11. Ouverture de boîtes de conserve

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Il est permis, le Chabbat, d’ouvrir des boîtes de conserve afin de manger de leur contenu. En effet, puisque ces boîtes sont destinées à un usage unique, elles n’ont pas l’importance qu’ont des ustensiles ; leur statut est donc semblable à celui des coquilles de noix. De même qu’il est permis de casser la coquille de la noix pour manger celle-ci, de même est-il permis d’ouvrir des boîtes de conserve pour en manger le contenu.

Dans le même sens, la Michna nous enseigne : « On brise le tonneau pour manger les figues sèches qu’il renferme, à condition de n’avoir pas l’intention de créer un ustensile » (Chabbat 146a). De nombreux commentateurs expliquent qu’il est ici question d’un tonneau de qualité médiocre (dit moustaqi, fait de morceaux collés de façon rudimentaire), et destiné à un usage unique ; puisqu’il n’est pas important, il est considéré comme subsidiaire par rapport à son contenu, de même qu’une coquille de noix n’est que l’accessoire de la noix ; aussi est-il permis de briser ce tonneau afin de manger des figues qui s’y trouvent. On ne brisait pas le tonneau d’une manière telle que les figues se fussent dispersées, mais on brisait le haut du fût, et les figues y restaient déposées de nombreux jours, jusqu’à ce que l’on eût terminé de les manger. Toutefois, nous l’avons vu, nos sages ont émis à cela une condition : « pourvu que l’on n’ait pas l’intention d’en faire un ustensile. » En effet, si l’on perce dans le fût une belle ouverture (péta’h yafé) et qu’on le rende apte au stockage d’autres denrées, ce perçage vise en définitive au  parachèvement de l’ustensile, si bien que l’on transgresse par là un interdit (Choul’han ‘Aroukh 314, 1).

La règle est la même s’agissant d’une boîte de conserve : il est permis de l’ouvrir, le Chabbat, dans le but d’en manger le contenu. Même si plusieurs jours passent avant que l’on ne termine de consommer tout ce qu’elle contient, la boîte n’est pas considérée comme importante, puisqu’on la jette immédiatement après en avoir terminé le contenu ; de sorte qu’il est permis de l’ouvrir le Chabbat. Mais si l’on a l’intention d’y mettre d’autres choses, il est interdit de l’ouvrir pendant Chabbat car, en l’ouvrant, on lui ferait une ouverture apte à recevoir d’autres denrées, la rendant propre à l’usage que l’on a l’intention d’en faire.

Certains décisionnaires sont toutefois rigoureux, et interdisent d’ouvrir une boîte de conserve, le Chabbat, même si l’on a l’intention de la jeter ensuite : selon eux, puisque en fait la boîte est en elle-même propre au stockage d’autres denrées, lui faire une ouverture la transformerait en ustensile (‘Hazon Ich 51, 11). Cependant, en pratique, la halakha suit l’opinion indulgente : puisqu’il s’agit de boîtes et de paquets destinés à un usage unique, leur ouverture n’est pas interdite. Si l’on souhaite être rigoureux, on ouvrira les emballages la veille de Chabbat, et si l’on a besoin de les ouvrir pendant Chabbat, on les videra de leur contenu immédiatement après les avoir ouverts[6].


[6]. À l’instar de la position indulgente que nous avons pu observer dans la michna citée plus haut, une baraïtha nous enseigne ceci (Chabbat 146a) : « Raban Chimon, fils de Gamliel, dit : “On apporte un tonneau de vin, et on lui tranche la tête avec une épée” » ; par cette formulation, on signifie que l’on n’a pas, dans ce cas, l’intention de pratiquer une belle ouverture, mais seulement d’en extraire le vin. C’est en ce sens que se prononce le Choul’han ‘Aroukh 314, 1 et 6.

 

Cependant, les Richonim débattent quant au fait de savoir quel type de tonneau les sages ont permis de briser. Selon Tossephot et le Roch, il s’agit d’un tonneau branlant (moustaqi), qui était brisé, et dont on a recollé les morceaux à la poix. Selon le Ran, les sages ont permis de briser même un tonneau normal, pour les besoins de la nourriture qui y est contenue. Il semble que ce soit aussi l’opinion de Maïmonide (23, 2). Le Choul’han ‘Aroukh 314, 1 est rigoureux, conformément à l’avis de Tossephot et du Roch. En tout état de cause, de l’avis même des tenants de l’opinion rigoureuse, les boîtes de conserve de notre temps n’ont pas un statut supérieur à celui des ustensiles branlants ; en effet, les « ustensiles branlants » (kélim re’ou’im) sont des ustensiles destinés à un usage unique. Par exemple, un tonneau fait de morceaux sommairement assemblés et dont on brise la tête de fût n’est plus apte à un nouvel usage : si l’on voulait y entreposer de nouveau des figues sèches ou du vin, on devrait recoller une nouvelle fois la partie brisée.

 

Le ‘Hazon Ich (51, 11) craint, pour sa part, que la boîte de conserve ne devienne un ustensile par le fait même de son ouverture ; dans ces conditions, l’ouverture ne s’analyse plus comme une brisure, mais comme un arrangement (tiqoun) car, par elle, l’ustensile devient susceptible d’une nouvelle utilisation. Toutefois, de l’avis de nombreux décisionnaires, la boîte était un ustensile dès avant son ouverture, puisque l’on s’en servait bien pour y conserver les aliments qui s’y trouvaient (Téhila lé-David 314, 12) ; et le fait d’ouvrir ne fait que l’abîmer, puisque l’on ne s’en servira plus. Il est vrai que, il y a soixante ans, de nombreuses personnes utilisaient des boîtes de conserve pour y ranger des clous ou d’autres objets ; mais aujourd’hui, presque personne ne fait cela (Or lé-Tsion I 24). Sont également indulgents le Rav Chelomo Zalman Auerbach (Chemirat Chabbat Kehilkhata 9, 3, Choul’han Chelomo 314, 5), Min’hat Yits’haq IV 82, le Rav Ovadia Yossef dans Halikhot ‘Olam (4, p. 250) et le Rav Mordekhaï Elyahou.

 

Simplement, pour sortir du doute exprimé par le ‘Hazon Ich, certains conseillent de percer un trou dans la boîte, du côté opposé à l’ouverture, avant de l’ouvrir ; de cette manière, aucun ustensile n’est créé par l’effet de l’ouverture, puisqu’il y a un trou à la base de la boîte (Chemirat Chabbat Kehilkhata 9, 3). Toutefois, pour de nombreux auteurs qui partagent les vues du ‘Hazon Ich, il est également interdit de percer le premier trou lui-même (Min’hat Ich 17, 3). De plus, pour les tenants de l’opinion indulgente eux-mêmes, il ne faut pas percer d’orifice préalablement à l’ouverture de la boîte de conserve, car ce serait un acte d’endommagement (qilqoul) interdit par les sages, et qui tombe, parfois, dans le champ de l’interdit de trier. Il est donc préférable d’ouvrir la boîte normalement ; et si l’on veut tenir compte de l’opinion rigoureuse, on ouvrira les boîtes avant Chabbat, ou, au moins, on les videra après ouverture.

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