Chapitre 01 – Roch ‘hodech (la néoménie)

12. Récitation du Hallel

C’est une coutume du peuple juif que de lire le Hallel à Roch ‘hodech. Certes, si l’on s’en tient à la stricte règle, il n’y a pas d’obligation à le réciter à Roch ‘hodech, car cette obligation ne vaut que les jours appelés mo’ed (fête) et où il est interdit de travailler, tandis qu’à Roch ‘hodech, quoique ce jour soit appelé mo’ed, il est permis de travailler. Néanmoins, les communautés juives ont adopté la coutume de réciter le Hallel à Roch ‘hodech, afin de donner expression à la sainteté du jour, sainteté grâce à laquelle on peut s’élever au degré d’élévation nécessaire pour exprimer sa louange (hallel) à l’Eternel. Et pour qu’il soit manifeste que la lecture du Hallel, à Roch ‘hodech, est une coutume, et non une stricte obligation, on omet deux passages, qui font partie de sa version intégrale (le Hallel complet va du psaume 113 au psaume 118 ; dans le Hallel abrégé, on omet : Ps 115, 1-11 et Ps 116, 1-11).

Les Richonim (décisionnaires de l’époque médiévale) sont partagés quant à la bénédiction du Hallel. Selon Maïmonide et Rachi, puisque la lecture du Hallel à Roch ‘hodech est fondée sur une coutume seulement, il n’y a pas lieu de prononcer de bénédiction relative à cette lecture, car on ne dit pas de bénédiction pour l’accomplissement d’une coutume. Selon Rabbénou Tam, le Roch et le Ran, pour une coutume importante, telle que la lecture du Hallel, on prononce une bénédiction. En pratique, la coutume ashkénaze veut que, même si l’on prie seul, on dit la bénédiction du Hallel. Les Séfarades originaires de communautés établies en terre d’Israël et dans les pays voisins ont coutume de ne réciter aucune bénédiction pour le Hallel de Roch ‘hodech, même quand on prie en communauté. Dans la majorité des communautés séfarades d’Afrique du Nord, l’officiant prononce la bénédiction introductive et la bénédiction finale, à voix haute, et acquitte par-là l’ensemble des fidèles ; mais si l’on ne prie pas en communauté, on ne récite pas la bénédiction. Chacun continuera selon sa coutume.

Il faut s’efforcer de réciter le Hallel en communauté. Selon de nombreux décisionnaires, si l’on arrive à la synagogue en retard, en un moment où la communauté disent le Hallel, on le dira avec elle, et l’on récitera la Pessouqé dezimra seulement ensuite (Michna Beroura 422, 16, Yalqout Yossef 422, 8 ; selon le Kaf Ha’haïm 38, se basant sur Rabbi Isaac Louria, en revanche, il n’y a pas lieu de modifier l’ordre de sa prière)[16].


[16]. La question du Hallel à Roch ‘hodech est exposée au traité ‘Arakhin 10b et au traité Ta’anit 28b, références annotées par Tossephot, qui commente également Berakhot 14a sur le même sujet. Cf. Roch ‘Hodech 6 § 1-6 et § 20, ainsi que les notes ; sur le sens de cette coutume, notes 2 et 27. (Il existe d’autres circonstances justifiant la récitation du Hallel, autres que la sainteté du jour, telles que la célébration du secours divin ; ainsi de ‘Hanouka ; cf. ci-après chap. 4 § 6 et chap. 11 § 8).

En pratique, la majorité des Richonim estiment que l’on prononce la bénédiction du Hallel ; telle est l’opinion du Halakhot Guedolot, de Rabbi Yits’haq ibn Ghiyat, du Raavad, de Rabbénou Tam, du Roch et du Ran. Selon Rav Haï Gaon, Rabbénou ‘Hananel et les disciples de Rabbénou Yona, on prononce la bénédiction en communauté, mais non quand on prie seul. Cf. Beit Yossef et Choul’han ‘Aroukh 422, 2. Comme l’écrit le Choul’han ‘Aroukh, en terre d’Israël et dans les pays voisins, on a pris l’usage de ne pas réciter la bénédiction ; mais en Espagne, on avait l’usage de la réciter (Ran, Maguid Michné). Le Rama 422, 2 écrit que l’on a l’usage de la réciter, même si l’on prie seul, mais qu’il est préférable de la réciter au sein d’un minyan, afin d’être également quitte aux yeux de ceux qui pensent que l’on ne la récite qu’au sein d’un minyan.

Dans certaines communautés séfarades, comme celles du Maroc, de Tunisie, de Turquie, il était d’usage, encore il y a peu, que l’officiant prononce la bénédiction introductive, Baroukh Ata… vétsivanou liqro et ha-Hallel (« Béni sois-Tu… qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous as prescrit de lire le Hallel »), et la bénédiction finale, Yehaleloukha (« Que toutes tes œuvres te louent… »), et que les fidèles répondent amen, s’acquittant ainsi de l’obligation de bénir ; en revanche, si l’on priait seul, l’usage était de ne point dire la bénédiction. C’est ce qu’en pratique écrit le Rav Chalom Messas dans Tévouot Chémech, Ora’h ‘Haïm 68. L’auteur précise qu’il avait lui-même coutume de réciter la bénédiction à voix basse, avec l’officiant. Le Rav Moché Kalfon Hacohen, président du tribunal rabbinique de Djerba, se prononce dans le même sens dans Berit Kehouna, Ora’h ‘Haïm 200, 5 et dans Choel Vénichal II 60. Se prononcent encore dans le même sens le Rav Falaggi, dans Kaf Ha’haïm 33, le Chalmé ‘Haguiga p. 224, le ‘Hessed Laalafim 422, 2, Cha’ar Hamifqad, et les responsa Miqvé Hamayim III 24. Chaque communauté poursuivra selon sa coutume.

Lorsque des membres de communautés différentes prient ensemble, il est bon, dans le cas où l’officiant n’a pas coutume de prononcer les bénédictions du Hallel, qu’un fidèle ayant, lui, coutume de les dire, les fasse entendre à haute voix, en formant l’intention d’acquitter par elles ceux des fidèles qui n’en ont point coutume. De cette façon, les fidèles s’acquitteront de leur obligation aux yeux des nombreux décisionnaires qui estiment qu’il faut dire la bénédiction ; et d’un autre côté, ils n’auront pas à craindre de réciter une bénédiction vaine. (Cf. Ye’havé Da’at IV 31, où l’auteur craint même qu’il ne faille point répondre cet amen, qui serait vain selon lui. Mais selon de nombreux autres décisionnaires, il n’y a rien à craindre, dès lors que l’on répond amen à la bénédiction d’une personne qui détient cette coutume de ses pères, coutume fondée sur d’importants décisionnaires. C’est ce que nous avons entendu de la part du Rav Mordekhaï Elyahou.)

Les tenants de toutes les coutumes s’accordent à dire qu’il faut s’efforcer de dire le Hallel en communauté. Aussi est-il préférable que le fidèle le récite au sein du minyan, même s’il n’a pas encore dit sa prière, plutôt que de le réciter seul après la prière, comme le dit le Beit Yossef 422, 2 au nom de Rabbénou Pérets ; de nombreux A’haronim le citent, comme nous le signalons ci-dessus et comme le rapporte le Roch ‘Hodech 23, note 44. Selon le Kaf Ha’haïm 422, 38, il n’y a pas lieu de modifier l’ordre de la prière.

13. Coutumes relatives à la récitation du Hallel

La récitation du Hallel doit s’accomplir debout, car elle est un témoignage sur la louange revenant à Dieu, or un témoignage se récite debout. A posteriori, si l’on a dit le Hallel en restant assis, voire couché, on est quitte de son obligation. Un malade qui ne peut se tenir debout dira, a priori, le Hallel en posture assise ou couchée (Choul’han ‘Aroukh 422, 7, Michna Beroura 28).

Il ne faut pas s’interrompre au milieu du Hallel, même en gardant le silence. Mais pour un important besoin – par exemple pour éviter que quelqu’un ne soit vexé –, on s’interrompt. De même, il est permis de s’interrompre pour répondre à des paroles consacrées (devarim chébiqdoucha)[d]. On doit lire le Hallel dans l’ordre, du début à la fin. Celui qui le lirait dans le désordre ne serait pas quitte de son obligation : il devra se reprendre, cette fois dans l’ordre, à partir de l’endroit où il a fait erreur (Choul’han ‘Aroukh 422, 4-6). Le bon usage est de lire le Hallel tranquillement, de manière agréable ; nombreux sont ceux qui ont coutume d’en chanter certaines parties.

Nos sages ont prescrit de le réciter tout de suite après la ‘Amida de Cha’harit. En effet, après avoir mentionné le thème particulier de Roch ‘hodech au sein de la ‘Amida, en insérant le passage Ya’alé véyavo, il est juste de continuer de louer et de rendre grâce à l’Eternel, pour avoir sanctifié Israël et les néoménies. A posteriori, on peut le dire toute la journée, car, si l’on s’en tient à la stricte obligation, toute la journée convient à la lecture du Hallel (Michna Méguila 20b).

On trouve des coutumes différentes quant à l’ordonnancement du Hallel : quels versets redoubler, quels versets sont d’abord récités par l’officiant, puis repris par l’assemblée. Toutes les coutumes sont bonnes, et chaque lieu poursuivra selon son usage (Souka 38a-39a ; Choul’han ‘Aroukh 422, 3).

Il est d’usage que l’officiant dise à voix haute les quatre premiers versets du psaume 118 : 1) Hodou l’Ado-naï ki tov, ki le’olam ‘hasdo (« Louez l’Eternel, car Il est bon, car sa grâce est éternelle »). 2) Yomar na Israël, ki le’olam ‘hasdo (« Qu’ainsi dise Israël : “car sa grâce est éternelle” »). 3) Yomerou na beit Aharon, ki le’olam ‘hasdo (« Qu’ainsi dise la maison d’Aaron : “car sa grâce est éternelle” »). 4) Yomerou na yiré Ado-naï, ki le’olam ‘hasdo (« Qu’ainsi disent ceux qui craignent l’Eternel : “car sa grâce est éternelle” »). Suivant la coutume ashkénaze, l’assemblée répond à l’officiant, par quatre fois : « Hodou l’Ado-naï ki tov, ki le’olam ‘hasdo ». Suivant la coutume séfarade, l’assemblée répète chacun des versets qu’entonne l’officiant[17].

S’agissant du redoublement de certains versets, l’usage s’est fixé, dans les dernières générations, de redoubler les versets depuis Odekha… (« Je te louerai, car Tu m’as exaucé… »), jusqu’à la fin du Hallel (Ps 118, 21-29). La raison pour laquelle on redouble ces versets est que, au début du psaume, chaque notion est énoncée deux fois, et que, à partir du verset 21, ce procédé de redoublement cesse. Nous poursuivons donc le procédé initié par le psaume, et redoublons les autres versets. De plus, ces versets ont été prononcés par David, Ichaï, père de David, et les frères de David, comme le raconte le Talmud (Pessa’him 119a) ; en raison de leur importance, on a voulu les énoncer deux fois.

Quant au verset 25 de ce même psaume 118, Anna Ado-naï, hochi’a na ; anna Ado-naï, hatsli’ha na (« De grâce, ô Eternel, secours-nous ; de grâce, ô Eternel, fais-nous réussir »), on le redouble de manière particulière : on dit d’abord sa première moitié deux fois, puis deux fois sa seconde moitié[18].


[d]. Au singulier, davar chébiqdoucha : « parole relevant de la sainteté ». Catégorie de prières et de bénédictions qui requièrent, en raison de leur importance, un quorum de dix personnes, telles que le Qaddich, la Qédoucha, Barekhou.

[17]. Le sidour de Rav Amram Gaon rapporte les deux coutumes, la première en tant que coutume d’Espagne, la seconde comme coutume ashkénaze. La coutume ashkénaze est également citée par Tossephot et le Ran sur Souka 38b, et c’est en ce sens que s’expriment le Tour et le Beit Yossef 422, 3. En écoutant le verset récité par l’officiant, les fidèles s’acquittent de l’obligation de le réciter, si bien qu’ils peuvent répondre Hodou… à la place dudit verset.

De nombreux A’haronim ont écrit que, puisque il est à craindre que les fidèles n’entendent pas correctement l’officiant, il est bon qu’ils disent, avec celui-ci, le verset considéré, en ayant soin d’en achever la lecture un peu avant lui, avant de lui répondre : Hodou l’Ado-naï… C’est l’avis du Maguen Avraham 422, 8, du Elya Rabba 13, du Ma’hatsit Hachéqel et du Michna Beroura 20. Cf. Roch ‘Hodech 6, 15.

[18]Selon la coutume séfarade, l’officiant récite la première moitié deux fois de suite, et les fidèles répètent après lui ; même chose pour la seconde moitié. Dans la coutume ashkénaze, l’officiant énonce la première moitié une première fois, les fidèles répètent après lui, puis l’officiant récite de nouveau cette première moitié une fois, et les fidèles répètent après lui ; même chose pour la seconde moitié. On pose la question suivante : nos sages n’enseignent-ils pas, au traité Méguila 22a, que l’on ne coupe pas les versets, sauf pour les besoins de l’étude des enfants ? Les tossaphistes résolvent cette question en Souka 38b, en précisant que ce verset fut dit [sur le mode responsorial, c’est-à-dire alterné] par les frères de David, d’une part, et par David d’autre part. Selon le Colbo, l’interdit de couper un verset ne porte que sur les versets du Pentateuque [et non sur ceux des Psaumes] (Maguen Avraham 422, 8). Le Maharcham, dans le Da’at Torah, explique que, sur le mode de la prière, il est permis de couper un verset. Cf. Roch ‘Hodech 6, 18, note 37.

La coutume ashkénaze veut que les fidèles tous ensemble récitent deux fois les quatre versets que sont Odekha…, Even…, Méet… et Zé… (Ps 118, 21-24). Dans de nombreuses communautés d’Afrique du nord, l’officiant énonce une fois chaque verset, puis les fidèles reprennent le verset une fois ; or nous avons pour principe que celui qui écoute est considéré comme s’il avait répondu (choméa’ ke’oné), de sorte que chacun est considéré comme ayant « dit » chaque verset deux fois.

14. Lecture de la Torah et Moussaf

En l’honneur de Roch ‘hodech, on appelle à la Torah quatre personnes : on commence par la lecture du paragraphe relatif au sacrifice perpétuel, et l’on termine par la mention des sacrifices de Roch ‘hodech (Nb 28, 1-15). Cette séquence fait allusion au fait que, à partir d’une notion permanente et quotidienne de la sainteté, dont l’expression réside dans le sacrifice perpétuel que l’on offrait chaque jour, matin et soir, on peut faire advenir la sainteté particulière à Roch ‘hodech, laquelle comporte une notion de renouvellement, d’expiation et de repentir.

Après la lecture de la Torah et la récitation d’Achré (Ps 145) et d’Ouva Lé-Tsion (ainsi que, pour une partie des Séfarades, Beit Ya’aqov et le psaume du jour), on dit la ‘Amida de Moussaf. Les trois premières bénédictions, ainsi que les trois dernières, sont communes à toute ‘Amida. La bénédiction centrale est consacrée au thème de Roch ‘hodech, et s’achève par la formule : Baroukh Ata… meqadech Israël vé-raché ‘hodachim (« Béni sois-Tu… qui sanctifies Israël et les néoménies »).

Nos sages nous ont prescrit de réciter la ‘Amida de Moussaf en référence aux sacrifices additionnels (qorbenot moussaf) que l’on offrait lors de la néoménie. De même, l’horaire de cette prière correspond au temps prescrit pour l’oblation des sacrifices additionnels. Par conséquent, il faut réciter la ‘Amida de Moussaf avant la fin de la septième heure relative du jour. Si l’on a pris du retard, et que l’on n’ait pas dit cette prière avant la fin de la septième heure, on est appelé pécheur ; malgré cela, on récitera cette ‘Amida une fois cette heure expirée, car, a posteriori, on pouvait procéder à l’oblation de Moussaf toute la journée (Choul’han ‘Aroukh 286, 1).

On a coutume d’ôter ses téphilines[e] avant la ‘Amida de Moussaf. De même que, les jours de fête (Yom tov), on ne met pas les téphilines, puisque le jour de fête est lui-même appelé signe[f] reliant Dieu et Israël – or il n’est pas nécessaire d’y ajouter un autre signe par le biais des téphilines[g] –, de la même façon la prière de Moussaf de Roch ‘hodech est considérée comme signe (ot), et il n’est pas nécessaire d’y ajouter le signe des téphilines (Choul’han ‘Aroukh 423, 4, Michna Beroura 10). On a l’usage d’ôter les téphilines après le Qaddich précédant Moussaf. Il est bon d’attendre de terminer d’enrouler les lanières autour des boîtiers, et de ranger les téphilines dans leur étui, avant de commencer la ‘Amida, faute de quoi elles resteraient posées là, sur un siège ou une table, de façon peu honorable, tout au long de la prière de Moussaf[19].

On a également coutume de dire, à l’office de Cha’harit, le cantique Barekhi nafchi (Ps 104 : « Bénis, mon âme, l’Eternel… »), parce qu’il y est dit : « Il a fait la lune pour marquer les temps (mo’adim)[h] ». Certains pensent que les Lévites chantaient ce cantique au Temple à la néoménie (‘Aroukh Hachoul’han 423, 5)[20].


[e]. Phylactères. Boîtiers cubiques attachés à des lanières de cuir, portés sur le bras et sur le front par les Juifs mâles et majeurs pendant la prière du matin, sauf le Chabbat et les jours de fête chômée (Yom tov). Ils contiennent des parchemins où sont inscrits des fragments de la Torah.

[f]. Le Chabbat et le Yom tov sont appelés signe (אות, ot) par la Torah (Ex 30, 3).

[g]. Les téphilines sont appelés signe (אות, ot) dans la Torah : « Tu les attacheras comme signe sur ton bras… » (Dt 6, 8).

[19]. Le Beit Yossef 25, 13 écrit que la raison en est que, dans la Qédoucha de Moussaf, on dit le passage commençant par Kéter (« Ils te donneront une couronne, Eternel notre Dieu, les multitudes d’anges des hauteurs, avec ton peuple Israël réuni dans ce bas monde… ») ; or il ne convient pas que, au même moment, la couronne que forment les téphilines soit visible. Toutefois, la coutume consistant à ôter les téphilines est également celle des communautés de rite ashkénaze, qui ne disent pas Kéter. Aussi avons-nous rapporté, ci-dessus, le motif invoqué par le Levouch, qui explique que la ‘Amida de Moussaf est considérée comme signe, à la manière du Yom tov, durant lequel on ne met pas les téphilines (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 31, 1). Cf. Roch ‘Hodech 8, 1. L’usage répandu consiste à ôter ses téphilines après le Qaddich (selon le sidour de l’Admour hazaqen de Loubavitch, auteur du Tanya, on ôte les téphilines avant le Qaddich.) Cf. Roch ‘Hodech 8, 4-6.

On peut soulever l’objection suivante : beaucoup ont l’usage de porter les téphilines à l’occasion de la circoncision de leur fils, afin que deux signes soient réunis [celui des téphilines et celui de la circoncision elle-même, signe d’alliance entre Dieu et Israël]. Or nous apprenons, dans les lois de Chabbat et de Yom tov, qu’il ne faut pas montrer deux signes en même temps, car l’un semblerait signifier que l’autre est insuffisant, ce qui reviendrait à le déconsidérer (Choul’han ‘Aroukh 31, 1). Le Elya Rabba 29, au nom du Roqéa’h, résout la question en disant que le signe de la circoncision ne constitue pas un rappel de la sortie d’Egypte ; aussi, il est bon de lui associer un autre signe. En revanche, les téphilines, le Chabbat et le Yom tov forment des rappels de la sortie d’Egypte ; aussi ne les accomplit-on pas ensemble.

[h]. Littéralement, moa’adim signifie aussi les fêtes.

[20]. S’agissant de l’ordonnancement de la lecture de la Torah, cf. Tour, Beit Yossef et Choul’han ‘Aroukh 423, 2, Michna Beroura ad loc., Yalqout Yossef 423, 4, Roch ‘Hodech 7, 9.

Si l’on a récité la ‘Amida de Moussaf avant celle de Cha’harit, on est quitte, mais a priori on doit faire précéder Cha’harit, de même que le sacrifice perpétuel précède les autres sacrifices (Rama 286, 1).

Sur la lecture du psaume 104, cf. Roch ‘Hodech 7, 5. Ceux qui pensent que ce cantique était le psaume du jour spécifique à Roch ‘hodech sont le Gaon de Vilna, Ma’assé Rav 157, le Bné Issakhar sur Roch ‘hodech 3, 1, le ‘Aroukh Hachoul’han 423, 5 et 424, 3. Suivant le rite ashkénaze et ‘hassidique (sfard), on récite ce cantique après le psaume du jour. Les ‘Hassidim récitent ces deux psaumes après le Hallel, les Ashkénazes les récitent après Moussaf (Roch ‘Hodech 7, note 5). Suivant la coutume d’une partie des communautés séfarades, on dit le psaume du jour entre Ouva lé-Tsion et le Qaddich précédant Moussaf ; quant au psaume 104, il se dit après Moussaf. Pour d’autres communautés séfarades, on ne dit pas du tout le psaume du jour à Roch ‘hodech, et l’on récite seulement le psaume 104 après Moussaf.

L’usage ashkénaze est de rapporter le rouleau de la Torah immédiatement après sa lecture (Michna Beroura 423, 5). Le Choul’han ‘Aroukh 423, 3 prescrit de le rapporter après Ouva lé-Tsion, et tel est l’usage séfarade et ‘hassidique. (Toutefois, le Kaf Ha’haïm 135, 2 et 423, 11 tranche comme le font les décisionnaires ashkénazes ; et tel était l’usage du Rav Ovadia Yossef, se fondant sur la Kabbale, que de rapporter le rouleau de la Torah, à Roch ‘hodech ainsi que le lundi et le jeudi, immédiatement après la lecture. Yalqout Yossef 423, 6 et note.)

15. La bénédiction de la nouvelle lune et sa signification

Par la bénédiction de la nouvelle lune, nous exprimons notre reconnaissance envers Dieu, pour avoir créé la lune et sa lumière, dont nous bénéficions la nuit. Cette bénédiction jouit d’une affection et d’honneurs particuliers de la part de la multitude des enfants d’Israël, car il y est fait allusion à des notions profondes, touchant au peuple juif. Nous tenterons de les expliquer quelque peu :

De tous les corps célestes, la lune est celui qui nous ressemble le plus. De même que l’homme, dont la vie est tissée d’ascensions et de descentes, la lune connaît des périodes de croissance et de décroissance. Au milieu du mois, elle paraît pleine, tandis qu’à l’approche de la fin du mois, elle diminue et disparaît. Comme Adam, qui s’enorgueillit, poursuivit ses désirs et mangea du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, et en fut puni, la lune ne se contenta pas de ce que sa lumière égalât celle du soleil : elle demanda à régner sur le soleil (comme nous l’avons vu au § 5). Pour punir son orgueil, le Saint béni soit-Il affaiblit sa lumière, et créa même le cycle lunaire, par lequel elle diminue, chaque mois, puis disparaît un jour durant. Mais à la différence de l’homme, qui disparaît et meurt, la lune appartient à l’armée des cieux, elle est fixe et permanente ; aussi, elle revient toujours à la vie. Or telle est exactement la nature de la nation israélite : d’un côté, elle mène une vie humaine, comprenant des descentes et des ascensions, un penchant au bien et un penchant au mal ; de l’autre, sa relation à la foi et à Dieu est éternelle. Aussi, à la différence des autres peuples, le peuple juif est éternellement vivant. Cette idée, nous lui donnons expression dans la Birkat halevana (bénédiction de la lune), quand nous voyons que la lune grandit de nouveau chaque mois.

Non seulement parvenons-nous à survivre, malgré toutes les crises, mais à partir de chaque crise, de chaque chute, nous nous élevons à un plus haut niveau. David, roi d’Israël, est celui qui enseigna à chacun d’entre nous comment on peut transformer toutes les chutes, toutes les crises en levier d’une nouvelle ascension. Nos sages racontent que David était le plus méprisé d’entre ses frères, qu’il grandit dans les champs, parmi les animaux, et qu’il réussit, à  partir de chaque chose, à se développer et à s’élever. Même après la pénible chute que fut la faute de Bethsabée, il ne désespéra point, et accomplit un plein repentir, au point que nos maîtres disent de lui qu’il enseigna, par ses actes, combien grande est la puissance du repentir (la téchouva[i]) (Mo’ed Qatan 16b). David transforma la terrible épreuve en extraordinaire élévation ; depuis lors, et jusqu’à nos jours, la force et la voie de la téchouva nous sont enseignées à partir de son exemple. Grâce à la téchouva, la royauté de David se poursuit perpétuellement, de même que la lune qui, toujours, après s’être amoindrie, se remplit de nouveau.

C’est pourquoi la royauté de David est comparée à la lune, et c’est pourquoi nous disons, dans le rituel de bénédiction de la nouvelle lune : « David, roi d’Israël, est éternellement vivant. » De même, le peuple juif, de crise en crise, s’élève progressivement, répare les fautes et comble les lacunes ; il méritera finalement de réparer le monde pour le placer sous la royauté du Tout-puissant. Alors la lune, qui symbolise notre position en ce monde, retrouvera, elle aussi, sa plénitude initiale, et la lumière de la lune sera semblable à celle du soleil. Nous demandons ainsi, dans la Birkat halevana : « Qu’une couronne de splendeur se renouvelle en faveur de ceux qui sont accablés, car les enfants d’Israël sont destinés à se renouveler comme la lune, et à glorifier leur Créateur pour le nom glorieux de son règne. »

Certains ont coutume d’ajouter cette requête : « Que telle soit Ta volonté, Eternel, mon Dieu et Dieu de mes pères, de compenser l’imperfection de la lune, de sorte qu’elle ne connaisse plus de diminution. Que la lumière de la lune égale celle du soleil et celle des sept jours de la Création, comme ce fut le cas avant d’être amoindrie, ainsi qu’il est dit : “Les deux grands luminaires” (Gn 1, 16). Et que s’accomplisse en nous le verset : “Ils rechercheront l’Eternel leur Dieu et David leur roi” (Os 3, 5), amen[21]. »


[i]. Téchouva : repentir ; littéralement retour, à Dieu, à sa véritable nature, et retour sur soi pour réparer ses fautes.

[21]. Nous voyons en de nombreux endroits du Midrach que les non-Juifs ont un calendrier solaire. Ainsi des Chrétiens. On peut expliquer que la volonté de compter le temps par le biais du soleil est une volonté de perfection totale. Mais cette chose reste hors d’atteinte de l’homme. Dès lors qu’ils n’atteignent pas une telle perfection, ils perdent aussi le degré qu’ils eussent pu atteindre dans la révélation du nom divin. Israël, en revanche, sait agir à l’intérieur de ce monde-ci en s’attachant à Dieu ; cet attachement se traduit par un perfectionnement constant. Compter les mois suivant la lune fait allusion à notre service de Dieu au sein de ce monde-ci ; dans le même temps, le compte solaire des années fait allusion à notre aspiration constante à la perfection. Les Musulmans ont appris d’Israël à compter les mois d’après la lune, mais ils fondent leur calendrier sur la lune seulement. Cela exprime le manque d’aspiration au perfectionnement permanent, un attachement exclusif au monde terrestre. C’est ainsi que la récompense céleste elle-même est conçue par eux comme matérielle.

Il faut ajouter que, même lorsque la lune devient invisible à nos yeux, elle reste secrètement entière. Simplement, toute la lumière qu’elle reçoit du soleil est dirigée vers le soleil lui-même, et reste inconnue dans le monde. Ainsi du peuple juif : même en temps de chute, il n’est pas atteint dans son intériorité : « Tu es toute belle, ma compagne, il n’y a aucun défaut en toi » (Ct 4, 7).

16. Bénédiction de la nouvelle lune : sa récitation dans la joie

En raison de la grande idée qu’exprime le renouvellement lunaire, la Birkat halevana a un degré de sainteté tel qu’on la considère comme une forme d’accueil de la Présence divine (la Chékhina). C’est à ce propos qu’un Tanna[j] de la maison d’étude de Rabbi Ichmaël a dit : « Si Israël n’avait eu pour mérite que le fait d’accueillir leur Père qui est aux cieux une fois par mois (par le biais de la Birkat halevana), cela leur eût suffi. » Puisqu’il en est ainsi, Abayé enseigne qu’il faut honorer la Birkat halevana en la disant debout (Sanhédrin 42a). Les personnes auxquelles il est difficile de rester debout s’appuieront sur leur canne ou sur leur prochain, et diront ainsi la bénédiction. S’il est même difficile de s’appuyer, on récitera la bénédiction assis[22].

On a coutume, pour honorer cette bénédiction, de la dire en minyan (quorum de dix Juifs majeurs mâles) ; quand il n’y a pas de minyan, il est bon de la réciter à trois. Toutefois, si l’on s’en tient à la stricte règle de droit, on peut aussi la réciter seul. Lorsqu’il est à craindre que, si l’on attend le jour où l’on pourra la dire en minyan, on n’oublie finalement de la réciter, il est préférable de la réciter seul (Béour Halakha 426, 2, passage commençant par Ela).

On a l’usage de sortir de sa maison pour prononcer la bénédiction sous la voûte des cieux. Nous avons vu, en effet, que la Birkat halevana ressemble à l’accueil de la Présence divine ; or, de même que l’on sort de chez soi pour accueillir un roi, de même y a-t-il lieu de sortir pour dire la Birkat halevana. En revanche, un malade, ou celui qui craint de prendre froid s’il sort, pourra regarder la lune par la fenêtre, puis dire la bénédiction (Michna Beroura 426, 21).

Pour honorer cette bénédiction, en ce qu’elle comporte la notion d’accueil de la Présence divine, on a coutume de la réciter à l’issue de Chabbat, car alors on est joyeux, et vêtu d’habits agréables. Mais s’il est à craindre que, en attendant l’issue de Chabbat, on manque de la dire, il sera préférable de réciter cette bénédiction un jour de semaine (Choul’han ‘Aroukh, Rama 426, 2).

Le soir de Chabbat, on a coutume de ne pas réciter la bénédiction de la lune, afin de ne point mêler la joie du Chabbat à celle de ladite bénédiction. Toutefois, quand il est à craindre de perdre l’occasion de la dire si on ne la récite pas le soir-même, on devra la dire le soir de Chabbat (Rama 426, 2, Michna Beroura 12).

Comme nous l’avons vu, la lune porte en allusion l’assemblée d’Israël (knesset Israël). Or l’assemblée d’Israël est considérée comme une épouse, à l’égard du Saint béni soit-Il, et chaque mois, elle se renouvelle et se purifie, comme une épouse pour son mari. Par cela, l’attachement se renforce entre l’assemblée d’Israël et le Saint béni soit-Il. Lorsque le monde sera réparé de tous ses manques, le lien unissant Israël et le Saint béni soit-Il se révélera aux yeux de tous ; comme il est dit : « C’est de la joie du fiancé à l’égard de la fiancée que ton Dieu se réjouira de toi » (Is 62, 5). Aussi a-t-on coutume de danser et de chanter après avoir récité la bénédiction de la lune. Comme allusion à cela, on a également l’usage de sautiller un peu quand on dit, dans le texte qui suit la bénédiction proprement dite : « De même que nous dansons… » (Rama 426, 2).

Puisque cette bénédiction doit se dire dans la joie, on a coutume de ne pas la réciter avant le 9 av (tich’a bé-av), en raison du deuil pour la destruction du Temple ; de même, on ne la récite pas avant le jour de Kipour, en raison de la tension qu’inspire le jour du jugement qui approche. On a coutume de la réciter à l’issue de Kipour, bien qu’on n’ait pas encore rompu le jeûne, car lorsque s’achève le jeûne on est heureux d’avoir eu le mérite de se tenir devant Dieu, dans le repentir. En revanche, à l’issue du 9 av, il est juste de reporter la bénédiction de la lune à une autre nuit, ou, au moins, de boire et de manger préalablement, afin de sortir du deuil (Rama 426, 2). Toutefois, s’il paraît difficile de rassembler un minyan après cela, on peut réciter la Birkat halevana dès l’heure de la fin du jeûne (Michna Beroura 426, 11, Cha’ar Hatsioun 9, cf. ci-après chap. 10 § 19).

De même, si l’on se trouve dans les sept jours d’un deuil, puisque c’est un temps de peine, on reportera la bénédiction après l’issue du deuil, si c’est possible, même si l’on doit, pour cela, la réciter seul. S’il est impossible de la reporter – parce que les sept jours de deuil s’achèveront après l’expiration du temps propre à la bénédiction –, on la récitera, malgré le deuil (Michna Beroura 426, 11, Kaf Ha’haïm 5 ; la question de l’expiration du temps prescrit sera exposée au paragraphe 18).


[j]. Maître de la Michna.

[22]. Choul’han ‘Aroukh 426, 2, Rabbi Aqiba Eiger ad loc., Béour Halakha ad loc., fin de ד »ה ומברך מעומד, Yalqout Yossef 426, 11. (Le Ben Ich ‘Haï, seconde année, Vayiqra 23, écrit qu’il est recommandé de se tenir debout, pieds joints ; mais l’usage le plus répandu n’est pas ainsi.) Cette bénédiction est comparée à l’accueil de la Présence divine (Chékhina), car la notion de Présence divine fait allusion à l’assemblée d’Israël, et ces deux notions relèvent, dans la Kabbale, de la séfira de Malkhout (Royauté). Cf. encore Maharal, ‘Hidouché Agadot vol. III 158, où il est dit que toute nouveauté primordiale se caractérise par l’accueil de la Présence divine. Comme le note le Béour Halakha 426, 2 ד »ה ומברך מעומד, en considérant la lune et l’armée céleste, nous percevons la grandeur du Saint béni soit-Il ; aussi cette bénédiction, dite sous le ciel étoilé, est-elle comparable à l’accueil de la Présence divine.

17. Vision de la lune

On récite la Birkat halevana de nuit, car alors sa lumière se voit bien et l’on en jouit. En revanche, si la lune est visible au crépuscule, on ne récitera pas la bénédiction, car la lumière du soleil éclaire encore, et l’on ne jouit donc pas encore, à cette heure, de la lumière de la lune (Rama 426, 1). Avant de dire la bénédiction, on regarde un peu la lune afin de jouir de sa lumière, mais durant la bénédiction, il n’est pas d’usage de la regarder (Michna Beroura 426, 13, Kaf Ha’haïm 34). Si l’on a dit la Birkat halevana alors que la lune était recouverte de nuages, on n’est pas quitte, car il était alors impossible de profiter de sa lumière. Toutefois, si elle n’est recouverte que d’un léger nuage, de façon qu’il soit encore possible de voir ce qu’on voit en général à sa lumière, on pourra dire la bénédiction. Certes, a priori, il est préférable de réciter celle-ci lorsque la lune est clairement visible, sans aucun voilement ; certains décisionnaires écrivent même qu’il vaut mieux, à cette fin, repousser la Birkat halevana à une autre nuit. Toutefois, si l’on s’en tient à la stricte obligation, on peut dire cette bénédiction, même quand un léger nuage passe sur la lune, puisque l’on peut jouir de sa lumière. Il semble que, tant que l’on peut distinguer sa circonférence, il est permis de réciter la bénédiction[23].

Si, tandis que l’on récite la bénédiction, la lune se couvre entièrement, on continue de la réciter néanmoins. Toutefois, si dès l’abord on peut estimer que, au cours de la bénédiction, un grand nuage viendra, qui recouvrira la lune entièrement, on ne commence pas à la dire. En effet, a priori, il faut que toute la bénédiction soit dite dans la présence visible de la lune (Radbaz I 346 ; Michna Beroura 426, 2 ; Béour Halakha, passage commençant par Vénéhénin)[24].


[23]. Le Radbaz I 341 écrit que l’essentiel est la possibilité de profiter de la lumière de la lune. De nombreux A’haronim le citent, parmi lesquels le Maguen Avraham et le Michna Beroura 426, 3. Certes, le ‘Hida, dans Moré Be-etsba’ 184, écrit que, même si la lune n’est recouverte que d’un nuage léger et peu dense, il ne faut pas dire la bénédiction ; c’est aussi l’avis du Ben Ich ‘Haï, seconde année, Vayiqra 23. Mais en pratique, la plupart des auteurs s’accordent à estimer que, dès lors qu’on profite de sa lumière, on peut dire la bénédiction. Telle est la position du Yalqout Yossef 426, 5.

Le Echel Avraham de Rabbi Avraham Botchatch explique qu’il est permis de dire la bénédiction lorsque l’on peut voir, à la lumière de la lune, la majorité des choses que l’on pourrait voir si elle n’était pas recouverte par des nuages. L’estimation se fait d’après la luminosité émanant de la lune la nuit du 7 du mois ; en cas de nécessité pressante, on peut se suffire d’une luminosité équivalente à celle qui émane de la lune après l’expiration des trois premiers jours du mois. D’après cet auteur, quand on approche du milieu du mois, on peut réciter la bénédiction, même quand le nuage est plus épais ; en revanche, si l’on est dans les premiers jours du mois, ce n’est possible que dans le cas où le nuage est ténu. Mais des termes d’autres décisionnaires, on peut inférer que la distinction repose sur l’épaisseur du nuage, et non sur le jour où se dit la bénédiction. C’est ce qu’écrit le Qidouch Lévana 2, 3 et notes. Aussi, à notre humble avis, si l’on perçoit la ligne de circonférence de la lune, on peut considérer que celle-ci est visible (peut-être même à l’égard de ceux qui donnent à leur pratique un supplément de perfection), et l’on peut réciter la bénédiction.

À la vérité, si l’on s’en tient à la stricte obligation, la halakha est conforme aux avis du Radbaz et du Echel Avraham ; c’est ce qui semble ressortir du Léqet Yocher, qui écrit au nom du Teroumat Hadéchen : « Une fois, notre maître ne vit qu’une portion de la lune, car elle était un peu couverte par un nuage. Malgré cela, il récita la bénédiction. » Certains auteurs recommandent de ne regarder la lune qu’un peu ; cf. Michna Beroura 426, 13, Kaf Ha’haïm 34.

Si l’on a dit la bénédiction sans avoir d’abord regardé la lune, de nombreux auteurs estiment qu’on est quitte, à condition que, en pratique, il eût été possible de la voir (cf. Qidouch Lévana 2, 11). Certains font à cet égard un raisonnement a fortiori à partir du cas de l’aveugle : de nombreux décisionnaires estiment en effet que celui-ci doit dire la bénédiction, car celle-ci a été instituée pour louer Dieu pour le renouvellement du cycle lunaire en soi ; de plus, l’aveugle profite de la lumière de la lune, par le biais d’autres personnes, qui le guident à cette lumière. Tel est l’avis du Maharchal, du Maguen Avraham, du Elya Rabba et du Peri ‘Hadach. Toutefois, selon notre maître le Rav Yaaqov Castro, un aveugle ne doit pas dire cette bénédiction, car il ne profite pas directement de la lumière lunaire. En pratique, en raison du doute, l’aveugle ne dira pas cette bénédiction ; il est bon, en revanche, de l’entendre dire par un autre (cf. Michna Beroura 426, 1, Béour Halakha ד »ה נהין, Kaf Ha’haïm 2).

[24]. Cf. Qidouch Lévana 2, note 9. Celui-ci rapporte que le Rav Pe’alim III Ora’h ‘Haïm 68 était dubitatif quant au cas où il est clair que la lune se couvrira tandis que l’on prononcera la bénédiction, mais où il ne reste plus de soirs, après celui-là, où l’on pourrait s’en acquitter. Il conclut : « Il se peut que, en cas de nécessité pressante, tout le monde s’accorderait à dire que l’on doit réciter la bénédiction. La question mérite d’être approfondie. » Selon le Halikhot Chelomo, Téphila 15, 12, si l’on craint que, immédiatement après avoir commencé la bénédiction, la lune ne se cache, on pourra néanmoins, a posteriori, la réciter.

18. Temps prescrit pour réciter la Birkat halevana

De l’avis de nombreux Richonim, on peut réciter la Birkat halevana dès le premier jour où la lune est visible ; et plus on se hâtera de dire la bénédiction, le mieux ce sera (Maïmonide, Berakhot 10, 17, Roch et d’autres). Toutefois, d’après certains décisionnaires, il convient d’attendre que la lune grandisse quelque peu, et qu’on puisse jouir de sa lumière. Selon certains, il faut attendre qu’expirent trois jours entiers : alors on peut commencer de profiter de sa lumière (Rav Saadia Gaon, disciples de Rabbénou Yona). Selon d’autres, il faut attendre que sept jours passent : on peut alors véritablement tirer profit de sa lumière (Responsa de Rabbi Mena’hem Azaria da Fano 78). D’après certains des plus grands kabbalistes, à commencer par Rabbi Yossef Gikatila, il faut attendre, selon la Kabbale, sept jours. Ils expliquent que la lumière renouvelée de la lune fait allusion au renouvellement de l’homme ; or à chaque fois qu’un développement nouveau se manifeste, il est à craindre que la mesure de rigueur (midat hadin) n’accuse cette germination nouvelle et ne lui porte atteinte. Aussi, convient-il d’attendre sept jours, qui correspondent aux sept jours de la Création : alors la lumière s’est déjà stabilisée, et il n’est plus possible de mettre en accusation le nouveau commencement.

La coutume séfarade et ‘hassidique est de ne pas dire la bénédiction avant l’expiration des sept premiers jours du mois (Choul’han ‘Aroukh 426, 4). La coutume ashkénaze est de réciter la bénédiction dès l’expiration de trois jours (Baït ‘Hadach, Michna Beroura 426, 20). Mais en fait, on a l’usage de réciter la Birkat halevana à l’issue de Chabbat, afin de la dire dans la joie et dans de beaux vêtements. De sorte que, en pratique, selon la coutume ashkénaze et du Maroc, on récite cette bénédiction à l’issue du Chabbat qui suit l’expiration de trois jours pleins à compter de l’apparition de la lune (le molad). Selon la coutume des autres communautés séfarades et des ‘Hassidim, on la récite à l’issue du Chabbat tombant après le septième jour du mois.

Les décisionnaires sont partagés sur la conduite à adopter lorsque l’issue de Chabbat tombe le 7 du mois, et que sept jours pleins ne sont pas encore révolus depuis la croissance de la lune. Selon certains, il faut repousser la bénédiction à la nuit suivante, ou à l’issue du Chabbat suivant, issue de Chabbat qui tombera la nuit du 14 (Rabbi Chalom Charabi, Rabbi Chnéour Zalman de Liady, Kaf Ha’haïm 426, 61). D’autres estiment que, même s’il manque quelques heures avant que n’expire la septième journée suivant la croissance de la lune, on peut dire la Birkat halevana (Knesset Haguedola, Ye’havé Da’at II 24). En un lieu où prient ensemble des fidèles originaires de différentes communautés, si l’issue de Chabbat tombe le 7 du mois, il est juste que tous récitent la bénédiction de la lune, puisque telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires[25].

Si l’on n’a pas eu le temps de dire la Birkat halevana aux environs du 7 du mois, on pourra la réciter encore jusqu’à la fin de la nuit du 15, car alors la lune est encore dans sa plénitude. Mais après cela, elle commence à décroître, aussi ne faut-il plus dire la bénédiction de la lune à partir de la nuit du 16 (Choul’han ‘Aroukh 426, 3).

A priori, il est juste de tenir compte de l’avis du Maharil, qui estime interdit de réciter la bénédiction de la lune dès l’expiration de la première moitié du cycle lunaire (c’est-à-dire quatorze jours, dix-huit heures et environ vingt minutes depuis le moment du molad). Au début de la nuit du 14, la première moitié du cycle n’est presque jamais écoulée ; mais la nuit du 15, il arrive que cette première moitié de cycle soit passée, et il arrive d’autres fois qu’elle ne soit pas passée (Rama 426, 3, Kaf Ha’haïm 53). Quoi qu’il en soit, en pratique, si l’on s’est mis en retard et que l’on n’ait pas récité la bénédiction dans la nuit du 14, on pourra la dire encore jusqu’à la fin de la nuit du 15 (Béour Halakha 426, 3, Yabia’ Omer VIII 42).


[25]. Cf. Beit Yossef et Choul’han ‘Aroukh 426, 4, Baït ‘Hadach et Michna Beroura ad loc., Kaf Ha’haïm 61, Qidouch Lévana 3, 1-2. De l’avis de nombreux Richonim, le temps qui convient à la bénédiction court dès le renouvellement de la lune, comme le mentionne le Choul’han Lé’hem Hapanim de Rabbi Ya’aqov Roqéa’h, car c’est ce qui ressort des propos de Rav Amram Gaon, du Halakhot Guedolot, du Rif, de Maïmonide, du Roch et d’autres. Le Baït ‘Hadach écrit que, des termes de la Guémara, il apparaît qu’il ne faut pas repousser la bénédiction de la lune après sept jours ; il ressort aussi des propos de Maïmonide qu’il est préférable de hâter cette récitation autant qu’il est possible. Face à cela, certains déduisent du traité Sofrim (20, 1) qu’il n’y a pas lieu de réciter la bénédiction de la lune avant de pouvoir jouir de sa lumière. Telle est l’opinion des disciples de Rabbénou Yona, de Rabbi David Aboudraham, du Colbo et d’autres ; et c’est ce qui ressort en pratique du débat rapporté ci-dessus en note 23. Selon la Kabbale, la bénédiction se dit après sept jours.

En pratique, dans le rituel ashkénaze, on dit la bénédiction à l’expiration de trois jours. C’est aussi l’usage du Maroc et d’autres communautés d’Afrique du Nord (comme l’écrivent le Rav Chalom Messas et de nombreux autres auteurs). L’usage de la majorité des Séfarades suit la Kabbale, et tel est aussi l’usage ‘hassidique que de réciter la bénédiction après sept jours révolus. Parmi ceux qui se conforment aux coutumes ashkénazes eux-mêmes, certains ont l’usage d’attendre sept jours a priori, comme l’écrivent le ‘Hatam Sofer, Ora’h ‘Haïm 102 et le ‘Aroukh Hachoul’han 426, 13.

Quoi qu’il en soit, lorsque le septième jour tombe à l’issue de Chabbat, et quoique, bien souvent, sept jours pleins ne se sont pas écoulés depuis la nouvelle croissance de la lune, il semble préférable de réciter cette bénédiction. En effet, si l’on s’en tient aux faits, la lumière lunaire est déjà grande ; de plus, le commencement du jour peut être considéré comme son entièreté. Cela paraît particulièrement juste quand il s’agit de l’issue de Chabbat, temps de joie, qui convient à la Birkat halevana. Par ailleurs, certains décisionnaires estiment qu’il faut hâter la bénédiction autant que possible (Maïmonide et ceux qui partagent son opinion), et certains précisent même qu’il ne faut point la reporter plus tard que le septième jour (Baït ‘Hadach). Par conséquent, il est juste de la dire la nuit du 7, bien que sept jours pleins ne se soient pas écoulés depuis le molad. C’est en ce sens que s’expriment le Knesset Haguedola, Rabbi Mena’hem Azaria da Fano (responsum 78), le Nehar Mitsraïm, le Elya Rabba, le Echel Avraham (Botchatch) et d’autres (cf. Qidouch Lévana 3, 8 et notes 27 et 9 ; Ye’havé Da’at II 24).

Les femmes et la bénédiction de la lune : puisque la bénédiction est dépendante du temps, les femmes en sont dispensées. Certes, selon la coutume ashkénaze, les femmes sont autorisées à dire les bénédictions dépendantes du temps ; mais la coutume usuelle veut qu’elles ne disent pas la Birkat halevana (Michna Beroura 426, 1). Cf. La Prière juive au féminin 23, 1, note 1.

11. Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon

On doit également insérer le passage Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon (actions de grâce après le repas) ; et bien qu’il ne soit pas obligatoire de prendre un repas avec du pain, à Roch ‘hodech, il faut, en raison de l’importance du jour (où l’on apportait un sacrifice additionnel), mentionner la néoménie dans le Birkat hamazon, dans le cas où l’on fait un tel repas (Chabbat 24a, Tossephot ad loc.). Ya’alé véyavo s’insère dans la bénédiction Ra’hem (troisième bénédiction), parce qu’elle est une prière et une supplication, comme l’est Ya’alé véyavo.

Si l’on a oublié de réciter Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon, on ne se reprend pas, car c’est seulement les jours où l’on a l’obligation de prendre un repas avec du pain – comme à Chabbat et les jours de Yom tov –, que l’on se reprend dans le cas où l’on a omis de mentionner la sainteté du jour dans le Birkat hamazon. À Roch ‘hodech et à ‘Hol hamo’ed, en revanche, il n’est pas obligatoire de faire un repas avec du pain ; dès lors, il n’y a pas d’obligation, émanant de la sainteté de ces jours, à réciter le Birkat hamazon ; partant, si l’on a oublié Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon, on ne se reprend pas (Choul’han ‘Aroukh 424, 1)[14].

Si, ayant commencé son repas pendant Roch ‘hodech, on a eu le temps de manger la mesure d’un kazaït de pain avant le coucher du soleil, et que l’on ait continué son repas, même longtemps, après la tombée de la nuit, on récitera Ya’alé véyavo dans le Birkat hamazon, puisque le repas aura commencé à Roch ‘hodech (Choul’han ‘Aroukh 188, 10 ; certains, cependant, ne s’accordent pas avec cette directive : cf. Kaf Ha’haïm 43).

Si l’on a commencé son repas à la veille de Roch ‘hodech, et qu’on l’ait terminé après la tombée de la nuit : du moment que l’on aura mangé un kazaït de pain après l’entrée de Roch ‘hodech, on dira Ya’alé véyavo (Choul’han ‘Aroukh 271, 6, Michna Beroura 29)[15].


[14]. Toutefois, si l’on n’a pas encore commencé à dire la bénédiction Hatov véhamétiv (quatrième bénédiction du Birkat hamazon), on dira ce texte institué par nos sages : Baroukh ché-natan raché ‘hodachim lé-‘amo Israël lé-zikaron (« Béni soit Celui qui donna des néoménies à son peuple Israël, en souvenir ») (Choul’han ‘Aroukh 188, 7). Selon le Béour Halakha, on dira cette formule en mentionnant le nom divin et sa royauté : Baroukh Ata Ado-naï, Elo-hénou, Mélekh ha’olam, ché-natan raché ‘hodachim lé-‘amo Israël lé-zikaron (« Béni sois-Tu, Eternel, notre Dieu, Roi de l’univers, qui donna des néoménies à son peuple Israël, en souvenir »), de même que l’on prononce ceux-ci le Chabbat et le Yom tov. En revanche, le Kaf Ha’haïm 31 estime que l’on ne mentionne pas le nom divin ni sa royauté.

[15]. Si l’on n’a pas mangé un kazaït de pain après la tombée de la nuit, le Choul’han ‘Aroukh estime que l’on dira néanmoins Ya’alé véyavo, à la manière de la règle applicable au Chabbat, que l’auteur expose en ce même paragraphe. Mais pour le Rama, on ne le dira point. Les A’haronim (décisionnaires postérieurs au Choul’han ‘Aroukh) sont partagés dans un autre cas : si l’on commence, le Chabbat, la sé’ouda chelichit (troisième repas), et qu’on la poursuive à l’issue de Chabbat, alors que commence Roch ‘hodech ; cf. Pniné Halakha, Chabbat 6, 3, note 5.

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