13 – Chavou’ot

11 – Lecture des Dix commandements ; s’il faut se lever en leur honneur

Les sages ont institué, à Chavou’ot, la lecture de la paracha relative à la révélation du Sinaï et aux Dix commandements. La Haftara est celle de la vision du Char céleste (la Merkava), au début du livre d’Ézéchiel (Méguila 31a, Choul’han ‘Aroukh 494, 1). Comme à chaque fête, les sages prescrivent que cinq personnes soient appelées à la Torah (Méguila 21a). Si l’on s’en tient à la stricte directive des sages, on sort de l’arche un seul rouleau de la Torah, et le maftir (lecteur de la Haftara) est l’un des cinq appelés. Mais les Guéonim ont écrit qu’il est de coutume de sortir deux rouleaux : dans le premier, on fait lire cinq appelés, comme la Michna l’explique, et dans le second, le maftir lit le paragraphe relatif aux sacrifices, dans la lection Pin’has. La raison en est que – comme l’enseigne le Talmud (Méguila 31b) –, le Saint béni soit-Il a déclaré : « [Tant que le Temple est détruit] Je leur ai institué l’ensemble des textes relatifs aux sacrifices ; tant qu’ils le lisent, Je le leur impute comme s’ils m’eussent offert un sacrifice, et Je pardonne toutes leurs  fautes » (Roch, Ran, Beit Yossef 488, 3 ; cf. ci-dessus, chap. 2 § 8, note 8).

Nos sages disent de la lecture du passage décrivant la révélation du Sinaï, le jour de Chavou’ot, qu’elle est d’une particulière importance :

Le Saint béni soit-Il a dit à Israël : « Mes enfants, lisez chaque année cette paracha, et Je vous l’imputerai comme si vous vous teniez devant le mont Sinaï, recevant la Torah » (Pessiqta de-Rav Kahana 12).

Puisqu’il en est ainsi, on a coutume de lire les Dix commandements, à Chavou’ot, suivant une mélodie particulière, dite ta’am ‘elion. Suivant les signes musicaux (te’amim) habituels, tels qu’ils sont imprimés dans le ‘Houmach[p], la mélodie est ordonnancée par versets ; dans le ta’am ‘elion, la mélodie s’ordonnance par mitsvot. Par exemple, le commandement de Zakhor (« Souviens-toi du jour du Chabbat… ») se divise en quatre versets ; mais suivant le ta’am ‘elion, il se lit comme un seul et même long verset. Face à cela, les quatre commandements que sont Lo tirtsa’h, lo tinaf, lo tignov, lo ta’ané vé-ré’akha ‘ed chaqer  (« Tu ne tueras point, tu ne commettras point d’adultère, tu ne voleras point, tu ne porteras pas contre ton prochain de faux témoignage ») se lisent, suivant les te’amim ordinaires, comme un seul verset ; tandis que, suivant le ta’am ‘elion, ils se lisent comme quatre versets. Cette partition différente des mots influe sur presque toute la mélodie, de sorte que l’on a fixé une mélodie quelque peu différente pour la lecture effectuée en ta’am ‘elion (Béour Halakha 494, 3). Tous les décisionnaires s’accordent à dire que les Dix commandements se lisent, à Chavou’ot, en ta’am ‘elion ; mais quant à la lecture des Dix commandements que l’on fait au cours ordinaire des parachot sabbatiques[q], les opinions diffèrent. Cependant, de nos jours, on a l’usage, pour toute lecture publique, de lire les Dix commandements selon le ta’am ‘elion.

Nombreux sont ceux qui ont coutume de se lever, pour la lecture des Dix commandements, en souvenir de cet événement glorieux et redoutable ; car quiconque entend les Dix commandements lus en public, c’est comme s’il accueillait la face de la Chékhina, la Présence divine. Cette coutume est mentionnée pour la première fois à l’époque des Richonim, il y a environ huit cents ans ; cependant, ce n’est que depuis l’époque des A’haronim qu’elle s’est répandue dans la majorité des communautés juives. Telle est la coutume ashkénaze, et d’une partie des communautés séfarades. Certains ont exprimé des réserves sur cette coutume, car nous voyons dans le Talmud (Berakhot 12a) que les sages s’abstinrent de fixer une lecture quotidienne des Dix commandements, qui se fût adjointe à celle du Chéma ; cela, afin de ne pas induire en erreur le peuple, qui pourrait être influencé par les hérétiques, lesquels professent que l’on peut se contenter d’observer les Dix commandements, à l’exclusion des autres mitsvot. Cependant, selon la majorité des décisionnaires, cela n’est pas un argument, car lors de la révélation du Sinaï, le peuple se tenait bien debout ; et seule une lecture quotidienne des Dix commandements risquerait de susciter cette erreur. De plus, les hérétiques qui prétendent qu’il n’est pas nécessaire d’observer les autres mitsvot ne se trouvent guère parmi nous[4].


[p]. Pentateuque.

[q]. Yitro et Vaet’hanan.

[4]. Nous voyons que, dans ses responsa, Maïmonide s’accorde avec l’opinion d’un rabbin, qui avait abrogé la coutume de se lever. Tel est aussi l’avis du Emet lé-Ya’aqov, du Rav ‘Haïm Falagi, et, dans notre génération, du Ye’havé Da’at I 29. Face à cela, nombreux sont les décisionnaires qui maintiennent la coutume. Parmi eux : le ‘Hida, dans Tov ‘Ayin 11, le Dvar Chemouel 276, le Maté Yehouda, Ora’h ‘Haïm I 6, le Yaskil ‘Avdi II 1 et VII 1, le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 22, le Chémech Oumaguen I, Ora’h ‘Haïm 57. Telle est la coutume d’Afrique du nord, comme l’explique le Divré Chalom Vé-émet I p. 166. En tout état de cause, si l’on n’a pas l’usage de se lever, et que l’on se trouve en un lieu où l’on a l’habitude de se lever, on se lèvera dès le début de la montée [laquelle ne commence pas par les Dix commandements] : de cette façon, on ne paraîtra pas s’être levé spécialement en l’honneur des Dix commandements, mais dans le même temps, on ne se démarquera pas de la communauté (Ye’havé Da’at VI 8).

12 – Rouleau de Ruth

On a coutume de lire le livre de Ruth, à Chavou’ot. Cela, « afin de t’apprendre que la Torah n’a été donnée que par le biais d’épreuves et de la pauvreté. (…) La Torah a dit devant le Saint béni Soit-Il : “Maître de l’univers, fixe mon lot au sein de la société des pauvres ! Car si les riches s’adonnaient à mon étude, ils s’enorgueilliraient ; tandis que, lorsqu’il s’agit de pauvres, ils se livrent à mon étude, savent qu’ils ont faim et sont humbles…” » (Yalqout Chim’oni, Ruth 596). Or, en Ruth, se sont accomplies les paroles de la Michna : « Quiconque accomplit la Torah dans la pauvreté finira par l’accomplir dans la richesse ; et quiconque néglige la Torah dans la richesse finira par la négliger dans la pauvreté » (Maximes des pères 4, 9). Ruth, en effet, ne quitta pas ce monde avant d’avoir vu ses descendants, David et Salomon, assis sur le trône royal d’Israël.

Une autre raison donnée à la lecture de Ruth est que, lors de la révélation du Sinaï, tous les enfants d’Israël reçurent la Torah et, par cela même, se convertirent. Or Ruth, poursuivant la voie de la révélation sinaïtique, se convertit à la foi d’Israël (Aboudraham). Autre motif : c’est à Chavou’ot que mourut le roi David, or le livre de Ruth relève sa généalogie, comme on le voit au dernier verset : « Et Jessé enfanta David » (4, 22 ; Birké Yossef 494, 11). Nos sages mentionnent une autre raison : « On ne trouve dans ce rouleau (méguila) nulle mention d’impureté ni de pureté, ni d’interdit ni de permission ; pourquoi donc a-t-il été écrit ? Pour t’apprendre quelle bonne récompense est accordée à ceux qui s’adonnent à la bienfaisance » (Ruth Rabba 2, 14). Or tel est le principal propos de la Torah, comme l’enseignent nos sages : « La Torah débute par la bienfaisance et s’achève par la bienfaisance » (Sota 14a) ; et comme l’enseigne Rabbi Aqiba : « “Tu aimeras ton prochain comme toi-même” (Lv 19, 18), c’est un grand principe de la Torah » (Sifra, Qedochim).

Comme nous l’avons vu (chap. 2 § 10), certains Ashkénazes ont coutume de lire le livre de Ruth dans un rouleau de parchemin, et de prononcer, sur cette lecture, la bénédiction : Baroukh Ata… acher qidechanou bémitsvotav vétsivanou ‘al miqra méguila (« Béni sois-Tu… qui nous as sanctifiés par tes commandements et nous as ordonné la lecture du rouleau »), ainsi que la bénédiction Chéhé’héyanou (« … qui nous as fait vivre, nous as maintenus et nous as fait parvenir à cette époque »). Telle est la coutume des disciples du Gaon de Vilna. Mais la majorité des Ashkénazes, ainsi que tous les Séfarades, ont coutume de ne pas réciter de bénédiction sur cette lecture, et n’exigent pas non plus qu’elle soit faite dans un rouleau de parchemin.

Dans les pays germaniques, on avait coutume de lire la méguila de Ruth à l’office de Cha’harit, avant la lecture de la Torah. Cependant, en cas de nécessité, on peut la lire à un autre moment. Aussi, certains de ceux qui veillent toute la nuit de Chavou’ot lisent Ruth avant l’office de Cha’harit, ou après celui de Min’ha, afin de pouvoir mieux se concentrer à son écoute.

La coutume séfarade et yéménite est de lire le livre de Ruth près de Min’ha ; et, si on l’a lu à l’occasion du Tiqoun de la nuit de Chavou’ot, il n’est pas nécessaire d’en répéter la lecture près de Min’ha.

13 – Décoration de la synagogue

Nombreux sont ceux qui ont coutume de parer la synagogue de plantes et de branchages, beaux et odoriférants, en l’honneur de la Torah qui nous fut donnée à Chavou’ot. C’est parce que la Torah ajoute à la vie que l’on a coutume d’orner la synagogue de feuilles végétales, qui expriment la vie, de même que, lors du don de la Torah, le mont Sinaï s’était couvert de végétation en l’honneur de la Torah (Levouch). Certains disposent des branchages odoriférants, afin d’ajouter au délice et à la joie, et d’exprimer la sublime hauteur spirituelle de la Torah ; car nos sages enseignent que, « de chacune des dix paroles qui sortaient de la bouche du Saint béni soit-Il, le monde entier se remplissait de parfums » (Chabbat 88b). Certains ont coutume de disposer des branches d’arbre au motif que, à Chavou’ot, on est jugé sur les fruits de l’arbre ; en décorant de branches la synagogue, on se rappelle qu’il faut prier au sujet des fruits (Maguen Avraham 494, 5). Pour autant, on ne met pas de branches d’arbres fruitiers, afin de ne pas les détruire gratuitement.

L’origine de cette coutume remonte à environ six cents ans, en pays germanique (Maharil, Rama 494, 3). De là, elle se répandit à la majorité des communautés juives, séfarades comme ashkénazes. Toutefois, le Gaon de Vilna s’opposa à cette coutume, car elle ressemblait à un usage non juif, consistant à décorer d’arbres les maisons en l’honneur de certaine fête ; or la Torah a ordonné de ne pas imiter les coutumes des gentils, comme il est dit : « Vous n’irez pas selon leurs lois » (Lv 18, 3). Certains ont l’usage de se conformer à cette opinion (‘Hayé Adam 131, 13).

Mais de l’avis de la majorité des décisionnaires, il n’y a pas de mal à cette coutume, car l’interdit d’aller dans les voies des non-Juifs ne vaut que lorsqu’il y a dans la coutume en cause une atteinte portée à la pudeur et à la modestie, ou lorsque la coutume n’a aucune signification[r] ni utilité, et qu’elle est seulement suivie pour imiter les coutumes non juives, lesquelles reposent sur de vaines croyances. Mais dans notre cas, où nous avons de bonnes raisons d’observer cette coutume, il n’est pas à craindre qu’elle paraisse s’inscrire dans les voies des non-Juifs. Tel est donc l’usage dans la majorité des communautés, que de décorer la synagogue de plantes et de branchages, beaux et odoriférants. Certains ont également l’usage de décorer les maisons de branchages et de fleurs (Rama 494, 3)[5].

Puisque ces branchages servent à l’agrément visuel, ils ne sont pas mouqtsé. Cependant, si Chavou’ot tombe un dimanche, il ne faut pas les installer pendant Chabbat, puisqu’on ne prépare pas le Yom tov pendant Chabbat (Michna Beroura 494, 9).


[r]. D’un point de vue juif.

[5]. Cette compréhension de l’interdit d’imiter les lois non juives est notamment celle du Mahariq, Chorech 88, et du Rivach 158. C’est aussi en ce sens que s’expriment le Beit Yossef et le Rama, Yoré Dé’a 178, 1. Et puisque la coutume consistant à décorer les synagogues est motivée, il n’y a pas là d’interdit (Yossef Da’at, de l’auteur du Choel Ouméchiv ; Maharcham, Da’at Torah 494, 3 ; cf. Ye’havé Da’at IV 33 ; Hilkhot ‘Hag Be’hag 8, 11).

Jadis, au titre de cette coutume, on couvrait d’herbes le sol ; mais à l’époque, on n’avait pas l’usage de carreler les maisons (cf. Choul’han ‘Aroukh 337, 2, Béour Halakha ד »ה ויש). À ce qu’il semble, à mesure que se généralisait le carrelage des sols, on considérait que les couvrir d’herbes portait atteinte à l’honneur de la synagogue, de sorte que l’usage s’est perdu.

Pour la majorité des décisionnaires, l’interdit de détruire les arbres fruitiers s’applique également à leurs branches (Beer Cheva’, ‘Hida dans ‘Haïm Chaal I 23) ; mais certains permettent de couper des branches (Michné Lamélekh). Certes, pour les besoins d’une mitsva, il est permis de couper des branches d’arbres fruitiers (Har Tsvi, Ora’h ‘Haïm II 102). Mais il n’est pas d’usage de disposer des branches d’arbres fruitiers à titre décoratif, car, pour les besoins d’une simple coutume, il n’y a pas lieu d’être indulgent en la matière.

14 – Mets lactés et miellés

Nombreux sont ceux qui, dès l’époque des Richonim, il y a plus de six cents ans, ont pris coutume de manger des produits laitiers et du miel à Chavou’ot. La source de la coutume se trouve en Allemagne et en France ; de là, elle s’est répandue dans de nombreuses communautés juives. Cependant, certains n’en ont point l’usage : c’est le cas de nombreux originaires du Yémen, de Libye, Djerba, Boukhara et Perse.

Plusieurs raisons sont mentionnées pour expliquer la coutume : certains expliquent que la Torah est comparée au lait et au miel (Dt Rabba 7, 3), comme il est dit : « Du miel et du lait sous ta langue » (Ct 4, 11). Les sages enseignent : « Au moment même où les enfants d’Israël se tinrent devant le mont Sinaï et dirent : “Tout ce qu’a dit l’Éternel, nous le ferons et nous l’entendrons” (Ex 24, 7), le Saint béni soit-Il leur dit : “Du miel et du lait sous ta langue” » (Tan’houma Yachan, Ki Tissa 9). En d’autres termes, parce qu’Israël accepta de recevoir la Torah sans réserve, les paroles de la Torah seront douces à leur bouche, comme le miel et le lait. Et pour rappeler la douceur de la Torah et l’affection que nous lui portons, nous avons coutume, à Chavou’ot, de déguster des gâteaux lactés, délicieux et doux, ainsi que des mets sucrés au miel (Or’hot ‘Haïm, Peri ‘Hadach).

Le Rav Kook explique encore que le lait et le miel sont deux aliments qui sont créées à partir d’une chose impure. Le miel est élaboré par les abeilles, insectes impurs ; le lait provient du sang, qu’il est interdit de consommer. C’est précisément parce qu’ils se transforment, de l’impur au pur, que leur goût est particulier, car ils font allusion à l’amendement (tiqoun) du monde. Or c’est la vertu de la Torah que d’amender les mauvais aspects du monde, de servir d’antidote au mauvais penchant[s] et de le retourner en bien. Telle est aussi la vertu de la terre d’Israël, aussi est-elle appelée « terre où coule le lait et le miel ».

Une autre raison est invoquée : si l’on mange des mets lactés, on devra préparer deux pains : l’un, que l’on mangera avec les plats lactés, l’autre avec les plats carnés ; par cela, on fera allusion aux deux pains que nos ancêtres présentaient en offrande à Chavou’ot (Rama 494, 3). On rapporte encore que c’est ce que firent nos ancêtres lors du don de la Torah : après que leur furent révélées les nombreuses lois régissant la consommation de viande – abattage, inspection du couteau, cas de lésions interdisant la consommation (téréfa), salage –, ils préférèrent consommer des mets lactés, qui sont permis sans préparatifs nombreux. En souvenir de cela, nous aussi consommons, à Chavou’ot, des plats lactés (Michna Beroura 494, 12). Or puisque, pour concourir à la joie, on mange des plats carnés les jours de fête, il faut être vigilant quant aux règles de séparation entre le lacté et le carné, grâce à quoi nous montrons que les règles de la Torah nous sont chers.

Nombre de personnes ont l’usage de manger, au même repas festif, des mets lactés et des mets carnés. Certains font cela au repas du jour ; d’autres, nombreux, le font au repas du soir. Au début du repas, on prend des plats lactés. Ensuite, il faut se brosser les dents, ou manger du pain, ou de la pomme, ou quelque autre aliment dur. De plus, on devra bien se rincer la bouche. Par cela, la bouche sera nettoyée et rincée de tout restant de lait. Après cela, on changera la nappe, on dressera de nouveau la table, et l’on mangera les plats carnés. Bien entendu, il ne faut pas inverser l’ordre en servant d’abord des plats carnés, puisque, après la consommation de viande, il faut attendre six heures avant qu’il soit permis de manger des produits laitiers[6].

De plus, nombre de ceux qui veillent toute la nuit prennent, au Qidouch qui suit l’office, des gâteaux lactés, après quoi ils vont dormir. Puis, quand ils sont levés, ils prennent un repas de fête carné. Le principal est d’accomplir la mitsva de la joie festive ; car toutes ces coutumes ont pour dessein d’ajouter à la joie de la fête, et à l’honneur de la Torah.


[s]. De l’assaisonner (cf. ci-dessus, dernier alinéa du § 7).

[6]. Certains, se fondant sur le Zohar, ont coutume d’être rigoureux, en ne mangeant pas lors d’un même repas du lait et de la viande. Aussi servent-ils deux repas distincts, le premier lacté, le second carné, avec une interruption d’une heure environ entre les deux (Chla, Chevou’ot, Ner Mitsva 8 ; cf. Pisqé Techouvot 494, note 64). Mais si l’on s’en tient à la stricte halakha, il est permis de manger de la viande après des produits laitier, lors du même repas, sans attendre une heure. Simplement, il faut se nettoyer la bouche et la rincer (Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 89, 2, Maguen Avraham 497, 16). D’après cela, puisqu’il n’est pas nécessaire de séparer le repas en deux repas, faire cela donnerait lieu à des bénédictions non nécessaires (berakhot ché-einan tsrikhot). Aussi est-il préférable de manger le lacté et le carné en un même repas. Toutefois, celui qui tire plus de plaisir de la séparation du repas en deux, en observant une pause d’une heure entre les deux, est autorisé à faire cela d’après toutes les opinions.

15 – Les six jours qui suivent Chavou’ot

À l’époque du Temple, c’était une mitsva que de monter au Temple lors des trois fêtes de pèlerinage, et d’offrir, au premier jour de la fête, un sacrifice de ‘ola (holocauste) et un autre de chelamim (rémunératoire). Ces sacrifices étaient appelés ‘olat réïya (« holocauste d’apparition[t] ») et chelamé ‘haguiga (« rémunératoire de la fête »). Celui qui ne les avait pas offerts le premier jour pouvait accomplir son obligation et apporter ces sacrifices jusqu’à l’achèvement de la fête, c’est-à-dire jusqu’au septième jour de Pessa’h, ou jusqu’à Chemini ‘Atséret (‘Haguiga 9a). Si c’est à Chavou’ot qu’on ne les avait pas offerts, on pouvait rattraper cela pendant les six jours qui suivaient la fête : de même que, à Pessa’h, on peut apporter ‘ola et chelamim dans les limites de sept jours, de même est-ce la règle à Chavou’ot (‘Haguiga 17a).

Puisque ces six jours sont propres à l’achèvement des sacrifices de Chavou’ot, la joie de la fête se poursuit en eux, dans une certaine mesure. Aussi a-t-on coutume de ne pas réciter les Ta’hanounim ces jours-là (Maguen Avraham, Michna Beroura 131, 36).

Le jour qui suit Chavou’ot est appelé Isrou ‘hag. Comme nous l’avons vu au chapitre 2 § 13, il est interdit de jeûner ce jour-là, ainsi que, en toute rigueur halakhique, de prononcer un éloge funèbre, car il s’agit d’un yom tevoa’h (« jour d’abattage »), c’est-à-dire un jour où des bêtes sont égorgées pour être offertes en sacrifice. En effet, quand Chavou’ot tombait un Chabbat, on devait repousser l’oblation de la ‘olat réïya et des chelamé ‘haguiga au dimanche, qui était Isrou ‘hag. Les autres années elles-mêmes, de nombreuses personnes n’avaient pas eu le temps d’offrir leurs sacrifices pendant la fête ; ce qu’ils n’avaient pas eu le temps d’offrir, ils l’offraient donc, principalement, le lendemain. Or un jour d’oblation de sacrifices est considéré comme un jour de joie ; aussi est-il interdit de plein droit de jeûner un tel jour (Choul’han ‘Aroukh 494, 3, Levouch, Maguen Avraham 3, Choul’han ‘Aroukh Harav 19 ; cf. ci-dessus, chap. 2 § 13).


[t]. Allusion à la mitsva de paraître, lors des trois fêtes, au Temple de Jérusalem.

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