Pessa’h

09. Doit-on tenir compte de l’absorption la plus forte, ou de la majorité des usages de l’ustensile ?

Selon le Choul’han ‘Aroukh (Ora’h ‘Haïm 451, 6), un ustensile dont on s’est servi parfois dans un keli richon[f], et d’autres fois dans un keli chéni[g], doit être cachérisé en fonction de la majorité de ses usages : si l’on s’en est majoritairement servi dans un keli chéni, on peut se contenter de le cachériser dans un keli chéni. Dans le même ordre d’idées, si l’on a parfois utilisé l’ustensile en le mettant directement au feu[h], mais qu’on l’ait utilisé le plus souvent dans un keli richon, on pourra le cachériser dans un keli richon. De même, si l’on s’en est parfois servi dans un keli richon, mais la plupart du temps à froid, la cachérisation se fera à froid[i]. Mais selon le Rama, c’est de l’utilisation la plus forte qu’il faut tenir compte.

Par exemple, une cuiller que, généralement, l’on utilise pour manger de la soupe servie dans un keli chéni, mais qui sert parfois aussi à remuer un mets placé sur le feu : pour le Choul’han ‘Aroukh, le mode de cachérisation suivra la majorité des usages, si bien que l’on pourra échauder la cuiller dans un keli chéni ; mais pour le Rama, l’échaudage devra se faire dans un keli richon, conformément à son usage le plus intense.

L’avis du Rama s’explique comme suit : puisque l’ustensile a absorbé la saveur interdite, ne serait-ce qu’une fois, à un degré intense, la seule manière d’en expulser ladite saveur est d’opérer une cachérisation au même degré. Quant à l’avis du Choul’han ‘Aroukh, il est fondé sur le fait que la cachérisation de l’ustensile intervient après l’expiration de vingt-quatre heures depuis sa dernière utilisation : alors, le goût absorbé est altéré, et l’ustensile, si l’on s’en tenait à la norme toranique, ne requerrait pas d’échaudage. Ce sont en effet les sages qui ont imposé de cachériser tout ustensile qui a absorbé une saveur interdite ; car si l’on permettait d’utiliser l’ustensile après l’expiration de ces vingt-quatre heures, il serait à craindre que les gens ne se trompent, et ne se montrent également indulgents dans le cas où moins de vingt-quatre heures se sont écoulées depuis l’utilisation de l’ustensile. Or ce que les sages ont imposé, dans la procédure de cachérisation de l’ustensile après ces vingt-quatre heures, c’est que l’on tienne compte de l’utilisation majoritaire de l’ustensile, et non de l’utilisation la plus intense.

En pratique, on a coutume, a priori, d’être rigoureux, et de cachériser tout ustensile en fonction de sa plus intense utilisation. Bien plus, même si l’utilisation la plus intense s’était faite par transvasement (‘érouï) du contenu d’un autre ustensile, la coutume, de nos jours, est de cachériser tous les ustensiles dans un keli richon placé sur le feu, afin de ne pas s’exposer au doute : qui sait si l’on n’a pas utilisé également cet ustensile dans un keli richon placé sur le feu, ce que l’on a bien pu oublier ? Toutefois, en cas de nécessité pressante, on peut être indulgent, et cachériser l’ustensile suivant la majorité de ses usages (Michna Beroura 451, 47 ; Kaf Ha’haïm 100).

Si l’ustensile est utilisé minoritairement pour des cuissons au feu, et majoritairement dans un keli richon, on pourra, de l’avis même du Rama, se contenter de le cachériser par chauffage à blanc léger (Michna Beroura 48). S’il est à craindre que le chauffage à blanc, même léger, n’endommage l’ustensile, on se trouve dans un cas proche d’une situation a posteriori, et l’on peut se contenter d’une cachérisation conforme à la majorité des usages de l’ustensile, dans un keli richon (Kaf Ha’haïm 108)[11].


[f]. Par exemple une cuiller avec laquelle on remue le contenu d’un keli richon, comme l’exemple en sera donné.

[g]. Par exemple une cuiller avec laquelle on mange une soupe contenue dans une assiette ayant le statut de keli chéni.

[h]. Par exemple si l’on grille un morceau de pain planté dans une fourchette.

[i]. En nettoyant bien l’ustensile avec du liquide pour vaisselle.

[11]. Parmi les décisionnaires qui autorisent à se baser sur la majorité des utilisations pour déterminer le mode de cachérisation : le Rif, Maïmonide, le Ran et le Rachba. Parmi ceux qui exigent de suivre l’utilisation la plus intense : le Cheïltot, Rachi, Tossephot, le Raavia. À cet égard, ces auteurs sont non seulement partagés quant au ‘hamets, mais aussi quant à d’autres interdits. S’agissant du ‘hamets, il y a une autre raison d’être rigoureux : selon le Rama 447, 10, même quand le goût interdit est dénaturé (noten ta’am lifgam), sa transmission demeure interdite à Pessa’h ; aussi doit-on échauder l’ustensile en fonction de son imprégnation la plus forte.

D’un autre côté, s’agissant d’une absorption par le feu, il y a place à l’indulgence, si l’on s’en tient au point de vue selon lequel, en absorbant le goût du ‘hamets, l’ustensile a absorbé le goût d’un produit qui, avant sa période d’interdiction, était permis (hitra bala’).

Il faut savoir que l’on ne détermine la majorité et la minorité qu’en fonction de l’utilisation faite de l’ustensile pour les besoins du ‘hamets, et justifiant en conséquence une cachérisation. Par exemple, un ustensile habituellement utilisé à froid pour des produits non ‘hamets, et que l’on a utilisé une fois pour du ‘hamets et à l’eau bouillante, doit être échaudé. Mais si l’ustensile a servi majoritairement pour du ‘hamets et à froid – c’est le cas, par exemple, d’un plan de travail de cuisine, ou d’une table –, la cachérisation se fera, selon le Choul’han ‘Aroukh, à l’eau froide, bien que l’on en ait parfois fait usage à l’eau bouillante (Beit David, Yoré Dé’a 64, Sidour Pessa’h Kehilkhato 7, 13, note 55 ; c’est aussi ce qu’écrit, s’agissant des autres interdits, le Chévet Halévi VI 116, 3, qui se fonde sur le Peri Megadim et le Maharam Shik. Le Divré Malkiel III 56 et le Zeqan Aharon, Yoré Dé’a II 41 sont indulgent quant aux autres interdits. Cf. Hag’alat Kelim 4, 8-17).

Or puisque, selon le Kaf Ha’haïm 451, 100 et 107, on a coutume d’être rigoureux a priori en tenant compte de l’usage minoritaire de l’ustensile, et que c’est aussi l’avis du Rama 451, 6 et du Michna Beroura 47, on peut, a posteriori, se fonder sur l’opinion indulgente (cf. Cha’ar Hatsioun 144 et Hag’alat Kelim 4, note 18, selon lesquels, contrairement à ce que laisse entendre le Choul’han ‘Aroukh Harav 451, 28 et 33, la possibilité d’être indulgent n’est laissée qu’à posteriori). C’est pourquoi nous indiquons ci-dessus que l’on sera rigoureux a priori, en tenant compte de l’utilisation minoritaire, mais que, en cas de nécessité pressante, on pourra être indulgent. Cette position vaut pour toutes les coutumes (séfarades, ashkénazes…).

En ce qui concerne des fourchettes dont on se sert parfois pour une cuisson au feu, il y a un motif supplémentaire d’être indulgent et de se contenter d’un échaudage à l’eau bouillante : la fourchette dont on s’est servi est considérée comme annulée au sein de la majorité des fourchettes qui, elles, n’ont pas servi à un tel usage.

10. Nettoyage et préparation des ustensiles avant leur échaudage

Il faut bien nettoyer l’ustensile avant sa cachérisation par échaudage. L’eau bouillante expulse en effet les goûts attachés à l’ustensile ou qui y sont absorbés, mais elle ne nettoie pas celui-ci des résidus alimentaires qui y sont attachés. Si l’on a procédé à l’échaudage sans avoir préalablement ôté de l’ustensile tous ses résidus alimentaires, l’échaudage n’aura servi à rien. En ce cas, il faudra le nettoyer, puis l’échauder de nouveau.

Quand un ustensile est doté de fentes d’où il est impossible d’extraire les résidus alimentaires, on brûle ce qui se trouve dans les fentes (par chauffage à blanc léger). Il est préférable de faire cela avant l’échaudage (Michna Beroura 451, 25 ; cf. Kaf Ha’haïm 160).

Dans le cas où l’ustensile risque de s’en trouver endommagé, on peut l’immerger dans de l’eau mêlée d’eau de Javel ou de savon pendant une certaine durée : de cette façon, les résidus seront dénaturés, et perdront tout caractère comestible. Après cela, on échaudera l’ustensile[12].

Les poignées des ustensiles doivent, elles aussi, être cachérisées. En effet, dans les ustensiles de métal, quand le corps de l’ustensile chauffe, la chaleur se transmet également à ses poignées, et, si celles-ci parviennent au degré de yad solédet bo, tout l’ustensile, y compris ses poignées, est considéré comme ayant servi à un usage interdit, de sorte qu’il requiert, dans son entier, une cachérisation. Les poignées d’un ustensile de bois requièrent, elles aussi, d’être cachérisées : bien qu’elles ne chauffent pas tellement, il est fréquent que le mets déborde ou gicle sur les poignées des ustensiles, de sorte que le goût s’y attache et s’y absorbe. Par conséquent, il faut échauder l’ustensile ainsi que ses poignées (Choul’han ‘Aroukh 451, 12, Michna Beroura 68). Toutefois, même lorsque l’ustensile lui-même a absorbé la saveur interdite au degré de chaleur d’un keli richon placé sur le feu, on peut se suffire de cachériser les poignées en y versant de l’eau depuis un keli richon (‘érouï keli richon), car l’absorption par les poignées n’est pas de même rang que celle d’un keli richon placé sur le feu (Rama 451, 12)[j].

Sur de nombreuses marmites, les poignées sont fixées par des vis, et des résidus alimentaires s’infiltrent dans les fentes des poignées. Avant l’échaudage de la marmite, on devra dévisser les poignées afin d’ôter tous les résidus alimentaires. Quand c’est difficile, on peut faire tremper l’endroit où se trouvent les poignées dans de l’eau mêlée d’eau de Javel ou un autre produit propre à dénaturer les aliments, afin que les résidus alimentaires soient entièrement altérés[13].


[12]. Il est évident que, après avoir absorbé le goût du savon, les résidus alimentaires pris dans les rainures ne sont plus consommables, et ne sont plus considérés comme facteurs d’interdit. Cependant, on peut objecter que, selon de nombreux A’haronim, les couteaux faits de deux parties ne peuvent être cachérisés, en raison des résidus alimentaires logés dans l’interstice séparant les deux parties ; or ces auteurs ne mentionnent aucune possibilité d’altérer la nourriture qui s’y trouve prise (Maguen Avraham 451, 5 et Touré Zahav). Peut-être ne se trouvait-il pas alors de produits dénaturants, tels que l’eau de Javel. (Peut-être y a-t-il lieu de distinguer entre les fentes qui sont proches de la nourriture et les fentes qui en sont éloignées, comme le sont celles des poignées d’une marmite ; cf. Choul’han ‘Aroukh Harav 451, 21, qui fait une telle distinction dans un cas a posteriori, lorsqu’on a omis d’échauder les poignées de l’ustensile).

Peut-être n’y a-t-il pas lieu de prendre tellement au mot, à cet égard, les propos des A’haronim, et faut-il en retirer simplement le principe suivant : lorsqu’il y a des fentes, on ne saurait se contenter d’un échaudage. Tout cela mérite approfondissement.

[j]. On parle d’un keli richon placé sur le feu. Son corps, pour être cachérisé, doit être plongé dans un keli richon placé lui aussi sur le feu ; mais ses poignées n’ont pas besoin d’être plongées : il suffit qu’elles reçoivent un ‘érouï keli richon.

[13]. Pour une marmite dans laquelle on a cuisiné quelque aliment interdit, si l’on sait que cela n’a pas débordé, et que les poignées n’ont pas chauffé, il n’est pas nécessaire de cachériser les poignées. Aussi suffit-il de faire bouillir de l’eau dans la marmite, comme il sera expliqué ci-après, au paragraphe 13. De même, si les poignées ont chauffé, mais qu’elles soient vissées à la marmite, elles ne sont pas considérées comme faisant avec l’ustensile une seule et même entité, et le goût ne passe pas de métal à métal ; aussi n’est-il pas nécessaire d’échauder les poignées. Dans le même ordre d’idées, quand on a introduit par erreur une cuiller réservée aux aliments lactés dans une marmite réservée aux aliments carnés, il faut échauder toute la partie de la cuiller qui était à l’intérieur du mets, ainsi que ce qui, au sein de cette cuiller, a chauffé ; mais il n’est pas nécessaire d’échauder le reste. Mais quand il s’agit d’une marmite ayant servi à cuisiner du ‘hamets [que l’on veut cachériser en vue de Pessa’h], il faut échauder également les poignées, car il est à craindre que, au cours de l’année, du ‘hamets ait giclé sur les poignées ; de même, une cuiller ‘hamets devra être échaudée entièrement. Cf. Michna Beroura 451, 68.

11. Pourquoi on attend vingt-quatre heures avant l’échaudage

On a coutume de ne pas échauder d’ustensiles qui ont été utilisés le jour même, c’est-à-dire durant les vingt-quatre heures qui suivent le moment où ils ont absorbé la substance interdite. La raison en est que, durant toute la durée des vingt-quatre heures qui suivent l’absorption de la substance interdite, le goût absorbé ou attaché au sein de l’ustensile demeure excellent, et si l’eau du récipient où se fait l’échaudage n’était pas en quantité soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de l’ustensile devant être échaudé, cette eau contracterait le goût interdit, et le ferait pénétrer en retour dans les parois de l’ustensile, si bien que l’échaudage ne serait pas valable. En revanche, si l’on attend vingt-quatre heures, le goût qui se trouve dans l’ustensile sera dénaturé, de sorte que, même si l’eau n’est pas en quantité soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de l’ustensile, celui-ci sera cachérisé : le goût dénaturé que renferme l’ustensile sera rejeté dans l’eau, et même si l’ustensile devait en absorber de nouveau une partie, le goût, puisqu’il est altéré, ne le rendrait pas interdit. En effet, c’est seulement dans le cas où le goût absorbé d’abord était bon que l’ustensile est rendu interdit, et que cette interdiction s’étend également après que le goût absorbé en son sein s’altérera. En revanche, si le goût était déjà altéré dès le début de l’absorption, l’ustensile ne sera pas interdit.

Il faut encore craindre que, si l’on fait, dans la même eau, l’échaudage d’ustensiles réservés, pour les uns, au carné, et pour les autres au lacté, un bon goût de viande et un bon goût de lait ne soient lâchés dans l’eau. Or, si l’eau n’était pas en quantité soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de l’un de ces ustensiles, les goûts ne s’annuleraient pas, et se mélangeraient l’un à l’autre, rendant toute l’eau interdite. En conséquence, tout ustensile que l’on y échauderait deviendrait interdit, car il y absorberait le goût du carné et celui du lacté à la fois. En revanche, si vingt-quatre heures s’écoulent, le goût de la viande que recèlent les uns, comme celui du lait contenu dans les autres, seront altérés ; et même s’ils se mélangent dans l’eau, celle-ci ne s’en trouvera pas interdite, non plus que les ustensiles, car, lorsqu’un goût dénaturé est transmis, le récepteur de ce goût reste permis (Choul’han ‘Aroukh 452, 2, Michna Beroura ad loc.). D’après ce motif, la marmite dans laquelle on échaude les ustensiles doit elle-même n’avoir pas été utilisée dans les vingt-quatre heures qui ont suivi sa dernière absorption de viande, de lait, ou de ‘hamets.

Dans les lieux où l’on procède à l’échaudage en public, on a coutume de ne pas se fier au fait que tout le monde a laissé reposer ses ustensiles vingt-quatre heures avant le moment de l’échaudage. Pour éviter toute erreur, on ajoute à l’eau un produit ayant pour effet de dénaturer le goût incrusté dans les parois des ustensiles que l’on vient cachériser : par exemple de l’eau de Javel, ou du savon liquide. Grâce à cela, toute saveur rejetée par les ustensiles est immédiatement altérée ; et même si elle devait être réabsorbée par les ustensiles, elle ne pourrait avoir pour effet d’interdire ceux-ci, puisque cette saveur est déjà dénaturée[14].


[14]. Ces principes sont exposés par le Choul’han ‘Aroukh 452, 1-2 et le Michna Beroura 1. Nous voyons donc que, si l’on veut échauder un ustensile, on doit être pointilleux sur l’une de ces deux conditions : ou laisser passer vingt-quatre heures après la dernière utilisation de l’ustensile, pour que le goût qui s’y trouve absorbé s’altère et que, même après sa réabsorption par d’autres ustensiles, ceux-ci ne s’en trouvent pas interdits ; ou qu’il y ait une quantité d’eau soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de l’ustensile : alors, le goût lâché par l’ustensile s’annulera au sein des soixante mesures d’eau. Cependant, si l’on échaude de nombreux ustensiles, il est certain que la quantité d’eau contenue par la marmite d’échaudage ne sera pas soixante fois supérieure à l’épaisseur des parois de tous les ustensiles. On a coutume de ne pas échauder d’ustensile qui a été utilisé dans les dernières vingt-quatre heures, de crainte que, suite à une erreur, il n’y ait pas soixante fois plus d’eau que d’épaisseur en parois (Rama 452, 2, Michna Beroura 20).

Ces règles sont applicables à toute absorption de saveur interdite. Toutefois, en ce qui concerne le ‘hamets, le Choul’han ‘Aroukh 452, 1 enseigne que, si l’on échaude un ustensile ‘hamets avant le commencement de la période d’interdiction du ‘hamets, l’échaudage est efficace, même si les ustensiles ont été utilisés dans les dernières vingt-quatre heures et qu’il n’y ait pas soixante fois plus d’eau. En effet, durant ce temps, le ‘hamets est permis. S’il faut cachériser l’ustensile, ce n’est qu’en raison du goût de ‘hamets absorbé par celui-ci à partir d’aliments ‘hamets ; en revanche, pour une imprégnation indirecte – cas du goût lâché dans l’eau, puis qui pénètre de nouveau dans l’ustensile (ce que nous appelons noten ta’am ben noten ta’am, ou de manière abrégée nat bar nat, littéralement « donneur de goût, fils de donneur de goût »), l’échaudage n’est pas nécessaire. Il faut seulement avoir soin de ne pas échauder ensemble des ustensiles carnés et lactés ayant servi durant les dernières vingt-quatre heures.

Certains ont objecté que l’auteur du Choul’han ‘Aroukh lui-même, au chapitre 451, 4, oblige à chauffer à blanc les ustensiles qui ont absorbé du ‘hamets par l’effet du feu, de sorte que le Choul’han ‘Aroukh tranche conformément à l’opinion selon laquelle le ‘hamets est appelé issoura [chose interdite, cf. note 6] ; comment donc peut-il décider, dans notre cas, que le ‘hamets est hitra [chose d’abord permise, cf. note 6] ? Effectivement, le ‘Olat Chabbat, le Peri ‘Hadach et le Gaon de Vilna estiment que, s’agissant même d’un ustensile ‘hamets avant la période d’interdiction, il faut veiller, soit à ce qu’il y ait une quantité d’eau soixante fois supérieure, soit à ce que les ustensiles ne servent pas pendant vingt-quatre heures. Et tel est l’usage. (Cependant, on peut résoudre la contradiction apparente du Choul’han ‘Aroukh en disant que, s’agissant d’échaudage d’ustensiles, il s’agit d’imprégnation doublement indirecte – nat bar nat bar nat –, et que, dans un tel cas, le Choul’han ‘Aroukh s’appuie sur l’opinion selon laquelle ce qui est absorbé est une chose initialement permise [hitra]. En revanche, en matière de chauffage à blanc, il n’est question que d’imprégnation directe [nat], de sorte que le Choul’han ‘Aroukh penche pour l’interdiction.)

Quant au fait de savoir si l’on peut échauder des ustensiles pendant Pessa’h : pour le Choul’han ‘Aroukh, la chose est permise, à condition que l’ustensile n’ait pas été utilisé dans les dernières vingt-quatre heures, de manière que le goût qu’il renferme soit dénaturé. En revanche, il ne suffit pas de prévoir une quantité d’eau soixante fois supérieure, puisque le ‘hamets, à Pessa’h, ne s’annule pas dans la proportion d’un soixantième. Pour le Rama (447, 10), à Pessa’h, un facteur de goût ‘hamets, même altéré, interdit le récepteur de ce goût, quelle que soit la quantité transmise. Aussi n’a-t-on pas l’usage d’échauder des ustensiles à Pessa’h. La seule voie permettant de cachériser des ustensiles à Pessa’h est le chauffage à blanc, qui détruit par combustion le goût interdit.

A priori, on ne mêle à l’eau de l’échaudage aucun autre produit, comme l’explique le Rama 452, 5. Mais a posteriori, l’échaudage est valide, quel que soit le liquide [cachère] utilisé. Le Michna Beroura écrit, au nom du Peri Mégadim, que si l’on est avant Pessa’h, on répétera l’échaudage, cette fois sans y adjoindre d’autre produit. Mais dans le cadre d’un échaudage public, il est difficile de se fier au fait que chacun aura laissé reposer ses ustensiles pendant vingt-quatre heures, la crainte principale étant le mélange des goûts carné et lacté. Aussi a-t-on coutume de mêler du savon liquide ou de l’eau de Javel à l’eau. Cf. Sidour Pessa’h Kehilkhato 7, 20 et notes, où il est dit que c’est seulement dans le cas où l’eau s’est épaissie au contact des produits additionnels que l’on peut douter de la validité de l’échaudage. En note 7, le même ouvrage cite le ‘Hazon Ich, selon lequel il est préférable de mettre beaucoup de produits ayant un effet dénaturant, de manière à ne pas s’exposer à la possibilité d’un mélange de goûts carnés et lactés, non plus qu’à la possibilité d’un goût de ‘hamets, pour ceux qui tiennent qu’un ustensile ayant absorbé un goût de ‘hamets a absorbé un produit interdit (issoura bala’, cf. note 6).

12. L’échaudage des ustensiles en pratique

L’eau d’échaudage doit être vraiment bouillante. C’est une condition sine qua non pour ce qui concerne un ustensile qui a absorbé le goût interdit en tant que keli richon placé sur le feu. Comme nous l’avons vu, a priori, on a coutume d’échauder tous les ustensiles dans une marmite elle-même keli richon, et placée sur le feu.

Il faut laisser tout l’ustensile immergé dans l’eau pendant quelques secondes[15].

Parfois l’introduction des ustensiles refroidit un peu l’eau, de sorte qu’elle cesse de bouillir. Il faut alors laisser l’ustensile dans l’eau jusqu’à ce que celle-ci reprenne son ébullition. Si l’on introduit deux ustensiles en même temps dans l’eau bouillante, on devra les remuer un peu afin de s’assurer que l’eau bouillante passe bien entre les deux (d’après Choul’han ‘Aroukh 452, 3-4).

Un ustensile que l’on ne peut introduire entièrement en une fois dans l’eau, on peut en échauder d’abord une moitié, puis l’autre moitié (Choul’han ‘Aroukh 451, 11).

A priori, on a l’usage de rincer les ustensiles à l’eau froide après l’échaudage, afin de n’y pas laisser d’eau chaude, par laquelle les ustensiles risqueraient d’absorber de nouveau le goût expulsé durant l’échaudage. Mais ce n’est pas une condition de validité de la procédure, car on a coutume de faire l’échaudage vingt-quatre heures après le dernier usage de l’ustensile, ou dans une eau dont le goût est lui-même dénaturé[k], de sorte que, même si l’ustensile réabsorbait du goût provenant de l’eau, l’échaudage ne serait pas invalidé (Choul’han ‘Aroukh 452, 7, Michna Beroura 34). Aussi ne doit-on pas rincer à l’eau froide des ustensiles qui risqueraient par-là d’être endommagés – tels des ustensiles de verre. De même, quand il est difficile d’accomplir ce rinçage à l’eau froide, il n’est pas obligatoire de se donner de la peine à cette fin.

Certains appréhendent l’idée d’échauder les ustensiles ; mais en réalité, la procédure d’échaudage est simple. Rappelons ses étapes en résumé : on nettoie d’abord l’ustensile, et l’on attend vingt-quatre heures depuis le moment de l’absorption de la nourriture interdite. Ensuite, on immerge l’ustensile dans l’eau bouillante. S’il est possible de l’en sortir et de le rincer tout de suite à l’eau froide, c’est parfait ; si c’est difficile, on peut éteindre le feu sous la marmite d’eau bouillante, et attendre que l’eau refroidisse quelque peu. Puis on jettera l’eau chaude, et l’on rincera un peu l’ustensile échaudé. Pour les besoins de l’échaudage, on peut utiliser l’une quelconque des marmites de sa cuisine : on attendra simplement vingt-quatre heures entre la dernière cuisson que l’on y aura faite et le moment de l’échaudage ; ou bien on ajoutera du savon à l’eau afin de l’altérer[16].


[15]. Il faut prendre soin de ne pas laisser trop longtemps les ustensiles dans l’eau bouillante, afin qu’ils ne réabsorbent pas ce qu’ils ont expulsé. Il n’est pas bon, non plus, de les laisser trop peu de temps, car ils n’auraient pas le temps d’expulser le goût interdit (Choul’han ‘Aroukh 452, 1 ; Michna Beroura 4). Selon le Michna Beroura, il est difficile d’évaluer le temps nécessaire, qui ne soit ni excessif ni insuffisant. Quoi qu’il en soit, l’auteur ajoute : « Si on procède à l’échaudage avant la période d’interdiction du ‘hamets, il n’est pas nécessaire de limiter le temps d’immersion, et l’on peut laisser les ustensiles plus longtemps dans l’eau. » Car alors, la transmission d’un goût dénaturé ne rend pas interdit le récepteur du goût, et le ‘hamets s’annule dans une quantité d’eau soixante fois supérieure. Cf. Kaf Ha’haïm 452, 2, qui dit que, selon certains Richonim, on laissera les ustensiles dans l’eau « jusqu’à ce qu’ils rejettent ce qu’ils ont absorbé », et que, selon d’autres, on les immergera « puis on les sortira immédiatement ». L’usage courant suit cette dernière opinion. Le Peri ‘Hadach écrit que la coutume d’Israël a valeur de loi. Il semble que l’usage soit de laisser l’ustensile trois secondes, tandis que l’eau bout.

[k]. Par de l’eau de Javel ou du savon liquide.

[16]. La coutume ashkénaze et d’une partie des communautés séfarades est de ne pas faire passer un ustensile du statut de carné à celui de lacté, ou inversement, par le biais d’un échaudage, afin de ne pas risquer de confusion en oubliant ce qui était lacté et ce qui était carné. En revanche, quand un ustensile a été rendu tarèfe (non cachère), et requiert d’être échaudé, on pourra, après son échaudage, en modifier la destination. Le ‘Hatam Sofer 110 écrit ainsi que, après un échaudage en vue de Pessa’h, il est permis de changer l’état de l’ustensile. Si l’on reçoit un ustensile comme cadeau, on peut en modifier l’emploi par échaudage (Darké Techouva, Yoré Dé’a 121, 59). On peut, si l’on souhaite modifier l’état d’un ustensile, le faire acquérir par son prochain, puis l’acquérir soi-même à nouveau : alors, on pourra l’échauder et en modifier l’état. (Selon le Peri Mégadim 452, Echel Avraham 13, en cas de nécessité pressante, il est permis de modifier la destination d’un ustensile en l’échaudant.)

13. Echaudage des marmites

Lorsque, dans une marmite, on a fait cuire du ‘hamets, par exemple une soupe d’orge perlé, nous avons vu qu’il fallait, pour la cachériser à l’approche de Pessa’h, l’immerger dans l’eau bouillante : par l’eau bouillante qui l’entourera de toutes parts, le goût du ‘hamets en sera rejeté. Certes, en vertu du principe selon lequel le mode d’absorption détermine le mode d’expulsion, on devrait pouvoir, de prime abord, cachériser la marmite en y faisant bouillir de l’eau ; en effet, de même que le goût interdit aura été absorbé de cette façon, ainsi doit-il pouvoir être rejeté. Mais il est certain que, au cours de l’année, il a dû se produire que tel mets que l’on y a cuit a débordé, de sorte que le goût aura été également absorbé sur la bordure supérieure de la marmite ; or ce goût ne disparaîtra pas par l’effet de l’eau qui bouillira à l’intérieur de la marmite. Aussi la cachérisation de l’ustensile en vue de Pessa’h devra-t-elle se faire en l’immergeant au sein d’un grand chaudron plein d’eau bouillante.

Dans le cas où l’on ne peut trouver d’ustensile assez grand pour y immerger la marmite que l’on veut cachériser pour Pessa’h, les décisionnaires donnent pour directive de remplir celle-ci d’eau, que l’on portera à ébullition, et, parallèlement, de chauffer une pierre à blanc : quand l’eau sera bouillante, on y introduira la pierre chauffée à blanc, laquelle aura pour effet que beaucoup d’eau sortira et se déversera sur les côtés de la marmite, échaudant la bordure et la paroi extérieure. Tout cela n’est efficace que pour un ustensile dont la paroi extérieure a absorbé le goût du ‘hamets par l’effet d’un débordement de liquide. Par contre, si l’ustensile avait été introduit dans un autre ustensile, où il avait absorbé le goût, l’absorption aura eu lieu à l’intérieur d’un keli richon : en ce cas, l’échaudage par débordement ne sera pas efficace. Il faudra échauder tout l’ustensile en l’immergeant dans l’eau bouillante (Choul’han ‘Aroukh 452, 6, Michna Beroura 31).

Dans les cuisines domestiques, il est difficile de porter une pierre au rouge. Aussi peut-on conseiller, au lieu de cela, de faire bouillir de l’eau dans un petit ustensile ; puis, au moment où la grande marmite commencera à bouillir, on enfoncera quelque peu le petit ustensile au milieu de la marmite : ainsi, l’eau bouillante qui est en la grande marmite débordera et en échaudera la bordure ainsi que la paroi extérieure.

Dans de nombreuses marmites, on peut démonter les poignées. Il est juste de le faire et d’échauder également les poignées et les vis. Toutefois, si l’on n’a pas démonté les poignées, et que l’on ait nettoyé leur pourtour avec beaucoup de savon avant de les échauder, la marmite sera cachérisée.

Il existe un autre problème, que l’on rencontre dans de nombreuses marmites : la présence d’un repli à leurs extrémités et sur leur couvercle, où il arrive que des résidus alimentaires se logent. A priori, on a l’usage de passer au brûleur les extrémités de la marmite et son couvercle, afin de brûler les résidus alimentaires qui s’y trouvent. Mais il n’est pas nécessaire d’être pointilleux durant ce chauffage, car, après tous les rinçages et nettoyages au savon que cette marmite a subis, le goût des résidus est dénaturé, et ils ne seraient pas consommables par un chien, si bien qu’ils n’ont plus le statut de ‘hamets. En cas de nécessité, si l’on n’a pas de moyen de chauffer un peu à blanc les replis de la marmite, on pourra se contenter de l’échaudage, sans chauffer à blanc les extrémités[17].


[17]. Nous avons un jour examiné les replis d’une marmite : ce qui s’y trouvait était noirci, laid, et le goût en était extrêmement altéré. Aussi, même sans chauffage à blanc, il n’y a pas là d’interdit. De même, ce qui s’amasse près des poignées a un goût extrêmement dénaturé. Aussi, même quand on n’a pas démonté les poignées, l’échaudage reste valide. Pour plus de sûreté, il y a lieu de laver ces endroits avec beaucoup de savon.

Concernant l’échaudage d’une grande marmite qu’il n’est pas possible de cachériser dans une marmite plus grande : un décisionnaire conseille de provoquer le débordement de l’eau par le biais d’un jet d’eau bouillante fait à partir d’une bouilloire branchée à l’électricité. Mais le conseil que nous mentionnons plus haut est meilleur, car, en se déversant, l’eau refroidit quelque peu, tandis qu’avec notre méthode la petite marmite est entièrement bouillante, de sorte qu’elle constitue elle-même un keli richon, et se retrouve ensuite à l’intérieur d’un autre keli richon ; aussi n’y a-t-il là aucun refroidissement.

En matière d’ustensiles carnés et lactés : parfois, de la  sauce bouillante, provenant d’une marmite lactée, gicle sur une marmite carnée froide placée sur le gaz. Il s’agit donc d’un jet (‘érouï) qui fait pénétrer le goût du lait à la surface de l’ustensile carné, là où le contact s’est produit. Le mode de cachérisation est, semblablement, un jet d’eau bouillante. Puisqu’il s’agit d’une absorption très faible, on pourra y verser de l’eau bouillante en abondance, si bien qu’il se trouvera certainement un volume d’eau soixante fois supérieur à l’épaisseur de l’ustensile pris à l’endroit ayant reçu la projection de sauce. Par cela, la marmite sera cachérisée, sans qu’il soit besoin d’attendre vingt-quatre heures. Si l’on craint que le jet d’eau n’équivaille pas à soixante fois ce volume, on pourra mêler l’eau de savon liquide : de cette façon, le goût de l’eau sera altéré ; et, sans qu’elle soit en quantité soixante fois supérieure au volume de la partie de l’ustensile ayant reçu la projection, on pourra cachériser l’ustensile. Si la marmite [ayant reçu la projection] contenait un mets brûlant, elle doit être en tout état de cause cachérisée par immersion dans l’eau bouillante. Quant au mets qu’elle contient, il faut poser la question à son rabbin. En effet, une quantité de mets soixante fois supérieure à la quantité projetée suffit parfois ; mais il faut d’autres fois 3600 fois plus que la quantité projetée (60 x 60).

14. L’absorption par conserve, et son mode de cachérisation

Les ustensiles où l’on a mis des produits ‘hamets à froid ne requièrent pas d’échaudage à l’eau bouillante : il suffit de les cachériser, en vue de Pessa’h, en les lavant bien. Par exemple, les verres dans lesquels on a bu de la bière – qui, comme on le sait, est du ‘hamets par excellence – peuvent être cachérisés en les lavant bien. En effet, tant que le ‘hamets n’atteint pas la chaleur de yad solédet bo, l’ustensile n’absorbe pas le goût de l’aliment qu’il contient. À plus forte raison, si l’on a mis des gâteaux ‘hamets dans des bols ou des assiettes, on pourra cachériser ceux-ci en vue de Pessa’h en les lavant bien car, en plus du fait que leur chaleur n’a pas atteint le degré de yad solédet bo, ces gâteaux sont secs, or, sans humidité, le goût ne se transmet pas à l’ustensile. Il faut seulement ôter toutes les miettes qui, peut-être, se sont attachées à l’ustensile.

Mais si l’on a laissé la bière dans le verre plus de vingt-quatre heures, cela devient une « conserve » (kevicha), et le goût du ‘hamets y est absorbé. Nos sages ont en effet énoncé le principe suivant : « Ce qui est en conserve est comme cuit ». Aussi est-il interdit d’utiliser cet ustensile à Pessa’h sans cachérisation préalable.

Il est certain que l’on peut cachériser de tels ustensiles en les échaudant à l’eau bouillante. En effet, si l’échaudage est efficace pour des ustensiles qui ont absorbé le goût interdit par l’effet d’une cuisson, à plus forte raison sera-t-il efficace pour des ustensiles qui l’ont absorbé en tant que conserve. Mais puisque l’absorption par conserve est plus légère, on peut aussi cachériser les ustensiles en les plongeant pendant trois jours dans l’eau : on mettra dans l’eau l’ustensile que l’on veut cachériser, pendant une durée d’une journée entière, continument ; puis on changera l’eau, et l’on plongera l’ustensile dans l’eau nouvelle pendant encore un jour ; on changera l’eau de nouveau, et l’on y plongera l’ustensile pour une journée supplémentaire. Certes, en général, ce mode de cachérisation n’est pas utile, puisqu’il est plus rapide et plus facile de cachériser les ustensiles par échaudage dans l’eau bouillante. Mais pour des ustensiles qui risqueraient d’être endommagés par l’eau bouillante, la solution de l’immersion dans l’eau pendant trois jours peut être d’une grande utilité.

Il importe encore de signaler que, si la boisson est alcoolisée, comme le whiskey[l], par exemple, plusieurs décisionnaires pensent qu’il suffit de dix-huit minutes pour que le goût du ‘hamets, dont le whiskey est porteur, soit absorbé par le verre. Si l’on veut donc utiliser ce verre pendant Pessa’h, il faudra le cachériser par l’une des deux méthodes susmentionnées[18].


[l]. Le cas du whiskey, dont le taux d’alcool est d’environ 40 degrés, est différent de celui de la bière, précédemment citée, qui titre 5 degrés.

[18]. S’agissant des autres interdits alimentaires, les décisionnaires sont partagés quant au fait de savoir si l’on peut parler d’imprégnation par mise en conserve (kevicha), concernant les ustensiles. Certains estiment, en effet, que l’ustensile absorbe les saveurs par la mise en conserve, comme par la cuisson. D’autres pensent que, par la mise en conserve, l’ustensile n’absorbe les saveurs que superficiellement. En pratique, en cas de perte financière importante, on peut s’appuyer sur l’opinion indulgente : si l’on a cuit un aliment dans un ustensile où, auparavant, étaient restés des liquides interdits pendant vingt-quatre heures, l’aliment sera permis, car l’imprégnation en superficie ne suffit pas à l’interdire. Mais si la perte est faible, il y a lieu d’être rigoureux, puisque la majorité des décisionnaires l’interdisent. À plus forte raison ne faut-il pas utiliser a priori d’ustensiles où un aliment interdit a été mis en conserve (cf. Kaf Ha’haïm, Yoré Dé’a 105, 1).

Quant au temps d’imprégnation d’une conserve quand l’aliment a un goût très fort, [comme c’est le cas de l’aliment alcoolisé, ou piquant, ou acide], le Darké Techouva 105, 42 rapporte que les décisionnaires sont partagés : selon certains, le temps d’imprégnation est de dix minutes (Yad Yehouda) ; selon d’autres il est de dix-huit minutes (Tiféret Israël). Un doute supplémentaire existe quant au fait de savoir si cet ustensile tansmet son goût pendant ce même laps de temps. Le Nichmat Adam 57, 10 et le Binat Adam 59 résument : selon le Sifté Cohen, même pour un aliment alcoolisé, l’absorption ne se produit qu’en vingt-quatre heures, tandis que, pour le Maguen Avraham, elle se produit rapidement. A priori, il y a lieu d’être rigoureux.

Bien qu’un ustensile d’argile ayant absorbé du ‘hamets par cuisson ne puisse en expulser le goût de ses parois par échaudage, l’expulsion par échaudage – ou par immersion de trois jours – reste possible si l’absorption s’est produite par mise en conserve, comme l’explique le Choul’han ‘Aroukh 451, 21. Cf. Michna Beroura 118 et Kaf Ha’haïm 242, qui rapportent au nom du Sifté Cohen (Yoré Dé’a 135, 33) que, s’agissant des autres interdits alimentaires, on ne permet pas de cachériser un ustensile d’argile qui a absorbé un goût interdit par mise en conserve.

01. Le plan de travail

Le plan de travail est majoritairement utilisé à froid. Mais il arrive que l’on y pose des aliments ‘hamets chauds. Parfois, on y dépose même des marmites brûlantes, que l’on vient d’ôter du feu ; et si de la sauce en déborde, cette sauce sera absorbée par le plan de travail, à un degré correspondant à celui d’un keli richon (ustensile premier) qui ne se trouve pas sur le feu[a]. Parfois, on y pétrit de la pâte ; alors, l’imprégnation est plus importante (cf. ci-après, § 12).

Pour cachériser le plan de travail, il faut d’abord le bien nettoyer, en faisant particulièrement attention aux fentes, afin qu’il n’y reste pas de résidus alimentaires.

A priori, il conviendrait de le cachériser en y versant de l’eau bouillante (‘érouï), avec une pierre ou un fer porté au rouge, posé sur le plan de travail : de cette façon, l’eau versée se remettrait à bouillir, et parviendrait au degré de chaleur correspondant à la cachérisation d’un ustensile premier qui ne se trouve pas sur le feu. Mais il est difficile de porter un fer au rouge dans une maison particulière. Aussi a-t-on l’usage de cachériser le plan de travail d’une des deux façons suivantes : a) après l’avoir nettoyé, on verse sur lui de l’eau bouillante. Il faut veiller, pour cela, à ce que le plan de travail soit sec, afin que l’eau bouillante entre en contact direct avec lui, et ne refroidisse pas au contact de l’eau qui s’y trouverait. Il faut aussi se garder de commencer à se servir du plan de travail en vue de la nourriture chaude de Pessa’h, avant d’avoir laissé passer vingt-quatre heures depuis la dernière utilisation du plan de travail pour les besoins d’une nourriture ‘hamets à chaud. b) Après le nettoyage, on recouvre le plan de travail d’une toile cirée, ou de papier aluminium épais, afin de faire une séparation entre le plan de travail et les ustensiles de Pessa’h.

Ceux qui sont rigoureux versent un jet d’eau bouillante sur le plan de travail, et le recouvrent également d’une toile cirée ou de papier aluminium épais.

Si le plan de travail est délicat, et que l’on n’y pose jamais de marmite fumante, on le cachérisera en se contentant a priori d’un bon nettoyage et d’un jet d’eau bouillante.

Il ne faut pas cachériser son plan de travail en y passant du white spirit (distillat de pétrole), car ce produit a un pouvoir de cachérisation inférieur au jet d’eau bouillante ; or c’est par un jet d’eau bouillante que le plan de travail se cachérise. Le nettoyage au Kärcher® (nettoyeur haute pression) est aussi efficace que le jet d’eau bouillante[1].


[a]. Pour les définitions des différents types d’ustensiles, cf. ci-dessus chap. 10 § 8, et Les Lois de Chabbat vol. 1, chap. 10 § 7.

[1]. En ce qui concerne les tables sur lesquelles on dépose des marmites, le Choul’han ‘Aroukh 451, 20 écrit que l’on doit les cachériser avec un jet d’eau bouillante (l’auteur n’est pas indulgent comme dans d’autres cas, où il applique le principe selon lequel on suit la majorité des usages, qui serait ici l’utilisation à froid). Selon le Michna Beroura 114, qui se fonde sur le Mahari Weil, il faut cachériser la table en fonction de son utilisation la plus sévère, c’est-à-dire le dépôt d’un keli richon retiré du feu ; par conséquent, il faut y verser de l’eau bouillante en l’associant à une pierre chauffée à blanc.

De prime abord, il paraît difficile de comprendre ces avis, car on pétrit parfois de la pâte sur ces surfaces ; de sorte que, selon le Choul’han ‘Aroukh, il faudrait cachériser la table véritablement par échaudage (hag’ala), et, selon le Rama, par chauffage à blanc léger (cf. ci-après, § 12). Cependant, nous avons vu au chapitre 10 § 9 que, en cas de nécessité pressante, la cachérisation pouvait suivre la majorité des utilisations. Aussi a-t-on prescrit de procéder par jet d’eau bouillante (et l’on n’a point permis de cachériser ces surfaces en se contentant de les nettoyer à l’eau froide, ce qui eût certes correspondu à la majorité de leurs utilisations ; en effet, il n’y a pas de difficulté à verser de l’eau bouillante). Les tenants de la position rigoureuse, quant à eux, ont coutume de déverser de l’eau bouillante, puis de recouvrir la surface, en considération de la minorité de cas dans lesquels l’absorption est plus importante. Et s’ils ne se contentent pas de recouvrir, c’est de crainte que la toile cirée ne se déplace.

Signalons encore que, selon certains, il est à craindre qu’un plan de travail bon marché, fait de fragments de pierres, n’ait un statut semblable à l’argile, pour lequel l’échaudage n’est pas efficace. Mais il semble plus vraisemblable de dire que le statut de tels plans de travail n’est pas similaire à celui de l’argile. En tout état de cause, pour une surface de ce genre, il y a davantage lieu d’être rigoureux, en la recouvrant.

Quant à la cachérisation au white spirit, celle-ci n’est pas aussi efficace sur un plan de travail qu’un jet d’eau bouillante, ce qui peut se déduire du fait que ce produit ne réchauffe pas le plan de travail comme le fait un jet d’eau bouillante. Toutefois, a posteriori, si une personne a procédé ainsi, et à condition qu’elle ait bien nettoyé le plan de travail au préalable, celui-ci sera cachère, puisqu’un simple nettoyage à froid est efficace a posteriori, conformément à la majorité des utilisations d’une telle surface ; par contre, le white spirit à lui seul est inefficace.

02. L’évier

Généralement, la règle applicable à l’évier ressemble à celle du plan de travail ; simplement, d’un côté, son statut est plus léger, car en général il s’y trouve du savon liquide, qui dénature les saveurs alimentaires ; tandis que, d’un autre point de vue, un évier de porcelaine présente un motif de plus grande rigueur, car, de l’avis de certains décisionnaires, il s’y applique la même règle qu’à l’égard de l’argile : l’échaudage est inefficace pour extraire un goût de ses parois.

En pratique, il existe deux coutumes : ceux qui sont indulgents nettoient bien l’évier, puis y versent de l’eau bouillante sur toutes ses parties. Avant de verser l’eau bouillante sur l’évier et le plan de travail, il faut les sécher, afin que l’eau bouillante y parvienne directement, sans être refroidie par l’effet de l’eau froide qui s’y trouverait. Pour la même raison, il faut d’abord verser l’eau bouillante sur l’évier, et ensuite seulement sur le plan de travail, en commençant par les endroits qui sont les plus proches de l’évier, et de là, en poursuivant par les endroits plus éloignés.

La coutume rigoureuse, quant à elle, consiste, en plus du jet d’eau bouillante, à mettre dans l’évier un bac d’évier amovible en plastique, ou à recouvrir l’évier de papier aluminium épais, pour former séparation entre l’évier, qui avait absorbé du ‘hamets, et les ustensiles de Pessa’h. De plus, on prend soin, pendant Pessa’h, de ne pas utiliser l’évier à l’eau bouillante[2].


[2]. L’absorption la plus intense que peut connaître un évier est analogue à celle d’un keli richon hors du feu. En effet, il arrive que l’on mette dans l’évier des marmites de ‘hamets bouillantes ; si l’on veut donc cachériser l’évier selon son usage le plus intense, on devra y verser de l’eau bouillante, avec une pierre chauffée à blanc. Mais si l’évier est de porcelaine, plusieurs décisionnaires estiment qu’il est de même statut que l’argile, de sorte que l’échaudage ne sera pas efficace ; il faudra donc installer une séparation entre l’évier et les ustensiles de Pessa’h : bac de plastique dont on revêt l’intérieur de l’évier, ou papier aluminium épais. On a également soin, pendant Pessa’h, de ne pas remplir [même un peu] l’évier d’eau bouillante, afin qu’aucun goût ne ressorte de l’évier, qui serait absorbé ensuite par les ustensiles de Pessa’h. Même si vingt-quatre heures sont passées depuis la dernière utilisation de l’évier pour les besoins du ‘hamets, de sorte que le goût en est dénaturé, le Rama 447, 10 pense que la transmission d’un goût de ‘hamets dénaturé demeure interdite à Pessa’h.

Les personnes indulgentes, quant à elles, s’appuient sur la position du Choul’han ‘Aroukh 451, 6, d’après lequel on se fonde sur la majorité des utilisations, en l’occurrence l’utilisation à froid – de sorte que l’on peut le cachériser –, ce qui vaut également si l’évier est d’argile. Quant à nous, nous exigeons de cachériser l’évier en y versant un jet d’eau bouillante, afin de couvrir les utilisations les plus critiques. Certes, cela n’est pas efficace pour l’argile ; mais selon le Knesset Haguedola, la porcelaine lisse a le statut du verre, qui n’est pas absorbant. En outre, il y a généralement dans l’évier des résidus de liquide vaisselle, si bien que le goût du ‘hamets absorbé est, dès l’abord, dénaturé. Et même si le goût n’en était pas dénaturé, il le serait dès l’expiration de vingt-quatre heures. Certes, selon le Rama, la transmission d’un goût de ‘hamets altéré est interdite à Pessa’h. Mais ici, tout au plus, nous aurons une absorption au troisième degré (nat bar nat bar nat). Or le Michna Beroura 447, 98 nous apprend que, en un lieu où il n’est pas d’usage de tenir compte de la transmission d’un goût altéré, les personnes indulgentes ne commettent aucune faute ; et s’agissant de nat bar nat bar nat, il n’est précisément pas coutume d’en tenir compte.

03. Grilles des plaques de cuisson au gaz ; plaques électriques ou vitrocéramiques

S’agissant des cuisinières ou plaques de cuisson, on a l’habitude, tout au long de l’année, d’utiliser la même grille-support pour la viande et pour le lait, car, même s’il déborde un peu d’une sauce carnée ou lactée sur ladite grille, le feu qui y règne brûle et dénature ce qui s’est renversé. Mais à l’approche de Pessa’h, en raison de la sévérité de l’interdit du ‘hamets, on a l’usage de cachériser la grille par chauffage à blanc léger (Rama 451, 4, Michna Beroura 34). Toutefois, on peut, au lieu de cela, recouvrir de papier aluminium épais la structure métallique sur laquelle on dépose les marmites : de cette façon, il y aura une séparation entre la cuisinière, où l’on avait mis des mets ‘hamets, et les marmites de Pessa’h. Néanmoins, a posteriori, si l’on s’est abstenu de chauffer à blanc la grille et que l’on ait cuisiné directement sur elle pendant Pessa’h, la nourriture sera cachère.

Le reste des parties métalliques, qui n’entrent pas en contact avec les marmites, de même que la surface d’émail qui est sous la grille, et les brûleurs à gaz, doivent être bien nettoyés de tout résidu alimentaire ; mais dans la mesure où ces parties ne touchent pas les marmites, il n’est pas nécessaire de les chauffer à blanc ni de les recouvrir de papier aluminium. On a coutume de faire brûler tous les feux pendant environ une demi-heure[3].

Il importe encore de savoir que, tout au long de l’année, il faut veiller à ne pas manger de résidus alimentaires tombés sur l’émail (la surface de cuisson) qui s’étend sous la grille, car ces résidus proviennent de mets carnés et de mets lactés, qui débordent là, et cette surface a pris le statut de tarèfe (c’est-à-dire de non cachère). Si l’on sait que l’émail a été bien nettoyé, et que, pendant vingt-quatre heures, aucun aliment carné ni lacté n’y a débordé, il sera permis de manger ce qui y débordera par la suite. Mais quand ces deux conditions ne sont pas remplies, il y a lieu d’être rigoureux, et de s’abstenir de manger ce qui a touché la surface de cuisson, de crainte qu’elle n’ait absorbé des saveurs de viande et de lait. Si un morceau épais y est tombé, on peut couper la face qui a touché l’émail, et manger le reste.

Plaques électriques : on les nettoie bien, puis on porte les feux à la chaleur maximale pendant environ une demi-heure.

Plaques vitrocéramiques (qui ressemblent à du verre opaque, et sur lesquelles on pose directement les marmites) : on les cachérise également en les nettoyant bien, puis en les portant à la chaleur maximale pendant environ une demi-heure ; là encore, s’applique le principe qui veut que le mode d’expulsion soit semblable au mode d’absorption (kevol’o kakh polto).


[3]. Au cours de l’année, on a l’habitude de cuisiner sur la même grille dans des marmites aussi bien carnées que lactées, car le goût ne se transmet pas par le biais de métaux secs. Par exemple, si une marmite carnée bouillante a touché une marmite lactée bouillante, les deux marmites restent cachères dès lors qu’il n’y avait pas d’humidité à l’endroit où s’est fait le contact. De même pour la grille-support des cuisinières : bien qu’elle ait absorbé un goût de viande, ce goût, dès lors que la grille a séché, ne se transmet pas à la marmite lactée. Et même si un peu de lait déborde de la marmite lactée, et tombe sur une partie de la grille où, auparavant, de la sauce carnée avait débordé, la marmite reste cachère, car le feu règne (ha-ech choletet) sur la grille, et ce qui avait d’abord débordé de la marmite carnée a déjà été brûlé.

Mais en raison de la sévérité de l’interdit du ‘hamets à Pessa’h, nos sages ont exigé un chauffage à blanc léger à l’approche de la fête (Michna Beroura 451, 34 ; Kaf Ha’haïm 74). Selon le Choul’han ‘Aroukh Harav, il faut même un chauffage à blanc intégral ; mais d’autres décisionnaires se contentent d’un échaudage à l’eau bouillante (‘Hazon ‘Ovadia). À notre humble avis, le fait d’envelopper la grille de papier aluminium épais est au moins aussi efficace que le chauffage à blanc partiel, et peut-être aussi efficace que le chauffage à blanc intégral. En effet, cette couverture fait entièrement écran entre la grille et les marmites, puisque, même si de la sauce déborde, cette sauce ne touchera pas la grille.

04. Four

Pour cachériser le four lui-même, il faut le bien nettoyer, puis le mettre en marche à chaleur maximale pendant une demi-heure.

Les moules, quant à eux, sont difficiles à cachériser, car ils ont absorbé les saveurs de ‘hamets par le biais du feu, ce qui justifie un chauffage à blanc intégral (liboun ‘hamour) ; or cette opération est de nature à les endommager grandement, si bien qu’il ne faut pas les cachériser (cf. ci-dessus, chap. 10 § 7). Aussi faut-il acheter des moules que l’on vouera spécialement à la fête de Pessa’h ; quant aux moules ‘hamets, on les nettoiera et on les rangera avec le reste de la vaisselle ‘hamets. Si l’on n’a pu se procurer des moules qui conviennent à Pessa’h, on pourra utiliser des moules jetables. En ce cas, on cachérisera, en même temps que le four porté à température maximale pendant une demi-heure, sa grille, pour y déposer ensuite les moules jetables.

Les fours nouveaux, qui s’auto-nettoient à une température d’environ 500°, n’ont pas besoin d’être nettoyés avant cachérisation, car un nettoyage à une telle température est considéré comme un chauffage à blanc intégral, ce qui suffit à cachériser le four pour Pessa’h[4].


[4]. Certains décisionnaires, rigoureux, interdisent la cachérisation des fours pour Pessa’h, en raison d’une crainte qui s’appliquait aux anciens fours : que des miettes ne soient tombées dans la porte du four, et qu’elles ne ressortent et se mélangent aux aliments de Pessa’h. La solution est de laver la porte du four avec beaucoup de savon liquide, afin que les miettes qui s’y trouvent soient dénaturées et deviennent impropres à la consommation d’un chien. Certains restent néanmoins rigoureux, car on peut craindre que de la nourriture ‘hamets n’ait touché les parois du four : en ce cas, la cachérisation du four requerrait un chauffage à blanc intégral, ce qui est impossible, car le four en serait endommagé. Mais la majorité des décisionnaires sont indulgents, car le four, dans sa partie principale (hors accessoires tels que les moules), n’a généralement pas de contact avec les aliments qui s’y trouvent : il absorbe simplement la vapeur de ce que l’on y cuit ; or un chauffage à blanc léger (liboun qal), que l’on met en œuvre en portant le four à température maximale pendant une demi-heure, suffit certainement à cachériser le four de ladite absorption. Et si, quelquefois, il arrive que de la nourriture ‘hamets déborde et que son goût soit absorbé par les parois du four, à un degré correspondant à l’absorption que produit le feu, le Choul’han ‘Aroukh (451, 6), estime, nous l’avons vu, que l’on se fonde sur la majorité des utilisations. Le Michna Beroura lui-même (451, 48) est indulgent à cet égard, et n’exige qu’un chauffage à blanc léger (liboun qal).

Il faut encore associer à ce motif d’indulgence l’opinion selon laquelle l’absorption de ‘hamets avant Pessa’h porte sur une chose permise, cas dans lequel un chauffage à blanc léger est efficace a priori (comme nous l’avons vu au chap. 10 § 6). Associons encore ceux des décisionnaires qui estiment que le principe kevol’o kakh polto (« le mode d’expulsion suit le mode d’absorption ») s’applique également à une absorption produite par la chaleur du feu (cf. ci-dessus, chap. 10 § 5), si bien que le chauffage du four à température maximale est efficace.

S’agissant des moules, par contre, nous adoptons l’opinion rigoureuse, qui exige un chauffage à blanc intégral. Toutefois, si un moule a subi un chauffage à blanc léger, il est certain que ce moule pourra servir de support sur lequel on déposera un moule jetable pour Pessa’h. À plus forte raison, la grille du four pourra servir de support, après chauffage à blanc léger. Mais il est bon de recouvrir ce support, moule ou grille, de papier aluminium, afin qu’aucun contact ne se crée, même si quelque aliment déborde du moule jetable. Il n’est pas nécessaire, pour procéder à la cachérisation des moules ‘hamets ou de la grille, d’attendre vingt-quatre heures : la cachérisation se fait en effet par chauffage à blanc léger, qui a pour effet d’expulser le goût absorbé par l’ustensile et de le brûler.

Quant aux nouveaux fours, qui s’auto-nettoient à une température d’environ 500°C, en transformant toute la saleté en poussière : puisque cette chaleur aurait évidemment entraîné, avec les anciens métaux, la production d’étincelles, ou le changement de couleur (cf. ci-dessus chap. 10 § 5), un tel chauffage-nettoyage est considéré comme un chauffage à blanc intégral, qui brûle toute saveur que recèle le métal ; on peut donc cachériser ainsi le four. Les moules pourraient aussi être cachérisés à une telle température, mais il faut vérifier si cela n’est pas susceptible de les endommager, selon les recommandations des fabricants.

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