14 – Mets lactés et miellés

Nombreux sont ceux qui, dès l’époque des Richonim, il y a plus de six cents ans, ont pris coutume de manger des produits laitiers et du miel à Chavou’ot. La source de la coutume se trouve en Allemagne et en France ; de là, elle s’est répandue dans de nombreuses communautés juives. Cependant, certains n’en ont point l’usage : c’est le cas de nombreux originaires du Yémen, de Libye, Djerba, Boukhara et Perse.

Plusieurs raisons sont mentionnées pour expliquer la coutume : certains expliquent que la Torah est comparée au lait et au miel (Dt Rabba 7, 3), comme il est dit : « Du miel et du lait sous ta langue » (Ct 4, 11). Les sages enseignent : « Au moment même où les enfants d’Israël se tinrent devant le mont Sinaï et dirent : “Tout ce qu’a dit l’Éternel, nous le ferons et nous l’entendrons” (Ex 24, 7), le Saint béni soit-Il leur dit : “Du miel et du lait sous ta langue” » (Tan’houma Yachan, Ki Tissa 9). En d’autres termes, parce qu’Israël accepta de recevoir la Torah sans réserve, les paroles de la Torah seront douces à leur bouche, comme le miel et le lait. Et pour rappeler la douceur de la Torah et l’affection que nous lui portons, nous avons coutume, à Chavou’ot, de déguster des gâteaux lactés, délicieux et doux, ainsi que des mets sucrés au miel (Or’hot ‘Haïm, Peri ‘Hadach).

Le Rav Kook explique encore que le lait et le miel sont deux aliments qui sont créées à partir d’une chose impure. Le miel est élaboré par les abeilles, insectes impurs ; le lait provient du sang, qu’il est interdit de consommer. C’est précisément parce qu’ils se transforment, de l’impur au pur, que leur goût est particulier, car ils font allusion à l’amendement (tiqoun) du monde. Or c’est la vertu de la Torah que d’amender les mauvais aspects du monde, de servir d’antidote au mauvais penchant[s] et de le retourner en bien. Telle est aussi la vertu de la terre d’Israël, aussi est-elle appelée « terre où coule le lait et le miel ».

Une autre raison est invoquée : si l’on mange des mets lactés, on devra préparer deux pains : l’un, que l’on mangera avec les plats lactés, l’autre avec les plats carnés ; par cela, on fera allusion aux deux pains que nos ancêtres présentaient en offrande à Chavou’ot (Rama 494, 3). On rapporte encore que c’est ce que firent nos ancêtres lors du don de la Torah : après que leur furent révélées les nombreuses lois régissant la consommation de viande – abattage, inspection du couteau, cas de lésions interdisant la consommation (téréfa), salage –, ils préférèrent consommer des mets lactés, qui sont permis sans préparatifs nombreux. En souvenir de cela, nous aussi consommons, à Chavou’ot, des plats lactés (Michna Beroura 494, 12). Or puisque, pour concourir à la joie, on mange des plats carnés les jours de fête, il faut être vigilant quant aux règles de séparation entre le lacté et le carné, grâce à quoi nous montrons que les règles de la Torah nous sont chers.

Nombre de personnes ont l’usage de manger, au même repas festif, des mets lactés et des mets carnés. Certains font cela au repas du jour ; d’autres, nombreux, le font au repas du soir. Au début du repas, on prend des plats lactés. Ensuite, il faut se brosser les dents, ou manger du pain, ou de la pomme, ou quelque autre aliment dur. De plus, on devra bien se rincer la bouche. Par cela, la bouche sera nettoyée et rincée de tout restant de lait. Après cela, on changera la nappe, on dressera de nouveau la table, et l’on mangera les plats carnés. Bien entendu, il ne faut pas inverser l’ordre en servant d’abord des plats carnés, puisque, après la consommation de viande, il faut attendre six heures avant qu’il soit permis de manger des produits laitiers[6].

De plus, nombre de ceux qui veillent toute la nuit prennent, au Qidouch qui suit l’office, des gâteaux lactés, après quoi ils vont dormir. Puis, quand ils sont levés, ils prennent un repas de fête carné. Le principal est d’accomplir la mitsva de la joie festive ; car toutes ces coutumes ont pour dessein d’ajouter à la joie de la fête, et à l’honneur de la Torah.


[s]. De l’assaisonner (cf. ci-dessus, dernier alinéa du § 7).

[6]. Certains, se fondant sur le Zohar, ont coutume d’être rigoureux, en ne mangeant pas lors d’un même repas du lait et de la viande. Aussi servent-ils deux repas distincts, le premier lacté, le second carné, avec une interruption d’une heure environ entre les deux (Chla, Chevou’ot, Ner Mitsva 8 ; cf. Pisqé Techouvot 494, note 64). Mais si l’on s’en tient à la stricte halakha, il est permis de manger de la viande après des produits laitier, lors du même repas, sans attendre une heure. Simplement, il faut se nettoyer la bouche et la rincer (Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 89, 2, Maguen Avraham 497, 16). D’après cela, puisqu’il n’est pas nécessaire de séparer le repas en deux repas, faire cela donnerait lieu à des bénédictions non nécessaires (berakhot ché-einan tsrikhot). Aussi est-il préférable de manger le lacté et le carné en un même repas. Toutefois, celui qui tire plus de plaisir de la séparation du repas en deux, en observant une pause d’une heure entre les deux, est autorisé à faire cela d’après toutes les opinions.

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