11 – Lecture des Dix commandements ; s’il faut se lever en leur honneur

Les sages ont institué, à Chavou’ot, la lecture de la paracha relative à la révélation du Sinaï et aux Dix commandements. La Haftara est celle de la vision du Char céleste (la Merkava), au début du livre d’Ézéchiel (Méguila 31a, Choul’han ‘Aroukh 494, 1). Comme à chaque fête, les sages prescrivent que cinq personnes soient appelées à la Torah (Méguila 21a). Si l’on s’en tient à la stricte directive des sages, on sort de l’arche un seul rouleau de la Torah, et le maftir (lecteur de la Haftara) est l’un des cinq appelés. Mais les Guéonim ont écrit qu’il est de coutume de sortir deux rouleaux : dans le premier, on fait lire cinq appelés, comme la Michna l’explique, et dans le second, le maftir lit le paragraphe relatif aux sacrifices, dans la lection Pin’has. La raison en est que – comme l’enseigne le Talmud (Méguila 31b) –, le Saint béni soit-Il a déclaré : « [Tant que le Temple est détruit] Je leur ai institué l’ensemble des textes relatifs aux sacrifices ; tant qu’ils le lisent, Je le leur impute comme s’ils m’eussent offert un sacrifice, et Je pardonne toutes leurs  fautes » (Roch, Ran, Beit Yossef 488, 3 ; cf. ci-dessus, chap. 2 § 8, note 8).

Nos sages disent de la lecture du passage décrivant la révélation du Sinaï, le jour de Chavou’ot, qu’elle est d’une particulière importance :

Le Saint béni soit-Il a dit à Israël : « Mes enfants, lisez chaque année cette paracha, et Je vous l’imputerai comme si vous vous teniez devant le mont Sinaï, recevant la Torah » (Pessiqta de-Rav Kahana 12).

Puisqu’il en est ainsi, on a coutume de lire les Dix commandements, à Chavou’ot, suivant une mélodie particulière, dite ta’am ‘elion. Suivant les signes musicaux (te’amim) habituels, tels qu’ils sont imprimés dans le ‘Houmach[p], la mélodie est ordonnancée par versets ; dans le ta’am ‘elion, la mélodie s’ordonnance par mitsvot. Par exemple, le commandement de Zakhor (« Souviens-toi du jour du Chabbat… ») se divise en quatre versets ; mais suivant le ta’am ‘elion, il se lit comme un seul et même long verset. Face à cela, les quatre commandements que sont Lo tirtsa’h, lo tinaf, lo tignov, lo ta’ané vé-ré’akha ‘ed chaqer  (« Tu ne tueras point, tu ne commettras point d’adultère, tu ne voleras point, tu ne porteras pas contre ton prochain de faux témoignage ») se lisent, suivant les te’amim ordinaires, comme un seul verset ; tandis que, suivant le ta’am ‘elion, ils se lisent comme quatre versets. Cette partition différente des mots influe sur presque toute la mélodie, de sorte que l’on a fixé une mélodie quelque peu différente pour la lecture effectuée en ta’am ‘elion (Béour Halakha 494, 3). Tous les décisionnaires s’accordent à dire que les Dix commandements se lisent, à Chavou’ot, en ta’am ‘elion ; mais quant à la lecture des Dix commandements que l’on fait au cours ordinaire des parachot sabbatiques[q], les opinions diffèrent. Cependant, de nos jours, on a l’usage, pour toute lecture publique, de lire les Dix commandements selon le ta’am ‘elion.

Nombreux sont ceux qui ont coutume de se lever, pour la lecture des Dix commandements, en souvenir de cet événement glorieux et redoutable ; car quiconque entend les Dix commandements lus en public, c’est comme s’il accueillait la face de la Chékhina, la Présence divine. Cette coutume est mentionnée pour la première fois à l’époque des Richonim, il y a environ huit cents ans ; cependant, ce n’est que depuis l’époque des A’haronim qu’elle s’est répandue dans la majorité des communautés juives. Telle est la coutume ashkénaze, et d’une partie des communautés séfarades. Certains ont exprimé des réserves sur cette coutume, car nous voyons dans le Talmud (Berakhot 12a) que les sages s’abstinrent de fixer une lecture quotidienne des Dix commandements, qui se fût adjointe à celle du Chéma ; cela, afin de ne pas induire en erreur le peuple, qui pourrait être influencé par les hérétiques, lesquels professent que l’on peut se contenter d’observer les Dix commandements, à l’exclusion des autres mitsvot. Cependant, selon la majorité des décisionnaires, cela n’est pas un argument, car lors de la révélation du Sinaï, le peuple se tenait bien debout ; et seule une lecture quotidienne des Dix commandements risquerait de susciter cette erreur. De plus, les hérétiques qui prétendent qu’il n’est pas nécessaire d’observer les autres mitsvot ne se trouvent guère parmi nous[4].


[p]. Pentateuque.

[q]. Yitro et Vaet’hanan.

[4]. Nous voyons que, dans ses responsa, Maïmonide s’accorde avec l’opinion d’un rabbin, qui avait abrogé la coutume de se lever. Tel est aussi l’avis du Emet lé-Ya’aqov, du Rav ‘Haïm Falagi, et, dans notre génération, du Ye’havé Da’at I 29. Face à cela, nombreux sont les décisionnaires qui maintiennent la coutume. Parmi eux : le ‘Hida, dans Tov ‘Ayin 11, le Dvar Chemouel 276, le Maté Yehouda, Ora’h ‘Haïm I 6, le Yaskil ‘Avdi II 1 et VII 1, le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 22, le Chémech Oumaguen I, Ora’h ‘Haïm 57. Telle est la coutume d’Afrique du nord, comme l’explique le Divré Chalom Vé-émet I p. 166. En tout état de cause, si l’on n’a pas l’usage de se lever, et que l’on se trouve en un lieu où l’on a l’habitude de se lever, on se lèvera dès le début de la montée [laquelle ne commence pas par les Dix commandements] : de cette façon, on ne paraîtra pas s’être levé spécialement en l’honneur des Dix commandements, mais dans le même temps, on ne se démarquera pas de la communauté (Ye’havé Da’at VI 8).

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