02. L’évier

Généralement, la règle applicable à l’évier ressemble à celle du plan de travail ; simplement, d’un côté, son statut est plus léger, car en général il s’y trouve du savon liquide, qui dénature les saveurs alimentaires ; tandis que, d’un autre point de vue, un évier de porcelaine présente un motif de plus grande rigueur, car, de l’avis de certains décisionnaires, il s’y applique la même règle qu’à l’égard de l’argile : l’échaudage est inefficace pour extraire un goût de ses parois.

En pratique, il existe deux coutumes : ceux qui sont indulgents nettoient bien l’évier, puis y versent de l’eau bouillante sur toutes ses parties. Avant de verser l’eau bouillante sur l’évier et le plan de travail, il faut les sécher, afin que l’eau bouillante y parvienne directement, sans être refroidie par l’effet de l’eau froide qui s’y trouverait. Pour la même raison, il faut d’abord verser l’eau bouillante sur l’évier, et ensuite seulement sur le plan de travail, en commençant par les endroits qui sont les plus proches de l’évier, et de là, en poursuivant par les endroits plus éloignés.

La coutume rigoureuse, quant à elle, consiste, en plus du jet d’eau bouillante, à mettre dans l’évier un bac d’évier amovible en plastique, ou à recouvrir l’évier de papier aluminium épais, pour former séparation entre l’évier, qui avait absorbé du ‘hamets, et les ustensiles de Pessa’h. De plus, on prend soin, pendant Pessa’h, de ne pas utiliser l’évier à l’eau bouillante[2].


[2]. L’absorption la plus intense que peut connaître un évier est analogue à celle d’un keli richon hors du feu. En effet, il arrive que l’on mette dans l’évier des marmites de ‘hamets bouillantes ; si l’on veut donc cachériser l’évier selon son usage le plus intense, on devra y verser de l’eau bouillante, avec une pierre chauffée à blanc. Mais si l’évier est de porcelaine, plusieurs décisionnaires estiment qu’il est de même statut que l’argile, de sorte que l’échaudage ne sera pas efficace ; il faudra donc installer une séparation entre l’évier et les ustensiles de Pessa’h : bac de plastique dont on revêt l’intérieur de l’évier, ou papier aluminium épais. On a également soin, pendant Pessa’h, de ne pas remplir [même un peu] l’évier d’eau bouillante, afin qu’aucun goût ne ressorte de l’évier, qui serait absorbé ensuite par les ustensiles de Pessa’h. Même si vingt-quatre heures sont passées depuis la dernière utilisation de l’évier pour les besoins du ‘hamets, de sorte que le goût en est dénaturé, le Rama 447, 10 pense que la transmission d’un goût de ‘hamets dénaturé demeure interdite à Pessa’h.

Les personnes indulgentes, quant à elles, s’appuient sur la position du Choul’han ‘Aroukh 451, 6, d’après lequel on se fonde sur la majorité des utilisations, en l’occurrence l’utilisation à froid – de sorte que l’on peut le cachériser –, ce qui vaut également si l’évier est d’argile. Quant à nous, nous exigeons de cachériser l’évier en y versant un jet d’eau bouillante, afin de couvrir les utilisations les plus critiques. Certes, cela n’est pas efficace pour l’argile ; mais selon le Knesset Haguedola, la porcelaine lisse a le statut du verre, qui n’est pas absorbant. En outre, il y a généralement dans l’évier des résidus de liquide vaisselle, si bien que le goût du ‘hamets absorbé est, dès l’abord, dénaturé. Et même si le goût n’en était pas dénaturé, il le serait dès l’expiration de vingt-quatre heures. Certes, selon le Rama, la transmission d’un goût de ‘hamets altéré est interdite à Pessa’h. Mais ici, tout au plus, nous aurons une absorption au troisième degré (nat bar nat bar nat). Or le Michna Beroura 447, 98 nous apprend que, en un lieu où il n’est pas d’usage de tenir compte de la transmission d’un goût altéré, les personnes indulgentes ne commettent aucune faute ; et s’agissant de nat bar nat bar nat, il n’est précisément pas coutume d’en tenir compte.

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