07. Quel montage et quel démontage sont permis en matière d’ustensiles

La question de l’assemblage d’éléments se présente différemment, selon que l’on se place dans le domaine immobilier ou dans le domaine mobilier. S’agissant d’une maison, puisqu’elle est fixe, il est interdit de lui attacher un élément, même si la jonction est lâche. De même est-il interdit d’en détruire un élément. Par exemple, il est interdit d’assembler une fenêtre sur son cadre ou de l’en ôter ; même si la jonction de la fenêtre sur son cadre est lâche, et que son installation s’opère facilement, la chose demeure interdite, puisque la fenêtre s’attache à la maison. Il faut aussi savoir qu’une armoire, dès lors que sa capacité est de 40 séa (= 1 ama sur 1 sur 3, l’ama – coudée – étant de 45,6 cm), a le statut d’une maison ; dès lors, lui assembler un élément, même de façon lâche, est interdit (Rama 314, 1).

Les ustensiles ont, en revanche, un caractère moins permanent, si bien qu’il est permis de les assembler d’une façon provisoire, ne requérant pas de compétence artisanale ni de force particulière. Il est donc permis de monter et de démonter ce que le Talmud appelle mita chel praqim, un lit démontable de voyage, que l’on montait et démontait chaque jour, et dont les éléments s’assemblaient de façon lâche (Chabbat 47a-b, Choul’han ‘Aroukh 313, 6). De même, il est permis d’ôter la portière d’un ustensile, dès lors qu’elle se monte et se démonte facilement, par exemple dans le cas où elle tourne sur des gonds, et où l’on peut facilement l’enlever. Dans l’absolu, il serait même permis de monter une telle porte sur ses gonds ; mais si les gonds sont fixés à l’ustensile par des clous (ou ce qui y ressemble), nos sages l’interdisent, de crainte que l’on n’en vienne à renforcer la préhension des clous, de manière à rendre l’assemblage permanent, ce par quoi l’on transgresserait un interdit toranique. Ce n’est que dans le cas où l’assemblage ne comporte aucun élément susceptible d’être renforcé ou resserré, par exemple dans le cas où le gond fait partie intégrante de l’ustensile, qu’il devient permis de monter la porte sur l’ustensile (Chabbat 122b, Choul’han ‘Aroukh 308, 9).

Le principe est le suivant : un ustensile que l’on a l’habitude d’assembler de façon ferme, les sages interdisent de l’assembler, même par un lien lâche, de crainte que, par inadvertance, on n’en vienne à l’assembler de façon ferme, enfreignant ainsi un interdit toranique. En revanche, il est permis de monter et de démonter un ustensile qui s’assemble de façon provisoire et facile, et qu’il n’est pas à craindre d’assembler de façon permanente – ce par quoi l’on enfreindrait un interdit toranique. Par conséquent, il est permis d’allonger une table à l’aide d’une rallonge de bois prévue pour cela ; de même, il est permis de raccourcir cette même table en rentrant les rallonges, puisque ces dernières y sont déployées de façon provisoire. Même chose concernant le plateau d’une chaise d’enfant, que l’on a l’habitude de monter et de démonter : puisque l’assemblage n’est pas fort, il est permis de le monter et de le démonter le Chabbat.

D’après cela, selon de nombreux décisionnaires, les interdits de construire et de détruire ne s’appliquent pas à l’assemblage et au démontage de briques emboîtables (Lego™ ou semblables jouets), puisque leur jonction n’est pas forte et que, dès l’abord, ils sont destinés à être démontés (Tsits Eliézer XIII 31, Ye’havé Da’at II 55 ; par contre, le Chemirat Chabbat Kehilkhata 16, 19 est rigoureux).

Plusieurs A’haronim écrivent qu’il est rabbiniquement interdit de modeler du papier selon des formes, telles qu’un bateau ou un avion ; de même, il est interdit de donner des formes particulières à des serviettes de table, car cela ressemble à la mélakha de construire (Rav Chelomo Zalman Auerbach, Chemirat Chabbat Kehilkhata 11, 41 ; 16, 21). D’autres le permettent car, selon eux, l’interdit de construire ne s’applique pas à une chose provisoire, qui sera défaite dans peu de temps (Rivevot Ephraïm t. 1 au nom du Rav Moché Feinstein). En cette matière, si l’on veut être indulgent, on y est autorisé, et celui qui veut être rigoureux sera béni pour cela. Quant aux enfants, ils sont autorisés à être indulgents a priori (cf. Har’havot). Toutefois, le pliage artistique du papier (origami) est interdit.

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