Pessa’h

05. Plaque chauffante électrique du Chabbat (plata)

Lorsque des marmites sont déposées sur la plata de Chabbat, il arrive que de la sauce provenant d’un mets ‘hamets s’y renverse. Or puisque la plata constitue la source de chaleur, on est en présence d’une absorption dont le degré est celui de keli richon (ustensile premier) placé sur le feu. Il arrive aussi que des aliments ‘hamets sans liquide tombent sur la plata : gruau, pachtida (omelette épaisse), kougel (gâteau de pâtes ou de pommes de terres), etc. Dans ce cas, l’absorption est d’un degré encore supérieur, celui que produit le feu lui-même, cas dans lequel la cachérisation se fait par chauffage à blanc. Cependant, puisque le chauffage à blanc risque d’endommager la plata, il faut la nettoyer, la faire chauffer pendant une heure, après quoi on la recouvre de papier aluminium, afin d’établir une séparation entre elle et les marmites de Pessa’h[5].


[5]. L’absorption faite par la plata est comparable au degré de keli richon posé sur le feu, et, parfois, à l’absorption produite par l’effet du feu lui-même. Or puisque le chauffage à blanc aurait pour effet d’endommager la plata, il faut recouvrir celle-ci de papier aluminium, afin de produire une complète séparation entre elle et les marmites. Il faut préalablement la nettoyer et la faire chauffer, car parfois le papier aluminium se déplace.

Certes, s’agissant d’une plaque de cuivre (ou de tôle) dont on recouvre une cuisinière à gaz, on peut la chauffer à blanc en la plaçant sur un feu de gazinière puissant ; mais puisque ce chauffage à blanc risque d’endommager son apparence et de la courber, il ne faut pas procéder ainsi. Par ailleurs, de l’avis de nombreux auteurs, si l’on se contentait d’un chauffage à blanc léger, cela ne remplacerait pas efficacement un chauffage à blanc intégral. Par conséquent, il est juste de recouvrir les plaques de cuivre elles-mêmes. Quoi qu’il en soit, a posteriori, on peut se contenter d’un nettoyage, suivi d’un chauffage de la plaque pendant une heure.

06. Four à micro-ondes

On a coutume de cachériser le four à micro-ondes en suivant quatre étapes. 1) On le nettoie bien de tous les résidus alimentaires qui, peut-être, subsistent, parce que tel plat aura débordé ou aura produit de la vapeur. 2) On attend vingt-quatre heures, afin que le goût qui s’y trouve incrusté se dénature. 3) Puisque l’absorption du ‘hamets s’y est faite par le biais des vapeurs émanant des aliments mis à chauffer, la cachérisation du micro-ondes se fait en y déposant un carafon d’eau que l’on y fait chauffer pendant trois minutes. 4) Puisqu’il est à craindre que quelque aliment ‘hamets n’ait débordé sur l’assiette rotative, il faut déposer une chose formant écran entre ladite assiette et les aliments que l’on fera chauffer à Pessa’h[6].


[6]. Ce que nous écrivons ci-dessus suit les instructions communément admises de nos jours. Le Rav Mordekhaï Elyahou, de mémoire bénie, écrit toutefois que, de plus, pendant Pessa’h, il faut avoir soin de couvrir tout aliment avant de le réchauffer. En revanche, pour le Rav Na’houm Eliézer Rabinowitz, il suffit de bien nettoyer le four à micro-ondes et de placer une séparation entre l’assiette tournante et l’aliment à chauffer, et il n’est pas besoin de cachérisation supplémentaire. Le Rav Yossef Elyahou Henkin, de mémoire bénie, était lui-même d’accord avec cette position.

(Pour passer du carné au lacté, ou inversement, on a coutume de mettre en œuvre une cachérisation conforme à ce que nous décrivions ci-dessus. On peut également avoir le scrupule de recouvrir tous les aliments avant que de les faire chauffer, ou au moins l’une des deux catégories : le carné ou le lacté ; en ce cas, la cachérisation n’est pas nécessaire. On peut encore se servir, de façon permanente, de couvercles perforés, l’un réservé au lait, l’autre à la viande. De cette façon, la vapeur sort mais ne rentre pas. Quand on distingue entre viande et lait par le biais d’un couvercle,  il faut avoir soin de créer une séparation entre l’assiette rotative et la nourriture.)

07. Lave-vaisselle

On nettoiera bien le filtre, car il est fréquent que des résidus alimentaires y soient retenus. On actionnera ensuite le lave-vaisselle à température maximale, avec ses bacs et paniers, conformément au principe selon lequel le mode d’expulsion correspond au mode d’absorption (kevol’o kakh polto). Toutefois, s’agissant des bacs et des paniers, il est préférable de les remplacer, si la chose est facile ; mais quand c’est difficile, on peut les cachériser à l’intérieur du lave-vaisselle, à la manière dont ils servent d’habitude, conformément au principe kevol’o kakh polto.

Avant de se servir du lave-vaisselle pour y laver les ustensiles de Pessa’h, il faut attendre l’écoulement de vingt-quatre heures à compter de la dernière utilisation faite pour les besoins de la vaisselle ‘hamets.

Certains décisionnaires sont rigoureux, il est vrai, et considèrent le lave-vaisselle comme un keli richon placé sur le feu : pour le cachériser, il faut y faire entrer un fer porté au rouge, qui fera bouillir l’eau. Mais la position principale, en halakha, est conforme en cette matière à l’opinion des décisionnaires indulgents[7].


[7]. La température de l’eau, à l’intérieur du lave-vaisselle, parvient, au plus haut, à 80° environ. Le degré d’absorption, au sein de la machine, est celui d’un ‘érouï keli richon, jet d’eau provenant d’un ustensile premier [cf. ci-dessus chap. 10 § 8]. En effet, la partie de la machine où l’eau est chauffée constitue le keli richon, et, de là, l’eau est répandue sur les ustensiles. Le mode d’expulsion sera, là encore, conforme au mode d’absorption. Certes, la coutume est de cachériser tous les ustensiles dans un keli richon placé sur le feu ; aussi le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm III 58 écrit-il de placer dans le lave-vaisselle une pierre chauffée au rouge. Toutefois, quand la chose est difficile, on peut se contenter d’un échaudage conforme au degré d’absorption. En effet, ce n’est que dans le cas d’un keli richon [à cachériser] placé sur le feu qu’il faut échauder l’ustensile à l’eau bouillante, et seulement bouillante ; mais lorsque l’absorption s’est produite par l’effet d’un jet d’eau (‘érouï), il suffit que la cachérisation se fasse avec une eau dont la chaleur est de yad solédet bo (comme nous l’expliquons ci-dessus, chap. 10, note 10). Par conséquent, quand on a la certitude que la cachérisation se fait à une chaleur qui n’est pas inférieure à celle de l’absorption, il est évident que l’ustensile est cachérisé.

Si l’on s’en tenait à la stricte obligation, les bacs et les paniers, eux aussi, pourraient être cachérisés de cette manière. Mais puisqu’ils ont été en contact direct avec des résidus alimentaires, certains décisionnaires exigent de les cachériser par échaudage à l’eau bouillante, ou au moins en y versant de l’eau bouillante (Igrot Moché). De même, certains craignent que tout le lave-vaisselle ne doive être considéré comme un keli richon placé sur le feu. Dans ce cas, la cachérisation doit, elle aussi, se faire au sein d’un keli richon placé sur le feu, et si l’on peut être indulgent à l’égard du corps même de la machine, qui n’est pas en contact avec les ustensiles, on ne saurait appliquer cette indulgence aux bacs et aux paniers (comme l’écrit le Rav Pfeuffer, Qitsour Choul’han ‘Aroukh, Bassar be’halav II Béourim 6-7).

Quoiqu’il en soit, l’opinion selon laquelle l’absorption, dans un lave-vaisselle, est du degré de ‘érouï (jet provenant d’un keli richon), est l’opinion principale ; aussi peut-on se contenter de cachériser les bacs à l’intérieur du lave-vaisselle. C’est en ce sens que se prononce le Hag’alat Kelim 13, 225-228. De plus, certains décisionnaires estiment que le principe selon lequel le mode d’expulsion correspond au mode d’absorption s’applique également au degré de chaleur de l’absorption au sein du keli richon. Partant, la chaleur maximale du lave-vaisselle est efficace pour cachériser celui-ci (cf. Choul’han ‘Aroukh Harav 451, 25, Sidour Pessa’h Kehilkhato 1, 4).

Selon le Igrot Moché ibid., si le corps de la machine est de porcelaine, aucune cachérisation n’est possible (mais le cas est rare ; cf. ci-après, note 11, où l’on voit que certains décisionnaires sont indulgents ; dans un tel cas, où il n’y a pas de contact entre les parois de la machine et les résidus alimentaires, et où il se peut que, dès le moment de l’absorption, les parois n’aient absorbé qu’un goût dénaturé par la lessive, il y a place à l’indulgence, comme dans le cas de l’évier). Cf. Sidour Pessa’h Kehilkhato 8, 32, qui est rigoureux, et qui exige, pour la cachérisation d’un lave-vaisselle, une pierre chauffée à blanc. Selon Pisqé Techouvot 451, 25, si le lave-vaisselle comporte du plastique, certains auteurs craignent qu’il ne faille procéder à aucune cachérisation. En effet, pour certains décisionnaires, le plastique ne peut être cachérisé, comme le rapporte le Pisqé Techouvot en 451, 53. Toutefois, l’opinion essentielle est qu’il est possible d’échauder le plastique : c’est l’opinion de la majorité des décisionnaires, comme nous l’expliquons au § 16. Or en cette matière, le doute porte sur une norme rabbinique, puisque vingt-quatre heures sont passées depuis la dernière utilisation.

08. Table à manger

Autrefois, on avait l’habitude de cachériser les tables à manger en y versant de l’eau bouillante. Certains, rigoureux, opéraient cette cachérisation en versant de l’eau bouillante dont on rehaussait la température par une pierre chauffée à blanc, afin que la cachérisation se fît au degré de keli richon. Mais les tables, de nos jours, sont délicates et fragiles ; si l’on y versait de l’eau bouillante, elles s’abîmeraient : soit qu’elles gonfleraient, soit que leur revêtement se détacherait.

Aussi, l’essentiel est-il de bien nettoyer la table, puis d’y coller une nappe de plastique ou de papier, afin de former une séparation fixe entre la table, d’une part, et les ustensiles et aliments de Pessa’h d’autre part. Sur cette nappe de plastique ou de papier, on étendra une nappe de tissu. Il est bon d’avoir soin de ne pas poser de marmites fumantes directement sur la table.

Les nappes de table sur lesquelles on a mangé du ‘hamets peuvent être lavées à la machine : de cette façon, elles seront rendues cachères pour Pessa’h.

Si l’on souhaite pétrir de la pâte durant Pessa’h, il faut prévoir d’autres surfaces, car il est difficile d’adapter les tables de cuisine ou de salle à manger au pétrissage de la pâte.

Une table sur laquelle, tout au long de l’année, on ne pose pas d’aliments ‘hamets chauds, et où l’on ne trouve pas non plus de rainures, doit être bien nettoyée, et il n’est pas besoin de la recouvrir[8].


[8]. Selon le Choul’han ‘Aroukh 451, 20, on a l’habitude de verser de l’eau bouillante sur les tables, car il arrive que s’y renverse de la soupe ‘hamets. Le Michna Beroura 114 ajoute que, selon le Mahari Weil 193, puisque l’on pose parfois des quiches chaudes sur les tables, celles-ci absorbent le goût du ‘hamets à un degré de keli richon. Aussi faut-il y verser de l’eau dont l’ébullition soit rehaussée par une pierre chauffée à blanc. Au paragraphe 17, le Michna Beroura écrit que les plaques sur lesquelles on dispose de la pâte, tout au long de l’année, requièrent un échaudage, car on y laisse reposer la pâte jusqu’à ce qu’elle fermente, ce qui les rend assimilables à l’ustensile ou se prépare le levain. Selon le Rama, la coutume est de ne point se servir, pour y pétrir de la pâte en vue de Pessa’h, des tables où l’on a l’habitude de pétrir durant l’année, car elles nécessiteraient un chauffage à blanc léger. De même, pour l’ustensile où se prépare le levain : pour le Rama, au paragraphe 16, on a coutume de le cachériser par chauffage à blanc léger.

Toutefois, il est clair qu’il faut distinguer les tables de l’époque des Richonim, qui étaient de bois épais et fort, et pouvaient supporter un jet d’eau bouillante à l’aide d’une pierre chauffée à blanc, de nos tables en aggloméré ou en « sandwich » et revêtues de formica, de feuille de bois, ou d’autres matières de ce genre. Par ailleurs, si l’on s’en tient à la stricte obligation, on peut, en cas de nécessité, se fonder sur l’usage majoritaire de la table, lequel est à froid. Aussi le Choul’han ‘Aroukh écrit-il que « l’on a l’habitude d’y verser de l’eau bouillante », ce qui laisse entendre que ce n’est pas une stricte obligation. Du point de vue du Rama lui-même, qui tient compte des usages minoritaires de la table, si l’on isole la table des aliments de Pessa’h, en y installant une surface de plastique ou de papier, il n’est plus à craindre que quelque goût de ‘hamets, incrusté dans la table, ne traverse cette surface, en particulier si l’on veille à ne pas poser directement sur la table des marmites fumantes, et que, chaque fois qu’une marmite est apportée à table, on la dépose sur une assiette ou quelque autre dessous de plat. De plus, puisque les tables d’aujourd’hui sont plus sensibles, on ne dépose plus guère de marmites fumantes directement sur la table. Dès lors, il est moins à craindre que du ‘hamets n’y soit absorbé à un degré de keli richon.

09. Réfrigérateur et armoires de cuisine

Puisqu’ils s’utilisent à froid, la seule crainte est qu’il y reste des miettes de ‘hamets. Aussi, leur cachérisation consiste-t-elle dans un nettoyage. Quant aux endroits qu’il est difficile de nettoyer, et où il est à craindre que des miettes de ‘hamets ne restent coincées, on y versera un peu de savon liquide ou de quelque autre détergent, qui dénaturera ces miettes, les rendant impropres à la consommation d’un chien.

Quand les étagères des armoires étaient en bois naturel, il s’y trouvait fréquemment des fentes, et il était difficile de les bien nettoyer du ‘hamets. Aussi les A’haronim ont-ils donné pour directive de recouvrir lesdites étagères de papier ou d’une nappe (Michna Beroura 451, 115). Mais quant aux étagères lisses, comme celles que nous avons, il n’est pas à craindre que du ‘hamets y reste. Aussi, après les avoir bien nettoyées, il n’est pas obligatoire d’y installer une couverture de papier ou une nappe.

10. Marmites, poêles, soupières (autres qu’en argile) et couverts

Les règles de l’échaudage des ustensiles ont été exposées au chapitre précédent. Le principe essentiel est que le mode de cachérisation est fonction du degré d’absorption (cf. chap. 10 § 8) ; toutefois, la coutume est, a priori, de les échauder tous dans un keli richon placé sur le feu (chap. 10 § 9). Avant la cachérisation, il faut bien les nettoyer (chap. 10 § 10). Nous avons vu comment on procédait, pratiquement, à l’échaudage (10 § 12) et comment on cachérise une grande marmite qu’il est impossible d’introduire entièrement dans une autre marmite (10 § 13).

À l’approche de Pessa’h, les poêles se cachérisent, selon le Choul’han ‘Aroukh, par échaudage ; dans le courant de l’année, un chauffage à blanc est requis. Le Rama pense, en revanche, qu’à l’approche de Pessa’h, le chauffage à blanc léger est également requis (cf. ci-dessus, chap. 10 § 4). Une poêle téflonisée ne peut se cachériser, car on a l’habitude d’y faire de la friture sans huile frémissante : la cachérisation nécessiterait un chauffage à blanc intégral, ce que la poêle ne supporterait pas.

On a coutume d’échauder les couverts à l’eau bouillante, dans un keli richon placé sur le feu, bien que, essentiellement, ces ustensiles n’absorbent le goût du ‘hamets qu’au sein d’un keli chéni (ustensile second). L’usage est en effet d’échauder, a priori, tous les ustensiles dans un keli richon placé sur le feu. Bien qu’il puisse arriver de plonger une fourchette dans un aliment mis au feu, il reste permis de la cachériser par échaudage seulement, car un chauffage à blanc l’endommagerait ; de plus, cette utilisation est annulée au sein de l’utilisation majoritaire de la fourchette (comme nous l’expliquons au chap. 10 § 9, note 11).

11. Hachoir électrique et mixeur

De nombreux appareils électriques ont été inventés pour les besoins de la découpe des légumes et d’autres aliments (hachoir), ou pour mélanger des ingrédients ou les pétrir (mixeur). Parfois, on y broie ou l’on y mélange des aliments chauds ; d’autres fois, des aliments piquants.

En ces matières, il faut appliquer les principes déjà connus, et considérer toujours deux problèmes : a) du ‘hamets est peut-être resté dans les rainures et les orifices de l’appareil ; b) le goût du ‘hamets a pu être absorbé par les parois de l’appareil.

Si l’on s’est seulement servi de l’appareil pour des aliments froids et non piquants, il n’est pas à craindre qu’un goût ait été absorbé ; mais il est à craindre que des résidus alimentaires restent dans les rainures de l’appareil. Par conséquent, il faut le nettoyer à fond. Si, dans certaines rainures, il subsiste des résidus alimentaires, on les immergera dans de l’eau savonneuse, ou dans un autre produit dénaturant, afin que ces résidus soient rendus impropres à la consommation d’un chien.

Dans les mixeurs, on trouve des orifices destinés à l’aération du moteur, afin que celui-ci ne chauffe pas trop. Dans ces trous, des projections de farine ou de pâte viennent se loger, et il est à craindre que, lors d’une utilisation de l’appareil pour la nourriture de Pessa’h, des particules de ‘hamets ne tombent dans la nourriture. Puisqu’il est difficile de nettoyer un tel appareil, il est préférable de ne pas le cachériser. Mais quand l’appareil est très nécessaire, il faut ouvrir le compartiment du moteur et bien le nettoyer, ou bien obturer complètement ces orifices. La règle est la même pour tous les appareils où une telle crainte existe.

Si l’on s’en est servi pour des aliments chauds, et que l’on n’ait pas pris soin, tout au long de l’année, de prévenir le contact avec du ‘hamets, il est à craindre qu’un goût de ‘hamets n’ait été absorbé par l’appareil. Par conséquent, il faut échauder toutes les parties de l’appareil qui ont été en contact avec des aliments chauds.

Si l’on a utilisé l’appareil pour des aliments piquants, et que l’on n’ait pas pris soin, tout au long de l’année, de prévenir le contact avec du ‘hamets, il est à craindre que, par l’effet du fort frottement que produit l’appareil et de l’intensité de la saveur, le goût du ‘hamets n’ait été absorbé par l’appareil, même si les aliments étaient toujours froids. Il faut donc échauder toutes les parties qui ont été en contact avec les aliments (cf. Choul’han ‘Aroukh, Yoré Dé’a 96, 1 ; Kaf Ha’haïm 1).

Si l’appareil a servi à pétrir de la pâte, il faut, selon la coutume séfarade, un échaudage, et selon la coutume ashkénaze, un chauffage à blanc léger (d’après Choul’han ‘Aroukh 451, 17).

12. Ustensiles divers

    Coupes d’argent : a priori, il y a lieu d’échauder les coupes d’argent ou de métal argenté dans lesquelles on boit le vin du Qidouch, ou d’autres boissons alcoolisées, car il arrive que des miettes y tombent, dans le vin ou telle boisson forte : alors, de l’avis de plusieurs décisionnaires, la coupe absorbe le goût du ‘hamets en dix-huit minutes.

Biberons en plastique pour bébé : il est bon de les remplacer, car les biberons absorbent les goûts à un degré de chaleur correspondant à ‘érouï keli richon (jet d’eau émanant d’un ustensile premier)[b]. En cas de nécessité, on peut les nettoyer puis les échauder.

Bouilloire électrique et bouilloire de Chabbat (que l’on pose sur la plata) : ils doivent être échaudés, de crainte que des miettes de ‘hamets n’y soient tombées, et que leur goût n’ait été absorbé. L’échaudage se fait en remplissant l’ustensile d’autant d’eau qu’il est possible, que l’on fait bouillir, et que l’on verse ensuite de la façon même dont on verse, habituellement, l’eau de l’ustensile. Il est bon de le nettoyer au préalable du tartre qui a pu s’y accumuler. Si l’on a l’usage de poser des pains (‘halot) sur le couvercle de la bouilloire sabbatique afin de les réchauffer à l’approche du repas de Chabbat, il faut également échauder son couvercle[9].

Bouteille thermos : on la nettoie bien et on l’échaude à l’eau bouillante. Quand il est difficile de l’immerger, on peut se contenter d’y jeter de l’eau bouillante, à l’intérieur et sur le verseur.

Grille-pain (toasteur) : sa cachérisation requerrait, théoriquement, un chauffage à blanc intégral ; mais en pratique, puisque l’appareil risquerait d’être endommagé par l’opération, il ne faut pas le cachériser.

Ustensiles servant au pétrissage de la pâte : si l’on suit l’opinion du Rama, il faut a priori procéder à un chauffage à blanc léger ; mais puisque l’opération risque d’endommager l’ustensile, il ne faut pas le cachériser (451, 16-17). Si l’on suit le Choul’han ‘Aroukh, on peut procéder à l’échaudage. A priori, on a coutume d’être rigoureux, conformément à l’avis du Rama (Kaf Ha’haïm 451, 196 et 263).

Dentier : on le nettoie bien, avant que ne commence la période d’interdiction du ‘hamets. Il n’est pas nécessaire de l’échauder, car il n’est pas d’usage d’introduire dans sa bouche de la nourriture ou des boissons bouillantes. De même que l’on mange des aliments carnés et lactés avec le même dentier, en se contentant de le nettoyer entre-temps, de même peut-il servir à manger à Pessa’h[10].


[b]. Car de l’eau y est versée directement de la bouilloire.

[9]. Le cas est peut-être un peu douteux, car il n’y a pas de sauce, et le pain de Chabbat parvient, au contact de l’ustensile, à la température de yad solédet bo : on pourrait donc considérer que l’absorption du goût du pain par le couvercle est l’effet du feu lui-même, ce qui obligerait à le cachériser par chauffage à blanc intégral. Or un couvercle d’aluminium ne pourrait supporter le chauffage à blanc. D’un autre point de vue, le goût du pain ne se transmet peut-être pas du tout au couvercle, car il n’y a là aucune humidité ou presque, de la même façon que des goûts ne peuvent se transmettre entre deux morceaux de métal chauds et secs. La coutume est d’être indulgent. On peut ajouter ici, comme motif d’indulgence, l’opinion selon laquelle le ‘hamets, durant l’année, est appelé chose permise (hitra), si bien que l’échaudage est efficace, dans le cas même où un chauffage à blanc serait normalement requis (comme nous l’avons vu ci-dessus, chap. 10 § 6). En outre, après l’expiration de vingt-quatre heures, le doute subsistant porte sur une norme rabbinique. Toutefois, puisqu’il est certain que du ‘hamets s’est trouvé placé sur l’ustensile, il faut en échauder le couvercle dans de l’eau bouillante.

[10]. Parmi les décisionnaires indulgents : les responsa Beit Yits’haq, Yoré Dé’a I 43, 12 ; Melamed Leho’il, Ora’h ‘Haïm 93 ; c’est aussi la position du Rav Tsvi Pessa’h Frank et du Yabia’ Omer III 24. Les responsa du Maharcham I 197 sont indulgents à l’égard du passage entre viande et lait, mais rigoureux à l’égard de Pessa’h : il faut, selon l’auteur, cachériser le dentier en y versant de l’eau bouillante. Selon le Tsits Eliézer IX 25, si l’on s’en tient à la stricte obligation, il suffit de bien astiquer le dentier, mais certains décisionnaires exigent un échaudage dans un keli chéni, voire dans un keli richon.

13. Ustensiles de poterie et de porcelaine

Quand un ustensile de poterie (argile, grès, terre cuite…) a absorbé du ‘hamets à chaud, même quand le degré de chaleur est celui d’un keli chéni, l’échaudage ne saurait être efficace. Certes, le chauffage à blanc serait bien efficace pour brûler toute saveur retenue dans les parois ; mais il est à craindre que l’ustensile ne se fende, si bien que nos sages ont interdit de le cachériser par chauffage à blanc (comme nous l’avons vu ci-dessus, chapitre 10 § 7). En revanche, si l’on ne s’en est servi qu’à froid, on pourra le cachériser en le lavant bien. Si quelque liquide ‘hamets y est resté pendant vingt-quatre heures, on pourra cachériser l’ustensile en l’immergeant dans l’eau pendant trois jours (suivant la méthode exposée ci-dessus, chap. 10 § 14).

Les ustensiles de faïence, d’argile et de céramique ont même statut que les ustensiles de poterie.

Quant aux ustensiles de porcelaine, qui sont fabriqués comme de la poterie, mais dont la surface est lisse à la manière du verre, la majorité des décisionnaires estiment que leur statut est semblable à celui des ustensiles de poterie, et qu’ils ne peuvent être cachérisés. Telle est la halakha (Michna Beroura 451, 163, Kaf Ha’haïm 305). Toutefois, certains estiment que, dans la mesure où elle est lisse comme du verre, la porcelaine n’absorbe rien. Lorsque d’autres facteurs de doute sont présents, on peut y associer l’opinion de ces décisionnaires pour aller dans le sens de l’indulgence[11].


[11]. Selon le Cheyaré Knesset Haguedola, Ora’h ‘Haïm 451, Hagahot Beit Yossef 30, la coutume généralement répandue est d’utiliser la porcelaine à Pessa’h, même si l’on s’en est servi toute l’année pour les besoins du ‘hamets, car elle est comparable au verre. Mais l’auteur lui-même adopte, à titre personnel, l’opinion rigoureuse du Radbaz, sans toutefois étendre cette rigueur à tout le monde. Le Chéïlat Ya’avets I 67 est également indulgent. Selon le Peri ‘Hadach, les auteurs indulgents n’ont adopté cette position qu’à l’égard de la porcelaine véritable ; tandis que, de nos jours, il y a quantité de « porcelaines » contrefaites, qui absorbent le goût des aliments ; aussi, d’après toutes les opinions, il faut être rigoureux. C’est aussi ce qu’écrit le Ma’haziq Berakha 451, 10, cité par le Kaf Ha’haïm 451, 305. C’est en ce sens que tranche le Qol Mevasser I 80, et telle est la coutume. Mais si d’autres facteurs de doute s’associent à celui-ci [et à condition qu’il s’agisse de porcelaine authentique], on peut être indulgent (Hag’alat Kelim 13, 368).

Quand de la porcelaine véritable se casse, on voit que sa texture interne est rugueuse comme la terre cuite, et que sa surface extérieure est lisse. D’autres ustensiles de porcelaine sont lisses à l’intérieur et rugueux à l’extérieur : il semble que, s’ils ont absorbé quelque saveur du côté extérieur, tous les avis concordent à assimiler de tels ustensiles à de la poterie.

De nos jours, les assiettes sont, en majorité, fabriquées en dehors d’Israël, et leur texture est dure, semblable au verre (bien que l’on en trouve qui ne sont pas lisses comme du verre, comme l’Arcopal® et autres produits de ce genre). À notre humble avis, leur statut est semblable au verre car, quand ces assiettes se cassent, on voit que le matériau intérieur est dense, à la manière du verre, et non comme la porcelaine. Leur statut est donc semblable aux bons ustensiles de verre, qui résistent à l’échaudage. Comme nous le verrons au paragraphe suivant, on peut, en cas de nécessité, être indulgent, même suivant la coutume ashkénaze, et permettre de les cachériser pour ôter les saveurs interdites qu’ils renferment. Pour sortir du doute, il faut procéder à trois échaudages successifs (sans pousser la rigueur jusqu’à changer l’eau chaque fois), méthode qui, selon le ‘Itour, serait même efficace pour les ustensiles de poterie. D’autre part, il semble que, du point de vue même du Choul’han ‘Aroukh, pour lequel les ustensiles de verre n’ont pas besoin d’être échaudés, il convienne de cachériser par échaudage, et par trois fois, cette céramique lisse et semblable au verre ; en effet, ces ustensiles sont tout de même moins lisses que le verre, et leur texture est douteuse. (Nous ne citons pas ici de noms particuliers désignant tel ou tel type d’assiette, car les différents composants se renouvellent sans cesse ; nous visions ici les ustensiles dont la texture est, par sa dureté, semblable à celle du verre.)

14. Ustensiles de verre

Une controverse est apparue à l’époque des Richonim au sujet des ustensiles de verre. Selon certains auteurs, le verre est lisse et dur ; même si l’on y a mis de la nourriture chaude, l’ustensile de verre n’en absorbe pas le goût. Aussi, dans le cas où l’on a utilisé un ustensile de verre pour y mettre du ‘hamets ou quelque aliment interdit, on pourra le bien nettoyer, puis s’en servir pour les aliments permis, ou à Pessa’h (Raavia, Roch, Rachba, Ran, Choul’han ‘Aroukh 451, 26).

D’autres pensent en revanche que le verre est fait à partir du sable, comme les ustensiles de poterie, faits eux aussi à partir d’une matière sableuse. Aussi, même si, en pratique, les ustensiles de verre n’absorbent point, leur statut est semblable aux ustensiles de poterie, qu’il n’est aucun moyen de cachériser. Et si l’on s’en est servi pour des aliments ‘hamets à chaud, il n’est aucun moyen de les cachériser en vue de Pessa’h (Rabbénou Ye’hiel, Séfer Mitsvot Gadol, Rabbénou Pérets, Teroumat Hadéchen, Rama).

Certains Richonim tiennent une position intermédiaire, selon laquelle les ustensiles de verre sont comparables à ceux en métal ; si l’on s’en est servi pour des aliments ‘hamets brûlants, il faut les cachériser par échaudage à l’eau bouillante (Maïmonide, Or Zaroua, Chibolé Haléqet).

En général, la majorité des décisionnaires séfarades sont indulgents en cela, et la majorité des décisionnaires ashkénazes sont rigoureux. En pratique, il est bon, à Pessa’h, de ne pas utiliser d’ustensiles de verre dont on s’est servi pour du ‘hamets. En cas de nécessité pressante, on peut les cachériser par échaudage. Si, dans sa famille, on avait coutume d’être indulgent, on est autorisé à perpétuer la coutume familiale[12].


[12]. Dans leur majorité, les décisionnaires séfarades sont indulgents. Parmi eux : Peri ‘Hadach, Chtilé Zeitim, Cha’ar Hamifqad, ‘Alé Hadas, Netivé ‘Am, Chémech Oumaguen, Rav Ovadia Yossef. D’autres exigent un échaudage ; parmi eux : Rav Pe’alim, Rav Haïm David Halévi, Rav Mordekhaï Elyahou, Rav David Chelouch, Rav Kapah.

Parmi les décisionnaires ashkénazes, il y a différentes opinions. Certains disent, tels le Rama et le Baït ‘Hadach, qu’il ne faut pas du tout cachériser les ustensiles de verre. Certains auteurs expliquent que l’intention de ces décisionnaires est d’interdire la cachérisation du verre en vue de Pessa’h, en raison de la rigueur particulière qui s’attache à l’interdit du ‘hamets ; mais que, pour les autres interdits, et en cas de nécessité, ils autoriseraient la cachérisation de tels ustensiles par échaudage. C’est l’opinion du Maharam de Brisk, du Sridé Ech, du Beit Avi et du Min’hat Yits’haq. Selon le Chéïlat Yaavets, si l’on s’en à la stricte obligation, on peut être indulgent, en se contentant de rincer les ustensiles de verre ; et ce n’est qu’en raison de la rigueur particulière reposant sur le ‘hamets que l’on a coutume de ne pas s’en servir. C’est en ce sens que se prononcent le Beit Lé’hem Yehouda, le ‘Hamoudé Daniel et le Yad Yehouda. Ce sujet sera développé plus largement dans l’ouvrage consacré à la cacheroute – dans la série Pniné Halakha – au chapitre qui traitera des ustensiles (§ 5) [ce livre n’est pas encore traduit en français en 5778/2018] et dans l’ouvrage d’approfondissement (Har’havot) qui le complétera.

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