Celui qui mange ne serait-ce qu’une quantité infime de nourriture a l’obligation, puisqu’il jouit de ce qu’il consomme, de réciter sur l’aliment considéré la bénédiction initiale. Mais ne récitera la bénédiction finale que celui qui a mangé, à tout le moins, la mesure d’un kazaït[a] ; nos Sages ont enseigné, en effet : « Il n’est pas de consommation inférieure à un kazaït. » En d’autres termes, la consommation d’une quantité inférieure à un kazaït est si modeste qu’elle ne laisse pas une impression de satisfaction telle que l’on puisse, pour elle, prononcer une bénédiction.
Suite aux exils d’Israël, un doute est apparu quant au volume de l’olive à laquelle fait référence l’expression kazaït. Selon certains auteurs, l’olive commune de nos jours est plus petite que l’olive dont parlent les Sages du Talmud, laquelle était un peu inférieure au tiers d’un œuf. D’autres estiment que l’olive talmudique équivaut à la moitié d’un œuf. Et bien qu’il semble, à la lecture de nombreux Richonim, que l’olive dont parlaient les Sages n’est autre que celle qui nous est familière, nous appliquons le principe : en cas de doute portant sur des bénédictions, on est indulgent[b]. Par conséquent, la halakha est ainsi tranchée : on ne récite pas de bénédiction finale pour une quantité inférieure au volume de la moitié d’un œuf moyen contemporain. Certes, il est vraisemblable que le volume de l’olive n’ait guère changé. Mais puisque l’usage constant des communautés juives est d’appeler kazaït le volume de la moitié d’un œuf, un volume inférieur à cela est considéré de nos jours, et suivant nos conceptions, comme d’importance insuffisante pour donner lieu à une bénédiction finale. Or la définition de la mesure de kazaït, donnant lieu à la nécessité de réciter une bénédiction finale, est d’institution rabbinique ; et la coutume d’Israël a même force qu’une mesure déterminée par les Sages.
Il n’y a pas lieu de s’inquiéter quant à l’évaluation du volume d’un « demi-œuf ». En effet, quand on demande à des gens d’évaluer une mesure, certains ont indubitablement tendance à surévaluer, d’autres à sous-évaluer ; or, malgré cela, les Sages ont remis ces évaluations entre les mains de chaque consommateur. De plus, nous avons vu que, de l’avis d’une majorité de Richonim, la mesure d’une olive est bien plus petite que celle d’un « demi-œuf » ; dès cette mesure, il eût convenu, suivant leur compréhension de la directive essentielle des Sages, de dire une bénédiction finale. Aussi, dès lors que le consommateur estime avoir mangé le volume de la moitié d’un œuf, c’est une mitsva pour lui que de réciter la bénédiction finale[6].
[a]. Littéralement, « comme une olive ». On verra par la suite ce que le Talmud et les décisionnaires entendent par cette expression.
[b]. C’est-à-dire, en l’occurrence, que l’on ne récitera pas de bénédiction finale pour une si petite mesure ; c’est en cela que consiste l’indulgence.
[6]. Les Sages enseignent : « Il n’est pas de consommation inférieure à un kazaït » (ein akhila pe‘houta mi-kazaït) (Torat Cohanim 12, 2 et autres sources). Telle est la règle, aussi bien en matière de sanction (pour la consommation de nourritures interdites) qu’en matière de mitsva (par exemple pour la consommation de la matsa). De même nous apprenons, en Berakhot 49b, que ce que l’on appelle consommation (akhila) est la consommation d’un kazaït ; et qu’une consommation engendrant une certaine satiété est celle de kabeitsa (volume d’un œuf). Le même traité, p. 39a, explique que la mesure minimale instituée par les Sages, pour la récitation de la bénédiction finale, est du volume d’une olive moyenne.
Des propos de nombreux Guéonim et Richonim, il ressort qu’un kazaït correspond à l’olive commune ; et c’est précisément pourquoi l’on n’a pas calculé son volume : c’est que l’olive commune est, elle-même, une mesure-étalon. L’importance de cette quantité tient dans le fait qu’il ne s’agit plus d’une simple miette : il y a là quelque importance liée à la consommation de nourriture. En pratique, le volume d’une olive commune est, en terre d’Israël, de 7,5 centimètres cubes au plus. Des témoins rapportent que Rabbi Haïm de Volozhin et l’auteur de l’Avné Nézer s’en tenaient à cette mesure, s’agissant de la consommation de la matsa.
Le Maguen Avraham 486, 1 apprend des propos de Maïmonide que la mesure de kazaït est légèrement inférieure au tiers d’un œuf ; et c’est aussi ce que l’on peut déduire des propos de différents Richonim. Des termes du Rachba, il ressort que l’olive est légèrement inférieure au volume du quart d’un œuf. Rabbénou Yits‘haq, en Tossephot, démontre, à partir de plusieurs traités de Guémara, que l’olive équivaut à la moitié d’un œuf. Telle est aussi la position de plusieurs Richonim d’Allemagne (Agouda ; Mahario ; Maharil). Certains auteurs estiment que, dans les contrées où vivaient les grands maîtres ashkénazes du Moyen Âge, les olives n’étaient guère courantes, de sorte qu’ils jugeaient selon ce qu’ils pouvaient déduire de la Guémara ; mais que, s’ils avaient pu voir les olives communes de la terre d’Israël, ils eussent jugé différemment.
Cependant, en pratique, bien que l’opinion des tossaphistes soit minoritaire au sein des Richonim, c’est celle que, en raison du doute, retient le Choul‘han ‘Aroukh 486, 1 en matière de consommation de la matsa : un kazaït équivaut à la moitié d’un œuf. La règle est la même en matière de bénédiction finale (Michna Beroura 486, 1). Selon le Maguen Avraham 486, 1, l’intention du Choul‘han ‘Aroukh porte sur un volume légèrement inférieur à celui d’un œuf. En pratique, Rabbi Haïm Naeh estime que le volume d’un œuf équivaut à 57 cm³, et qu’un demi-œuf sans sa coquille équivaut à 27 cm³. Selon le Michna Beroura, le calcul doit tenir compte de la coquille, ce qui porte à environ 29 cm³ le demi-œuf. Puisque nombreux sont ceux qui ne tiennent pas compte de la coquille, et que, selon le Maguen Avraham, ce que l’on vise est un peu moins de la moitié d’un œuf, on a pris l’usage de retenir le chiffre de 27 cm³ environ. Toutefois, selon des calculs révisés, tenant compte du poids de la drachme, l’œuf équivaut à 50 cm³, le demi-œuf avec coquille à 25 cm³, et le demi-œuf sans coquille à 22,5 cm³ (cf. Midot Véchi‘ouré Torah du Rav Benish 15, 16, et article « Chi‘our Kazaït », pp. 521-532 ; cf. également ci-après, note 11).
Certains A‘haronim ashkénazes estiment que les œufs de notre temps sont de moitié plus petits que ceux de jadis. Selon eux, la mesure appelée « demi-œuf » équivaut donc, en réalité, au volume d’un œuf entier de nos jours, soit environ 50 cm³ (pour approfondir la question, cf. ci-après, note 11). La coutume séfarade ne tient compte de cette opinion en aucune matière. Le ‘Hazon Ich lui-même, qui appuya cette opinion, au point qu’on finit par associer celle-ci à son nom, reconnaissait que, en matière de kazaït, c’était là une position sévère (‘houmra) ; car la mesure à partir de laquelle on doit dire la bénédiction finale est, en principe, celle de l’olive commune en sa génération, à la différence de l’œuf, dont la mesure est invariable – puisque c’est d’après cette dernière que l’on mesure les bains rituels et toute unité de volume (cf. Midot Véchi‘ouré Torah, p. 36, note 32). Il faut ajouter que, dans la dernière génération, le secteur de l’élevage avicole s’est perfectionné, et le volume des œufs s’est accru d’environ 20 pour cent. Par conséquent, quand on évalue un kazaït selon le volume d’un « demi-œuf » tel que nous le connaissons, il n’est pas à craindre de n’avoir pas mangé la mesure obligeant à réciter la bénédiction finale.