11. Définition de la terou’a proprement dite, et des chevarim

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La terou’a consiste en sonorités courtes, détachées et qui se suivent immédiatement (un trémolo), à l’exemple de la sonorité de pleurs. En halakha, on nomme ces sons troumitin, terme qui désigne les sons les plus brefs (notes piquées[i]). Certains disent que la terou’a consiste dans trois sons piqués (trois troumitin) (Rabbénou Hananel, Rachi) ; d’autres disent qu’il doit y en avoir neuf (Rivam, Riva, Séfer Mitsvot Gadol). En pratique, on produit neuf sons ; et si, a posteriori, on n’en a produit que trois, on est quitte. On peut ajouter des notes piquées au-delà des neuf réglementaires, à condition que toutes ces notes se succèdent immédiatement, sans interruption (Choul’han ‘Aroukh 590, 3, Michna Beroura 12 ; cf. note ci-dessous, quant à l’usage yéménite)[11].

Les chevarim consistent en trois sons de durée moyenne, semblables à un gémissement ou à des soupirs, la durée de chacun de ces trois sons équivalant à trois troumitin. A priori, il ne faut pas ajouter au nombre de trois chevarim ; mais a posteriori, si l’on en a joué plus de trois, on n’a pas invalidé pour autant ses chevarim (Choul’han ‘Aroukh 590, 3, Michna Beroura 11). Certains ont coutume de donner à chacun des trois chevarim une allure brisée : tou-ou-tou ; ou encore : ou-tou, à la manière de gémissements, car celui qui gémit a la voix brisée (coutume de Lituanie).

Si l’on a fait des chevarim d’une durée de deux troumitin à chacun des trois sons, on est quitte, puisque l’on reconnaît encore la ressemblance avec des gémissements – et non avec des pleurs – ; en effet, chaque son dure deux fois plus de temps que chacun des sons piqués de la terou’a. Mais si l’un des chevarim est d’une durée inférieure à deux troumitin, on n’est pas quitte. Si chacun de ses trois chevarim est d’une durée de quatre troumitin, on est quitte, car cela ressemble encore beaucoup aux chevarim habituels. Même si l’on a prolongé davantage le son, de sorte que chacun des trois dure l’équivalent de six troumitin, on est encore quitte a posteriori[12].


[i]. Le mot, qui semble à la fois proche de t(e)rou’a et de trompe/trompette, a une allure onomatopéique.

[11]. La coutume la plus couramment admise, pour jouer la terou’a, est de produire des sonorités proches des pleurs, c’est-à-dire des sons courts et détachés. Au Yémen, en revanche, on jouait des sonorités proches d’un gémissement : au lieu d’une succession de sons détachés, des sons tremblés et vibrants [un vibrato], où chaque tremblement est considéré comme un son en soi. Quand on y prête attention, il apparaît que la terou’a dans les communautés ashkénazes et séfarades ressemble à l’irruption de pleurs, entrecoupés sans qu’on les puisse maîtriser, tandis que la terou’a yéménite est à l’exemple d’une complainte, qu’on élève comme expression de pleurs et de deuil, mais de façon maîtrisée. En pratique, chaque communauté poursuivra selon sa coutume. Certains poussent la perfection jusqu’à écouter, après la prière, la terou’a exécutée suivant toutes les communautés.

[12]. Certains estiment qu’un chéver (son brisé, singulier de chevarim) d’une durée de trois troumitin est invalide. En effet, la teqi’a (son tenu) doit avoir une durée équivalente à la terou’a (sons tremblés) ; or, selon Rabbénou Hananel et Rachi, une terou’a de trois troumitin est encore valide ; de sorte que trois troumitin sont la durée de la teqi’a dans la série tarat. Selon cette position, dans la série tachrat – où la teqi’a doit avoir une durée équivalente à la somme de chevarim + terou’a –, si chaque chéver équivaut à trois troumitin, ce chéver sera déjà considéré comme un teqi’a, puisque, dans la série tarat, trois troumitin sont la durée d’une teqi’a (Tour, d’après l’opinion de Tossephot et du Roch ; première opinion présentée par le Choul’han ‘Aroukh 590, 3).

Selon le Rivam, le Riva et le Séfer Mitsvot Gadol, la terou’a comporte neuf troumitin. Dès lors, a posteriori, un chéver inférieur à neuf troumitin est nécessairement valide (seconde opinion citée par le Choul’han ‘Aroukh).

D’autres estiment qu’il n’y a pas de relation entre les différentes séries : dans chacune d’elles, la teqi’a doit avoir une durée équivalente à celle des sonneries qui se trouvent en son centre. Par conséquent, dans la série tachrat, la teqi’a doit avoir la durée de chevarim + terou’a, tandis que, dans la série tachat, elle équivaut à la durée des chevarim seulement. Dès lors, suivant la thèse de Rabbénou Hananel et de Rachi eux-mêmes, si le chéver que l’on produit dans ces séries dépasse la durée de trois troumitin, ce sera valide (Mordekhi, Hagahot Achré, Rama). Et c’est bien ce que l’on fait en pratique (Michna Beroura 590, 15).

Certains auteurs pensent cependant qu’il faut tenir compte de la première opinion, et, au moins lors des trente premières sonneries, faire en sorte que le chéver ait une durée inférieure à trois troumitin (Maguen Avraham 2 ; cf. Qol Terou’a 8).

À notre humble avis, il n’y a pas lieu d’être pointilleux en la matière, ce pour plusieurs raisons : 1) Parce que trois doutes se conjuguent ici (sfeq sfeq sfeqa) pour incliner vers l’indulgence : a) la halakha est peut-être conforme à l’avis de ceux qui pensent qu’une terou’a équivaut à neuf troumitin ; b) même si l’on se réfère à l’avis selon lequel la terou’a équivaut à trois troumitin, il se peut que la halakha suive le Mordekhi et le Hagahot Achré, d’après lesquels il n’y a pas de relation organique entre les différentes séries ; c) il se peut que la halakha soit conforme à l’avis de Maïmonide, selon qui la durée d’une teqi’a est celle d’une demi-terou’a ; et peut-être la halakha suit-elle le Raavad, qui estime que la teqi’a a toujours une valeur de neuf troumitin. 2) Il est très difficile d’être précis en ce domaine, car la différence entre un chéver de deux troumitin et un chéver de trois est d’environ un quart de seconde, et il est difficile de respecter une si mince différence ; or la Torah n’a pas été donnée à des anges de service. 3) Si l’on essayait de produire un son équivalent à deux troumitin, on risquerait de l’écourter, de sorte que ce son serait un peu inférieur à deux troumitin ; le chéver serait alors réduit à l’équivalent d’une terou’a, et l’on ne serait pas quitte selon tous les avis. Il semble donc que, dès lors que les chevarim sont reconnaissables comme sons proches d’un gémissement, ils soient a priori valides. D’après certains auteurs, ceux qui jouent les chevarim selon la coutume lituanienne échappent au doute : puisque les sons qu’ils produisent sont brisés, il est impossible de les confondre ni de les considérer comme une teqi’a (cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 12, note 64).

Jusqu’à quel point peut-on prolonger le son du chéver ? Selon ceux qui estiment que la terou’a proprement dite équivaut à 9 troumitin, c’est de cette même durée que doit être la teqi’a ; dès lors, le chéver doit simplement durer moins que cela (Choul’han ‘Aroukh 590, 3, pour la seconde opinion). Toutefois, la question mérite d’être approfondie, car avec une telle durée, le chéver est déjà très proche de la teqi’a joyeuse. Aussi écrivons-nous ci-dessus qu’un chéver valide a posteriori vaut à tout le moins 6 troumitin (cf. Maté Ephraïm 11, Elef Lamaté 14). Si l’on suit le système de Maïmonide, d’après lequel la teqi’a équivaut à la moitié de la terou’a, un son de 4,5 troumitin sera déjà considéré comme une teqi’a. Dès lors, le chéver devra équivaloir à 4 troumitin au plus. A priori, il y a lieu de tenir compte de son avis.

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