On doit réciter la bénédiction finale immédiatement après avoir terminé de manger ou de boire, et il ne faut se livrer à aucune occupation avant de l’avoir dite. En effet, il ne convient pas de vaquer à ses occupations avant de remercier l’Éternel pour la nourriture que l’on a consommée ; de plus, il est à craindre que, plongé dans ses occupations, on n’oublie de réciter la bénédiction. À tout le moins, il faut se hâter de la réciter tant que l’on se sent satisfait et rassasié, plus qu’on ne l’était avant d’avoir mangé. A posteriori, si, prenant du retard, on n’a pas récité la bénédiction, et que l’on ne soit pas certain d’éprouver présentement plus de satiété qu’avant le début de sa collation, on pourra encore la réciter, tant que soixante-douze minutes n’ont pas passé depuis la fin de la collation ou de la boisson. Après l’expiration de ce délai, on ne récitera pas la bénédiction. Cependant, si l’on est certain d’être encore rassasié, plus qu’on ne l’était avant d’avoir mangé, on pourra la dire, même après soixante-douze minutes[15].
Si l’on prend un repas qui rassasie, et quoique l’on n’y mange pas de pain, on aura l’obligation de réciter la bénédiction finale, tant que l’on éprouve une sensation de satiété, même si plusieurs heures ont passé. Dès l’instant où l’on éprouve quelque sensation de faim, et où l’on commence à désirer manger un repas supplémentaire, on a perdu la possibilité de dire la bénédiction finale (cf. ci-dessus, chap. 4 § 14, où ce délai est expliqué).
[15]. Si l’on est davantage rassasié qu’on ne l’était avant d’avoir commencé à manger ou à boire, on peut dire la bénédiction finale en tout état de cause, même si le temps nécessaire pour parcourir quatre milles a expiré – soit environ 72 minutes (suivant l’opinion de Rabbi Yo‘hanan en Berakhot 53b). Si l’on n’est pas plus rassasié qu’on ne l’était alors, on peut toujours, selon la majorité des décisionnaires, dire la bénédiction dans le délai nécessaire pour parcourir quatre milles, même si, à cet instant, on est moins rassasié qu’on ne l’était avant de commencer à manger. (En effet, Rech Laqich lui-même, qui était plus rigoureux que Rabbi Yo‘hanan, reconnaissait cela ; Aboudraham ; Darké Moché 184, 1 ; Touré Zahav 184, 2 ; ‘Aroukh Hachoul‘han 8 ; Béour Halakha 184, 5, passage commençant par Im eino ; Tsits Eliézer XIII, 15 ; cf. ci-dessus, chap. 4 § 14).
Certains craignent que, si l’on n’est pas plus rassasié qu’on ne l’était avant de commencer sa collation, il ne faille s’abstenir de dire la bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh Harav 184, 3 ; cf. Maguen Avraham 9). Or il est parfois difficile d’évaluer cela, puisqu’il arrive que ce soit précisément le fait de manger qui éveille l’appétit. Quoi qu’il en soit, a priori, il y a lieu de tenir compte de cet avis : si l’on n’est pas certain d’être plus rassasié, il est préférable de manger un peu plus ; on récitera ensuite la bénédiction finale (quant à la bénédiction initiale, cf. ci-dessus, chap. 9 § 5-7). S’il n’est pas possible de manger davantage, on récitera néanmoins la bénédiction, puisque la sensation de satiété est chose inconstante, et que de nombreux décisionnaires donnent pour instruction de réciter la bénédiction dans un délai de soixante-douze minutes, même si l’on a présentement plus d’appétit qu’avant. (Mais si une demi-heure ne s’est pas encore écoulée, il ne sera pas nécessaire d’être rigoureux et de manger davantage, même si l’on éprouve plus d’appétit que tout à l’heure, puisqu’on se trouve encore près de sa collation ; cf. Har‘havot).