01 – La fête de Chavou’ot et sa relation avec Pessa’h

Cette fête possède quatre noms : 1) ‘Hag ha-Chavou’ot (la fête des semaines), comme il est dit : « Tu célébreras la fête des semaines en l’honneur de l’Éternel ton Dieu » (Dt 16, 9-10). 2) ‘Hag ha-qatsir (la fête de la moisson), comme il est dit : « Et la fête de la moisson, prémices de tes œuvres, que tu auras semées au champ » (Ex 23, 16) ; 3) Yom ha-bikourim (jour des prémices), comme il est dit : « Au jour des prémices, quand vous présenterez une offrande nouvelle à l’Éternel, au terme de vos semaines » (Nb 28, 26) ; 4) ‘Atséret (clôture), appellation introduite par les sages. Nous commencerons par expliquer le nom principal : ‘Hag ha-Chavou’ot.

Le moment où a lieu la fête de Chavou’ot est particulier. Toutes les autres fêtes ont lieu à une date définie, Pessa’h le 15 nissan, Roch hachana le 1er tichri, Kipour le 10 tichri, Soukot le 15 tichri. Tandis que le temps de Chavou’ot n’est pas défini par une date : il est fixé en fonction du compte de l’omer[a]. Le temps de l’offrande de l’omer est le lendemain du premier Yom tov de Pessa’h ; depuis ce jour, on compte sept semaines, qui font quarante-neuf jours. Le lendemain de ces sept semaines, au cinquantième jour, on célèbre la fête de Chavou’ot. C’est bien ce que dit le verset : « Vous compterez, depuis le lendemain du jour chômé [littéralement du Chabbat], du jour où vous aurez offert la gerbe du balancement, sept semaines, qui seront intègres. Jusqu’au lendemain de la septième semaine, vous compterez cinquante jours. Et vous présenterez une offrande nouvelle à l’Éternel » (Lv 23, 15-16). De même, il est écrit : « Tu compteras sept semaines ; dès le moment où la faucille sera aux blés, tu commenceras à compter sept semaines. Et tu feras une fête des semaines en l’honneur de l’Éternel ton Dieu » (Dt 16, 9-10). Certes, de nos jours, la fête de Chavou’ot tombe toujours le 6 sivan ; mais cela est dû au fait que l’ancienne ordination rabbinique s’est interrompue, et que nous consacrons les mois suivant un calendrier fixe[b]. Tandis qu’au temps où les tribunaux rabbiniques consacraient les mois suivant l’observation de la nouvelle lune, la date de la fête pouvait aussi être le 5 ou le 7 du mois.

Cela signifie que le temps de Chavou’ot est fonction de celui de Pessa’h ; et ce n’est que du sein de Pessa’h que l’on peut parvenir à Chavou’ot et au don de la Torah. Deux principes, liés l’un à l’autre, furent révélés à Pessa’h : l’élection d’Israël, et le dévoilement de la foi simple dans le monde. En effet, lorsque l’Éternel choisit Israël pour lui être un peuple spécial, qu’Il frappa les Égyptiens et fit sortir d’Égypte son peuple Israël, pour que celui-ci accédât à la liberté, la présence d’un Créateur, d’un Dirigeant, fut manifeste en ce monde. Telle est la foi (émouna) simple, qui se révéla parmi le peuple d’Israël. Cependant, pour que la foi trouve sa pleine expression, et que nous puissions par son biais faire progresser le monde vers sa Délivrance, il nous faut recevoir la Torah, où apparaissent toutes les valeurs, les mitsvot et les directives nécessaires à l’amendement du monde. C’est à ce propos que nous disons, dans les bénédictions de la Torah : « Béni sois-Tu… qui nous as choisis d’entre tous les peuples »… à Pessa’h ; puis, à partir de là, « nous a donné ta Torah »… à Chavou’ot. Et il est impossible d’atteindre à la foi profonde et complexe, propre à la fête de Chavou’ot, sans s’appuyer sur le fondement de la foi naturelle, qui réside au sein du peuple d’Israël, et se révèle à Pessa’h. De même, il est impossible à la foi naturelle et à l’élection d’Israël de se maintenir sans la Torah, qui fut donnée à Chavou’ot (cf. Pniné Halakha, Les Lois de Pessa’h, chap. 1 § 1 ; Zemanim – Fêtes et solennités juives I, chap. 2 § 1-2).

Le Saint béni soit-Il nous conféra ce mérite : il nous donna la fête de Pessa’h et celle de Chavou’ot, afin que nous méritions, chaque année, de revenir au grand événement de la sortie d’Égypte, et de révéler en nous-mêmes, une nouvelle fois, l’élection d’Israël et la foi simple ; puis, à partir de là, que nous nous élevions, en un processus graduel, par le biais du compte de l’omer, jusqu’au jour sanctifié du don de la Torah, où nous accédons à la plénitude de la foi. De cette façon, nous nous élevons d’année en année, jusqu’à ce que soit amendé le monde, par la justice et par le droit, par la bienfaisance et par la miséricorde, et que la terre soit emplie de la connaissance de l’Éternel[c].


[a]. Sur l’omer, première gerbe dont la moisson suivait le premier jour de Pessa’h, et sur la mitsva de compter les jours séparant Pessa’h de Chavou’ot, cf. Pniné Halakha, Zemanim – Fêtes et solennités juives I, chap. 2.

[b]. Cf. op. cit. chap. 1.

[c]. Allusion à Is 11, 9.

Livres