06 – Chavé lékhol néfech (« égal pour tous »)

Toutes les mélakhot qui sont autorisées le Yom tov pour les besoins de l’alimentation et des autres jouissances nécessaires au jour, ne le sont qu’à condition que l’acte considéré soit « égal pour tous » (chavé lékhol néfech), c’est-à-dire que la majorité des gens en jouissent. Mais ces mélakhot n’ont pas été autorisées pour qu’il soit fait une chose dont seules des personnes « gâtées » ou malades ont l’habitude de tirer jouissance. Il est dit en effet : « Toutefois, ce qui sera mangé par toute personne, cela seul sera fait pour vous » (Ex 12, 16). Il n’est certes pas nécessaire que tout le monde en ait l’habitude : il suffit que la majorité des gens soient heureux d’en tirer jouissance quand cela leur est possible. Par conséquent, bien que seuls des individus isolés réussissent à chasser des cerfs et à en manger la chair, l’abattage d’un cerf est considérée comme répondant aux besoins égaux de « toutes personnes », puisque la majorité des gens seraient heureux d’en manger. De même, il est permis de rehausser les aliments par des épices onéreuses, que la majorité des gens n’auraient pas les moyens d’acheter ; en effet, les gens seraient, dans leur majorité, heureux d’en assaisonner leurs plats.

Mais il est interdit de mettre des matières odoriférantes sur des braises afin de parfumer la maison, ou les vêtements que l’on placerait au-dessus d’elles, car la majorité des gens, même quand ils en ont la possibilité, ne parfument pas ainsi leur maison ni leurs vêtements. Aussi, poser des matières parfumées de cette matière sur des braises ardentes est interdit par la Torah, au titre de l’allumage (mav’ir) et de l’extinction (mekhabé) (Beitsa 22b, Ketoubot 7a ; cf. ci-après, chap. 5 § 10)[4].


[4]. Cf. note 2, ci-dessus, où il est dit que, selon Maïmonide et Rachi, toutes les mélakhot qui sont autorisées pour les besoins de l’alimentation le sont aussi pour des besoins autres que l’alimentation, et que, dès lors, elles le sont aussi pour les besoins éprouvés seulement par des personnes « gâtées ». Selon cette opinion, la raison de l’interdit de mettre des matières odoriférantes sur des braises, c’est l’interdit d’éteindre, et non le fait que la chose ne soit pas « égale pour tous ». Mais la halakha est conforme à l’opinion de la majorité des décisionnaires, pour qui les mélakhot autorisées ne le sont que pour des besoins admis par la majorité des gens, tandis que ceux qui exécutent des mélakhot pour les besoins de personnes « gâtées » transgressent un interdit toranique. Le Rav Chelomo Zalman Auerbach (dans Min’hat Chelomo, Beitsa 22b) explique que, tant qu’un acte correspond aux besoins de la majorité des gens, comme le fait d’allumer un chauffage quand il fait froid [dans certaines conditions], cet acte est permis ; il est donc permis d’augmenter le feu, même pour obtenir une chaleur dont seules les personnes « gâtées » ont besoin ; car, prise généralement, la mélakha du chauffage en cas de froid répond au besoin de la majorité des personnes. De même, il est permis d’ajouter des épices à un plat, au-delà du goût auquel les gens sont majoritairement habitués. Cf. ci-après, chap. 7 § 1-2, où il est dit que les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si des préparations faites pour un malade entrent dans la catégorie des choses « égales pour tous ».

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