Les sages nous ont prescrit de réciter des bénédictions de jouissance (birkot hanéhénin), pour le profit que nous tirons de notre nourriture et de notre boisson. Dans le cas même où l’on ne mange ou ne boit qu’en quantité infime, on doit, si l’on en tire jouissance, réciter une bénédiction, car « il est interdit à l’homme de jouir de ce monde-ci sans bénédiction. » (Berakhot 35a) Mais si l’on n’éprouve point de jouissance, on ne dit pas de bénédiction. Par conséquent, si l’on est entièrement rassasié, au point que l’on serait dégoûté de manger quelque nourriture supplémentaire, et que malgré cela on soit contraint de manger – par exemple si l’on craint de vexer ses hôtes –, on ne dira pas de bénédiction sur cette consommation supplémentaire, qui est appelée akhila gassa (« consommation grossière » ou gloutonnerie). Mais si, bien que l’on soit rassasié, on éprouve encore une sensation de plaisir en bouche, on dira la bénédiction (Michna Beroura 197, 28).
La règle est la même s’agissant de l’eau : puisqu’elle n’a pas tellement de goût, il arrive que celui qui en boit n’éprouve pas de réel plaisir sur son palais. Nos sages disent, par conséquent, que seul « celui qui boit de l’eau pour étancher sa soif récite la bénédiction » (Berakhot 44a) ; mais que si l’on boit de l’eau pour quelque autre raison, on ne récite pas de bénédiction, puisqu’on n’en tire point de jouissance. Par exemple, si l’on a de la nourriture coincée dans la gorge, et que l’on boive de l’eau pour la faire passer, ou si l’on boit un peu d’eau pour avaler plus facilement un comprimé que l’on prend pour se soigner, on ne récite pas de berakha. Mais si c’est du jus de fruit que l’on boit pour faire passer la nourriture coincée dans la gorge, ou pour avaler plus facilement le médicament, et quoique l’intention principale soit ici de faire passer cette nourriture ou d’avaler ledit médicament, on récitera la bénédiction. En effet, le jus possède un goût dont on tire jouissance (Berakhot 45a, Tossephot ad loc., Choul‘han ‘Aroukh 204, 7, Michna Beroura 42).
De même, si, à l’approche d’un jeûne, on boit de l’eau afin de stocker du liquide en son corps, ou si l’on est sur le point de voyager et que l’on boive de l’eau afin de ne pas avoir soif ensuite, ou bien si l’on souffre de constipation et que l’on boive afin de pouvoir se libérer, ou bien encore si l’on allaite et que l’on boive de l’eau pour avoir du lait en abondance, la règle est que, tant que l’on ne tire pas de jouissance du fait de boire de l’eau, on ne dit point la bénédiction. Mais si l’on boit du jus dans l’un de ces mêmes buts, on récite la bénédiction. De même, dans le cas de l’eau, si l’on a soif et que l’on tire donc jouissance de sa boisson, on dit la bénédiction.
Si l’on prend un aliment ou une boisson à titre de médication, et que le goût en soit amer, on ne dit point de bénédiction. Si le goût n’est pas mauvais, et quoiqu’on ne l’eût pas consommé sans nécessité thérapeutique, on dit la bénédiction, puisqu’on en tire quelque plaisir en son palais. Mais dans le cas où l’on suce un comprimé doté d’un goût déterminé, ce n’est que si l’on tire véritablement un plaisir de ce goût que l’on dira la bénédiction Chéhakol, puisqu’il ne s’agit pas d’un aliment ; en revanche, si l’on n’en tire pas de jouissance, et que le goût permette simplement de sucer le comprimé sans éprouver de dégoût, on ne dira pas de bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh 204, 8, Michna Beroura 43).
Si l’on goûte un aliment dans le seul but de connaître son goût, et qu’on le recrache ensuite, ou si l’on mâche une nourriture pour un bébé[a], on ne dit pas de bénédiction, bien que l’on en ressente le goût. Mais si l’on mâche un chewing-gum, il faut dire la bénédiction Chéhakol, puisque l’intention que l’on a est de tirer jouissance de son goût, et que telle est la manière usuelle d’en tirer jouissance. De plus, en mâchant du chewing-gum, on avale également les composants aromatiques qui s’y trouvent[1].
[a]. Usage de jadis ; de nos jours, on écrase la nourriture à la fourchette, à la cuiller ou au mixeur.
[1]. Selon le Rif et Maïmonide, celui qui goûte un aliment [pour en rectifier l’assaisonnement] ne dit pas de bénédiction, même s’il avale jusqu’à un revi‘it de boisson ou un kazaït de nourriture. En effet, l’intention n’est pas ici de manger ou de boire, ni même de tirer jouissance du goût de l’aliment, puisque l’on est seulement occupé à la vérification gustative à laquelle on procède. Selon Rabbénou ‘Hananel, le Roch et la majorité des décisionnaires, si l’on avale de cette nourriture ou de cette boisson, on doit dire la bénédiction, puisque l’on est nourri par elle ; mais si l’on goûte puis que l’on recrache, on ne dit point de bénédiction. En pratique, il est préférable de ne pas avaler l’aliment dont on veut vérifier le goût ; mais si on le fait, on ne dira pas de bénédiction, en raison du doute (Choul‘han ‘Aroukh et Rema 210, 2). Afin d’échapper au doute, si l’on a besoin d’avaler de cet aliment afin d’en sentir pleinement le goût, on formera l’intention d’en tirer également jouissance, et l’on dira la bénédiction (Michna Beroura 210, 19).Le cas du chewing-gum est semblable au fait de sucer du sucre de canne, cas dans lequel on récite la bénédiction Chéhakol (Choul‘han ‘Aroukh 210, 15). C’est ce qu’écrit explicitement le ‘Hayé Adam 51, 15, cité par le Michna Beroura 202, 76. C’est aussi l’avis de nombreux décisionnaires de notre temps (Yabia’ Omer VII 33, Or lé-Tsion II 14, 8, Pisqé Techouvot 202, 34). Certains auteurs, il est vrai, pensent que l’on ne récite pas de bénédiction sur le chewing-gum (Yaskil ‘Avdi VIII 20, 54) ; mais en pratique, il y a lieu de dire Chéhakol, et tel est l’usage.