, mais souhaite en avoir une nouvelle, qui soit plus jolie, il lui est interdit de l’acheter pendant la fête. Mais si la tenue de fête qu’elle possède est déchirée, ou s’est salie, il lui est permis d’acheter une nouvelle tenue festive afin de la porter pendant la fête. Cependant, pour plusieurs raisons, cette permission ne s’applique presque jamais en pratique. Premièrement parce qu’en ces matières, qui ne sont point alimentaires, la permission d’acheter à ‘Hol hamo’ed ne s’applique que dans le cas où l’on ignorait, avant la fête, que ce serait nécessaire pendant celle-ci. Mais si l’on savait cela, et que l’on ait négligé d’acheter, il sera interdit d’acheter pendant la fête ; cela reviendrait en effet à programmer son travail de manière à l’accomplir pendant ‘Hol hamo’ed (Michna Beroura 539, 4 et 540, 9, Rav Chelomo Zalman Auerbach selon Chemirat Chabbat Kehilkhata 67, note 130).

De plus, il est interdit d’acheter chez ceux qui ouvrent leur magasin de manière interdite, cela afin de ne pas soutenir les commerçants qui transgressent un interdit. Or en pratique, presque tous les magasins ouverts publiquement le sont de manière interdite (cf. ci-après, chap. 12 § 6). Toute la permission consiste donc à acheter chez un commerçant qui ferme son magasin pendant la fête, mais qui accepte de vendre en particulier à ceux qui le lui demandent ; ou encore d’acheter à un magasin non juif. Il faut encore savoir que la permission d’acheter un vêtement ou un meuble dans un magasin non juif ne vaut que s’il n’est pas nécessaire d’y apporter des retouches ou réparations, requérant un travail artisanal. Si de telles retouches ou réparations sont nécessaires, l’achat est interdit (cf. ci-après, § 18). Signalons encore que, parfois, il est permis, au titre de davar ha-aved, d’acheter une chose qui n’est pas nécessaire à la fête, comme nous le verrons plus loin (chap. 12 § 7).

17 – Port d’objets : interdit du grand effort

Les sages ont interdit de faire publiquement, à ‘Hol hamo’ed, toute action qui requière un effort excessif et qui ne réponde point aux besoins de la fête, quoiqu’elle n’entraîne pas de mélakha. Cela, afin que l’on se réjouisse pendant la fête, et qu’on ne la déconsidère pas. Les sages ont donc interdit de faire passer des meubles ou autres biens d’une maison à l’autre (Mo’ed Qatan 13a). Lorsque les deux maisons se jouxtent l’une l’autre, de manière telle qu’il n’est pas nécessaire de passer par une rue ouverte au public, la chose est permise, puisque cet acte ne requiert pas tellement d’effort, et qu’il s’accomplit discrètement. De même, lorsque deux appartements se trouvent dans le même immeuble, il est permis de faire passer des meubles et des objets de l’un à l’autre (Choul’han ‘Aroukh 535, 1, Levouch 1, Michna Beroura 6). Le déménagement d’un appartement complet, même à l’intérieur du même immeuble, est interdit, puisque cela requerrait un grand effort[10].

Lorsqu’il faut porter des objets pour les nécessités de la fête – par exemple des tables, des chaises ou un ventilateur, pour les besoins d’un repas, ou encore un lit pour des invités –, la chose est permise, s’il est probable que les témoins de la scène penseront qu’on fait cela pour les besoins de la fête. Mais s’il est probable que les observateurs pensent que l’on fait cela pour les besoins des jours profanes – par exemple, si l’on déplace une armoire –, c’est interdit (Choul’han ‘Aroukh 535, 1, Michna Beroura 4).

Il est interdit aux étudiants de yéchiva, qui s’apprêtent à rendre visite à leur yéchiva pendant ‘Hol hamo’ed et ont l’intention de rentrer chez eux[g], de profiter du voyage[h] pour prendre avec eux des accessoires de literie ou des livres destinés aux jours profanes qui suivront la fête. Cependant, s’ils peuvent, à ‘Hol hamo’ed, amener leurs affaires grâce au concours d’une personne qui se rend à la yéchiva dans sa voiture, tandis qu’ils devraient, après la fête, louer une voiture à cette fin, il leur sera permis d’apporter leurs affaires à ‘Hol hamo’ed, puisqu’il s’agit d’un cas de davar ha-aved (Choul’han ‘Aroukh 538, 3).

Nos sages ont également interdit d’apporter de chez un artisan des vêtements, des meubles ou des ustensiles qui ne sont pas nécessaires à la fête, car les porter suscite un effort qui n’a pas de nécessité pour la fête ; de plus, il est à craindre que les témoins de la scène ne pensent que l’on a demandé à l’artisan de les réparer pendant la fête[11].

Mais quand ces objets sont nécessaires à la fête, il est permis de les transférer de chez l’artisan à chez soi. Par conséquent, il est permis d’apporter des chaises pour le repas, une couverture pour s’en couvrir pendant la fête, et même un réfrigérateur ou un four pour les besoins alimentaires de la fête (il est même permis de les porter à réparer, comme on l’a vu ci-dessus, § 4).

Nos sages ont interdit, à ‘Hol hamo’ed, de débarrasser une cour des ordures qui s’y trouvent, pour les jeter à la poubelle centrale : cela requérait en ce temps-là un grand effort sans nécessité. Si les ordures étaient en quantité telle que la cour s’en trouvait salie, ils permettaient de les jeter à la poubelle de la collectivité (Pessa’him 55b, Choul’han ‘Aroukh 535, 3). De nos jours, où les cours sont petites, et où les déchets domestiques sont nombreux, il est indispensable d’assurer le fonctionnement du système d’enlèvement des ordures à ‘Hol hamo’ed : cela fait partie des besoins collectifs et des nécessités de la fête (cf. chap. 12 § 9).


[10]. Nos sages enseignent, dans le Talmud de Jérusalem, Mo’ed Qatan 2, 4, que, lorsque la possibilité s’offre à une personne de déménager, à ‘Hol hamo’ed, d’un appartement loué à un appartement plus petit, mais qui lui appartienne, et quoique cet appartement soit situé dans une autre rue, il est permis de déménager, car c’est une joie que d’habiter dans son propre appartement, et cette joie s’associe à celle de la fête (Choul’han ‘Aroukh 535, 2). Mais cette permission valait, à ce qu’il semble, pour l’époque talmudique, où les gens n’avaient que peu d’objets, et vivaient généralement dans une pièce unique. En revanche, de nos jours, où chaque famille dispose de meubles et d’objets nombreux, dont le port engagerait de grands efforts, il est interdit d’emménager, à ‘Hol hamo’ed, même dans un appartement dont on est le propriétaire, car on ne saurait mieux faire échec à la joie, ni déconsidérer davantage ‘Hol hamo’ed. Et même si les deux appartements sont dans le même immeuble, il est interdit de déménager. Si le report du déménagement est de nature à causer une très grande perte, il y a lieu de consulter un rabbin. En tout état de cause, dans le cas où l’on aurait pu déménager avant la fête, mais où l’on ne s’y est pas efforcé, il n’y a pas lieu de permettre le déménagement pendant ‘Hol hamo’ed, même en cas de grande perte.

[g]. Avant le dernier Yom tov.

[h]. Qui les conduit à la yéchiva.

[11]. Si l’artisan n’a pas de quoi manger pendant la fête, on lui paiera son travail, et on laissera chez lui les objets qu’il a préparés. Si l’on préfère ne pas les laisser chez lui, de crainte qu’il les vende à un tiers et que l’on perde ainsi son argent, on apportera les objets au domicile d’un ami habitant près de chez l’artisan. Si l’on n’a pas de telle possibilité, on les apportera chez soi discrètement (Mo’ed Qatan 13a, Choul’han ‘Aroukh 534, 3).

18 – Juifs et non-Juifs à ‘Hol hamo’ed

De même que nos sages interdisent, le Chabbat, de demander à un non-Juif d’exécuter une mélakha, de même interdisent-ils, à ‘Hol hamo’ed, de demander à un non-Juif d’exécuter une mélakha qu’il est défendu à un Juif d’exécuter lui-même (Choul’han ‘Aroukh 543, 1, Michna Beroura 1). Dans le cas même où l’on peut estimer que, si l’on ne rémunère pas le non-Juif pendant la fête, on devra le payer davantage après la fête, cela reste interdit. En effet, la notion de davar ha-aved ne s’applique que lorsque la perte qu’on est sur le point de subir porte sur une chose dont on dispose déjà (‘Hayé Adam, principe 106, 12 ; Michna Beroura 2).

Il est permis de demander à un non-Juif de faire une mélakha qu’un Juif lui-même pourrait valablement accomplir, du moment qu’elle ne requiert pas de spécialité (mélékhet hédiot) ou qu’on y apporte un changement (chinouï) ; par exemple, de recoudre un vêtement pour les besoins de la fête (cf. ci-dessus, § 7-8). Si le non-Juif préfère accomplir cela suivant son habitude, en tant que travail artisanal (mélékhet oman), il n’est pas nécessaire de le prévenir contre cela (cf. Chemirat Chabbat Kehilkhata 68, note 137). De même, quand un non-Juif a fait, de lui-même, une mélakha pour un Juif à ‘Hol hamo’ed, il est permis au Juif d’en profiter (Pisqé Tossephot, Kaf Ha’haïm 543, 5).

Bien qu’il soit interdit au Juif de demander au non-Juif de faire pour lui une mélakha interdite à ‘Hol hamo’ed, cela devient permis pour les nécessités d’une mitsva, afin que celle-ci puisse être accomplie à ‘Hol hamo’ed. Il est donc permis de demander à un non-Juif d’achever la construction de la synagogue, afin qu’on y puisse prier (Michna Beroura 543, 1, Cha’ar Hatsioun 544, 10)[12].

Il est permis, avant la fête, de confier à un non-Juif un travail à faire, cela à deux conditions. 1) Que le non-Juif travaille pour lui-même, par exemple en tant qu’entrepreneur, de manière qu’il reçoive une rémunération forfaitaire pour l’exécution du travail, et qu’il décide à quel moment il travaille ; ou bien encore, que le non-Juif soit associé dans les bénéfices de ce travail : en ce cas, il travaille pour ses propres bénéfices. 2) Que ce ne soit pas un travail qu’il est habituel d’accomplir de manière salariée ; cela, afin que les observateurs ne suspectent pas le Juif d’employer le non-Juif contre salaire. Puisqu’il est d’usage, de nos jours, de construire des maisons en tant qu’entrepreneur indépendant, il est permis à un non-Juif de continuer la construction de la maison d’un Juif pendant ‘Hol hamo’ed (Choul’han ‘Aroukh 543, 2, Béour Halakha 244, 1, passage commençant par O liqtsor).

Quand il est interdit à un Juif d’acheter telle marchandise, il est également interdit de demander à un non-Juif de l’acheter à son intention pendant la fête, même si cette demande est formulée avant la fête (Béour Halakha 539, 1, passage commençant par Bein liqnot). Mais il est permis de demander au non-Juif : « Achetez cela pour vous-même, puis je vous le rachèterai plus tard de façon que vous y gagniez. » Il est même permis de prêter de l’argent au non-Juif à cette fin (Choul’han ‘Aroukh 307, 3, Michna Beroura 13, Chemirat Chabbat Kehilkhata 68, 34).

Il est permis, à ‘Hol hamo’ed, de confier à un non-Juif un travail, en spécifiant que ce travail devra être accompli après la fête. Cela, à condition de ne pas peser, ni mesurer, ni énumérer les choses par lesquelles le travail se fera ; ce serait en effet une activité spécifique aux jours profanes (ma’assé ‘hol). Si, par la suite, le non-Juif, ne respecte pas l’accord, et exécute le travail pendant la fête, il n’est pas nécessaire de protester, puisque l’on a convenu avec lui qu’il fallait l’accomplir après la fête (Choul’han ‘Aroukh et Rama 543, 3).

Selon certains, il est interdit à un Juif de cuisiner ou de faire quelque autre mélakha pour un non-Juif, à ‘Hol hamo’ed. Car tous les travaux qui ont été autorisés pendant la fête l’ont été pour les besoins des réjouissances festives ; or les non-Juifs n’ont pas de mitsva de se réjouir pendant les fêtes, de sorte qu’il est interdit d’accomplir un travail pour eux (‘Hayé Adam 106, 11). D’autres le permettent (cf. Chévet Halévi VIII 124, 2). En pratique, quand il y a à cela une grande nécessité – pour sanctifier le nom divin ou pour éviter une hostilité de leur part –, il est permis de faire une mélakha pour un non-Juif, à ‘Hol hamo’ed (cf. Chemirat Chabbat Kehilkhata 68, 37 ; cf. aussi Har’havot).


[12]. Le Chabbat, les sages ont permis, pour les nécessités d’une mitsva, d’accomplir une mélakha sur le mode de chevout de-chevout (comme nous l’avons vu dans Les Lois de Chabbat I 9, 11). Par conséquent, pour ceux qui estiment que l’interdit de travailler à ‘Hol hamo’ed est rabbinique, de même que pour Na’hmanide et ceux qui partagent son avis – selon lesquels rien de ce qui est nécessaire à la fête n’est interdit par la Torah –, nous sommes bien ici en présence d’un cas de chevout de-chevout pour les nécessités d’une mitsva. Pour ceux qui estiment que l’interdit est toranique, il faut rappeler la position du ‘Itour, d’après lequel même un cas de chevout simple est permis pour les nécessités d’une mitsva. Certes, le Chabbat, ce n’est qu’en cas de nécessité pressante que l’on s’appuie sur l’opinion du ‘Itour ; mais ici, où des décisionnaires estiment que l’interdit du travail n’est que rabbinique, on peut s’appuyer sur cette opinion (Peri Mégadim 543, Echel Avraham 1).

Contents