08 – Étude de la nuit de Chavou’ot

Nombreux sont ceux qui ont coutume d’étudier la Torah, dans la joie, tout au long de la nuit de Chavou’ot. Le fondement de cette coutume est expliqué dans le Zohar (III 98a) :

Les hommes pieux de jadis ne dormaient pas, toute cette nuit, et se livraient à l’étude de la Torah. (…) Ainsi disait Rabbi Chimon [bar Yo’haï], au moment où ses camarades d’étude se rassemblaient chez lui, à la nuit : « Allons, réparons les bijoux de la fiancée, afin que, demain, en présence du Roi, elle se trouve parée de ses bijoux, comme il lui convient. Heureuse sera la part des compagnons[k], lorsqu’à la reine le Roi demandera qui donc lui a agencé ses joyaux et a illuminé sa couronne ! Or, personne au monde que les compagnons ne sait réaliser les agencements nécessaires à la fiancée. Heureuse leur part en ce monde-ci et dans le monde futur ! »

Le Zohar (I 8a) raconte encore :

Rabbi Chimon et tous les compagnons chantaient en étudiant la Torah, et chacun d’entre eux mettait au jour de nouveaux enseignements de Torah. Rabbi Chimon se réjouissait, et avec lui, tous les autres compagnons. Rabbi Chimon leur dit : « Mes fils, heureuse est votre part car, demain, ce n’est qu’avec vous que la fiancée viendra sous le dais nuptial ; car tous ceux qui s’adonnent aux agencements nécessaires à la fiancée durant cette nuit, et qui s’y réjouissent, tous seront inscrits dans le livre du souvenir. Et le Saint béni soit-Il leur accorde soixante-dix bénédictions et couronnes émanant du monde d’en-haut.

Pour comprendre les paroles du Zohar, il faut expliquer que le jour du don de la Torah (matan Torah) est appelé jour des noces (yom ‘hatouna), car, en ce jour, le Saint béni soit-Il s’est lié à l’Assemblée d’Israël comme un fiancé s’unit à sa fiancée (Ta’anit 26b). Chaque année, à Chavou’ot, cette notion de don de la Torah se révèle à nouveau, et l’Assemblée d’Israël se réunit au Saint béni soit-Il, comme une fiancée à son fiancé. Les kabbalistes disent que l’étude de la Torah, la nuit de Chavou’ot, prépare l’Assemblée d’Israël à la réception de la Torah[l], de la manière la plus belle. De cette façon, quand vient le jour, elle a le mérite de s’élever vers le Saint béni soit-Il, de se lier et de s’unir à Lui davantage. Grâce à cela, Israël mérite abondance de Torah, de vie et de bénédiction pour toute l’année.

Rabbi Isaac Louria (le saint Ari) enseigne que toute personne qui se livre à l’étude de la Torah toute cette nuit, ne dormant pas même un instant, se voit assuré de terminer son année, et qu’aucun dommage ne lui arrivera cette année-là, car toute la vie de l’homme dépend de cela.

Une autre raison est donnée à cette coutume : le jour où les enfants d’Israël reçurent la Torah, ils dormirent longtemps, et Moïse notre maître dut les réveiller à l’approche du don de la Torah, comme il est dit : « Moïse fit sortir le peuple du camp, au-devant de la divinité ; et ils se tinrent au pied de la montagne » (Ex 19, 17). Or il y avait en cela un défaut, car les enfants d’Israël ne s’étaient pas préparés ni n’avaient attendu comme il convient le don de la Torah (Chir Hachirim Rabba 1, 56). Afin de réparer cette faute, on a coutume de s’adonner à l’étude de la Torah toute cette nuit, en guettant et en désirant ardemment la lumière du don de la Torah, lumière qui se dévoile de nouveau chaque année à Chavou’ot (Maguen Avraham 494).

Autrefois, seuls quelques hommes pieux avaient coutume d’étudier cette nuit ; mais il y a quatre cents ans, suite aux propos de Rabbi Isaac Louria, la coutume commença de se répandre, au point de devenir l’héritage d’un grand nombre. Cependant, les kabbalistes ont grandement mis en garde le peuple, afin que ceux qui resteraient éveillés se livrassent à l’étude de la Torah toute la nuit, sans gaspiller leur temps en vaines paroles (Ben Ich ‘Haï, Bamidbar 3).

Quoi qu’il en soit, il n’est pas obligatoire de suivre cette coutume, et ceux à qui il est difficile de rester éveillés et d’étudier toute la nuit sont autorisés à dormir. Certains des plus grands maîtres eux-mêmes préféraient dormir, la nuit de Chavou’ot, car ils estimaient en leur for intérieur que, s’ils restaient éveillés toute la nuit, ils ne pourraient se concentrer convenablement pendant la prière de Cha’harit et celle de Moussaf, ou qu’ils ne pourraient étudier, la nuit, de manière suffisamment éveillée, ou qu’ils seraient contraints de rattraper ces heures de sommeil, au point que cela entraînerait une perte de temps d’étude (bitoul Torah), ou bien encore qu’ils ne pourraient se réjouir convenablement pendant la fête, à cause de la fatigue.

Toutefois, ceux qui restent éveillés estiment que, même si l’étude de cette nuit n’est pas d’une grande qualité, et s’il est difficile de se concentrer pendant la prière du matin, cette coutume sainte est l’expression de l’amour de Dieu et de l’amour de la Torah, et que, bien au contraire, elle dénote un degré particulier d’abnégation en l’honneur du Ciel et en l’honneur de l’Assemblée d’Israël. Il est juste que chacun choisisse sa coutume au nom du Ciel (léchem Chamayim).


[k]. ‘Havérim, nom donné aux maîtres de la Torah.

[l]. Figurée par la lecture, à l’office du matin, des versets se rapportant à la révélation sinaïtique.

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