Chapitre 04 – La mitsva du chofar

11. Définition de la terou’a proprement dite, et des chevarim

La terou’a consiste en sonorités courtes, détachées et qui se suivent immédiatement (un trémolo), à l’exemple de la sonorité de pleurs. En halakha, on nomme ces sons troumitin, terme qui désigne les sons les plus brefs (notes piquées[i]). Certains disent que la terou’a consiste dans trois sons piqués (trois troumitin) (Rabbénou Hananel, Rachi) ; d’autres disent qu’il doit y en avoir neuf (Rivam, Riva, Séfer Mitsvot Gadol). En pratique, on produit neuf sons ; et si, a posteriori, on n’en a produit que trois, on est quitte. On peut ajouter des notes piquées au-delà des neuf réglementaires, à condition que toutes ces notes se succèdent immédiatement, sans interruption (Choul’han ‘Aroukh 590, 3, Michna Beroura 12 ; cf. note ci-dessous, quant à l’usage yéménite)[11].

Les chevarim consistent en trois sons de durée moyenne, semblables à un gémissement ou à des soupirs, la durée de chacun de ces trois sons équivalant à trois troumitin. A priori, il ne faut pas ajouter au nombre de trois chevarim ; mais a posteriori, si l’on en a joué plus de trois, on n’a pas invalidé pour autant ses chevarim (Choul’han ‘Aroukh 590, 3, Michna Beroura 11). Certains ont coutume de donner à chacun des trois chevarim une allure brisée : tou-ou-tou ; ou encore : ou-tou, à la manière de gémissements, car celui qui gémit a la voix brisée (coutume de Lituanie).

Si l’on a fait des chevarim d’une durée de deux troumitin à chacun des trois sons, on est quitte, puisque l’on reconnaît encore la ressemblance avec des gémissements – et non avec des pleurs – ; en effet, chaque son dure deux fois plus de temps que chacun des sons piqués de la terou’a. Mais si l’un des chevarim est d’une durée inférieure à deux troumitin, on n’est pas quitte. Si chacun de ses trois chevarim est d’une durée de quatre troumitin, on est quitte, car cela ressemble encore beaucoup aux chevarim habituels. Même si l’on a prolongé davantage le son, de sorte que chacun des trois dure l’équivalent de six troumitin, on est encore quitte a posteriori[12].


[i]. Le mot, qui semble à la fois proche de t(e)rou’a et de trompe/trompette, a une allure onomatopéique.

[11]. La coutume la plus couramment admise, pour jouer la terou’a, est de produire des sonorités proches des pleurs, c’est-à-dire des sons courts et détachés. Au Yémen, en revanche, on jouait des sonorités proches d’un gémissement : au lieu d’une succession de sons détachés, des sons tremblés et vibrants [un vibrato], où chaque tremblement est considéré comme un son en soi. Quand on y prête attention, il apparaît que la terou’a dans les communautés ashkénazes et séfarades ressemble à l’irruption de pleurs, entrecoupés sans qu’on les puisse maîtriser, tandis que la terou’a yéménite est à l’exemple d’une complainte, qu’on élève comme expression de pleurs et de deuil, mais de façon maîtrisée. En pratique, chaque communauté poursuivra selon sa coutume. Certains poussent la perfection jusqu’à écouter, après la prière, la terou’a exécutée suivant toutes les communautés.

[12]. Certains estiment qu’un chéver (son brisé, singulier de chevarim) d’une durée de trois troumitin est invalide. En effet, la teqi’a (son tenu) doit avoir une durée équivalente à la terou’a (sons tremblés) ; or, selon Rabbénou Hananel et Rachi, une terou’a de trois troumitin est encore valide ; de sorte que trois troumitin sont la durée de la teqi’a dans la série tarat. Selon cette position, dans la série tachrat – où la teqi’a doit avoir une durée équivalente à la somme de chevarim + terou’a –, si chaque chéver équivaut à trois troumitin, ce chéver sera déjà considéré comme un teqi’a, puisque, dans la série tarat, trois troumitin sont la durée d’une teqi’a (Tour, d’après l’opinion de Tossephot et du Roch ; première opinion présentée par le Choul’han ‘Aroukh 590, 3).

Selon le Rivam, le Riva et le Séfer Mitsvot Gadol, la terou’a comporte neuf troumitin. Dès lors, a posteriori, un chéver inférieur à neuf troumitin est nécessairement valide (seconde opinion citée par le Choul’han ‘Aroukh).

D’autres estiment qu’il n’y a pas de relation entre les différentes séries : dans chacune d’elles, la teqi’a doit avoir une durée équivalente à celle des sonneries qui se trouvent en son centre. Par conséquent, dans la série tachrat, la teqi’a doit avoir la durée de chevarim + terou’a, tandis que, dans la série tachat, elle équivaut à la durée des chevarim seulement. Dès lors, suivant la thèse de Rabbénou Hananel et de Rachi eux-mêmes, si le chéver que l’on produit dans ces séries dépasse la durée de trois troumitin, ce sera valide (Mordekhi, Hagahot Achré, Rama). Et c’est bien ce que l’on fait en pratique (Michna Beroura 590, 15).

Certains auteurs pensent cependant qu’il faut tenir compte de la première opinion, et, au moins lors des trente premières sonneries, faire en sorte que le chéver ait une durée inférieure à trois troumitin (Maguen Avraham 2 ; cf. Qol Terou’a 8).

À notre humble avis, il n’y a pas lieu d’être pointilleux en la matière, ce pour plusieurs raisons : 1) Parce que trois doutes se conjuguent ici (sfeq sfeq sfeqa) pour incliner vers l’indulgence : a) la halakha est peut-être conforme à l’avis de ceux qui pensent qu’une terou’a équivaut à neuf troumitin ; b) même si l’on se réfère à l’avis selon lequel la terou’a équivaut à trois troumitin, il se peut que la halakha suive le Mordekhi et le Hagahot Achré, d’après lesquels il n’y a pas de relation organique entre les différentes séries ; c) il se peut que la halakha soit conforme à l’avis de Maïmonide, selon qui la durée d’une teqi’a est celle d’une demi-terou’a ; et peut-être la halakha suit-elle le Raavad, qui estime que la teqi’a a toujours une valeur de neuf troumitin. 2) Il est très difficile d’être précis en ce domaine, car la différence entre un chéver de deux troumitin et un chéver de trois est d’environ un quart de seconde, et il est difficile de respecter une si mince différence ; or la Torah n’a pas été donnée à des anges de service. 3) Si l’on essayait de produire un son équivalent à deux troumitin, on risquerait de l’écourter, de sorte que ce son serait un peu inférieur à deux troumitin ; le chéver serait alors réduit à l’équivalent d’une terou’a, et l’on ne serait pas quitte selon tous les avis. Il semble donc que, dès lors que les chevarim sont reconnaissables comme sons proches d’un gémissement, ils soient a priori valides. D’après certains auteurs, ceux qui jouent les chevarim selon la coutume lituanienne échappent au doute : puisque les sons qu’ils produisent sont brisés, il est impossible de les confondre ni de les considérer comme une teqi’a (cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 12, note 64).

Jusqu’à quel point peut-on prolonger le son du chéver ? Selon ceux qui estiment que la terou’a proprement dite équivaut à 9 troumitin, c’est de cette même durée que doit être la teqi’a ; dès lors, le chéver doit simplement durer moins que cela (Choul’han ‘Aroukh 590, 3, pour la seconde opinion). Toutefois, la question mérite d’être approfondie, car avec une telle durée, le chéver est déjà très proche de la teqi’a joyeuse. Aussi écrivons-nous ci-dessus qu’un chéver valide a posteriori vaut à tout le moins 6 troumitin (cf. Maté Ephraïm 11, Elef Lamaté 14). Si l’on suit le système de Maïmonide, d’après lequel la teqi’a équivaut à la moitié de la terou’a, un son de 4,5 troumitin sera déjà considéré comme une teqi’a. Dès lors, le chéver devra équivaloir à 4 troumitin au plus. A priori, il y a lieu de tenir compte de son avis.

12. Mesure des sonneries

La teqi’a est un son prolongé et continu, dont la durée doit être équivalente à tout le moins à celle des sonneries médianes. Toutefois, il existe trois modèles de sonneries médianes : a) chevarim-terou’a ; b) chevarim ; c) terou’a. Or la halakha veut que, pour chaque série, la teqi’a soit d’une durée équivalente à la durée des sonneries médianes de cette même série[13].

Par conséquent, dans la série tachrat, la teqi’a doit avoir une durée d’environ dix-huit troumitin, puisque les chevarim valent environ neuf troumitin, et la terou’a neuf également. Même si l’on a prolongé sa terou’a, et que l’on y ait ajouté des sons, on ne sera pas tenu de prolonger la teqi’a au-delà des dix-huit troumitin, puisque telle est la durée des sonneries médianes, par laquelle on s’acquitte de son obligation d’après toutes les opinions.

Dans les séries tachat et tarat, la teqi’a doit équivaloir à neuf troumitin, puisque telle est la durée des chevarim, d’une part, de la terou’a d’autre part.

Le troumit (singulier de troumitin) est le son le plus bref que le sonneur tire de son chofar, et c’est l’addition de ces sons brefs qui forme la terou’a. Cette mesure de base change selon le sonneur et le chofar : les sonneurs les plus rapides produisent neuf troumitin en une seconde et quart, les plus lents en deux secondes et demie. La halakha veut que chaque sonneur prolonge sa teqi’a et ses chevarim en fonction de la durée de ses propres troumitin. Si l’on veut être quitte selon toutes les opinions, on fera, pour la série tachrat, des teqi’ot de cinq secondes chacune ; et, pour les séries tachat et tarat, des teqi’ot de deux secondes et demie chacune[14].

Dans le cas où la teqi’a est bien continue, mais où sa sonorité a changé en cours de route, soit que d’aigue elle soit devenue grave, soit l’inverse, soit que de lisse elle soit devenue rauque, soit l’inverse, elle n’en reste pas moins valide. Même si de tels changements se sont produits plusieurs fois au cours d’une même teqi’a, tant que le son se prolonge continument, la teqi’a reste valide ; car tous les types de sonorités sont valables, en matière de chofar. Ceux qui veulent apporter à leur pratique un supplément de perfection s’efforcent de produire une teqi’a non seulement continue, mais homogène, sans montées dans les aigus ni descente dans les graves, et sans changements[15].


[13]. Michna Roch Hachana 33b : « La mesure de la teqi’a est semblable à celle de trois terou’ot. » La Guémara demande : « N’est-il pourtant pas dit, dans une baraïtha, que la mesure de la teqi’a est semblable à celle de la terou’a ? Abayé a dit : “Notre Tanna [le maître qui a enseigné notre michna] vise la teqi’a de l’ensemble des trois séries (…), tandis que le Tanna de la baraïtha vise la teqi’a d’une série, et pas davantage [de sorte qu’il n’y a pas de contradiction entre les deux sources].” » La majorité des décisionnaires expliquent ce passage dans le sens de ce que nous écrivions ci-dessus : la durée d’une teqi’a équivaut à celle des sonneries médianes de la série où elle prend place. Telle est l’opinion de Rachi, de Tossephot, du Roch, du Tour et du Choul’han ‘Aroukh 590, 3 ; Michna Beroura 15. Selon Maïmonide (3, 4), la durée de deux teqi’ot (plur. de teqi’a) est égale à celle des sonneries qui se trouvent au milieu d’elles ; par conséquent, la durée de la teqi’a vaut la moitié de celle de la sonnerie intermédiaire. On est donc obligé de dire que, pour Maïmonide, la terou’a est de 9 troumitin et non de 3 ; car il n’est pas vraisemblable que la teqi’a fasse un troumit et demi. Si la terou’a à laquelle se réfère Maïmonide est semblable à celle qui est en usage au Yémen, chaque troumit est bien plus long que le troumit habituel ; alors, la position de Maïmonide est plus facile à comprendre. Mais selon le Raavad, la valeur de la teqi’a est constante : 9 troumitin.

[14]. Choul’han ‘Aroukh 590, 3 : « Des valeurs rythmiques minimales, c’est ce que l’on appelle troumitin » ; ce sont les valeurs dont se composent la terou’a, comme l’auteur l’indique. Simplement, les sonneurs chevronnés peuvent produire 9 troumitin en une seconde et quart, tandis que les plus lents les jouent en deux secondes et demie environ. Or la teqi’a doit toujours être de longueur équivalente à celle des sonneries intermédiaires ; de même les chevarim doivent être de durée semblable à celle de la terou’a. Quoi qu’il en soit, même pour les sonneurs lents, on est a posteriori quitte, dans la série tachrat, avec un teqi’a de deux secondes et demie. En effet, a posteriori, on est quitte de la terou’a avec 3 troumitin, et des chevarim avec 6 troumitin. Quant aux séries tachat et tarat, on est quitte, a posteriori, avec une teqi’a d’une seconde et demie.

[15]. Tous les types de sonorité sont valides (Roch Hachana 27b ; Choul’han ‘Aroukh 586, 6). Ce principe inclut aussi les cas où, au milieu de la teqi’a, le son se modifie : tant qu’il reste continu, il est valide. Certains auteurs ont inféré des propos du Ritva qu’il était interdit de modifier la sonorité du chofar en cours de route. Tout le propos du Ritva était pourtant de dire qu’il ne faut pas, intentionnellement, émettre une forme de brisure en fin de teqi’a. Cependant, certains apportent à leur sonnerie ce supplément de perfection : ils veillent à ce que le son de la teqi’a ne se brise pas au milieu (Rav Harlap) ; mais si l’on s’en tient à la stricte règle, une telle variation n’invalide pas la sonnerie (c’est l’opinion de tous les décisionnaires, et c’est ce qu’écrit notamment le Rav Chelomo Zalman Auerbach, Halikhot Chelomo II 9). Toutefois, il semble que si le son de la teqi’a s’est véritablement brisé, ou ait varié plusieurs fois de hauteur au point qu’il ait l’apparence de chevarim, il soit juste de reprendre.

Les Yéménites ont coutume, a priori, de produire une sorte de glissando ascendant à la fin de la teqi’a. Si l’on y prête attention, on comprend que, selon eux, cette ascension exprime, dans la teqi’a, le sommet de la joie, et dans la terou’a le sommet de la peine. Il faut dire encore que, selon la coutume yéménite, il faut avoir soin de bien distinguer le teqi’a de la terou’a : le son de la teqi’a doit être très stable, celui de la terou’a vraiment vibrant. Dans le cas où le son varierait au milieu de la teqi’a, le sonneur doit encore avoir soin, suivant la coutume yéménite, qu’elle ne prenne pas l’allure d’une terou’a.

13. Ordonnancement des sonneries et des respirations

A priori, il faut sonner suivant l’ordre fixé par nos sages : trois séries de tachrat, trois de tachat, trois de tarat ; et a posteriori, si l’on a modifié cet ordre, on est quitte. Par exemple, si l’on a exécuté deux tachrat, puis que l’on ait fait les tachat et les tarat, on pourra ajouter à la suite le troisième tachrat (Choul’han ‘Aroukh 590, 9, Michna Beroura 35).

Si l’on s’est trompé dans l’exécution d’une des sonneries, il faut, dans certains cas, revenir à la sonnerie où s’est produite l’erreur, et dans d’autres cas revenir à la première sonnerie de l’unité considérée. Par « unité », nous désignons ici un tachrat, ou un tachat, ou encore un tarat, tandis que nous appelons ici « série » un ensemble de trois unités. Puisque chaque unité existe en propre, celui qui se trompe doit, tout au plus, revenir à la teqi’a par laquelle elle commence ; mais il n’est en aucun cas nécessaire de revenir au début de la série.

Dans toute unité, il faut marquer, entre la première teqi’a et les chevarim ou la terou’a qui lui font suite, un arrêt d’une durée égale à une respiration. De même, il faut marquer un arrêt d’une telle durée entre les chevarim ou la terou’a et la dernière teqi’a. La raison en est que la teqi’a est une expression de joie et de paix, tandis que la terou’a et les chevarim expriment les pleurs et les gémissements, or il ne faut pas unir les deux (Levouch). Si, par erreur, on n’a pas observé cette pause de la durée d’une respiration, certains disent que l’on est quitte, d’autres disent qu’on ne l’est pas. Bien que l’opinion indulgente soit, en l’occurrence, la principale, il est juste, pour les trente premières sonneries, d’être rigoureux, et de reprendre à la première teqi’a de l’unité où l’erreur s’est produite (Choul’han ‘Aroukh 590, 5, Choul’han ‘Aroukh Harav 9)[16].

Les chevarim doivent être enchaînés ; de même la terou’a doit être continue. Si, par confusion, on s’est interrompu, au milieu des chevarim ou de la terou’a, pendant le temps d’une respiration, on n’est pas quitte, car on aura partagé les chevarim ou la terou’a en deux parties qui ne s’associent pas l’une à l’autre. On devra donc recommencer à les sonner (Michna Beroura 590, 16, Cha’ar Hatsioun 14)[17].

Quant à la séquence chevarim-terou’a, que l’on trouve dans la série tachrat, les Richonim sont partagés. Nombre d’entre eux pensent qu’il faut sonner cette séquence d’un seul souffle, puisqu’ils forment une seule et même mitsva. En effet, au sein de la série tachrat, la séquence chevarim-terou’a tient lieu de ce que la Torah nomme terou’a[j] ; aussi est-il interdit de s’interrompre au milieu par une respiration ; et si l’on s’est interrompu ainsi, on n’est pas quitte. Cependant, on marquera entre les deux une interruption minimale, afin de distinguer entre ces deux parties de ce que la Torah nomme terou’a (Rabbi Yits’haq Ibn Ghiat, Roch, Rachba, Ran, Rivach ; Beit Yossef, Michna Beroura 18). D’autres disent qu’il faut, a priori, marquer entre les deux une interruption d’une durée d’une respiration, puisque telle est la façon dont un homme gémit et pleure : il ne le fait pas d’un seul souffle (Rabbénou Tam). Toutefois, si l’on ne s’est pas interrompu, on est quitte a posteriori, selon cette vue même.

Afin d’être quitte selon toutes les opinions, on a coutume, pendant les « sonneries écoutées assis » (teqi’ot dimeyouchav) – par lesquelles on s’acquitte de son obligation – de ne pas marquer d’interruption dont la durée soit d’une respiration, entre chevarim et terou’a. Et pendant les trente sonneries écoutées debout, on a coutume de marquer entre les deux une interruption de la longueur d’une respiration (Choul’han ‘Aroukh 590, 4 ; Cha’ar Hatsioun 18).


[16]. Il est interdit de prolonger le son de la dernière teqi’a d’une unité, dans la mesure de deux teqi’ot, dans le but de s’acquitter également par-là de la première teqi’a de l’unité suivante. Si l’on a fait cette jonction, le son ainsi produit est considéré comme la dernière teqi’a de l’unité précédente ; on devra donc sonner de nouveau pour faire entendre la première teqi’a de l’unité suivante (Maïmonide, Na’hmanide, Rachba, Roch). Certains auteurs sont rigoureux : puisque l’on a eu pour intention qu’un même son vaille pour deux teqi’ot, on ne s’est rendu quitte d’aucune des deux. En effet, chaque teqi’a requiert un commencement et une fin ; or, si l’on analyse l’intention que l’on aura émise, il se trouve que la première teqi’a n’a pas de fin, tandis que la seconde n’a pas de commencement. Et puisque la teqi’a que l’on a ainsi jouée est invalide, c’est toute l’unité précédente que l’on a invalidée, de sorte que l’on doit recommencer au début de ladite unité (Tour, d’après le Talmud de Jérusalem). Mais la halakha est conforme à l’opinion indulgente (Michna Beroura 590, 25 d’après Elya Rabba et le Gaon de Vilna ; selon le Beit Yossef, il est bon de tenir compte de l’opinion rigoureuse).

[17]. Selon la majorité des décisionnaires, Richonim comme A’haronim, si l’on a fait une interruption de la durée d’une respiration au milieu des chevarim ou de la terou’a, on n’est pas quitte, comme l’explique le Cha’ar Hatsioun 590, 14. Toutefois, certains sont indulgents a posteriori (Taz, Maguen Avraham).

[j]. Cf. ci-dessus, § 2.

14. Interruptions et erreurs pendant la sonnerie

On compte deux sortes d’erreur : 1) si, par confusion, on a produit intentionnellement, au milieu d’une unité[k], un son qui ne lui appartenait pas, on doit reprendre au début de l’unité considérée, c’est-à-dire à la première teqi’a de ladite unité. 2) Si l’on a essayé de produire un certain son conformément aux prescriptions, mais que l’on n’y soit pas parvenu, il n’est pas nécessaire de revenir au début de l’unité considérée ; on respirera et l’on refera, cette fois de façon conforme, le son nécessaire. Voyons cela plus en détail :

Premier type d’erreur : on a confondu les choses, et l’on a fait une terou’a entre la teqi’a et les chevarim, ou bien des chevarim entre la terou’a et la teqi’a. Puisque ce que l’on a joué répondait à une intention, et que ce son était étranger à ce qui se devait entendre, au cours de telle unité, on doit reprendre cette unité à sa première teqi’a. Même si, entre teqi’a et chevarim, on n’a joué qu’un troumit de terou’a (une seule note piquée), ou bien que, entre terou’a et teqi’a, on n’ait joué qu’un chéver (tierce partie des chevarim), on a invalidé toute cette unité, et l’on doit la reprendre à sa première teqi’a (Choul’han ‘Aroukh 590, 8).

De même, si, après avoir terminé les chevarim, on a marqué une interruption de la durée d’une respiration, et que l’on ait fait un nouveau chéver, on doit revenir à la première teqi’a de l’unité : puisque l’on a déjà terminé les chevarim, il fallait faire une teqi’a pour clore cette unité ; or un chéver supplémentaire constitue un son étranger au milieu de ladite unité. De même, si, après avoir terminé la terou’a, on a fait une interruption d’une durée d’une respiration, et que l’on ait fait un nouveau son de terou’a, on devra reprendre à la première teqi’a de cette unité (Choul’han ‘Aroukh 590, 8)[18].

Second type d’erreur : si l’on a tenté de produire la dernière teqi’a de telle unité, et qu’un ou deux sons soient sortis, qui soient semblables à des chevarim ou à une terou’a, on respirera et l’on refera sa teqi’a comme il faut. On n’aura pas besoin de revenir au début de l’unité considérée, puisque c’est sans intention que seront advenus ces sons-là. De même, si l’on devait sonner des chevarim, et que deux sons de chevarim se soient fait entendre, mais que l’on n’ait pas réussi à poursuivre et que l’on se soit vu contraint de prendre une respiration ; ou bien, si l’on devait sonner une terou’a, et que deux notes de terou’a se soient fait entendre, sans que l’on ait réussi à poursuivre, et que l’on se soit vu contraint de prendre une respiration, on devra recommencer ses chevarim ou sa terou’a, mais il ne sera pas nécessaire de revenir au début de l’unité. Certains sonneurs ont l’habitude de prolonger le dernier troumit (la dernière note) de la terou’a ; ils doivent faire attention à cela car, si cette dernière note sonnait comme un chéver, ils devraient recommencer leur terou’a (Michna Beroura 590, 31).

Si l’on a réussi à produire trois notes de terou’a, mais que l’on n’ait pas réussi à continuer, et que l’on se soit alors interrompu un temps égal à celui d’une respiration, on devra revenir à la première teqi’a de l’unité. En effet, certains auteurs pensent que, dès lors que l’on a fait trois notes de terou’a, on est quitte de celle-ci ; par conséquent, si l’on sonnait ensuite une terou’a de neuf notes, il se trouverait que la terou’a aura été sonnée deux fois (‘Aroukh Hachoul’han 590, 20)[19].

Lorsque deux minyans prient dans des salles proches l’une de l’autre, et que l’on a commencé de sonner dans l’une, il est bon que le second minyan attende, pour sonner à son tour, que le premier ait terminé sa série de sonneries. En effet, certains estiment que, si l’on entend, au milieu de la sonnerie du chofar, des sons étrangers, et quoique l’on n’ait pas l’intention de se rendre quitte par eux de son obligation, ces sons invalident la sonnerie. Bien que la halakha suive l’opinion de la majorité des décisionnaires, selon lesquels ces sons adventices n’invalident pas la sonnerie présente, il est bon, a priori, de tenir compte de cette opinion rigoureuse (Béour Halakha 590, 8, passage commençant par Kemit’asseq).


[k]. Sur cette notion, par opposition à série, cf. paragraphe précédent.

[18]. Bien que, selon Rabbénou Tam et Rabbi Zera’hia Halévi, a posteriori, aucun son intermédiaire n’ait de caractère invalidant, Na’hmanide et le Raavan estiment que tout son qui n’est pas à sa place invalide toute l’unité. C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh 590, 8. C’est la conduite à tenir dans les trente sonneries « entendues assis », puisque c’est sur elles que le toqéa’ aura prononcé la bénédiction, ainsi que dans les trente sonneries de la répétition de la ‘Amida, puisqu’elles constituent les sonneries principales. Cependant, dans les sonneries qui suivent la ‘Amida, on pourra s’appuyer sur les décisionnaires indulgents (Michna Beroura 590, 35). Suivant la coutume des Séfarades et des Hassidim, on est indulgent dans les trente sonneries de la ‘Amida dite à voix basse, et dans les dix qui ponctuent l’office.

[19]. Si, dans la série tachrat, on a fait ses deux premiers chevarim, puis que l’on se soit trompé et que l’on ait alors fait des sons de terou’a, on reprendra au début de chevarim, suivis de terou’a ; il ne sera pas nécessaire de revenir à la première teqi’a de l’unité. En effet, même si, en pratique, c’est une véritable erreur que l’on a commise, et non un simple échec auquel on s’est heurté dans la réalisation du son, tant que l’on se trouve dans la séquence chevarim-terou’a, on sera considéré non comme ayant commis une erreur, mais comme ayant échoué à produire le son, puisque les sons de la terou’a appartiennent à cette séquence (Choul’han ‘Aroukh 590, 7, Michna Beroura 27-28). [Les sons chevarim et terou’a, quoique distincts, sont deux interprétations d’un même commandement : celui de la terou’a biblique. Aussi ont-ils une proximité particulière, qui justifie que, dans la série tachrat, l’ensemble qu’ils constituent peut être considéré comme une séquence organique.]

15. Ce qu’est le chofar

Le chofar de Roch hachana est une corne creuse, qui a poussé sur la tête d’un animal domestique ou sauvage ; le mot chofar est en effet proche de chefoferet, qui signifie tube. Mais les bois des cervidés ne sont pas valides, car ils ne forment pas un chofar : ils ne sont pas creux, mais constituent un seul et même organe osseux. Pour les rendre propres à sonner, il faudrait y percer un orifice. La corne de la vache est également invalide, puisqu’elle est appelée qeren (cor, ou corne) et non chofar (Roch Hachana 26a, Choul’han ‘Aroukh 586, 1).

Le chofar est un instrument riche en allusions : il grandit sur la tête de la bête, et son extrémité la plus large (le pavillon), par laquelle sort le son, est celle des deux extrémités qui est attachée à la tête de l’animal. Quand on sonne du chofar, on souffle, pour ainsi dire, directement dans l’esprit d’animalité qui est en nous, afin de nous éveiller à une haute techouva.

La mitsva veut que le chofar de Roch hachana soit courbé : signe que nous devons soumettre notre cœur devant Dieu béni soit-Il (Roch Hachana 26b). La manière la plus choisie d’accomplir la mitsva est de prendre une corne de bélier courbe, car Rabbi Abahou a dit :

Pourquoi sonne-t-on dans un chofar de bélier ? Le Saint béni soit-Il dit : « Sonnez devant moi dans un chofar de bélier, afin que cela me rappelle en votre faveur la ligature d’Isaac fils d’Abraham ; alors, je vous l’imputerai comme si vous vous étiez vous-mêmes ligaturés devant moi (Roch Hachana 16a).

Le mâle adulte de la famille des moutons se nomme bélier (hébr. ayil), et la femelle se nomme brebis (ra’hel). La meilleure manière d’accomplir la mitsva est donc de sonner dans une corne courbe de bélier. Le degré de perfection immédiatement inférieur à celui-là est d’utiliser une corne courbe de brebis. Puisqu’elle aussi fait partie de la famille des moutons, le chofar fait de sa corne rappelle, lui aussi, la ligature d’Isaac.

Si l’on a deux possibilités : sonner dans un chofar courbe qui ne provient pas du bélier, ou dans un chofar droit provenant du bélier, il est préférable de sonner dans un chofar courbe, car la courbure est une règle énoncée par la Michna, tandis que le fait de sonner une corne de bélier est seulement une manière plus parfaite d’accomplir la mitsva (Michna Beroura 586, 5)[20].

Un chofar de bélier est naturellement courbé. Toutefois, si un cas rare se présente où la corne pousse droite, il est permis de la courber en la chauffant : par ce biais, le chofar sera considéré comme méhoudar (d’une particulière qualité). Courber le chofar en le chauffant est également permis à des fins esthétiques (cf. Har’havot).

Par contre, si chauffer la corne a pour effet d’inverser la position de l’embouchure instrumentale, de sorte que la partie initialement étroite est devenue large, et que la partie large est devenue étroite, le chofar n’est plus valide. De même, si la température a eu pour effet de « retourner » le chofar, à la manière dont on retourne un manteau – de sorte que la face intérieure se retrouve à présent à l’extérieur et inversement –, le chofar n’est pas valide (Choul’han ‘Aroukh 586, 12). De tels cas existent, car la chaleur a pour effet d’attendrir considérablement la corne, et ceux qui polissent les chofars préfèrent parfois renverser sa présentation, parce qu’il leur sera plus facile ainsi de le lisser ou de l’embellir. Aussi faut-il acheter son chofar à une personne digne de foi, qui assurera n’avoir point « renversé » le chofar. Quand le côté large du chofar conserve ses bosses et ses rainures, c’est le signe qu’on ne l’a pas « renversé ».


[20]. Le fondement de la sonnerie du chofar est expliqué à l’occasion des règles du jubilée (le yovel) ; c’est de là que nous les apprenons au sujet de Roch hachana, comme l’explique le traité Roch Hachana 33b. Dans la michna Roch Hachana 26a, on lit : « Tous les chofars sont cachères, sauf celui de vache, car il est appelée qeren (cor, corne). »

Page 26b, la michna dit : « Le chofar de Roch hachana [dont on sonnait au Temple] provenait du bouquetin (ya’el) et était droit (pachout). (…) Rabbi Yehouda dit : “À Roch hachana, on sonne dans la corne d’un mâle.” » Ce que vise Rabbi Yehouda, c’est la corne courbe d’un mâle, puisque telle est la forme habituelle du chofar de bélier. Rabbi Lévi tranche, dans la Guémara ad loc. : « La mitsva de Roch hachana et celle de Kipour s’accomplissent avec un chofar courbe » ; car plus l’homme courbera sa volonté durant ces jours, mieux ce sera.

Nous apprenons donc, dans la première michna, que la corne de vache n’est pas valide, car elle ne porte pas le nom de chofar, tandis que tous les autres chofars sont valides. La seconde michna, quant à elle, nous enseigne que c’est une mitsva que de sonner dans un chofar courbe ; mais que, s’il est droit, cela reste valable. Nous apprenons par ailleurs, en Roch Hachana 16a, les propos de Rabbi Abahou, selon qui la façon la plus choisie d’accomplir la mitsva est d’utiliser un chofar de bélier. Ainsi tranchent le Raavad, Na’hmanide, le Roch, le Rachba, le Ran et de nombreux autres maîtres.

Mais selon Maïmonide, est seul valable le chofar courbe de bélier (Chofar 1, 1) ; selon lui, Rabbi Yehouda n’est pas d’accord avec ce qu’énonce la première michna, selon laquelle « tous les chofars sont valides » : Rabbi Yehouda pense que seul un chofar « courbe d’un mâle » est valide, c’est-à-dire un chofar courbe provenant d’un bélier. C’est aussi l’opinion de Rabbi Lévi : la mitsva s’accomplit « avec un chofar courbe », c’est-à-dire un chofar provenant du bélier, et de forme courbe.

Bien que Rav Saadia  Gaon et Rabbi Eliézer de Metz partagent l’opinion de Maïmonide, les A’haronim tranchent, en pratique, conformément à la majorité des Richonim : tous les chofars sont valides, aussi peut-on réciter la bénédiction pour un chofar droit de bouquetin, ou autres chofars d’espèce proche. C’est ce qu’écrit le Choul’han ‘Aroukh 586, 1. Néanmoins, en considération de ce qu’écrivent Maïmonide et ceux qui partagent le même avis, il faut s’efforcer de s’équiper d’un chofar courbe de bélier.

16. Quelques règles relatives au chofar

Le chofar doit avoir une longueur d’un téfa’h[l] à tout le moins, c’est-à-dire une longueur telle que le sonneur puisse le saisir en sa main, et qu’il soit encore visible d’un côté et de l’autre (Choul’han ‘Aroukh 586, 9).

Si le son émis par le chofar était très aigu ou très grave, ou encore très rauque, cela reste valide, car en matière de chofar tous les types de sonorité sont valides (Choul’han ‘Aroukh 586, 6).

Si l’on a collé les uns aux autres des fragments de chofar, le chofar ainsi formé est invalide. N’était-ce qu’un seul petit fragment que l’on collerait au chofar, cela resterait une cause d’invalidité ; car le chofar doit former une unité, comme il est depuis sa création, sans aucun ajout. De même, si l’on a allongé le chofar, avec du métal ou du plastique, le chofar n’est plus valable (Choul’han ‘Aroukh 586, 10-11). Mais si l’on a coupé le chofar, et qu’en conséquence le son en soit changé, il reste valide, tant qu’il garde la mesure minimale d’un téfa’h. De même, si l’on a poli le chofar de l’extérieur et de l’intérieur, au point qu’il soit devenu fin et ait changé de sonorité, le chofar est valide (Choul’han ‘Aroukh 586, 13-14).

Si l’on a recouvert d’or le chofar, ou de quelque autre matière, et que cela ait provoqué un changement de sonorité de l’instrument, celui-ci est invalidé, car alors le son ne serait pas celui du seul chofar. Aussi faut-il se garder de peindre le chofar, de crainte que la peinture n’altère sa sonorité. Mais il est permis de graver des formes sur le chofar (Choul’han ‘Aroukh et Rama 586, 17).

Si l’on a recouvert d’or ou de quelque autre matière le chofar de l’intérieur, c’est une cause d’invalidation, puisque le son ne s’émettra plus par le biais du chofar, mais par le biais d’une autre matière. De même, si l’on a recouvert d’or, ou d’une autre matière, l’embouchure du chofar, et quand bien même cela n’aurait pas allongé la taille de l’instrument, celui-ci n’est plus valide, car le revêtement fait écran entre la bouche du sonneur et l’instrument (Choul’han ‘Aroukh 586, 16, 18).

Quand un chofar est percé, il est permis a priori de le sonner, du moment que sa sonorité n’ait pas changé. Si sa sonorité a changé, certains disent qu’il est invalidé ; il convient, a priori, d’adopter cette rigueur. Mais quand aucun autre chofar n’est disponible, on peut s’appuyer sur l’opinion de la majorité des décisionnaires, d’après lesquels, tant que l’orifice n’affecte qu’une partie minoritaire du chofar, et quoiqu’il n’y reste plus la mesure d’un téfa’h sans trous, l’instrument est valide et l’on peut prononcer la bénédiction.

Si l’on a bouché le trou, et qu’on y ait collé un fragment de chofar, cela reste valide, à condition que l’instrument retrouve sa sonorité originelle, et que l’orifice n’en ait pas grevé la majorité ; on pourra même réciter la bénédiction (Michna Beroura 35)[21].

Si le chofar est longitudinalement fendu dans toute son épaisseur, certains disent que, même si cette fente est très courte, et à moins qu’on n’ait recollé ou bouché le chofar par un nœud, celui-ci n’est plus valide. En effet, en raison des sonneries à venir, il risque de se fendre entièrement. Mais selon la majorité des décisionnaires, si la fente n’affecte qu’une partie minoritaire du chofar, celui-ci reste valide. En cas de nécessité pressante, on peut s’appuyer sur leurs paroles, et prononcer la bénédiction. Mais si la fente affecte la majorité de sa longueur, le chofar est invalide (Choul’han ‘Aroukh 586, 8, Michna Beroura 43 ; cf. Béour Halakha ad loc.). Si l’on a chauffé le chofar, et que l’on ait recollé les bords de la fente, obturant celle-ci, le chofar est valide. Mais s’il est fendu dans toute sa longueur, le chofar est entièrement invalidé, et il n’est plus possible de le réparer, puisqu’il a perdu le nom même de chofar (Choul’han ‘Aroukh 586, 8). Si le chofar s’est fendu dans sa largeur, et que la fente n’embrasse pas la majorité de sa circonférence, l’instrument reste valide, quoique sa sonorité ait changé. Si la fente embrasse la majorité de sa circonférence, et qu’il ne reste pas un téfa’h intègre entre l’endroit d’où l’on sonne et l’endroit où se trouve la fente, le chofar n’est plus valide (ibid. 9)[22].


[l]. Environ 7,6 cm.

[21]. Quand un chofar est percé, et que l’orifice n’a pas été rebouché, la majorité des décisionnaires estiment que cela n’invalide point l’instrument, même si la sonorité a changé (Tossephot, qui se fonde sur le Talmud de Jérusalem ; Na’hmanide, Roch, Ran, Rabbénou Yerou’ham, et d’autres auteurs). C’est en ce sens que tranche le Choul’han ‘Aroukh (586, 7). Certains auteurs estiment que, si la sonorité a changé, le chofar s’en trouve invalidé (Ritva, Kolbo). A priori, il y a lieu de tenir compte de leur opinion (Rama). Mais si la sonorité n’a pas changé du fait de l’orifice, il semble que toutes les opinions s’accordent pour dire qu’il n’y a pas de cause d’invalidation (Michna Beroura 28). Il faut dire que, dans les règles gouvernant le changement de sonorité, il n’est question que de changement net ; car si le changement est petit, il est difficile de le percevoir.

Se fondant sur la Michna et la Guémara (Roch Hachana 27a-b), Maïmonide et le Ran estiment que trois conditions sont nécessaires pour que l’obturation de l’orifice n’entraîne pas l’invalidation du chofar : 1) que l’orifice n’affecte qu’une minorité du chofar ; 2) que l’obturation soit faite avec un élément de la même espèce que le chofar, c’est-à-dire avec un fragment de chofar, ou en collant l’une à l’autre les deux extrémités de l’orifice ; 3) que la sonorité n’ait pas changé par rapport à ce qu’elle était d’abord, avant que le chofar ne fût percé. Et dès lors qu’une de ces conditions manque, le chofar n’est pas valide.

Pour Tossephot et le Roch, une seule de ces trois conditions est impérieuse : le fait que l’orifice n’affecte qu’une minorité de l’instrument ; quant aux deux autres conditions, il suffit qu’une d’elles soit réalisée : soit que l’on ait obturé l’orifice avec un élément de la même espèce que le chofar – celui-ci sera alors valide, bien que sa sonorité ait changé –, soit que sa sonorité soit semblable à ce qu’elle était originellement – le chofar sera alors valide, même si on l’a obturé avec un élément exogène. Selon le Peri ‘Hadach et le Gaon de Vilna, cette opinion est la principale ; aussi le Peri Megadim et le Michna Beroura 35 écrivent-ils que, en cas de pressante nécessité, on pourra même prononcer la bénédiction sur un tel chofar.

Il est préférable de retirer l’élément obturant, car alors, s’il est vrai que la sonorité serait autre que l’originelle, le chofar sera valide aux yeux de plus nombreux décisionnaires.

[22]. Règles supplémentaires : il est interdit de procéder à la sonnerie avec un chofar volé. Si, enfreignant cet interdit, le voleur a sonné dans un chofar volé, et quoiqu’il ait transgressé l’interdit du vol, il est quitte de l’obligation de sonner du chofar, puisque la mitsva consiste à entendre le son du chofar ; or, dans l’écoute même, il n’y a point de vol (Choul’han ‘Aroukh 586, 2). Si le propriétaire du chofar a déjà perdu l’espoir de le retrouver, et que le voleur ait transmis le chofar à un tiers, le chofar n’est plus considéré comme volé ; mais l’obligation incombe au voleur de rendre une somme équivalente à la valeur du chofar à son propriétaire. Par conséquent, il est permis de sonner dans un tel chofar. Simplement, plusieurs A’haronim écrivent que, puisqu’il fut volé à l’origine, il est interdit de réciter la bénédiction sur un tel chofar (Michna Beroura 586, 9 ; cf. Pniné Halakha, Soukot 4, 13).

Quand le propriétaire du chofar n’est pas présent, et qu’il est impossible de lui demander son autorisation, il est permis d’exécuter les cent sonneries avec son chofar, car on présume qu’il veut que l’on accomplisse la mitsva avec son chofar (Michna Beroura 586, 9). Après cela, on rincera et l’on nettoiera bien le chofar. Si, par contre, il est connu que le propriétaire du chofar répugnerait à l’idée que l’on sonne dans son chofar, il est interdit aux autres de l’utiliser. Il est interdit de sonner dans un chofar destiné à l’idolâtrie (cf. Choul’han ‘Aroukh 586, 3-4).

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