Chapitre 11 – Cachérisation de la cuisine en vue de Pessa’h

01. Le plan de travail

Le plan de travail est majoritairement utilisé à froid. Mais il arrive que l’on y pose des aliments ‘hamets chauds. Parfois, on y dépose même des marmites brûlantes, que l’on vient d’ôter du feu ; et si de la sauce en déborde, cette sauce sera absorbée par le plan de travail, à un degré correspondant à celui d’un keli richon (ustensile premier) qui ne se trouve pas sur le feu[a]. Parfois, on y pétrit de la pâte ; alors, l’imprégnation est plus importante (cf. ci-après, § 12).

Pour cachériser le plan de travail, il faut d’abord le bien nettoyer, en faisant particulièrement attention aux fentes, afin qu’il n’y reste pas de résidus alimentaires.

A priori, il conviendrait de le cachériser en y versant de l’eau bouillante (‘érouï), avec une pierre ou un fer porté au rouge, posé sur le plan de travail : de cette façon, l’eau versée se remettrait à bouillir, et parviendrait au degré de chaleur correspondant à la cachérisation d’un ustensile premier qui ne se trouve pas sur le feu. Mais il est difficile de porter un fer au rouge dans une maison particulière. Aussi a-t-on l’usage de cachériser le plan de travail d’une des deux façons suivantes : a) après l’avoir nettoyé, on verse sur lui de l’eau bouillante. Il faut veiller, pour cela, à ce que le plan de travail soit sec, afin que l’eau bouillante entre en contact direct avec lui, et ne refroidisse pas au contact de l’eau qui s’y trouverait. Il faut aussi se garder de commencer à se servir du plan de travail en vue de la nourriture chaude de Pessa’h, avant d’avoir laissé passer vingt-quatre heures depuis la dernière utilisation du plan de travail pour les besoins d’une nourriture ‘hamets à chaud. b) Après le nettoyage, on recouvre le plan de travail d’une toile cirée, ou de papier aluminium épais, afin de faire une séparation entre le plan de travail et les ustensiles de Pessa’h.

Ceux qui sont rigoureux versent un jet d’eau bouillante sur le plan de travail, et le recouvrent également d’une toile cirée ou de papier aluminium épais.

Si le plan de travail est délicat, et que l’on n’y pose jamais de marmite fumante, on le cachérisera en se contentant a priori d’un bon nettoyage et d’un jet d’eau bouillante.

Il ne faut pas cachériser son plan de travail en y passant du white spirit (distillat de pétrole), car ce produit a un pouvoir de cachérisation inférieur au jet d’eau bouillante ; or c’est par un jet d’eau bouillante que le plan de travail se cachérise. Le nettoyage au Kärcher® (nettoyeur haute pression) est aussi efficace que le jet d’eau bouillante[1].


[a]. Pour les définitions des différents types d’ustensiles, cf. ci-dessus chap. 10 § 8, et Les Lois de Chabbat vol. 1, chap. 10 § 7.

[1]. En ce qui concerne les tables sur lesquelles on dépose des marmites, le Choul’han ‘Aroukh 451, 20 écrit que l’on doit les cachériser avec un jet d’eau bouillante (l’auteur n’est pas indulgent comme dans d’autres cas, où il applique le principe selon lequel on suit la majorité des usages, qui serait ici l’utilisation à froid). Selon le Michna Beroura 114, qui se fonde sur le Mahari Weil, il faut cachériser la table en fonction de son utilisation la plus sévère, c’est-à-dire le dépôt d’un keli richon retiré du feu ; par conséquent, il faut y verser de l’eau bouillante en l’associant à une pierre chauffée à blanc.

De prime abord, il paraît difficile de comprendre ces avis, car on pétrit parfois de la pâte sur ces surfaces ; de sorte que, selon le Choul’han ‘Aroukh, il faudrait cachériser la table véritablement par échaudage (hag’ala), et, selon le Rama, par chauffage à blanc léger (cf. ci-après, § 12). Cependant, nous avons vu au chapitre 10 § 9 que, en cas de nécessité pressante, la cachérisation pouvait suivre la majorité des utilisations. Aussi a-t-on prescrit de procéder par jet d’eau bouillante (et l’on n’a point permis de cachériser ces surfaces en se contentant de les nettoyer à l’eau froide, ce qui eût certes correspondu à la majorité de leurs utilisations ; en effet, il n’y a pas de difficulté à verser de l’eau bouillante). Les tenants de la position rigoureuse, quant à eux, ont coutume de déverser de l’eau bouillante, puis de recouvrir la surface, en considération de la minorité de cas dans lesquels l’absorption est plus importante. Et s’ils ne se contentent pas de recouvrir, c’est de crainte que la toile cirée ne se déplace.

Signalons encore que, selon certains, il est à craindre qu’un plan de travail bon marché, fait de fragments de pierres, n’ait un statut semblable à l’argile, pour lequel l’échaudage n’est pas efficace. Mais il semble plus vraisemblable de dire que le statut de tels plans de travail n’est pas similaire à celui de l’argile. En tout état de cause, pour une surface de ce genre, il y a davantage lieu d’être rigoureux, en la recouvrant.

Quant à la cachérisation au white spirit, celle-ci n’est pas aussi efficace sur un plan de travail qu’un jet d’eau bouillante, ce qui peut se déduire du fait que ce produit ne réchauffe pas le plan de travail comme le fait un jet d’eau bouillante. Toutefois, a posteriori, si une personne a procédé ainsi, et à condition qu’elle ait bien nettoyé le plan de travail au préalable, celui-ci sera cachère, puisqu’un simple nettoyage à froid est efficace a posteriori, conformément à la majorité des utilisations d’une telle surface ; par contre, le white spirit à lui seul est inefficace.

02. L’évier

Généralement, la règle applicable à l’évier ressemble à celle du plan de travail ; simplement, d’un côté, son statut est plus léger, car en général il s’y trouve du savon liquide, qui dénature les saveurs alimentaires ; tandis que, d’un autre point de vue, un évier de porcelaine présente un motif de plus grande rigueur, car, de l’avis de certains décisionnaires, il s’y applique la même règle qu’à l’égard de l’argile : l’échaudage est inefficace pour extraire un goût de ses parois.

En pratique, il existe deux coutumes : ceux qui sont indulgents nettoient bien l’évier, puis y versent de l’eau bouillante sur toutes ses parties. Avant de verser l’eau bouillante sur l’évier et le plan de travail, il faut les sécher, afin que l’eau bouillante y parvienne directement, sans être refroidie par l’effet de l’eau froide qui s’y trouverait. Pour la même raison, il faut d’abord verser l’eau bouillante sur l’évier, et ensuite seulement sur le plan de travail, en commençant par les endroits qui sont les plus proches de l’évier, et de là, en poursuivant par les endroits plus éloignés.

La coutume rigoureuse, quant à elle, consiste, en plus du jet d’eau bouillante, à mettre dans l’évier un bac d’évier amovible en plastique, ou à recouvrir l’évier de papier aluminium épais, pour former séparation entre l’évier, qui avait absorbé du ‘hamets, et les ustensiles de Pessa’h. De plus, on prend soin, pendant Pessa’h, de ne pas utiliser l’évier à l’eau bouillante[2].


[2]. L’absorption la plus intense que peut connaître un évier est analogue à celle d’un keli richon hors du feu. En effet, il arrive que l’on mette dans l’évier des marmites de ‘hamets bouillantes ; si l’on veut donc cachériser l’évier selon son usage le plus intense, on devra y verser de l’eau bouillante, avec une pierre chauffée à blanc. Mais si l’évier est de porcelaine, plusieurs décisionnaires estiment qu’il est de même statut que l’argile, de sorte que l’échaudage ne sera pas efficace ; il faudra donc installer une séparation entre l’évier et les ustensiles de Pessa’h : bac de plastique dont on revêt l’intérieur de l’évier, ou papier aluminium épais. On a également soin, pendant Pessa’h, de ne pas remplir [même un peu] l’évier d’eau bouillante, afin qu’aucun goût ne ressorte de l’évier, qui serait absorbé ensuite par les ustensiles de Pessa’h. Même si vingt-quatre heures sont passées depuis la dernière utilisation de l’évier pour les besoins du ‘hamets, de sorte que le goût en est dénaturé, le Rama 447, 10 pense que la transmission d’un goût de ‘hamets dénaturé demeure interdite à Pessa’h.

Les personnes indulgentes, quant à elles, s’appuient sur la position du Choul’han ‘Aroukh 451, 6, d’après lequel on se fonde sur la majorité des utilisations, en l’occurrence l’utilisation à froid – de sorte que l’on peut le cachériser –, ce qui vaut également si l’évier est d’argile. Quant à nous, nous exigeons de cachériser l’évier en y versant un jet d’eau bouillante, afin de couvrir les utilisations les plus critiques. Certes, cela n’est pas efficace pour l’argile ; mais selon le Knesset Haguedola, la porcelaine lisse a le statut du verre, qui n’est pas absorbant. En outre, il y a généralement dans l’évier des résidus de liquide vaisselle, si bien que le goût du ‘hamets absorbé est, dès l’abord, dénaturé. Et même si le goût n’en était pas dénaturé, il le serait dès l’expiration de vingt-quatre heures. Certes, selon le Rama, la transmission d’un goût de ‘hamets altéré est interdite à Pessa’h. Mais ici, tout au plus, nous aurons une absorption au troisième degré (nat bar nat bar nat). Or le Michna Beroura 447, 98 nous apprend que, en un lieu où il n’est pas d’usage de tenir compte de la transmission d’un goût altéré, les personnes indulgentes ne commettent aucune faute ; et s’agissant de nat bar nat bar nat, il n’est précisément pas coutume d’en tenir compte.

03. Grilles des plaques de cuisson au gaz ; plaques électriques ou vitrocéramiques

S’agissant des cuisinières ou plaques de cuisson, on a l’habitude, tout au long de l’année, d’utiliser la même grille-support pour la viande et pour le lait, car, même s’il déborde un peu d’une sauce carnée ou lactée sur ladite grille, le feu qui y règne brûle et dénature ce qui s’est renversé. Mais à l’approche de Pessa’h, en raison de la sévérité de l’interdit du ‘hamets, on a l’usage de cachériser la grille par chauffage à blanc léger (Rama 451, 4, Michna Beroura 34). Toutefois, on peut, au lieu de cela, recouvrir de papier aluminium épais la structure métallique sur laquelle on dépose les marmites : de cette façon, il y aura une séparation entre la cuisinière, où l’on avait mis des mets ‘hamets, et les marmites de Pessa’h. Néanmoins, a posteriori, si l’on s’est abstenu de chauffer à blanc la grille et que l’on ait cuisiné directement sur elle pendant Pessa’h, la nourriture sera cachère.

Le reste des parties métalliques, qui n’entrent pas en contact avec les marmites, de même que la surface d’émail qui est sous la grille, et les brûleurs à gaz, doivent être bien nettoyés de tout résidu alimentaire ; mais dans la mesure où ces parties ne touchent pas les marmites, il n’est pas nécessaire de les chauffer à blanc ni de les recouvrir de papier aluminium. On a coutume de faire brûler tous les feux pendant environ une demi-heure[3].

Il importe encore de savoir que, tout au long de l’année, il faut veiller à ne pas manger de résidus alimentaires tombés sur l’émail (la surface de cuisson) qui s’étend sous la grille, car ces résidus proviennent de mets carnés et de mets lactés, qui débordent là, et cette surface a pris le statut de tarèfe (c’est-à-dire de non cachère). Si l’on sait que l’émail a été bien nettoyé, et que, pendant vingt-quatre heures, aucun aliment carné ni lacté n’y a débordé, il sera permis de manger ce qui y débordera par la suite. Mais quand ces deux conditions ne sont pas remplies, il y a lieu d’être rigoureux, et de s’abstenir de manger ce qui a touché la surface de cuisson, de crainte qu’elle n’ait absorbé des saveurs de viande et de lait. Si un morceau épais y est tombé, on peut couper la face qui a touché l’émail, et manger le reste.

Plaques électriques : on les nettoie bien, puis on porte les feux à la chaleur maximale pendant environ une demi-heure.

Plaques vitrocéramiques (qui ressemblent à du verre opaque, et sur lesquelles on pose directement les marmites) : on les cachérise également en les nettoyant bien, puis en les portant à la chaleur maximale pendant environ une demi-heure ; là encore, s’applique le principe qui veut que le mode d’expulsion soit semblable au mode d’absorption (kevol’o kakh polto).


[3]. Au cours de l’année, on a l’habitude de cuisiner sur la même grille dans des marmites aussi bien carnées que lactées, car le goût ne se transmet pas par le biais de métaux secs. Par exemple, si une marmite carnée bouillante a touché une marmite lactée bouillante, les deux marmites restent cachères dès lors qu’il n’y avait pas d’humidité à l’endroit où s’est fait le contact. De même pour la grille-support des cuisinières : bien qu’elle ait absorbé un goût de viande, ce goût, dès lors que la grille a séché, ne se transmet pas à la marmite lactée. Et même si un peu de lait déborde de la marmite lactée, et tombe sur une partie de la grille où, auparavant, de la sauce carnée avait débordé, la marmite reste cachère, car le feu règne (ha-ech choletet) sur la grille, et ce qui avait d’abord débordé de la marmite carnée a déjà été brûlé.

Mais en raison de la sévérité de l’interdit du ‘hamets à Pessa’h, nos sages ont exigé un chauffage à blanc léger à l’approche de la fête (Michna Beroura 451, 34 ; Kaf Ha’haïm 74). Selon le Choul’han ‘Aroukh Harav, il faut même un chauffage à blanc intégral ; mais d’autres décisionnaires se contentent d’un échaudage à l’eau bouillante (‘Hazon ‘Ovadia). À notre humble avis, le fait d’envelopper la grille de papier aluminium épais est au moins aussi efficace que le chauffage à blanc partiel, et peut-être aussi efficace que le chauffage à blanc intégral. En effet, cette couverture fait entièrement écran entre la grille et les marmites, puisque, même si de la sauce déborde, cette sauce ne touchera pas la grille.

04. Four

Pour cachériser le four lui-même, il faut le bien nettoyer, puis le mettre en marche à chaleur maximale pendant une demi-heure.

Les moules, quant à eux, sont difficiles à cachériser, car ils ont absorbé les saveurs de ‘hamets par le biais du feu, ce qui justifie un chauffage à blanc intégral (liboun ‘hamour) ; or cette opération est de nature à les endommager grandement, si bien qu’il ne faut pas les cachériser (cf. ci-dessus, chap. 10 § 7). Aussi faut-il acheter des moules que l’on vouera spécialement à la fête de Pessa’h ; quant aux moules ‘hamets, on les nettoiera et on les rangera avec le reste de la vaisselle ‘hamets. Si l’on n’a pu se procurer des moules qui conviennent à Pessa’h, on pourra utiliser des moules jetables. En ce cas, on cachérisera, en même temps que le four porté à température maximale pendant une demi-heure, sa grille, pour y déposer ensuite les moules jetables.

Les fours nouveaux, qui s’auto-nettoient à une température d’environ 500°, n’ont pas besoin d’être nettoyés avant cachérisation, car un nettoyage à une telle température est considéré comme un chauffage à blanc intégral, ce qui suffit à cachériser le four pour Pessa’h[4].


[4]. Certains décisionnaires, rigoureux, interdisent la cachérisation des fours pour Pessa’h, en raison d’une crainte qui s’appliquait aux anciens fours : que des miettes ne soient tombées dans la porte du four, et qu’elles ne ressortent et se mélangent aux aliments de Pessa’h. La solution est de laver la porte du four avec beaucoup de savon liquide, afin que les miettes qui s’y trouvent soient dénaturées et deviennent impropres à la consommation d’un chien. Certains restent néanmoins rigoureux, car on peut craindre que de la nourriture ‘hamets n’ait touché les parois du four : en ce cas, la cachérisation du four requerrait un chauffage à blanc intégral, ce qui est impossible, car le four en serait endommagé. Mais la majorité des décisionnaires sont indulgents, car le four, dans sa partie principale (hors accessoires tels que les moules), n’a généralement pas de contact avec les aliments qui s’y trouvent : il absorbe simplement la vapeur de ce que l’on y cuit ; or un chauffage à blanc léger (liboun qal), que l’on met en œuvre en portant le four à température maximale pendant une demi-heure, suffit certainement à cachériser le four de ladite absorption. Et si, quelquefois, il arrive que de la nourriture ‘hamets déborde et que son goût soit absorbé par les parois du four, à un degré correspondant à l’absorption que produit le feu, le Choul’han ‘Aroukh (451, 6), estime, nous l’avons vu, que l’on se fonde sur la majorité des utilisations. Le Michna Beroura lui-même (451, 48) est indulgent à cet égard, et n’exige qu’un chauffage à blanc léger (liboun qal).

Il faut encore associer à ce motif d’indulgence l’opinion selon laquelle l’absorption de ‘hamets avant Pessa’h porte sur une chose permise, cas dans lequel un chauffage à blanc léger est efficace a priori (comme nous l’avons vu au chap. 10 § 6). Associons encore ceux des décisionnaires qui estiment que le principe kevol’o kakh polto (« le mode d’expulsion suit le mode d’absorption ») s’applique également à une absorption produite par la chaleur du feu (cf. ci-dessus, chap. 10 § 5), si bien que le chauffage du four à température maximale est efficace.

S’agissant des moules, par contre, nous adoptons l’opinion rigoureuse, qui exige un chauffage à blanc intégral. Toutefois, si un moule a subi un chauffage à blanc léger, il est certain que ce moule pourra servir de support sur lequel on déposera un moule jetable pour Pessa’h. À plus forte raison, la grille du four pourra servir de support, après chauffage à blanc léger. Mais il est bon de recouvrir ce support, moule ou grille, de papier aluminium, afin qu’aucun contact ne se crée, même si quelque aliment déborde du moule jetable. Il n’est pas nécessaire, pour procéder à la cachérisation des moules ‘hamets ou de la grille, d’attendre vingt-quatre heures : la cachérisation se fait en effet par chauffage à blanc léger, qui a pour effet d’expulser le goût absorbé par l’ustensile et de le brûler.

Quant aux nouveaux fours, qui s’auto-nettoient à une température d’environ 500°C, en transformant toute la saleté en poussière : puisque cette chaleur aurait évidemment entraîné, avec les anciens métaux, la production d’étincelles, ou le changement de couleur (cf. ci-dessus chap. 10 § 5), un tel chauffage-nettoyage est considéré comme un chauffage à blanc intégral, qui brûle toute saveur que recèle le métal ; on peut donc cachériser ainsi le four. Les moules pourraient aussi être cachérisés à une telle température, mais il faut vérifier si cela n’est pas susceptible de les endommager, selon les recommandations des fabricants.

05. Plaque chauffante électrique du Chabbat (plata)

Lorsque des marmites sont déposées sur la plata de Chabbat, il arrive que de la sauce provenant d’un mets ‘hamets s’y renverse. Or puisque la plata constitue la source de chaleur, on est en présence d’une absorption dont le degré est celui de keli richon (ustensile premier) placé sur le feu. Il arrive aussi que des aliments ‘hamets sans liquide tombent sur la plata : gruau, pachtida (omelette épaisse), kougel (gâteau de pâtes ou de pommes de terres), etc. Dans ce cas, l’absorption est d’un degré encore supérieur, celui que produit le feu lui-même, cas dans lequel la cachérisation se fait par chauffage à blanc. Cependant, puisque le chauffage à blanc risque d’endommager la plata, il faut la nettoyer, la faire chauffer pendant une heure, après quoi on la recouvre de papier aluminium, afin d’établir une séparation entre elle et les marmites de Pessa’h[5].


[5]. L’absorption faite par la plata est comparable au degré de keli richon posé sur le feu, et, parfois, à l’absorption produite par l’effet du feu lui-même. Or puisque le chauffage à blanc aurait pour effet d’endommager la plata, il faut recouvrir celle-ci de papier aluminium, afin de produire une complète séparation entre elle et les marmites. Il faut préalablement la nettoyer et la faire chauffer, car parfois le papier aluminium se déplace.

Certes, s’agissant d’une plaque de cuivre (ou de tôle) dont on recouvre une cuisinière à gaz, on peut la chauffer à blanc en la plaçant sur un feu de gazinière puissant ; mais puisque ce chauffage à blanc risque d’endommager son apparence et de la courber, il ne faut pas procéder ainsi. Par ailleurs, de l’avis de nombreux auteurs, si l’on se contentait d’un chauffage à blanc léger, cela ne remplacerait pas efficacement un chauffage à blanc intégral. Par conséquent, il est juste de recouvrir les plaques de cuivre elles-mêmes. Quoi qu’il en soit, a posteriori, on peut se contenter d’un nettoyage, suivi d’un chauffage de la plaque pendant une heure.

06. Four à micro-ondes

On a coutume de cachériser le four à micro-ondes en suivant quatre étapes. 1) On le nettoie bien de tous les résidus alimentaires qui, peut-être, subsistent, parce que tel plat aura débordé ou aura produit de la vapeur. 2) On attend vingt-quatre heures, afin que le goût qui s’y trouve incrusté se dénature. 3) Puisque l’absorption du ‘hamets s’y est faite par le biais des vapeurs émanant des aliments mis à chauffer, la cachérisation du micro-ondes se fait en y déposant un carafon d’eau que l’on y fait chauffer pendant trois minutes. 4) Puisqu’il est à craindre que quelque aliment ‘hamets n’ait débordé sur l’assiette rotative, il faut déposer une chose formant écran entre ladite assiette et les aliments que l’on fera chauffer à Pessa’h[6].


[6]. Ce que nous écrivons ci-dessus suit les instructions communément admises de nos jours. Le Rav Mordekhaï Elyahou, de mémoire bénie, écrit toutefois que, de plus, pendant Pessa’h, il faut avoir soin de couvrir tout aliment avant de le réchauffer. En revanche, pour le Rav Na’houm Eliézer Rabinowitz, il suffit de bien nettoyer le four à micro-ondes et de placer une séparation entre l’assiette tournante et l’aliment à chauffer, et il n’est pas besoin de cachérisation supplémentaire. Le Rav Yossef Elyahou Henkin, de mémoire bénie, était lui-même d’accord avec cette position.

(Pour passer du carné au lacté, ou inversement, on a coutume de mettre en œuvre une cachérisation conforme à ce que nous décrivions ci-dessus. On peut également avoir le scrupule de recouvrir tous les aliments avant que de les faire chauffer, ou au moins l’une des deux catégories : le carné ou le lacté ; en ce cas, la cachérisation n’est pas nécessaire. On peut encore se servir, de façon permanente, de couvercles perforés, l’un réservé au lait, l’autre à la viande. De cette façon, la vapeur sort mais ne rentre pas. Quand on distingue entre viande et lait par le biais d’un couvercle,  il faut avoir soin de créer une séparation entre l’assiette rotative et la nourriture.)

07. Lave-vaisselle

On nettoiera bien le filtre, car il est fréquent que des résidus alimentaires y soient retenus. On actionnera ensuite le lave-vaisselle à température maximale, avec ses bacs et paniers, conformément au principe selon lequel le mode d’expulsion correspond au mode d’absorption (kevol’o kakh polto). Toutefois, s’agissant des bacs et des paniers, il est préférable de les remplacer, si la chose est facile ; mais quand c’est difficile, on peut les cachériser à l’intérieur du lave-vaisselle, à la manière dont ils servent d’habitude, conformément au principe kevol’o kakh polto.

Avant de se servir du lave-vaisselle pour y laver les ustensiles de Pessa’h, il faut attendre l’écoulement de vingt-quatre heures à compter de la dernière utilisation faite pour les besoins de la vaisselle ‘hamets.

Certains décisionnaires sont rigoureux, il est vrai, et considèrent le lave-vaisselle comme un keli richon placé sur le feu : pour le cachériser, il faut y faire entrer un fer porté au rouge, qui fera bouillir l’eau. Mais la position principale, en halakha, est conforme en cette matière à l’opinion des décisionnaires indulgents[7].


[7]. La température de l’eau, à l’intérieur du lave-vaisselle, parvient, au plus haut, à 80° environ. Le degré d’absorption, au sein de la machine, est celui d’un ‘érouï keli richon, jet d’eau provenant d’un ustensile premier [cf. ci-dessus chap. 10 § 8]. En effet, la partie de la machine où l’eau est chauffée constitue le keli richon, et, de là, l’eau est répandue sur les ustensiles. Le mode d’expulsion sera, là encore, conforme au mode d’absorption. Certes, la coutume est de cachériser tous les ustensiles dans un keli richon placé sur le feu ; aussi le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm III 58 écrit-il de placer dans le lave-vaisselle une pierre chauffée au rouge. Toutefois, quand la chose est difficile, on peut se contenter d’un échaudage conforme au degré d’absorption. En effet, ce n’est que dans le cas d’un keli richon [à cachériser] placé sur le feu qu’il faut échauder l’ustensile à l’eau bouillante, et seulement bouillante ; mais lorsque l’absorption s’est produite par l’effet d’un jet d’eau (‘érouï), il suffit que la cachérisation se fasse avec une eau dont la chaleur est de yad solédet bo (comme nous l’expliquons ci-dessus, chap. 10, note 10). Par conséquent, quand on a la certitude que la cachérisation se fait à une chaleur qui n’est pas inférieure à celle de l’absorption, il est évident que l’ustensile est cachérisé.

Si l’on s’en tenait à la stricte obligation, les bacs et les paniers, eux aussi, pourraient être cachérisés de cette manière. Mais puisqu’ils ont été en contact direct avec des résidus alimentaires, certains décisionnaires exigent de les cachériser par échaudage à l’eau bouillante, ou au moins en y versant de l’eau bouillante (Igrot Moché). De même, certains craignent que tout le lave-vaisselle ne doive être considéré comme un keli richon placé sur le feu. Dans ce cas, la cachérisation doit, elle aussi, se faire au sein d’un keli richon placé sur le feu, et si l’on peut être indulgent à l’égard du corps même de la machine, qui n’est pas en contact avec les ustensiles, on ne saurait appliquer cette indulgence aux bacs et aux paniers (comme l’écrit le Rav Pfeuffer, Qitsour Choul’han ‘Aroukh, Bassar be’halav II Béourim 6-7).

Quoiqu’il en soit, l’opinion selon laquelle l’absorption, dans un lave-vaisselle, est du degré de ‘érouï (jet provenant d’un keli richon), est l’opinion principale ; aussi peut-on se contenter de cachériser les bacs à l’intérieur du lave-vaisselle. C’est en ce sens que se prononce le Hag’alat Kelim 13, 225-228. De plus, certains décisionnaires estiment que le principe selon lequel le mode d’expulsion correspond au mode d’absorption s’applique également au degré de chaleur de l’absorption au sein du keli richon. Partant, la chaleur maximale du lave-vaisselle est efficace pour cachériser celui-ci (cf. Choul’han ‘Aroukh Harav 451, 25, Sidour Pessa’h Kehilkhato 1, 4).

Selon le Igrot Moché ibid., si le corps de la machine est de porcelaine, aucune cachérisation n’est possible (mais le cas est rare ; cf. ci-après, note 11, où l’on voit que certains décisionnaires sont indulgents ; dans un tel cas, où il n’y a pas de contact entre les parois de la machine et les résidus alimentaires, et où il se peut que, dès le moment de l’absorption, les parois n’aient absorbé qu’un goût dénaturé par la lessive, il y a place à l’indulgence, comme dans le cas de l’évier). Cf. Sidour Pessa’h Kehilkhato 8, 32, qui est rigoureux, et qui exige, pour la cachérisation d’un lave-vaisselle, une pierre chauffée à blanc. Selon Pisqé Techouvot 451, 25, si le lave-vaisselle comporte du plastique, certains auteurs craignent qu’il ne faille procéder à aucune cachérisation. En effet, pour certains décisionnaires, le plastique ne peut être cachérisé, comme le rapporte le Pisqé Techouvot en 451, 53. Toutefois, l’opinion essentielle est qu’il est possible d’échauder le plastique : c’est l’opinion de la majorité des décisionnaires, comme nous l’expliquons au § 16. Or en cette matière, le doute porte sur une norme rabbinique, puisque vingt-quatre heures sont passées depuis la dernière utilisation.

08. Table à manger

Autrefois, on avait l’habitude de cachériser les tables à manger en y versant de l’eau bouillante. Certains, rigoureux, opéraient cette cachérisation en versant de l’eau bouillante dont on rehaussait la température par une pierre chauffée à blanc, afin que la cachérisation se fît au degré de keli richon. Mais les tables, de nos jours, sont délicates et fragiles ; si l’on y versait de l’eau bouillante, elles s’abîmeraient : soit qu’elles gonfleraient, soit que leur revêtement se détacherait.

Aussi, l’essentiel est-il de bien nettoyer la table, puis d’y coller une nappe de plastique ou de papier, afin de former une séparation fixe entre la table, d’une part, et les ustensiles et aliments de Pessa’h d’autre part. Sur cette nappe de plastique ou de papier, on étendra une nappe de tissu. Il est bon d’avoir soin de ne pas poser de marmites fumantes directement sur la table.

Les nappes de table sur lesquelles on a mangé du ‘hamets peuvent être lavées à la machine : de cette façon, elles seront rendues cachères pour Pessa’h.

Si l’on souhaite pétrir de la pâte durant Pessa’h, il faut prévoir d’autres surfaces, car il est difficile d’adapter les tables de cuisine ou de salle à manger au pétrissage de la pâte.

Une table sur laquelle, tout au long de l’année, on ne pose pas d’aliments ‘hamets chauds, et où l’on ne trouve pas non plus de rainures, doit être bien nettoyée, et il n’est pas besoin de la recouvrir[8].


[8]. Selon le Choul’han ‘Aroukh 451, 20, on a l’habitude de verser de l’eau bouillante sur les tables, car il arrive que s’y renverse de la soupe ‘hamets. Le Michna Beroura 114 ajoute que, selon le Mahari Weil 193, puisque l’on pose parfois des quiches chaudes sur les tables, celles-ci absorbent le goût du ‘hamets à un degré de keli richon. Aussi faut-il y verser de l’eau dont l’ébullition soit rehaussée par une pierre chauffée à blanc. Au paragraphe 17, le Michna Beroura écrit que les plaques sur lesquelles on dispose de la pâte, tout au long de l’année, requièrent un échaudage, car on y laisse reposer la pâte jusqu’à ce qu’elle fermente, ce qui les rend assimilables à l’ustensile ou se prépare le levain. Selon le Rama, la coutume est de ne point se servir, pour y pétrir de la pâte en vue de Pessa’h, des tables où l’on a l’habitude de pétrir durant l’année, car elles nécessiteraient un chauffage à blanc léger. De même, pour l’ustensile où se prépare le levain : pour le Rama, au paragraphe 16, on a coutume de le cachériser par chauffage à blanc léger.

Toutefois, il est clair qu’il faut distinguer les tables de l’époque des Richonim, qui étaient de bois épais et fort, et pouvaient supporter un jet d’eau bouillante à l’aide d’une pierre chauffée à blanc, de nos tables en aggloméré ou en « sandwich » et revêtues de formica, de feuille de bois, ou d’autres matières de ce genre. Par ailleurs, si l’on s’en tient à la stricte obligation, on peut, en cas de nécessité, se fonder sur l’usage majoritaire de la table, lequel est à froid. Aussi le Choul’han ‘Aroukh écrit-il que « l’on a l’habitude d’y verser de l’eau bouillante », ce qui laisse entendre que ce n’est pas une stricte obligation. Du point de vue du Rama lui-même, qui tient compte des usages minoritaires de la table, si l’on isole la table des aliments de Pessa’h, en y installant une surface de plastique ou de papier, il n’est plus à craindre que quelque goût de ‘hamets, incrusté dans la table, ne traverse cette surface, en particulier si l’on veille à ne pas poser directement sur la table des marmites fumantes, et que, chaque fois qu’une marmite est apportée à table, on la dépose sur une assiette ou quelque autre dessous de plat. De plus, puisque les tables d’aujourd’hui sont plus sensibles, on ne dépose plus guère de marmites fumantes directement sur la table. Dès lors, il est moins à craindre que du ‘hamets n’y soit absorbé à un degré de keli richon.

09. Réfrigérateur et armoires de cuisine

Puisqu’ils s’utilisent à froid, la seule crainte est qu’il y reste des miettes de ‘hamets. Aussi, leur cachérisation consiste-t-elle dans un nettoyage. Quant aux endroits qu’il est difficile de nettoyer, et où il est à craindre que des miettes de ‘hamets ne restent coincées, on y versera un peu de savon liquide ou de quelque autre détergent, qui dénaturera ces miettes, les rendant impropres à la consommation d’un chien.

Quand les étagères des armoires étaient en bois naturel, il s’y trouvait fréquemment des fentes, et il était difficile de les bien nettoyer du ‘hamets. Aussi les A’haronim ont-ils donné pour directive de recouvrir lesdites étagères de papier ou d’une nappe (Michna Beroura 451, 115). Mais quant aux étagères lisses, comme celles que nous avons, il n’est pas à craindre que du ‘hamets y reste. Aussi, après les avoir bien nettoyées, il n’est pas obligatoire d’y installer une couverture de papier ou une nappe.

10. Marmites, poêles, soupières (autres qu’en argile) et couverts

Les règles de l’échaudage des ustensiles ont été exposées au chapitre précédent. Le principe essentiel est que le mode de cachérisation est fonction du degré d’absorption (cf. chap. 10 § 8) ; toutefois, la coutume est, a priori, de les échauder tous dans un keli richon placé sur le feu (chap. 10 § 9). Avant la cachérisation, il faut bien les nettoyer (chap. 10 § 10). Nous avons vu comment on procédait, pratiquement, à l’échaudage (10 § 12) et comment on cachérise une grande marmite qu’il est impossible d’introduire entièrement dans une autre marmite (10 § 13).

À l’approche de Pessa’h, les poêles se cachérisent, selon le Choul’han ‘Aroukh, par échaudage ; dans le courant de l’année, un chauffage à blanc est requis. Le Rama pense, en revanche, qu’à l’approche de Pessa’h, le chauffage à blanc léger est également requis (cf. ci-dessus, chap. 10 § 4). Une poêle téflonisée ne peut se cachériser, car on a l’habitude d’y faire de la friture sans huile frémissante : la cachérisation nécessiterait un chauffage à blanc intégral, ce que la poêle ne supporterait pas.

On a coutume d’échauder les couverts à l’eau bouillante, dans un keli richon placé sur le feu, bien que, essentiellement, ces ustensiles n’absorbent le goût du ‘hamets qu’au sein d’un keli chéni (ustensile second). L’usage est en effet d’échauder, a priori, tous les ustensiles dans un keli richon placé sur le feu. Bien qu’il puisse arriver de plonger une fourchette dans un aliment mis au feu, il reste permis de la cachériser par échaudage seulement, car un chauffage à blanc l’endommagerait ; de plus, cette utilisation est annulée au sein de l’utilisation majoritaire de la fourchette (comme nous l’expliquons au chap. 10 § 9, note 11).

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