14. Ouverture des canettes, séparation des pots

Certains auteurs interdisent d’ouvrir les canettes métalliques de boisson en en tirant la languette (l’anneau d’ouverture), car ils craignent que l’on n’enfreigne en cela l’interdit de construire. En effet, en tirant la languette, on pratique dans la canette une « belle ouverture », par laquelle on peut boire. De même, ils craignent que l’on n’enfreigne l’interdit de découper car, quand on tire la languette, celle-ci se coupe suivant des lignes précises.

Toutefois, de nombreux auteurs le permettent, car la canette est destinée à un usage unique ; dès lors, l’extraction de la languette n’est pas considérée comme la création d’un ustensile, mais comme le fait de briser un tonneau pour en extraire le vin. Quant à l’interdit de découper, il ne s’applique pas non plus ; en effet, c’est seulement lorsqu’on a besoin de découper suivant des mesures régulières que cet interdit s’applique ; tandis que, lorsque l’endroit de la coupe est indifférent, et que le seul but poursuivi est de créer une ouverture pour extraire la boisson, il est permis d’ouvrir de la façon la plus simple, c’est-à-dire en tirant la languette.

Si l’on veut être indulgent, on y est autorisé ; et si l’on veut être rigoureux, on ne boira pas par l’ouverture créée par l’extraction de la languette, mais on versera dans un verre la boisson contenue dans la canette : ainsi, il sera manifeste que l’on n’est pas intéressé par le percement de l’ouverture spécialement pratiquée dans la canette. Si l’on veut être plus strict, on veillera à ouvrir la canette moins largement que ce qu’il est d’usage de faire en semaine : de cette façon, le découpage ne sera pas achevé, et la canette elle-même ne sera pas apte à un usage commode[10].

Un autre doute est apparu, quant au fait de savoir s’il est permis de séparer les pots en plastique de produits laitiers, qui sont attachés les uns aux autres de façon lâche, de sorte que, par une pression légère, on peut les séparer.

Certains disent que, puisqu’on veut les séparer à l’endroit prévu à cette fin, s’applique l’interdit toranique de découper. De plus, il est à craindre d’enfreindre l’interdit de frapper avec un marteau, c’est-à-dire exécuter un travail de finition (maké bépatich) car, en séparant les pots, on les rend propres à l’usage.

D’autres sont indulgents : selon eux, c’est seulement dans le cas où l’on a un intérêt particulier à ce qu’une découpe précise soit exécutée, suivant des mesures déterminées, que s’applique l’interdit de découper. Ici, en revanche, le but est simplement de séparer les pots les uns des autres, et peu importe l’endroit précis où la coupure se fera. De plus, il n’y a pas là d’interdit de frapper avec un marteau, car les pots sont déjà prêts et achevés avant qu’on ne les sépare, et la séparation ne vise qu’à lever une gêne extérieure.

En pratique, si l’on veut être indulgent, on aura sur qui s’appuyer ; et celui qui est rigoureux sera béni pour cela. Le mieux est de séparer les pots avant l’entrée de Chabbat[11].


[10]. Le Or’hot Chabbat 11, 43 et 12, 5 rapporte longuement l’opinion de Rav Yossef Chalom Elyachiv, qui interdit d’ouvrir des canettes, et celle de Rav Chelomo Zalman Auerbach qui le permet. Le Rav Mazouz et le Menou’hat Ahava (III 24, 5) le permettent, à condition que l’on verse la boisson dans un verre. C’est aussi la position du Echmera Chabbat (I 1, 17). Le Or lé-Tsion II 27, 6 le permet, à condition de ne pas tirer complètement la languette, de façon que la canette ne puisse être apte à un usage correct. De cette manière, les tenants de l’opinion rigoureuse eux-mêmes reconnaîtraient qu’aucune mélakha complète n’a été réalisée. Le Yalqout Yossef (II 314, 23) écrit au nom de son père que, si l’on s’en tient à la stricte obligation, il est permis d’ôter la languette, mais qu’il est bon d’être rigoureux en ne l’ôtant pas entièrement.

 

[11]. Parmi ceux qui l’autorisent : Rav Chelomo Zalman Auerbach (Choul’han Chelomo 314, 13, 3), Or lé-Tsion (II 27, note 7), Halikhot ‘Olam (IV p. 254), Binyan Chabbat (11, 3). Parmi ceux qui l’interdisent : Rav Yossef Chalom Elyachiv (cité par Or’hot Chabbat 12, note 22), ‘Hout Hachani (I p. 128-129), Rav Mordekhaï Elyahou, Menou’hat Ahava (III 16, 14). Bien que certains aient écrit que l’interdit est toranique, il semble ressortir des propos de Maïmonide (Yom tov 4, 8) que, s’il y a là un interdit, celui-ci n’est que rabbinique. Aussi avons-nous écrit que ceux qui veulent être indulgents ont sur qui s’appuyer.

 

Les décisionnaires débattent encore du fait de déchirer les petits sachets de papier contenant la mesure d’une cuillerée de sucre, et où un pré-découpage a été prévu afin de déchirer selon son tracé. Selon le Rav Auerbach, il est permis de déchirer suivant le tracé prédécoupé, car on n’est pas pointilleux sur l’endroit où l’on se propose de couper : l’utilité de la prédécoupe est seulement de faciliter la déchirure. Pour le Rav Elyachiv, en revanche, l’interdit de découper s’applique à ce cas, car il s’agit de couper avec précision, selon le tracé prédécoupé ; il faut donc déchirer le papier à un autre endroit (Or’hot Chabbat 11, 41).

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