18. Temps prescrit pour réciter la Birkat halevana

De l’avis de nombreux Richonim, on peut réciter la Birkat halevana dès le premier jour où la lune est visible ; et plus on se hâtera de dire la bénédiction, le mieux ce sera (Maïmonide, Berakhot 10, 17, Roch et d’autres). Toutefois, d’après certains décisionnaires, il convient d’attendre que la lune grandisse quelque peu, et qu’on puisse jouir de sa lumière. Selon certains, il faut attendre qu’expirent trois jours entiers : alors on peut commencer de profiter de sa lumière (Rav Saadia Gaon, disciples de Rabbénou Yona). Selon d’autres, il faut attendre que sept jours passent : on peut alors véritablement tirer profit de sa lumière (Responsa de Rabbi Mena’hem Azaria da Fano 78). D’après certains des plus grands kabbalistes, à commencer par Rabbi Yossef Gikatila, il faut attendre, selon la Kabbale, sept jours. Ils expliquent que la lumière renouvelée de la lune fait allusion au renouvellement de l’homme ; or à chaque fois qu’un développement nouveau se manifeste, il est à craindre que la mesure de rigueur (midat hadin) n’accuse cette germination nouvelle et ne lui porte atteinte. Aussi, convient-il d’attendre sept jours, qui correspondent aux sept jours de la Création : alors la lumière s’est déjà stabilisée, et il n’est plus possible de mettre en accusation le nouveau commencement.

La coutume séfarade et ‘hassidique est de ne pas dire la bénédiction avant l’expiration des sept premiers jours du mois (Choul’han ‘Aroukh 426, 4). La coutume ashkénaze est de réciter la bénédiction dès l’expiration de trois jours (Baït ‘Hadach, Michna Beroura 426, 20). Mais en fait, on a l’usage de réciter la Birkat halevana à l’issue de Chabbat, afin de la dire dans la joie et dans de beaux vêtements. De sorte que, en pratique, selon la coutume ashkénaze et du Maroc, on récite cette bénédiction à l’issue du Chabbat qui suit l’expiration de trois jours pleins à compter de l’apparition de la lune (le molad). Selon la coutume des autres communautés séfarades et des ‘Hassidim, on la récite à l’issue du Chabbat tombant après le septième jour du mois.

Les décisionnaires sont partagés sur la conduite à adopter lorsque l’issue de Chabbat tombe le 7 du mois, et que sept jours pleins ne sont pas encore révolus depuis la croissance de la lune. Selon certains, il faut repousser la bénédiction à la nuit suivante, ou à l’issue du Chabbat suivant, issue de Chabbat qui tombera la nuit du 14 (Rabbi Chalom Charabi, Rabbi Chnéour Zalman de Liady, Kaf Ha’haïm 426, 61). D’autres estiment que, même s’il manque quelques heures avant que n’expire la septième journée suivant la croissance de la lune, on peut dire la Birkat halevana (Knesset Haguedola, Ye’havé Da’at II 24). En un lieu où prient ensemble des fidèles originaires de différentes communautés, si l’issue de Chabbat tombe le 7 du mois, il est juste que tous récitent la bénédiction de la lune, puisque telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires[25].

Si l’on n’a pas eu le temps de dire la Birkat halevana aux environs du 7 du mois, on pourra la réciter encore jusqu’à la fin de la nuit du 15, car alors la lune est encore dans sa plénitude. Mais après cela, elle commence à décroître, aussi ne faut-il plus dire la bénédiction de la lune à partir de la nuit du 16 (Choul’han ‘Aroukh 426, 3).

A priori, il est juste de tenir compte de l’avis du Maharil, qui estime interdit de réciter la bénédiction de la lune dès l’expiration de la première moitié du cycle lunaire (c’est-à-dire quatorze jours, dix-huit heures et environ vingt minutes depuis le moment du molad). Au début de la nuit du 14, la première moitié du cycle n’est presque jamais écoulée ; mais la nuit du 15, il arrive que cette première moitié de cycle soit passée, et il arrive d’autres fois qu’elle ne soit pas passée (Rama 426, 3, Kaf Ha’haïm 53). Quoi qu’il en soit, en pratique, si l’on s’est mis en retard et que l’on n’ait pas récité la bénédiction dans la nuit du 14, on pourra la dire encore jusqu’à la fin de la nuit du 15 (Béour Halakha 426, 3, Yabia’ Omer VIII 42).


[25]. Cf. Beit Yossef et Choul’han ‘Aroukh 426, 4, Baït ‘Hadach et Michna Beroura ad loc., Kaf Ha’haïm 61, Qidouch Lévana 3, 1-2. De l’avis de nombreux Richonim, le temps qui convient à la bénédiction court dès le renouvellement de la lune, comme le mentionne le Choul’han Lé’hem Hapanim de Rabbi Ya’aqov Roqéa’h, car c’est ce qui ressort des propos de Rav Amram Gaon, du Halakhot Guedolot, du Rif, de Maïmonide, du Roch et d’autres. Le Baït ‘Hadach écrit que, des termes de la Guémara, il apparaît qu’il ne faut pas repousser la bénédiction de la lune après sept jours ; il ressort aussi des propos de Maïmonide qu’il est préférable de hâter cette récitation autant qu’il est possible. Face à cela, certains déduisent du traité Sofrim (20, 1) qu’il n’y a pas lieu de réciter la bénédiction de la lune avant de pouvoir jouir de sa lumière. Telle est l’opinion des disciples de Rabbénou Yona, de Rabbi David Aboudraham, du Colbo et d’autres ; et c’est ce qui ressort en pratique du débat rapporté ci-dessus en note 23. Selon la Kabbale, la bénédiction se dit après sept jours.

En pratique, dans le rituel ashkénaze, on dit la bénédiction à l’expiration de trois jours. C’est aussi l’usage du Maroc et d’autres communautés d’Afrique du Nord (comme l’écrivent le Rav Chalom Messas et de nombreux autres auteurs). L’usage de la majorité des Séfarades suit la Kabbale, et tel est aussi l’usage ‘hassidique que de réciter la bénédiction après sept jours révolus. Parmi ceux qui se conforment aux coutumes ashkénazes eux-mêmes, certains ont l’usage d’attendre sept jours a priori, comme l’écrivent le ‘Hatam Sofer, Ora’h ‘Haïm 102 et le ‘Aroukh Hachoul’han 426, 13.

Quoi qu’il en soit, lorsque le septième jour tombe à l’issue de Chabbat, et quoique, bien souvent, sept jours pleins ne se sont pas écoulés depuis la nouvelle croissance de la lune, il semble préférable de réciter cette bénédiction. En effet, si l’on s’en tient aux faits, la lumière lunaire est déjà grande ; de plus, le commencement du jour peut être considéré comme son entièreté. Cela paraît particulièrement juste quand il s’agit de l’issue de Chabbat, temps de joie, qui convient à la Birkat halevana. Par ailleurs, certains décisionnaires estiment qu’il faut hâter la bénédiction autant que possible (Maïmonide et ceux qui partagent son opinion), et certains précisent même qu’il ne faut point la reporter plus tard que le septième jour (Baït ‘Hadach). Par conséquent, il est juste de la dire la nuit du 7, bien que sept jours pleins ne se soient pas écoulés depuis le molad. C’est en ce sens que s’expriment le Knesset Haguedola, Rabbi Mena’hem Azaria da Fano (responsum 78), le Nehar Mitsraïm, le Elya Rabba, le Echel Avraham (Botchatch) et d’autres (cf. Qidouch Lévana 3, 8 et notes 27 et 9 ; Ye’havé Da’at II 24).

Les femmes et la bénédiction de la lune : puisque la bénédiction est dépendante du temps, les femmes en sont dispensées. Certes, selon la coutume ashkénaze, les femmes sont autorisées à dire les bénédictions dépendantes du temps ; mais la coutume usuelle veut qu’elles ne disent pas la Birkat halevana (Michna Beroura 426, 1). Cf. La Prière juive au féminin 23, 1, note 1.

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