13 – Écrire

Comme toutes les mélakhot, écrire est également interdit à ‘Hol hamo’ed. Il est donc interdit d’écrire des rouleaux de la Torah, des téphilines, des mézouzot, et même une simple lettre. De même, il est interdit d’écrire des documents juridiques, des comptes commerciaux. Il est également interdit d’écrire des études, des recherches ou de passer des examens écrits (Choul’han ‘Aroukh 545, 1 ; 6).

Même pour les besoins de la fête, il est interdit d’écrire d’une manière artisanale[e], c’est-à-dire en lettres carrées[f], ni même en lettres ordinaires, du moment que l’on s’efforce de rendre son écriture bien droite, ou de tracer de beaux caractères. Mais il est permis, pour les besoins de la fête, d’écrire de manière ordinaire, c’est-à-dire de la façon dont les gens ont l’habitude d’écrire, sans effort particulier pour enjoliver les caractères. Par conséquent, si l’on veut acheter des produits alimentaires pour la fête, on est autorisé à écrire, en caractères ordinaires, la liste des produits dont on a besoin.

De même, il est permis d’écrire, en caractères ordinaires, une lettre amicale à son prochain, car cela aussi est considéré comme répondant aux besoins de la fête. En effet, par cela, on répand la joie et l’amitié. Cela, à condition de ne pas planifier une telle activité pour la période festive : si l’on souhaite écrire des lettres à ses amis, on ne repoussera pas cela à ‘Hol hamo’ed (Michna Beroura 545, 31).

Il est de même permis, pour qui veut faire un cadeau à son ami, de lui écrire des paroles d’amitié et de bénédiction. Et si l’on veut lui offrir un livre, on est autorisé à lui écrire une dédicace sur la page de garde (Choul’han ‘Aroukh 545, 5). Certains usent d’une rigueur, dans les cas où il est permis d’écrire en caractères courants : ils écrivent la première ligne en caractères penchés. Si l’on veut être indulgent, on y est autorisé, puisque telle est, en pratique, l’opinion de la majorité des décisionnaires (cf. Michna Beroura 35).

Écrire au moyen d’un ordinateur est également considéré comme un travail non spécialisé ; il est donc permis d’écrire une liste de courses sur son ordinateur, d’envoyer un message court (SMS) par téléphone, ou une lettre amicale par courrier électronique. Mais s’il n’y a pas à cela de besoin pour la fête, c’est interdit, puisqu’un travail non spécialisé lui-même est défendu, s’il n’est d’aucun besoin pour la fête.

Si, dans le cadre de son étude de Torah, on souhaite résumer un enseignement, en écrivant en caractères ordinaires, ou par ordinateur, afin de mieux se concentrer dans son étude, c’est permis, puisque l’on écrit alors pour les besoins d’une mitsva. (Les règles relatives au fait d’écrire pour les besoins d’une mitsva seront exposées ci-après, chap. 12 § 11 et 13.)

L’impression au moyen d’une imprimante est considérée par une partie des décisionnaires comme un travail d’artisan. Certes, l’opération est en soi très simple ; mais puisque le résultat est considéré comme mélékhet oman, il est juste, a priori, de tenir compte de l’opinion rigoureuse, et de ne pas imprimer à ‘Hol hamo’ed[8]. (Ci-après, chap. 12 § 14, nous parlerons du fait d’écrire pour les besoins du fonctionnement d’un tribunal rabbinique, ou pour éviter une perte.)


[e]. Dérekh oman, d’une manière requérant une spécialité professionnelle.

[f]. Caractères d’imprimerie, par opposition à l’écriture cursive.

[8]. Selon la majorité des décisionnaires, toute écriture requérant un effort pour former les lettres avec précision, que ce soit en hébreu ou dans une autre langue, est considéré comme un travail artisanal (mélékhet oman), tandis qu’une écriture ordinaire, que l’on ne s’efforce pas particulièrement de rendre droite et belle, est un travail simple (mélékhet hédiot). Aussi ces auteurs permettent-ils d’écrire en caractères ordinaires des lettres amicales, puisque celles-ci contribuent à la joie de la fête (Maïmonide, Na’hmanide, Mor Ouqtsi’a). Cependant, certains auteurs sont rigoureux, estimant que toute écriture doit être considérée comme mélékhet oman, et que seule l’écriture de lettres « brisées » [c’est-à-dire une écriture rapide et non soignée] relève de mélékhet hédiot (Tour au nom du Halakhot Guedolot, Teroumat Hadéchen). Le Choul’han ‘Aroukh 545, 5 tranche conformément à l’avis indulgent. Mais le Rama estime que, bien que l’opinion indulgente soit principale, on a l’usage d’être rigoureux, même à l’égard de l’écriture « ronde » (cursive), en écrivant tout son texte sur des lignes montantes ou descendantes. Le Maguen Avraham écrit qu’on n’a coutume d’incliner ainsi que la première ligne. La majorité des A’haronim enseignent, en pratique, que l’usage est d’être indulgent en matière d’écriture cursive (Baït ‘Hadach, Touré Zahav, Elya Rabba et d’autres). Leur opinion est rapportée par le Michna Beroura 35.

Écrire sur ordinateur sans imprimer : certains disent qu’il n’y a là aucun interdit, et que, même s’il n’y à cela aucune utilité pour la fête, la chose est permise, puisque l’on ne fait rien dans la réalité, mais que l’on se contente de créer des lettres électroniques, de sorte que la chose est assimilable à une écriture qui ne se maintient pas (ktav ché-eino mitqayem). Toutefois, quand l’ouvrage constitue un labeur (mélékhet ‘avoda), par exemple s’il est exécuté pour contribuer à sa subsistance, c’est interdit (‘Hol Hamo’ed Kehilkhato 6, 98). D’autres disent qu’écrire sur ordinateur est un travail non spécialisé, et qu’il est donc interdit quand il n’est pas nécessaire à la fête. Quant à ce qui ne se conserve pas, par exemple ce que l’on écrit au cours d’un jeu, c’est entièrement permis. Telle est la halakha (Rav Mordekhaï Elyahou, Maamar Mordekhaï 19, 54 ; ‘Hout Chani 19, 6).

Imprimante : certains estiment qu’imprimer au moyen d’une imprimante est une mélékhet oman, puisque le résultat est semblable à un ouvrage artisanal (d’après Elya Rabba 460, 6) ; d’autres pensent qu’il s’agit d’une mélékhet hédiot, puisque chacun sait faire cela (Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch 545, deuxième édition). Cf. ‘Hol Hamo’ed Kehilkhato 6, 89 et Pisqé Techouvot 545, 2. Il semble, en pratique, qu’il y ait lieu d’être rigoureux a priori, et de ne pas imprimer, même pour les besoins de la fête. Cependant, en cas de nécessité – par exemple pour les besoins d’un cours de Torah –, on peut s’appuyer sur le raisonnement des auteurs indulgents, puisque celui-ci est logique. Et si le fait de ne pas imprimer doit entraîner une perte en matière d’étude toranique, la chose est permise au titre de davar ha-aved (éviter une perte). De plus, pour la majorité des décisionnaires, il s’agit d’un cas de doute portant sur une norme rabbinique, de sorte qu’il y a lieu d’être indulgent en cas de nécessité. En effet, de l’avis même de ceux qui pensent que l’interdit du travail à ‘Hol hamo’ed est toranique, il est vraisemblable que cela ne vise que les grands travaux, ou ceux que l’on accomplit pour sa subsistance.

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