C’est une mitsva que de conserver un mode de vie sain. Nous l’apprenons du principe général que prescrit la Torah : « Tu marcheras dans ses voies. » (Dt 28, 9) Dieu a en effet créé notre corps pour qu’il fût en bonne santé ; il nous revient de le conserver, et de ne pas manger de nourritures qui soient de nature à porter atteinte à notre santé. Il y a également en cela une manière de préparation à la pratique de toutes les mitsvot ; en effet, si l’on est en bonne santé, équilibré en son corps et en son mental, on pourra étudier la Torah l’esprit lucide, être assidu et énergique dans son observance des mitsvot, être heureux en sa foi, serein et bon envers les créatures. Mais si l’on est malade, en plus de voir ses jours s’abréger et son service de Dieu se réduire, on sera dérangé, de son vivant même, par des indispositions et des douleurs. C’est facilement que l’on s’énervera et que l’on cédera à la colère ; on aura du mal à approfondir son étude de Torah et à discerner le bien divin, et l’on ne pourra orienter son cœur vers les importantes missions que le Créateur a confiées à l’homme. Ces recommandations participent de ce qu’enseigne le verset : « En toutes tes voies, connais-le, et Lui aplanira tes sentiers. » (Pr 3, 6) De même, nos Sages enseignent : « Que toutes tes actions soient au nom du Ciel. » (Maximes des pères 2, 12) On raconte ainsi que Hillel l’ancien, lorsqu’il sortait pour se livrer aux soins de son corps, avait l’habitude de dire qu’il sortait pour les nécessités d’une mitsva, puisque c’est par son corps qu’il se tenait devant l’Éternel et accomplissait ses commandements (cf. Avot de-Rabbi Nathan, seconde version, 30).
Maïmonide écrit ainsi : « Puisque le fait d’être sain et intact fait partie des voies du service divin – en effet, il est impossible de rien comprendre ou savoir si l’on est malade –, il faut s’éloigner des choses préjudiciables au corps, et se tourner vers celles qui soignent les affections. » (Hilkhot dé‘ot 4, 1 ; cf. aussi 3, 3)
Dans toutes les générations, les sages ont conseillé de consommer des aliments sains, suivant ce qui était connu de la médecine de leur temps. Or il est vraisemblable que des aliments qui étaient alors favorables à la santé ne le sont plus aujourd’hui, de même que d’autres aliments pouvaient être nuisibles à la santé, alors qu’ils sont sains aujourd’hui. En effet, notre mode de vie a changé de façon considérable, et certains aliments, qui avaient tendance à s’abîmer sans réfrigération, et dont la consommation était dangereuse, sont aujourd’hui considérés comme favorables à la santé, puisqu’on peut les conserver comme il convient. D’autres aliments, en des temps de pénurie alimentaire, étaient considérés comme très sains, pour la graisse et le sucre qu’ils contenaient, tandis que de nos jours, en période d’abondance, ils sont vus comme très nuisibles[2].
De nos jours, la directive admise est de limiter autant qu’il est possible la consommation d’aliments raffinés, tels que le sucre, la margarine, le sel, la farine blanche et les graisses saturées. Parmi les aliments contenant de tels ingrédients : les boissons sucrées, les saucisses, les borékas et les gâteaux. Il est par contre recommandé de manger en quantité des légumes et des fruits, de boire de l’eau et de se donner de l’exercice physique. Par-dessus tout, l’important est de ne pas trop manger.
[2]. Maïmonide, au chapitre 4 des Hilkhot dé‘ot (lois des attitudes morales), cite une liste de bons aliments et de bonnes habitudes, ainsi qu’une liste de nourritures et d’habitudes néfastes. Or ces listes ne coïncident pas toujours avec les directives des Sages du Talmud, de mémoire bénie. Par exemple, les recommandations de Maïmonide en matière de saignée sont différentes, comme il apparaît au paragraphe 18 dudit chapitre. Le Kessef Michné explique cette différence par le fait que les remèdes varient selon les lieux et les époques. On trouve de semblables avis en Tossephot, Mo‘ed Qatan 11a ; Yam Chel Chelomo, ‘Houlin 8, 12. L’auteur du Yad Pechouta, dans son introduction au chap. 4, rapporte les propos de Rav Cherira Gaon et de Rabbi Avraham, fils de Maïmonide, d’après lesquels les Sages n’avaient pas l’intention, par leurs recommandations médicales, de fixer la halakha : leur propos était que leurs contemporains prissent en compte les conseils des experts en médecine vivant à leur époque. Si les experts en médecine devaient se prononcer différemment, c’est comme eux qu’il conviendrait d’agir.
Par conséquent, bien que Maïmonide fût un immense décisionnaire et un médecin important, on ne suit pas, de nos jours, toutes ses directives, car on doit aller selon ce qui est admis par les médecins de notre temps.