02. Construction sur le sol (boné ba-qarqa) et mesures de précaution

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Comme nous l’avons vu, au titre de l’interdit de construire, on inclut également l’interdit d’aplanir un terrain afin qu’il soit facile d’y marcher, ou afin que l’on puisse y poser des chaises et des bancs, ou encore afin que l’on puisse y faire un travail de construction. Par conséquent, si l’on enlève un monticule de terre d’un terrain, ou que l’on y bouche un trou, on enfreint l’interdit toranique de construire.

Quand une cour a été inondée par la pluie, il est interdit d’y répandre du sable ou du gravier pour recouvrir la boue : puisque l’on a l’usage de laisser durablement ce sable ou ce gravier sur place, cela reviendrait à égaliser la surface du terrain, ce qui est interdit au titre de construire. En revanche, il est permis de répandre, sur ce terrain, de la paille destinée à l’alimentation des animaux, car on n’a pas l’intention de l’y laisser. Cela, à la condition d’apporter une modification (chinouï) à l’acte, par exemple en plaçant la paille avec le  dos de l’outil, faute de quoi répandre la paille ressemblerait à une activité de la semaine (‘Erouvin 104a, Choul’han ‘Aroukh 313, 10).

Il est permis de recouvrir de sable un excrément ou un crachat, puisque l’on n’a pas l’intention, par cela, d’aménager la cour, mais seulement de recouvrir la saleté (Beitsa 8b, Michna Beroura 313, 55). De même, si de l’huile est tombée sur le trottoir ou sur le sol de la maison, il est permis de la recouvrir de sable afin d’éviter d’y glisser ; cela, à condition que le sable ait été préparé à cette fin, car alors il ne sera pas mouqtsé (cf. chap. 23 § 3). Dans le même sens, il est permis de répandre du sel sur la glace afin d’éviter que l’on y glisse (Chemirat Chabbat Kehilkhata 25, 10).

Il est interdit de balayer le sol d’une cour : il est à craindre que, ce faisant, on n’égalise les creux, transgressant ainsi un interdit toranique. En revanche, si une partie de cette cour est carrelée, il est permis de balayer la partie carrelée[1].

Si de la boue s’est collée à ses chaussures, on ne les essuiera pas sur le sol, de crainte d’en aplanir les creux (Choul’han ‘Aroukh 302, 6). Certains auteurs n’ont pas cette crainte, et permettent cet acte (Rama, Touré Zahav). Si l’on veut être indulgent, on y est autorisé, mais il est bon d’être rigoureux. Sur un paillasson métallique, des pavés, des pierres, il est permis a priori d’essuyer ses chaussures (Michna Beroura 302, 28).

On ne frottera pas du pied un crachat qui se trouve sur le sol, de crainte d’aplanir les creux du sol. Si l’on veut atténuer son sentiment de dégoût, on est autorisé à écraser le crachat simplement, en allant son chemin, à condition de ne pas avoir pour intention de l’étaler ni d’aplanir les creux du sol (Choul’han ‘Aroukh 316, 11).

Il est interdit de jouer aux billes sur le sol, car il est à craindre que l’on n’aplanisse les creux afin que les billes puissent rouler bien droit. De même, il est interdit de jouer sur le sol à quelque autre jeu où le sol doit être bien plan, de crainte d’en venir à aplanir les creux. Même si le sol est revêtu, il est interdit d’y jouer à de tels jeux, de crainte d’en venir à jouer sur un terrain non revêtu (Choul’han ‘Aroukh 338, 5, Michna Beroura 20 et 308, 158). Mais il est permis de jouer sur le sol qui est à l’intérieur de la maison : puisque toutes les maisons, de nos jours, ont leurs sols revêtus, il n’est pas à craindre, en jouant à l’intérieur, d’en venir à jouer également à l’extérieur sur un terrain non carrelé (Chemirat Chabbat Kehilkhata 16, 5).

Il est permis aux enfants de jouer dans du sable fin et sec, versé dans un bac à sable à l’intention des jeux d’enfants ; en effet, tant que le sable est sec, on ne peut y faire de véritables creux, car du sable est constamment reversé dans les creux. Par contre, si le sable est mouillé, il est interdit d’y jouer, car il est possible d’y faire des creux (Michna Beroura 308, 143). Il est interdit de mouiller le sable, au titre de l’interdit de pétrir (Michna Beroura 321, 50). Si le sable n’est pas destiné spécifiquement au jeu, il est mouqtsé, et il est donc interdit d’y jouer (Choul’han ‘Aroukh 308, 38, Michna Beroura 144).


[1]. Selon le Rif, il est permis de balayer un sol qui n’est pas revêtu (pavé, carrelé, dallé), car on n’aplanit pas nécessairement les creux, et quand bien même on le ferait, cet aplanissement ne serait pas intentionnel (davar ché-eino mitkaven). Pour Maïmonide, il est permis de balayer, dès lors que le sol est revêtu ; quand il ne l’est pas, il est à craindre que l’on ne forme l’intention d’aplanir les creux. D’après le Roch, il est interdit de balayer même un sol revêtu, de crainte que l’on n’en vienne à balayer également un sol qui, lui, n’est pas revêtu, et d’en aplanir les creux. Le Choul’han ‘Aroukh 337, 2 tranche conformément à l’avis de Maïmonide, tandis que le Rama suit l’opinion du Roch ; toutefois, le Béour Halakha ד »ה ויש note que, en un endroit où toutes les maisons sont carrelées, il n’y a pas lieu d’imposer cette rigueur. Le Rav Chelomo Zalman Auerbach ajoute que ce qui est pavé à l’extérieur de la maison – même si ce n’est pas recouvert d’un toit – est annexé à la maison elle-même, et qu’il est donc permis de le balayer, même de l’avis du Rama (Chemirat Chabbat Kehilkhata 23, note 10). Cf. ci-après chap. 23 § 14, note 14, et Har’havot 23, 14, 6 sur la raison pour laquelle il n’y a pas d’interdit de mouqtsé quand on balaye la poussière du sol.

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