01. La bénédiction finale

De même qu’ils ont prescrit de réciter une bénédiction avant de manger, les Sages ont prescrit d’en réciter une après avoir mangé. Toutefois, il existe une différence entre bénédiction initiale et bénédiction finale : l’initiale est destinée à exprimer notre reconnaissance envers Dieu pour la jouissance que nous tirons de la nourriture. Or, les Sages enseignent à cet égard qu’il peut se déduire de la logique élémentaire que jouir d’un bien dans le monde du Saint béni soit-Il sans bénédiction préalable est chose interdite ; par conséquent, il n’était pas nécessaire que la Torah nous en donnât l’ordre explicite. En revanche, nous n’aurions pu savoir en nous fondant sur la seule raison qu’il faut prononcer une bénédiction <em>finale</em>. En effet, après avoir exprimé notre reconnaissance envers Dieu par le biais de la <em>berakha</em> initiale, il ne semble pas nécessaire, de prime abord, d’en réciter une nouvelle après avoir mangé. Aussi la Torah a-t-elle vu la nécessité d’en formuler le commandement de façon explicite : après avoir mangé et s’être rassasié, il revient au consommateur d’adresser à Dieu une bénédiction générale, portant non seulement sur les aliments dont il s’est présentement nourri, mais sur toute la bonté que dispense l’Éternel à Israël, comme il est dit : « Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour la bonne terre qu’il t’a donnée. » (Dt 8, 10)

Comme nous l’avons largement vu au sujet du <em>Birkat hamazon</em> (chap. 4 § 1-4), après avoir mangé et s’être rassasié, l’homme risque de s’enorgueillir et de se laisser entraîner par les passions et la matérialité. À l’inverse, grâce aux bonnes saveurs dont sont dotés les aliments et à la vitalité qu’il y puise, l’homme peut s’élever à une vision plus large de toute la bonté que Dieu dispense à Israël. Aussi, dans le <em>Birkat hamazon</em>, ce n’est pas pour la seule nourriture que nous louons Dieu : à partir d’elle, nous nous élevons à l’expression d’une louange et d’une reconnaissance générales, portant sur le bon pays – la terre d’Israël – et sur tout ce qui lui est lié : l’alliance, la Torah, Jérusalem, la royauté davidique et le Temple. Par cela, la nourriture même que l’on a mangée s’élève, se rehausse, et une vitalité nouvelle s’y adjoint pour le bien. Celui qui ne récite pas la bénédiction après avoir mangé s’abstient d’élever la partie spirituelle que recèle la nourriture, et manque de s’élever lui-même par ce biais ; dès lors, la nourriture que contiennent ses entrailles se matérialise et attire l’homme vers le bas (cf. ci-dessus, chap. 1 § 5).

Comme prolongement de la mitsva toranique, les Sages ont décidé que, dans le cas même où l’on ne serait pas rassasié, et pour peu que l’on ait mangé le volume d’un <em>kazaït</em>, on réciterait une bénédiction finale. Si c’est un <em>kazaït</em> de pain que l’on a mangé, on dira le <em>Birkat hamazon</em> ; si c’est un <em>kazaït </em>de l’une des sept espèces par lesquelles la Torah fait l’éloge de la terre d’Israël, on récitera la bénédiction <em>Mé‘ein chaloch</em> ; si c’est un <em>kazaït</em> de quelque autre nourriture, on dira <em>Boré néfachot</em>.

Pourquoi donc les Sages ont-ils prescrit de réciter la bénédiction finale pour une mesure de <em>kazaït</em> ? Parce que cette mesure possède une importance et une utilité certaines. La bénédiction initiale, il est vrai, se récite sur toute quantité (<em>kolchéhou</em>) de nourriture, même minime ; en effet, cette bénédiction porte sur la jouissance même que procure la consommation. Dès lors que l’on éprouve du plaisir, ne serait-ce qu’un peu, il faut réciter la bénédiction. Mais la bénédiction finale est, quant à elle, plus générale, et c’est seulement dans le cas où une certaine impression de contentement <em>subsiste </em>que l’on peut, sur cette base, méditer sur la bonté que l’Éternel dispense au monde, et réciter cette bénédiction. Si donc on a mangé moins de la mesure d’un <em>kazaït</em>, ou bu moins de la mesure d’un <em>revi‘it</em>, on ne dit pas de bénédiction finale (ces mesures seront définies ci-après, § 5-10).

Puisque la bénédiction initiale porte sur la <em>jouissance</em> qu’apporte la consommation, il faut qu’elle précède immédiatement celle-ci ; et les Sages interdisent de s’interrompre entre la bénédiction et le début de la consommation (cf. ci-dessus, chap. 3 § 1). La bénédiction finale, par contre, ne porte pas seulement sur la jouissance que procure la consommation, mais encore sur l’<em>utilité</em> de la nourriture et sur la <em>satisfaction</em> que l’homme tire de ce qu’il a mangé ou bu ; aussi peut-on la réciter plus tard, tant que l’on ressent quelque satiété de ce que l’on a ingéré (ci-après, § 12).

 

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