Si l’on mange du gâteau dans la quantité d’un kazaït – c’est-à-dire le volume de la moitié d’un œuf –, on récite la bénédiction finale ‘Al hami‘hia. Certes, parmi les ingrédients du gâteau, il y a des œufs, du sucre et de l’huile, de sorte que, si l’on s’en tient à la seule farine que l’on a consommée, il n’y a pas de kazaït ; mais les autres ingrédients, eux, sont accessoires à la farine, et destinés à lui donner du goût, de sorte qu’ils s’adjoignent à elle pour former ensemble la mesure de kazaït. Cela, à condition que la farine constitue au moins le huitième de l’ensemble des ingrédients (Choul‘han ‘Aroukh 208, 9 ; Michna Beroura 43, et 48). En pratique, dans presque tous nos gâteaux, y compris ceux à pâte fluide[c], il y a au moins un huitième de farine.
Si la quantité de farine présente dans la pâte est inférieure au huitième de l’ensemble des ingrédients, on ne dit pas la bénédiction ‘Al hami‘hia après avoir mangé un kazaït de ce gâteau, mais on dit en revanche Boré néfachot. En effet, puisque la farine présente dans le gâteau est en si faible quantité, elle « n’annexe » pas les autres ingrédients : c’est elle qui est « annexée » à ces derniers. Pourtant, avant de manger de ce gâteau, c’est la bénédiction Mézonot que l’on dira, car, en matière de berakha initiale, on ne requiert pas de proportion particulière : dès lors que la farine, elle aussi, est destinée à donner du goût, elle est considérée comme principale, et c’est d’après elle que la bénédiction est déterminée (Choul‘han ‘Aroukh 208, 2-3 ; cf. ci-après 11 § 4).
S’agissant d’une pachtida[d] ou d’une boulette, les ingrédients n’ont pas pour seul rôle de donner du goût à l’ensemble, comme dans le cas du gâteau : ils ont une importance propre. Par conséquent, ce n’est que si la farine représente la majorité du mélange que l’on dira ‘Al hami‘hia pour la consommation d’un kazaït de pachtida. En revanche, si la farine est minoritaire dans le mélange, les autres ingrédients ne s’associent pas à elle, du point de vue de la bénédiction finale. On ne récitera donc ‘Al hami‘hia que si l’on a mangé, au sein de cette pachtida, un kazaït (volume de la moitié d’un œuf) de farine même, dans le délai dit d’akhilat pras (sept minutes). Ce sera le cas, par exemple, si l’on a mangé, en sept minutes, trois kazaït d’une pachtida dont la farine constitue le tiers du mélange. Mais si l’on n’a pas mangé une telle quantité, on dira Boré néfachot, tant que l’on a mangé un kazaït de pachtida.
Quand une pâtisserie ou une pachtida est fourrée d’ingrédients qui ne sont pas mélangés à la farine (par exemple les fruits d’un strudel, les courgettes d’une pachtida), la farce ne s’adjoint pas à la farine, puisqu’elle a une existence propre. Ce n’est que si l’on a mangé un kazaït de pâte – dans tous ses composants – que l’on dira ‘Al hami‘hia. Si la pâte même n’atteint pas la mesure d’un kazaït, mais qu’avec la farce elle atteigne cette mesure, on dira Boré néfachot. Et si la pâte que l’on a mangée atteint la mesure de kazaït, on dira ‘Al hami‘hia (cf. ci-après, note 14)[10].
[d]. Spécialité israélienne, sorte d’omelette épaisse mêlée de légumes et de farine.
[10]. En cette matière, on trouve trois opinions : a) la bénédiction finale suit la même règle que la bénédiction initiale ; dès lors que le gâteau comporte l’une des cinq céréales, les bénédictions sont Mézonot et ‘Al hami‘hia, même s’il ne s’y trouve pas un kazaït de céréales consommable dans le délai d’akhilat pras (c’est ce qui ressort des propos du Rif, de Maïmonide, de Tossephot et du Roch ; cf. Béour Halakha 208, 9, ד »ה ואחריו).
- b) S’il y a, dans le mélange, un kazaït de céréales consommable dans le temps d’akhilat pras, et quoique l’on ait seulement mangé un kazaït de l’ensemble – non un kazaït de céréales –, on dira ‘Al hami‘hia (Rabbi Aaron Halévi ; Ritva).
- c) Ce n’est que si l’on mange effectivement un kazaït de céréales que l’on dira ‘Al hami‘hia. Si donc le kazaït de céréales est mélangé à une quantité d’ingrédients telle que l’on ne pourrait le consommer dans le temps d’akhilat pras, et bien qu’on le mange de manière continue, il apparaît que l’on n’aura finalement pas mangé un kazaït de céréales dans le temps d’akhilat pras. On ne récitera donc pas ‘Al hami’hia (le Gaon de Vilna explique ainsi la position des disciples de Rabbénou Yona et du Choul‘han ‘Aroukh; d’autres A‘haronim s’expriment en ce sens).
En pratique, la coutume, en matière de gâteaux, suit la deuxième opinion (comme l’indiquent le Maguen Avraham, le Peri Mégadim, le ‘Hayé Adam, le Michna Beroura 208, 48 ; c’est aussi en ce sens que se prononcent le Bené Tsion III, Ora‘h ‘Haïm 208, 9, l’Or lé-Tsion II, 14, 23, le ‘Hazon ‘Ovadia, Berakhot, p. 190).
Ce que l’on entend par kazaït bikhdi akhilat pras (kazaït de céréales consommable dans le délai d’akhilat pras) consiste, selon Maïmonide, dans une proportion inférieure à un neuvième. Selon Rachi et Tossephot, il s’agit d’un huitième, et tel est l’avis que reprennent l’auteur du Michna Beroura (208, 43) et du Cha‘ar Hatsioun (208, 45) et celui du Ziv‘hé Tsédeq. Ce que nous venons de dire vaut précisément pour les gâteaux, où les autres ingrédients ont pour fonction de donner du goût à la farine, et lui sont accessoires. Mais s’agissant des aliments mézonot cuits à l’eau, ou de la pachtida, ce n’est que si l’on a effectivement mangé un kazaït de céréales dans le délai d’akhilat pras que l’on dira ‘Al hami‘hia, conformément à la troisième opinion.