10 – Bénédictions du matin et autres règles, pour ceux qui veillent la nuit

Même si l’on n’a pas dormi durant la nuit, on récite les bénédictions du matin (Birkot hacha’har), car ces bénédictions ont été instituées comme expression de notre reconnaissance pour les bienfaits généraux et quotidiennement renouvelés dont jouissent les êtres humains. Aussi, ceux-là même qui ne jouissent pas personnellement de telle chose particulière récitent la bénédiction y afférente (La Prière d’Israël 9, 3). Toutefois, à l’égard de quelques-unes de ces bénédictions, il y a des différences de coutume.

S’agissant de l’ablution matinale des mains (nétilat yadaïm) : il est admis qu’il faut se laver les mains avant l’office de Cha’harit ; mais les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir s’il faut réciter la bénédiction relative à cette ablution. Selon la coutume ashkénaze, le mieux est d’aller aux toilettes avant la prière, et de toucher à cette occasion l’un des endroits du corps qui sont ordinairement couverts ; car, depuis sa précédente douche, on y aura quelque peu transpiré. De cette manière, l’ablution des mains et la bénédiction correspondante seront une obligation. Mais selon la coutume séfarade, en tout état de cause, on ne prononcera pas la bénédiction pour cette ablution (La Prière d’Israël 8, 1, note 1).

En ce qui concerne les bénédictions de la Torah (birkot ha-Torah) : il est admis que, si l’on a dormi au moins une demi-heure au cours du jour précédent, on devra dire ces bénédictions, une fois le matin venu. Si l’on n’a pas du tout dormi de la journée, la grande majorité des décisionnaires estiment que l’on devra pourtant réciter les bénédictions de la Torah ; néanmoins, puisqu’on trouve quelques décisionnaires qui estiment qu’il ne faut pas les réciter, il sera bon, a priori, de les entendre réciter par une autre personne, qui aura dormi, et de former l’intention de s’en acquitter par cette écoute (cf. La Prière d’Israël 10, 7).

Concernant les bénédictions Elo-haï néchama et Hama’avir chéna, certains disent que seul celui qui a lui-même dormi peut les réciter ; aussi est-il juste de les écouter de la bouche d’un de ses camarades qui, lui, a dormi, et de former l’intention de s’en acquitter par cette écoute. S’il n’y a personne qui s’apprête à les réciter, la majorité des décisionnaires estiment qu’on les récitera soi-même ; tel est l’usage de tous les Séfarades et d’une partie des Ashkénazes. D’autres Ashkénazes ont coutume d’être rigoureux, en raison du doute, et de réciter ces bénédictions sans mention du nom de Dieu ni de sa royauté[n]. Quand un Ashkénaze ne sait pas à quelle coutume il se rattache, il est autorisé à agir comme la majorité d’Israël et à réciter toutes les bénédictions lui-même.

En résumé : suivant la coutume de la majorité d’Israël, ceux qui restent éveillés toute la nuit récitent toutes les bénédictions matinales, et les bénédictions de la Torah. Ceux qui veulent apporter à leur pratique un supplément de perfection (hidour) s’acquittent, quand ils le peuvent, des bénédictions de la Torah, d’Elo-haï néchama et de Hama’avir chéna en les écoutant réciter par une personne qui a dormi pendant la nuit (cf. La Prière d’Israël 9, 6).

S’agissant du temps des bénédictions : suivant la halakha, nous récitons les Birkot hacha’har et les Birkot ha-Torah à l’approche de l’office de Cha’harit. Suivant la Kabbale, il est de coutume de dire les Birkot hacha’har après le milieu de la nuit (‘hatsot) et les Birkot ha-Torah après le lever de l’aube (‘amoud hacha’har) (Kaf Ha’haïm 46, 49 ; cf. La Prière d’Israël 9, 5, note 4)[3].

Au cours de la nuit, il est permis de manger et de boire, sans limitation. À partir de l’aube, il est interdit de manger, ou de boire du café ou du jus de fruit. Même si l’on a commencé à manger ou à boire avant cela, on devra s’interrompre. Il est seulement permis, après le lever de l’aube, de boire de l’eau. Dès avant cela, dans la demi-heure qui précède le lever de l’aube[o], il sera interdit de commencer un repas proprement dit, de crainte de le poursuivre au-delà de l’aube. À ce titre, il est interdit de manger du pain, ou des pâtisseries dans une mesure supérieure à un kabeitsa. Mais il reste permis, dans cette demi-heure, de manger, sans que cela s’inscrive dans un repas formel, des légumes, des fruits ou des plats de céréales, cela sans limitation (La Prière d’Israël 12, 8).

L’heure de la prière, pour ceux qui veillent la nuit, est conforme à l’usage de Vatiqin, où les fidèles récitent la ‘Amida de Cha’harit quand brille le premier rayon du soleil (hanets ha’hama). À cette fin, il faut commencer la lecture des Pessouqé dezimra environ trente à quarante minutes avant le lever du soleil (La Prière d’Israël chap. 11 § 1-2 et 5-6).


[n]. Par exemple, en disant : Baroukh hama’avir ‘hévlé chéna… (au lieu de Baroukh Ata etc.).

[3]. Il faut avoir soin de réciter les bénédictions de la Torah après l’aube.  Certains pensent même que, si on les a dites avant cela, on n’est pas quitte (responsa Haélef Lékha Chelomo 33, Kaf Ha’haïm 47, 29). Le Tsla’h (sur Berakhot 11b) émet des doutes à ce sujet. Si, par erreur, on a dit ces bénédictions avant l’aube, on ne les répétera pas, ce pour deux raisons : a) il se peut que l’on en soit déjà quitte, précisément par ce que l’on aura récité avant l’aube ; b) peut-être la halakha est-elle conforme à l’opinion du Roch, selon qui, tant que l’on n’a pas dormi, il n’est pas besoin de dire ces bénédictions. Toutefois, on formera l’intention de s’en acquitter au moment de la bénédiction Ahavat ‘olam [qui précède le Chéma Israël ; dans ce texte, nous exprimons aussi notre reconnaissance envers Dieu pour le don de la Torah, et lui demandons de nous accorder la sagesse pour la comprendre] (cf. Michna Beroura 47, 28, Yalqout Yossef 47, 9). Certains, pointilleux, s’abstiennent d’étudier la Torah à partir du lever de l’aube ; en effet, nous savons par ailleurs qu’il est interdit d’étudier avant les bénédictions (Choul’han ‘Aroukh 46, 9). Dans la mesure où l’heure du lever de l’aube est elle-même douteuse, ceux qui sont pointilleux dans l’observance des mitsvot ont coutume de réciter, tout le temps que règne le doute, des louanges, et de ne pas étudier la Torah (Ben Ich ‘Haï, Vayichla’h, première année 3).

Cependant, en pratique, il semble que la position halakhique principale consiste à dire que les Birkot ha-Torah sont efficaces jusqu’au moment qui précède l’office de Cha’harit du jour suivant ; aussi n’est-il pas nécessaire d’être pointilleux en la matière. Il faut joindre à ce motif la position du Roch et de ceux qui partagent son avis ; selon eux, dès lors que l’on n’a pas dormi, on n’a point l’obligation de dire les bénédictions, quoiqu’on ait l’usage de les réciter chaque jour, et que la coutume veuille qu’on les récite juste avant l’office. Cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag p. 68 et Yalqout Yossef 47, 9, d’après qui l’aube paraît soixante-douze minutes avant le premier rayon du soleil ; cf. aussi La Prière d’Israël 11, 1, note 1, où il est dit que ce n’est pas exact, car cela dépend des saisons de l’année, et que cette mesure de soixante-douze minutes est le temps minimal séparant l’aube du lever du soleil.

[o]. Il s’agit d’une demi-heure « relative » (zmanit) et non d’une demi-heure fixe (telle que la montre l’indique).

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