14. Ustensiles de verre

Une controverse est apparue à l’époque des Richonim au sujet des ustensiles de verre. Selon certains auteurs, le verre est lisse et dur ; même si l’on y a mis de la nourriture chaude, l’ustensile de verre n’en absorbe pas le goût. Aussi, dans le cas où l’on a utilisé un ustensile de verre pour y mettre du ‘hamets ou quelque aliment interdit, on pourra le bien nettoyer, puis s’en servir pour les aliments permis, ou à Pessa’h (Raavia, Roch, Rachba, Ran, Choul’han ‘Aroukh 451, 26).

D’autres pensent en revanche que le verre est fait à partir du sable, comme les ustensiles de poterie, faits eux aussi à partir d’une matière sableuse. Aussi, même si, en pratique, les ustensiles de verre n’absorbent point, leur statut est semblable aux ustensiles de poterie, qu’il n’est aucun moyen de cachériser. Et si l’on s’en est servi pour des aliments ‘hamets à chaud, il n’est aucun moyen de les cachériser en vue de Pessa’h (Rabbénou Ye’hiel, Séfer Mitsvot Gadol, Rabbénou Pérets, Teroumat Hadéchen, Rama).

Certains Richonim tiennent une position intermédiaire, selon laquelle les ustensiles de verre sont comparables à ceux en métal ; si l’on s’en est servi pour des aliments ‘hamets brûlants, il faut les cachériser par échaudage à l’eau bouillante (Maïmonide, Or Zaroua, Chibolé Haléqet).

En général, la majorité des décisionnaires séfarades sont indulgents en cela, et la majorité des décisionnaires ashkénazes sont rigoureux. En pratique, il est bon, à Pessa’h, de ne pas utiliser d’ustensiles de verre dont on s’est servi pour du ‘hamets. En cas de nécessité pressante, on peut les cachériser par échaudage. Si, dans sa famille, on avait coutume d’être indulgent, on est autorisé à perpétuer la coutume familiale[12].


[12]. Dans leur majorité, les décisionnaires séfarades sont indulgents. Parmi eux : Peri ‘Hadach, Chtilé Zeitim, Cha’ar Hamifqad, ‘Alé Hadas, Netivé ‘Am, Chémech Oumaguen, Rav Ovadia Yossef. D’autres exigent un échaudage ; parmi eux : Rav Pe’alim, Rav Haïm David Halévi, Rav Mordekhaï Elyahou, Rav David Chelouch, Rav Kapah.

Parmi les décisionnaires ashkénazes, il y a différentes opinions. Certains disent, tels le Rama et le Baït ‘Hadach, qu’il ne faut pas du tout cachériser les ustensiles de verre. Certains auteurs expliquent que l’intention de ces décisionnaires est d’interdire la cachérisation du verre en vue de Pessa’h, en raison de la rigueur particulière qui s’attache à l’interdit du ‘hamets ; mais que, pour les autres interdits, et en cas de nécessité, ils autoriseraient la cachérisation de tels ustensiles par échaudage. C’est l’opinion du Maharam de Brisk, du Sridé Ech, du Beit Avi et du Min’hat Yits’haq. Selon le Chéïlat Yaavets, si l’on s’en à la stricte obligation, on peut être indulgent, en se contentant de rincer les ustensiles de verre ; et ce n’est qu’en raison de la rigueur particulière reposant sur le ‘hamets que l’on a coutume de ne pas s’en servir. C’est en ce sens que se prononcent le Beit Lé’hem Yehouda, le ‘Hamoudé Daniel et le Yad Yehouda. Ce sujet sera développé plus largement dans l’ouvrage consacré à la cacheroute – dans la série Pniné Halakha – au chapitre qui traitera des ustensiles (§ 5) [ce livre n’est pas encore traduit en français en 5778/2018] et dans l’ouvrage d’approfondissement (Har’havot) qui le complétera.

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