01. Le plan de travail

Le plan de travail est majoritairement utilisé à froid. Mais il arrive que l’on y pose des aliments ‘hamets chauds. Parfois, on y dépose même des marmites brûlantes, que l’on vient d’ôter du feu ; et si de la sauce en déborde, cette sauce sera absorbée par le plan de travail, à un degré correspondant à celui d’un keli richon (ustensile premier) qui ne se trouve pas sur le feu[a]. Parfois, on y pétrit de la pâte ; alors, l’imprégnation est plus importante (cf. ci-après, § 12).

Pour cachériser le plan de travail, il faut d’abord le bien nettoyer, en faisant particulièrement attention aux fentes, afin qu’il n’y reste pas de résidus alimentaires.

A priori, il conviendrait de le cachériser en y versant de l’eau bouillante (‘érouï), avec une pierre ou un fer porté au rouge, posé sur le plan de travail : de cette façon, l’eau versée se remettrait à bouillir, et parviendrait au degré de chaleur correspondant à la cachérisation d’un ustensile premier qui ne se trouve pas sur le feu. Mais il est difficile de porter un fer au rouge dans une maison particulière. Aussi a-t-on l’usage de cachériser le plan de travail d’une des deux façons suivantes : a) après l’avoir nettoyé, on verse sur lui de l’eau bouillante. Il faut veiller, pour cela, à ce que le plan de travail soit sec, afin que l’eau bouillante entre en contact direct avec lui, et ne refroidisse pas au contact de l’eau qui s’y trouverait. Il faut aussi se garder de commencer à se servir du plan de travail en vue de la nourriture chaude de Pessa’h, avant d’avoir laissé passer vingt-quatre heures depuis la dernière utilisation du plan de travail pour les besoins d’une nourriture ‘hamets à chaud. b) Après le nettoyage, on recouvre le plan de travail d’une toile cirée, ou de papier aluminium épais, afin de faire une séparation entre le plan de travail et les ustensiles de Pessa’h.

Ceux qui sont rigoureux versent un jet d’eau bouillante sur le plan de travail, et le recouvrent également d’une toile cirée ou de papier aluminium épais.

Si le plan de travail est délicat, et que l’on n’y pose jamais de marmite fumante, on le cachérisera en se contentant a priori d’un bon nettoyage et d’un jet d’eau bouillante.

Il ne faut pas cachériser son plan de travail en y passant du white spirit (distillat de pétrole), car ce produit a un pouvoir de cachérisation inférieur au jet d’eau bouillante ; or c’est par un jet d’eau bouillante que le plan de travail se cachérise. Le nettoyage au Kärcher® (nettoyeur haute pression) est aussi efficace que le jet d’eau bouillante[1].


[a]. Pour les définitions des différents types d’ustensiles, cf. ci-dessus chap. 10 § 8, et Les Lois de Chabbat vol. 1, chap. 10 § 7.

[1]. En ce qui concerne les tables sur lesquelles on dépose des marmites, le Choul’han ‘Aroukh 451, 20 écrit que l’on doit les cachériser avec un jet d’eau bouillante (l’auteur n’est pas indulgent comme dans d’autres cas, où il applique le principe selon lequel on suit la majorité des usages, qui serait ici l’utilisation à froid). Selon le Michna Beroura 114, qui se fonde sur le Mahari Weil, il faut cachériser la table en fonction de son utilisation la plus sévère, c’est-à-dire le dépôt d’un keli richon retiré du feu ; par conséquent, il faut y verser de l’eau bouillante en l’associant à une pierre chauffée à blanc.

De prime abord, il paraît difficile de comprendre ces avis, car on pétrit parfois de la pâte sur ces surfaces ; de sorte que, selon le Choul’han ‘Aroukh, il faudrait cachériser la table véritablement par échaudage (hag’ala), et, selon le Rama, par chauffage à blanc léger (cf. ci-après, § 12). Cependant, nous avons vu au chapitre 10 § 9 que, en cas de nécessité pressante, la cachérisation pouvait suivre la majorité des utilisations. Aussi a-t-on prescrit de procéder par jet d’eau bouillante (et l’on n’a point permis de cachériser ces surfaces en se contentant de les nettoyer à l’eau froide, ce qui eût certes correspondu à la majorité de leurs utilisations ; en effet, il n’y a pas de difficulté à verser de l’eau bouillante). Les tenants de la position rigoureuse, quant à eux, ont coutume de déverser de l’eau bouillante, puis de recouvrir la surface, en considération de la minorité de cas dans lesquels l’absorption est plus importante. Et s’ils ne se contentent pas de recouvrir, c’est de crainte que la toile cirée ne se déplace.

Signalons encore que, selon certains, il est à craindre qu’un plan de travail bon marché, fait de fragments de pierres, n’ait un statut semblable à l’argile, pour lequel l’échaudage n’est pas efficace. Mais il semble plus vraisemblable de dire que le statut de tels plans de travail n’est pas similaire à celui de l’argile. En tout état de cause, pour une surface de ce genre, il y a davantage lieu d’être rigoureux, en la recouvrant.

Quant à la cachérisation au white spirit, celle-ci n’est pas aussi efficace sur un plan de travail qu’un jet d’eau bouillante, ce qui peut se déduire du fait que ce produit ne réchauffe pas le plan de travail comme le fait un jet d’eau bouillante. Toutefois, a posteriori, si une personne a procédé ainsi, et à condition qu’elle ait bien nettoyé le plan de travail au préalable, celui-ci sera cachère, puisqu’un simple nettoyage à froid est efficace a posteriori, conformément à la majorité des utilisations d’une telle surface ; par contre, le white spirit à lui seul est inefficace.

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