15. La bénédiction de la nouvelle lune et sa signification

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Par la bénédiction de la nouvelle lune, nous exprimons notre reconnaissance envers Dieu, pour avoir créé la lune et sa lumière, dont nous bénéficions la nuit. Cette bénédiction jouit d’une affection et d’honneurs particuliers de la part de la multitude des enfants d’Israël, car il y est fait allusion à des notions profondes, touchant au peuple juif. Nous tenterons de les expliquer quelque peu :

De tous les corps célestes, la lune est celui qui nous ressemble le plus. De même que l’homme, dont la vie est tissée d’ascensions et de descentes, la lune connaît des périodes de croissance et de décroissance. Au milieu du mois, elle paraît pleine, tandis qu’à l’approche de la fin du mois, elle diminue et disparaît. Comme Adam, qui s’enorgueillit, poursuivit ses désirs et mangea du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, et en fut puni, la lune ne se contenta pas de ce que sa lumière égalât celle du soleil : elle demanda à régner sur le soleil (comme nous l’avons vu au § 5). Pour punir son orgueil, le Saint béni soit-Il affaiblit sa lumière, et créa même le cycle lunaire, par lequel elle diminue, chaque mois, puis disparaît un jour durant. Mais à la différence de l’homme, qui disparaît et meurt, la lune appartient à l’armée des cieux, elle est fixe et permanente ; aussi, elle revient toujours à la vie. Or telle est exactement la nature de la nation israélite : d’un côté, elle mène une vie humaine, comprenant des descentes et des ascensions, un penchant au bien et un penchant au mal ; de l’autre, sa relation à la foi et à Dieu est éternelle. Aussi, à la différence des autres peuples, le peuple juif est éternellement vivant. Cette idée, nous lui donnons expression dans la Birkat halevana (bénédiction de la lune), quand nous voyons que la lune grandit de nouveau chaque mois.

Non seulement parvenons-nous à survivre, malgré toutes les crises, mais à partir de chaque crise, de chaque chute, nous nous élevons à un plus haut niveau. David, roi d’Israël, est celui qui enseigna à chacun d’entre nous comment on peut transformer toutes les chutes, toutes les crises en levier d’une nouvelle ascension. Nos sages racontent que David était le plus méprisé d’entre ses frères, qu’il grandit dans les champs, parmi les animaux, et qu’il réussit, à  partir de chaque chose, à se développer et à s’élever. Même après la pénible chute que fut la faute de Bethsabée, il ne désespéra point, et accomplit un plein repentir, au point que nos maîtres disent de lui qu’il enseigna, par ses actes, combien grande est la puissance du repentir (la téchouva[i]) (Mo’ed Qatan 16b). David transforma la terrible épreuve en extraordinaire élévation ; depuis lors, et jusqu’à nos jours, la force et la voie de la téchouva nous sont enseignées à partir de son exemple. Grâce à la téchouva, la royauté de David se poursuit perpétuellement, de même que la lune qui, toujours, après s’être amoindrie, se remplit de nouveau.

C’est pourquoi la royauté de David est comparée à la lune, et c’est pourquoi nous disons, dans le rituel de bénédiction de la nouvelle lune : « David, roi d’Israël, est éternellement vivant. » De même, le peuple juif, de crise en crise, s’élève progressivement, répare les fautes et comble les lacunes ; il méritera finalement de réparer le monde pour le placer sous la royauté du Tout-puissant. Alors la lune, qui symbolise notre position en ce monde, retrouvera, elle aussi, sa plénitude initiale, et la lumière de la lune sera semblable à celle du soleil. Nous demandons ainsi, dans la Birkat halevana : « Qu’une couronne de splendeur se renouvelle en faveur de ceux qui sont accablés, car les enfants d’Israël sont destinés à se renouveler comme la lune, et à glorifier leur Créateur pour le nom glorieux de son règne. »

Certains ont coutume d’ajouter cette requête : « Que telle soit Ta volonté, Eternel, mon Dieu et Dieu de mes pères, de compenser l’imperfection de la lune, de sorte qu’elle ne connaisse plus de diminution. Que la lumière de la lune égale celle du soleil et celle des sept jours de la Création, comme ce fut le cas avant d’être amoindrie, ainsi qu’il est dit : “Les deux grands luminaires” (Gn 1, 16). Et que s’accomplisse en nous le verset : “Ils rechercheront l’Eternel leur Dieu et David leur roi” (Os 3, 5), amen[21]. »


[i]. Téchouva : repentir ; littéralement retour, à Dieu, à sa véritable nature, et retour sur soi pour réparer ses fautes.

[21]. Nous voyons en de nombreux endroits du Midrach que les non-Juifs ont un calendrier solaire. Ainsi des Chrétiens. On peut expliquer que la volonté de compter le temps par le biais du soleil est une volonté de perfection totale. Mais cette chose reste hors d’atteinte de l’homme. Dès lors qu’ils n’atteignent pas une telle perfection, ils perdent aussi le degré qu’ils eussent pu atteindre dans la révélation du nom divin. Israël, en revanche, sait agir à l’intérieur de ce monde-ci en s’attachant à Dieu ; cet attachement se traduit par un perfectionnement constant. Compter les mois suivant la lune fait allusion à notre service de Dieu au sein de ce monde-ci ; dans le même temps, le compte solaire des années fait allusion à notre aspiration constante à la perfection. Les Musulmans ont appris d’Israël à compter les mois d’après la lune, mais ils fondent leur calendrier sur la lune seulement. Cela exprime le manque d’aspiration au perfectionnement permanent, un attachement exclusif au monde terrestre. C’est ainsi que la récompense céleste elle-même est conçue par eux comme matérielle.

Il faut ajouter que, même lorsque la lune devient invisible à nos yeux, elle reste secrètement entière. Simplement, toute la lumière qu’elle reçoit du soleil est dirigée vers le soleil lui-même, et reste inconnue dans le monde. Ainsi du peuple juif : même en temps de chute, il n’est pas atteint dans son intériorité : « Tu es toute belle, ma compagne, il n’y a aucun défaut en toi » (Ct 4, 7).

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