Chapitre 10 – Bénédiction finale

11. Fromage, yaourt et glace : statut de nourriture solide

Nous l’avons vu, il existe une différence significative entre la nourriture[f] (maakhal ou okhel) et les boissons (machqé) : pour des nourritures que l’on mange, la bénédiction finale se dit si l’on a consommé un kazaït (moitié du volume d’un œuf) dans un délai d’akhilat pras (sept minutes) ; pour des boissons, la bénédiction finale est récitée si l’on a bu un revi‘it (75 ml, volume d’un œuf et demi), lequel revi‘it doit être bu de manière continue, comme il est d’usage. Deux signes essentiels distinguent la nourriture de la boisson : le premier est que la boisson est liquide ; si on la met dans une assiette, elle se répandra de tous côtés. Quand un aliment ne se répand pas sur les côtés, c’est qu’il s’agit d’un aliment solide : de la nourriture. Le second signe est que la nourriture se mâche avec les dents, ou, à tout le moins, s’avale avec le concours de la langue, tandis que la boisson, par définition, se boit.

Par conséquent, le yaourt, le fromage, la jelly[g], le flan et la glace, puisqu’ils ne sont pas propres à la boisson, et qu’on les absorbe avec le concours de la langue, ont le statut de nourriture ; quand on en a mangé un kazaït (mesure d’un demi-œuf) dans le délai d’akhilat pras (sept minutes), on récite la bénédiction finale. Si l’on bat le yaourt jusqu’à ce qu’il devienne liquide, il prend le statut de boisson. Une soupe moulinée, même si elle est épaisse, a le statut de boisson, tant qu’elle se répand comme un liquide.

Pour un esquimau fait d’eau et de sucre congelés (sorbet) : si on le suce, ce sera considéré comme une boisson ; et puisqu’il n’est pas vraisemblable qu’on ait le temps de sucer un revi‘it dans le temps où l’on boit ordinairement un revi‘it, on ne dira pas de bénédiction finale. Mais si on le croque – quand bien même on le sucerait ensuite en bouche –, l’esquimau aura le statut de nourriture ; si donc on en mange le volume de la moitié d’un œuf dans un délai de sept minutes, on récitera la bénédiction finale[13].

Si l’on a bu deux boissons différentes dont la bénédiction finale est identique, et que la somme des deux fasse un revi‘it, ou si l’on a mangé deux aliments dont la bénédiction finale est identique, et que la somme des deux fasse un kazaït, les deux s’associent l’un à l’autre, de sorte que l’on aura l’obligation de réciter la bénédiction finale. Mais si l’on a consommé la moitié d’un revi‘it de boisson et la moitié d’un kazaït de nourriture, on ne dira pas la bénédiction finale, car les mesures de nourriture et de boisson ne s’additionnent pas (Michna Beroura 210, 1)[14].


[f]. Nous appellerons ici nourriture ce qui se mange, par opposition aux boissons.

[g]. Dessert à base de gélatine.

[13]. Le Choul‘han ‘Aroukh 208, 6 statue sur une bouillie (daïssa) contenant de la farine : si elle est liquide et susceptible d’être bue, la bénédiction initiale est Chéhakol ; si elle est épaisse et propre à être mangée et mâchée, la bénédiction sera Mézonot. La source du Choul‘han ‘Aroukh se trouve dans les propos de Maïmonide (Bénédictions 3, 3). Les tossaphistes (Berakhot 38a) et les disciples de Rabbénou Yona expliquent que la bouillie épaisse ne saurait être considérée comme boisson, mais comme nourriture, et que la farine en est la partie principale ; tandis que la bouillie « tendre », susceptible d’être bue, est considérée comme boisson : c’est l’eau qu’elle contient qui en est la partie principale.

Quand les Sages parlent de mastication (le‘issa) pour caractériser la nourriture, le propos n’est pas nécessairement de mâcher avec les dents, mais d’exclure le cas du breuvage (machqé), qui se boit (Gaon de Vilna ; Michna Beroura 22 ; ‘Aroukh Hachoul‘han 11). Le Choul‘han ‘Aroukh Harav 158, 8 écrit : « Susceptible d’être mangé se dit… d’une chose un peu épaisse, que les gens n’ont pas l’usage de boire ou d’avaler en une fois, sans que la langue la remue – ce qui serait un fait de boisson –, mais qu’il est d’usage de retourner quelque peu avec la langue, jusqu’à ce qu’elle arrive à la gorge, lieu de la déglutition : cette manière caractérise le fait de manger. » Dans des éditions corrigées de Maïmonide, c’est le verbe la‘at (réduire quelque peu la nourriture avant de l’avaler) qui est utilisé : cela aussi est considéré comme une consommation de nourriture.

La règle est la même s’agissant de la glace, du fromage, du yaourt et du flan, que l’on absorbe avec le concours de la langue et du palais. Certains, il est vrai, émettent des doutes quant aux produits laitiers et aux sorbets : soit parce qu’ils sont d’origine liquide, soit parce qu’ils fondent si on les laisse dehors. Mais la majorité des décisionnaires estiment qu’ils ont le statut de nourriture (‘Hatam Sofer ; ‘Aroukh Hachoul‘han 202, 9 ; Or Saméa‘h ; Ben Ich ‘Haï, Mass‘é 8 et de nombreux autres auteurs) ; et c’est bien ainsi que les gens les désignent. De plus, nous avons vu que, aux yeux de certains auteurs, même en matière de liquides, la bénédiction finale se dit après que l’on a consommé un kazaït dans le délai d’akhilat pras. En outre, tel est leur mode de consommation (le Cha‘aré Haberakha 14, 6, le Birkat Hachem II, 1, 16, le Pisqé Techouvot 210, 2, le ‘Hout Chani, Berakhot p. 211 et d’autres écrivent ainsi, en pratique, que le statut de ces aliments est celui de nourriture).

[14]. Si l’on a mangé un demi-kazaït d’un aliment dont la bénédiction finale est Mé‘ein chaloch, et un demi-kazaït d’un aliment dont la bénédiction finale est Boré néfachot, on récitera, selon la majorité des décisionnaires, la bénédiction la plus basique, Boré néfachot (Knesset Haguedola ; Maguen Avraham ; Michna Beroura 210, 1 ; Ben Ich ‘Haï, Mass‘é 5). D’autres estiment que l’on ne saurait additionner ces mesures hétérogènes, et que l’on ne dira donc pas de bénédiction (Kehounat ‘Olam ; Beit Méïr). Or en matière de bénédiction, en cas de doute, on est indulgent [on s’abstient donc de la réciter] (comme l’écrit le Yabia’ Omer VIII, 23, 25). Mais quand il s’agit d’un même aliment, les demi-mesures s’additionnent. Simplement, dans le cas d’un complet mélange, comme l’est la pachtida, on va d’après la majorité. Si les différents ingrédients sont simplement accolés les uns autre, sans être véritablement mélangés, on dira Boré néfachot ; cf. cas du gâteau fourré (ci-dessus, § 9) ou des cacahuètes « américaines », revêtues de farine cuite sucrée (ci-après, chap. 11 § 5 ; cf. aussi Har‘havot, et ci-après, chap. 11 § 4, note 5).

 

12. Dans quel délai on peut dire la bénédiction

On doit réciter la bénédiction finale immédiatement après avoir terminé de manger ou de boire, et il ne faut se livrer à aucune occupation avant de l’avoir dite. En effet, il ne convient pas de vaquer à ses occupations avant de remercier l’Éternel pour la nourriture que l’on a consommée ; de plus, il est à craindre que, plongé dans ses occupations, on n’oublie de réciter la bénédiction. À tout le moins, il faut se hâter de la réciter tant que l’on se sent satisfait et rassasié, plus qu’on ne l’était avant d’avoir mangé. A posteriori, si, prenant du retard, on n’a pas récité la bénédiction, et que l’on ne soit pas certain d’éprouver présentement plus de satiété qu’avant le début de sa collation, on pourra encore la réciter, tant que soixante-douze minutes n’ont pas passé depuis la fin de la collation ou de la boisson. Après l’expiration de ce délai, on ne récitera pas la bénédiction. Cependant, si l’on est certain d’être encore rassasié, plus qu’on ne l’était avant d’avoir mangé, on pourra la dire, même après soixante-douze minutes[15].

Si l’on prend un repas qui rassasie, et quoique l’on n’y mange pas de pain, on aura l’obligation de réciter la bénédiction finale, tant que l’on éprouve une sensation de satiété, même si plusieurs heures ont passé. Dès l’instant où l’on éprouve quelque sensation de faim, et où l’on commence à désirer manger un repas supplémentaire, on a perdu la possibilité de dire la bénédiction finale (cf. ci-dessus, chap. 4 § 14, où ce délai est expliqué).


[15]. Si l’on est davantage rassasié qu’on ne l’était avant d’avoir commencé à manger ou à boire, on peut dire la bénédiction finale en tout état de cause, même si le temps nécessaire pour parcourir quatre milles a expiré – soit environ 72 minutes (suivant l’opinion de Rabbi Yo‘hanan en Berakhot 53b). Si l’on n’est pas plus rassasié qu’on ne l’était alors, on peut toujours, selon la majorité des décisionnaires, dire la bénédiction dans le délai nécessaire pour parcourir quatre milles, même si, à cet instant, on est moins rassasié qu’on ne l’était avant de commencer à manger. (En effet, Rech Laqich lui-même, qui était plus rigoureux que Rabbi Yo‘hanan, reconnaissait cela ; Aboudraham ; Darké Moché 184, 1 ; Touré Zahav 184, 2 ; ‘Aroukh Hachoul‘han 8 ; Béour Halakha 184, 5, passage commençant par Im eino ; Tsits Eliézer XIII, 15 ; cf. ci-dessus, chap. 4 § 14).

 

Certains craignent que, si l’on n’est pas plus rassasié qu’on ne l’était avant de commencer sa collation, il ne faille s’abstenir de dire la bénédiction (Choul‘han ‘Aroukh Harav 184, 3 ; cf. Maguen Avraham 9). Or il est parfois difficile d’évaluer cela, puisqu’il arrive que ce soit précisément le fait de manger qui éveille l’appétit. Quoi qu’il en soit, a priori, il y a lieu de tenir compte de cet avis : si l’on n’est pas certain d’être plus rassasié, il est préférable de manger un peu plus ; on récitera ensuite la bénédiction finale (quant à la bénédiction initiale, cf. ci-dessus, chap. 9 § 5-7). S’il n’est pas possible de manger davantage, on récitera néanmoins la bénédiction, puisque la sensation de satiété est chose inconstante, et que de nombreux décisionnaires donnent pour instruction de réciter la bénédiction dans un délai de soixante-douze minutes, même si l’on a présentement plus d’appétit qu’avant. (Mais si une demi-heure ne s’est pas encore écoulée, il ne sera pas nécessaire d’être rigoureux et de manger davantage, même si l’on éprouve plus d’appétit que tout à l’heure, puisqu’on se trouve encore près de sa collation ; cf. Har‘havot).

 

13. Quand dire la bénédiction, si l’on fait des pauses dans sa consommation

Il arrive que l’on ait l’intention de manger, dans les heures prochaines, plusieurs fruits, ou plusieurs pâtisseries, ou de boire plusieurs verres. La question se pose alors : convient-il de réciter au début une bénédiction initiale unique, couvrant tout ce que l’on a l’intention de manger et de boire, puis, à la fin, une bénédiction finale unique pout tout ce que l’on aura mangé et bu ? Ou bien est-il préférable de réciter, pour chaque consommation de nourriture et pour chaque verre, la bénédiction initiale et la bénédiction finale ? Le principe est que, si les prises de nourriture et de boisson peuvent être considérées comme formant une continuité, il est préférable de dire une unique bénédiction pour l’ensemble ; si elles doivent être considérées comme distinctes – par exemple si l’on s’interrompt longuement entre elles, ou que ces nourritures soient prises en différents lieux –, il est préférable de dire une bénédiction nouvelle à chaque prise de nourriture. Il arrive que des facteurs supplémentaires aient une influence en la matière. Par exemple, le fait que les aliments soient placés devant soi au moment de la bénédiction initiale, ou le fait d’être attablé avec ses amis. Exposons cette halakha plus en détail.

Si l’on est attablé en un seul et même endroit, et que l’on ait l’intention de s’interrompre, entre les différentes prises de nourriture et entre les différentes prises de boisson, moins d’une demi-heure, il sera juste de considérer comme jointes les unes aux autres toutes ces consommations. On récitera donc, au début, une bénédiction initiale sur l’ensemble[h], puis à la fin une bénédiction finale unique sur l’ensemble[i]. S’il est vraisemblable que l’on s’interrompra plus d’une demi-heure, il est préférable – puisque l’interruption est relativement longue – de réciter pour chaque prise de nourriture ou de boisson la bénédiction initiale et la bénédiction finale. Quoi qu’il en soit, a posteriori, dès lors que l’interruption reste en-deçà de soixante-douze minutes entre une prise de nourriture et la suivante, ou entre une prise de boisson et la suivante, on peut encore dire sur l’ensemble de ces consommations une seule et même bénédiction initiale, et une seule et même bénédiction finale.

Si l’on a posé devant soi une assiette de fruits, ou de gâteaux, ou une carafe de boisson, tout ce que l’on prendra de cette assiette ou de cette carafe, puisqu’elles sont devant soi et que l’on a l’intention de continuer d’en manger ou d’en boire, sera considéré comme un même ensemble. Aussi, dans le cas même où l’on s’interrompt parfois plus d’une demi-heure, il est préférable de ne réciter qu’une bénédiction initiale sur l’ensemble, et une bénédiction finale après avoir terminé de manger ou de boire. Mais si l’on sait que l’on s’interrompra plus de soixante-douze minutes, on dira une bénédiction initiale et une bénédiction finale pour chaque prise de nourriture ou de boisson.

Quand un groupe s’est rassemblé pour une fête, et qu’un buffet présentant différents mets et boissons est proposé aux convives, le fait que ces derniers soient assis ensemble, en plus du buffet qu’ils ont face à eux, unit tous ce qu’ils mangeront et boiront en une seule et même collation. Ils diront donc, d’abord, les bénédictions relatives à tout ce qu’ils mangeront et boiront, puis, après avoir fini de manger et de boire, ils réciteront la bénédiction finale. Par exemple, s’ils ont devant eux des gâteaux, des fruits et des jus de fruits, ils diront d’abord Mézonot, Ha‘ets et Chéhakol ; puis, à la fin, ‘Al hami‘hia et Boré néfachot. Même si plusieurs heures passent, entre la première prise de nourriture et la fin de la fête, les convives n’auront pas perdu la possibilité de dire la berakha relative à leur consommation du début, dès lors qu’ils ont fixé leur présence en ce lieu et que, de temps en temps, ils goûtent quelque nourriture et prennent quelqu’une des boissons placées devant eux. Certains apportent à leur pratique un supplément de perfection, en ayant soin de ne pas laisser passer soixante-douze minutes sans manger et boire quelque chose. Quoi qu’il en soit, même si l’on s’est interrompu soixante-douze minutes sans rien manger ni boire, on n’a point perdu la possibilité de dire la bénédiction finale, puisque l’on n’aura pas ressenti de faim ou de soif entre-temps ; en effet, si l’on avait eu faim ou soif, il est probable que l’on aurait encore mangé ou bu de ce qui se trouvait devant soi[16].


[h]. C’est-à-dire sur l’ensemble des aliments et boissons ayant même bénédiction.

[i]. Là encore, comprendre : sur l’ensemble des aliments dont la bénédiction finale est identique.

[16]. En ce domaine, il y a une différence entre berakha initiale et berakha finale. S’agissant de la berakha initiale, Maïmonide écrit (Bénédictions 4, 7) que, tant que l’on a l’intention de continuer à manger, et même si l’on s’est interrompu toute la journée, on n’a pas besoin de réciter de nouveau cette bénédiction. Certes, selon le Maguen Avraham 184, 9 et ceux qui partagent son avis, si le temps de digestion est passé dans l’intervalle, on a perdu le bénéfice de la bénédiction initiale. Cependant, la majorité des décisionnaires ne partagent pas cette opinion, comme le notent le Michna Beroura 184, 17, le Tsits Eliézer XII, 1 et le Ye‘havé Da‘at VI, 11. Mais s’agissant de la bénédiction finale, de nombreux A‘haronim tiennent comptent des propos du Maguen Avraham : si le temps de digestion est passé, on a perdu la possibilité de dire la berakha finale sur ce que l’on a mangé et bu. Même si, par la suite, on mange quelque autre mets, ou que l’on prenne quelque autre boisson, et que l’on récite sur eux la bénédiction finale, cette dernière ne couvrira pas ce que l’on avait mangé ou bu avant l’interruption (Béour Halakha 190, 2, ד »ה אחר).

 

Puisque, de l’avis de nombreux décisionnaires, dont le Michna Beroura, le temps de digestion d’une collation légère est d’environ 72 minutes (cf. ci-dessus, note 15), celui qui a l’intention de s’interrompre 72 minutes entre deux prises de nourriture ou de boisson doit, pour chacune d’elles, réciter séparément la bénédiction finale. Dès lors, on récitera aussi la bénédiction initiale, pour chaque consommation de nourriture ou de boisson. Mais si la bouteille est devant soi, ou l’assiette de fruits ou de gâteaux, de sorte que, tant que l’on a un peu faim ou soif, on boive et goûte de ce que l’on a devant soi, il n’est pas à craindre que le temps de digestion soit passé. En effet, si l’on avait eu quelque peu faim ou soif, on aurait mangé ou bu de ce que l’on avait devant soi. Malgré cela, a priori, il est bon de ne pas dépasser 72 minutes entre une prise de nourriture et la suivante, et entre une prise de boisson et la suivante.

 

Quant au fond de la question – est-il préférable de dire les bénédictions séparément pour chaque prise de nourriture et de boisson, ou bien une fois pour l’ensemble ? –, il existe de nombreux débats (cf. Min‘hat Yits‘haq V, 102 ; Tsits Eliézer XII, 1 ; Yabia’ Omer VI, 27 ; Pisqé Techouvot 184, 11). À notre humble avis, s’il semble parfois y avoir controverse entre A‘haronim, ceux-ci parlent en réalité de situations différentes. La règle avec laquelle tout le monde s’accorde est que, si toutes les prises de nourriture et de boisson forment une suite unitaire aux yeux du consommateur, une même bénédiction le rendra quitte de l’ensemble. Si, malgré cela, le consommateur divisait artificiellement les différentes prises de nourriture ou de boisson, on considérerait qu’il se met dans le cas de dire une bénédiction non nécessaire (berakha ché-eina tsrikha). Mais s’il considère chaque prise de nourriture ou de boisson comme une chose nettement distincte, il devra dire la bénédiction sur chaque prise de nourriture ou de boisson (cf. Choul‘han ‘Aroukh 169, 3, quant à la règle du chamach, le serveur qui apporte les mets).

 

D’après cela, si l’interruption est inférieure à une demi-heure, il se trouve qu’il n’y a presque pas d’interruption, puisqu’une période d’une demi-heure est considérée comme contiguë à la consommation première ; dès lors, la reprise est regardée comme une suite immédiate. Si l’interruption est supérieure à une demi-heure, en revanche, elle est effective, et toute prise de nourriture ou de boisson est autonome. Toutefois, si la nourriture et la bouteille sont devant soi, elles unifient les différentes prises de nourriture et de boisson. Quoi qu’il en soit, si l’on a l’intention d’attendre plus de 72 minutes pour continuer à manger ou boire, c’est qu’il y a interruption réelle, et il sera juste de réciter la bénédiction pour chaque collation séparément, bien que l’on n’ait pas ressenti de faim ou de soif après la collation précédente. De plus, il faut prendre en compte la possibilité que l’on ait effectivement eu une légère sensation de faim ou de soif, mais que l’on n’ait pas pensé à manger ou à boire. Dès lors que le temps de digestion est passé, on a perdu la possibilité de dire la bénédiction finale sur ce que l’on avait mangé ou bu d’abord.

 

Si l’on est en compagnie, c’est le groupe qui a pour effet d’unifier les différentes consommations (comme nous l’apprenons de la nuit du Séder ; cf. Rabbi A. Botchatch, Echel Avraham 474, qui explique que, même si le temps de digestion a expiré, la commensalité a le pouvoir de tout unifier).

 

Dans le cas d’une fête qui dure des heures, toute prise de nourriture crée une continuité à l’égard d’une autre. Aussi, dans le cas même où l’on a d’abord mangé des gâteaux, puis, plus de 72 minutes plus tard, des fruits, ces différentes prises de nourriture créent une continuité jusqu’à la bénédiction finale, tant que l’on n’éprouve pas de nouveau une sensation de faim entre les deux (selon Maguen Avraham 184, 9 ; Peri Mégadim, Echel Avraham 9 ; c’est aussi l’opinion du Choul‘han ‘Aroukh Harav 473, 10 et d’autres A‘haronim).

 

Certains auteurs, il est vrai, se fondant sur les termes du Michna Beroura 184, 18, ont tenté de distinguer entre un repas accompagné de pain et la consommation d’autres nourritures. Dans ce dernier cas, selon eux, la consommation des différents mets ne crée pas de continuité (Chévet Halévi VII, 27). Mais il semble que l’intention du Michna Beroura fût de dire que, si l’on ne se considère pas comme fixement établi à cette fête, que l’on y mange des fruits, puis qu’on n’ait plus l’intention de continuer d’en manger, et que l’on se mette, dans ces circonstances, à manger des pâtisseries, alors seulement, aux yeux du Maguen Avraham et de ceux qui partagent son avis, on aura perdu l’occasion de réciter la berakha finale sur lesdits fruits. Mais quand on se considère comme pleinement partie prenante à la fête, le rassemblement des différents participants a pour effet d’unifier leurs consommations diverses en une unique consommation : tant que l’on n’a pas « retiré les mains » des mets et boissons présents devant soi (c’est-à-dire signifié son intention de ne plus en consommer), le repas n’est pas clos, et l’on peut prononcer la bénédiction finale pour tout ce que l’on a ingéré, du début à la fin.

 

Si l’on veut donner à sa pratique un supplément de perfection, on mangera, avant chaque expiration de 72 minutes, de chaque catégorie de nourriture sur laquelle on prévoit de dire la bénédiction finale. (Il y a quatre catégories de bénédiction finale : a) ‘ein chaloch sur des mets mézonot ; b) sur le vin ; c) sur les fruits au sujet desquels la Torah fait l’éloge de la terre d’Israël ; d) Boré néfachot.)

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