Chapitre 12 – L’allumage des veilleuses de ‘Hanouka

12. Ordonnancement des veilleuses et allumage

Quand on s’apprête à agencer la ‘hanoukia, un doute se présente : où est-il préférable de fixer la veilleuse le premier jour, où fixera-t-on la deuxième veilleuse le deuxième jour, et quelle veilleuse est-il préférable d’allumer en premier ? S’il est vrai que, de quelque manière qu’on procède, on accomplira la mitsva sur le mode de méhadrin min haméhadrin (avec un haut degré de perfection), la coutume la plus parfaite est de fixer la veilleuse, le premier jour, du côté droit de la ‘hanoukia (c’est-à-dire à la droite de celui qui allume, quand celui-ci se tient face à la ‘hanoukia). En effet, il y a lieu de toujours donner la priorité au côté droit sur le gauche. Le deuxième jour, on ajoutera une veilleuse à la gauche de la première et, après avoir récité les bénédictions, on allumera d’abord la veilleuse supplémentaire, puis celle qui est à sa droite. Il y a à cela deux raisons : a) il est préférable de commencer par la veilleuse supplémentaire, car elle exprime l’accroissement du miracle ; b) en allumant d’abord la veilleuse de gauche, on devra se diriger ensuite vers la droite, afin d’allumer celle qui est à droite de la précédente ; or nos sages disent : « De toutes les directions vers lesquelles l’homme se tourne, il est préférable qu’il se tourne du côté droit » (Yoma 15b). De même, chaque jour, on ajoutera une veilleuse à la gauche des précédentes, et c’est celle que l’on allumera en premier ; puis on se dirigera vers la droite pour allumer les autres veilleuses, de gauche à droite.

Au moment des bénédictions, il convient de se tenir du côté gauche de la ‘hanoukia, afin que la veilleuse la plus proche soit celle que l’on s’apprête à allumer la première ; de cette façon, on ne paraîtra pas passer par-dessus les autres veilleuses pour allumer celle-ci (Choul’han ‘Aroukh 676, 5, Michna Beroura 11)[15].


[15]. Cette coutume est exposée par le Choul’han ‘Aroukh 676, 5, le Darké Moché 2, Rabbi Isaac Louria dans le Cha’ar Hakavanot, le Kaf Ha’haïm 31. L’usage de se tenir près de la nouvelle veilleuse, celle de gauche, est expliqué par le ‘Hayé Adam 154, 23 et le Michna Beroura 11. Il semble juste d’ajouter que se tenir du côté gauche de la ‘hanoukia présente un autre avantage : au moment d’allumer la première veilleuse, celle de gauche, on ne paraîtra pas se tourner vers la gauche : on considèrera simplement que l’on allume la veilleuse la plus proche de soi, et que, de là, on se tourne vers la droite.

On trouve encore deux coutumes : selon le Maharchal et le Gaon de Vilna, on allume d’abord la veilleuse la plus proche de la mézouza de l’entrée (qu’on ait placé la ‘hanoukia à gauche de l’entrée, comme il le faut a priori, ou à droite) ; de là, on continue d’allumer les autres veilleuses. On procède ainsi car c’est cette veilleuse qui constitue l’essentiel de la mitsva, tandis que les autres sont allumées pour l’embellissement de la mitsva ; or cette notion est plus importante que le fait d’allumer de gauche à droite. Quant à la coutume du Touré Zahav, elle est inverse de la méthode habituelle. Cet auteur pense en effet que « se tourner vers le côté droit » signifie, pour nos sages, commencer d’allumer la veilleuse de droite, puis continuer, de là, vers la gauche. Le premier jour, on allume la veilleuse placée à gauche de la ‘hanoukia [quand celle-ci est elle-même placée à l’intérieur de la maison, perpendiculairement à l’ouverture de la porte] car c’est celle qui est la plus proche du montant gauche de la porte [en entrant. Les soirs suivants, on allume de droite à gauche les veilleuses, placées sur la partie gauche de la ‘hanoukia]. Ces différentes méthodes sont expliquées par le Michna Beroura ibid. et le Béour Halakha ad loc., qui précise que, par tous ces procédés, on s’acquitte de son obligation. Cf. encore Torat Hamo’adim 6, 35 et Yemé Ha’hanouka 6, 19.

13. À l’approche de l’allumage

Une demi-heure avant l’heure de l’allumage des veilleuses – c’est-à-dire la tombée de la nuit, comme il sera expliqué au chap. 13 § 4 –, il devient interdit de commencer à manger. Il est même interdit de prendre un repas léger, de crainte que celui-ci ne se prolonge, et que l’on n’oublie d’allumer les veilleuses. De même, il est interdit de prendre une boisson alcoolisée. En revanche, il  est permis de manger des fruits et des légumes, sans limite de quantité ; il est également permis de manger du pain ou de la pâtisserie dans la limite d’un kabeitsa (environ 50 cm³).

De même, il est interdit de commencer, dans la demi-heure qui précède le temps de l’allumage, un travail qui risque de se prolonger longuement. On n’ira pas non plus dormir durant cette période. Toutefois, si l’on demande à un camarade de nous rappeler d’allumer les veilleuses au temps prescrit, on sera autorisé à commencer, durant cette demi-heure, un repas, un travail ou un somme. Quoi qu’il en soit, même si l’on a commencé l’une de ces actions de manière autorisée, c’est-à-dire plus d’une demi-heure avant l’heure d’allumage des veilleuses, on devra s’interrompre dès la tombée de la nuit (tset hakokhavim), et allumer les veilleuses, afin de ne pas laisser passer le temps de l’allumage prescrit par nos sages (Michna Beroura 672, 10, Cha’ar Hatsioun ad loc., La Prière d’Israël 25, 9).

Si l’on est en plein milieu de son travail, et que l’on ne puisse pas retourner chez soi pour allumer les veilleuses à la tombée de la nuit, on est autorisé à poursuivre son travail jusqu’à son terme ; on veillera toutefois à ne pas manger avant d’accomplir la mitsva. S’il s’agit d’un travail qui peut se prolonger longtemps, au point qu’il soit à craindre d’oublier finalement d’allumer les veilleuses, on ne pourra poursuivre sa tâche que si l’on demande à un tiers de nous rappeler d’allumer les veilleuses une fois le travail accompli (cf. ci-après, chap. 13 § 6 et 9).

Lorsqu’arrive le temps de l’allumage, il faut se hâter d’accomplir la mitsva. Même l’étude de la Torah est interdite à ce moment, afin de ne pas retarder l’accomplissement de la mitsva. Mais si un cours de Torah doit se donner à cette heure, et qu’il soit difficile de le fixer à un autre moment dans le cas où on l’annulerait, il sera préférable de maintenir ledit cours ; à la fin de celui-ci, on rappellera à tous les participants d’allumer les veilleuses (cf. ci-après, chap. 13 § 6, note 13).

14. Allumage à la synagogue

On a coutume d’allumer des veilleuses de ‘Hanouka à la synagogue, et l’on récite sur cet allumage toutes les bénédictions qui se récitent à la maison. Certes, d’après le décret des sages, il n’est nécessaire que d’allumer à la maison ; mais on a pris l’usage d’allumer également à la synagogue afin de publier davantage le miracle. On a coutume de placer les veilleuses près du mur sud de la synagogue, à l’exemple de l’emplacement du chandelier au Temple. Le particulier ne s’acquitte pas de son obligation par le biais de l’allumage fait à la synagogue. Celui-là même qui procède à l’allumage à la synagogue et récite les bénédictions à cette occasion ne s’acquitte pas ainsi de son obligation : il doit recommencer ensuite, chez lui, l’allumage des veilleuses de ‘Hanouka, assorti de ses bénédictions (Choul’han ‘Aroukh 671, 7)[16].

On a coutume d’allumer les veilleuses de la synagogue entre Min’ha et Arvit, car alors la majorité des gens se trouvent à la synagogue, et la publication du miracle est donc plus grande. Tandis qu’après l’office d’Arvit les gens sont déjà pressés de rentrer chez eux pour allumer leurs veilleuses.

En un lieu où l’office d’Arvit se fait tardivement, après l’heure de sortie des étoiles, on allumera les veilleuses de la synagogue avant la prière d’Arvit.

Le soir de Chabbat, on a coutume, dans la majorité des communautés, de faire l’office de Min’ha peu avant le coucher du soleil ; dès lors, il n’y pas de possibilité d’allumer les veilleuses après Min’ha, car il faut alors accueillir le Chabbat. On allumera donc les veilleuses de ‘Hanouka avant Min’ha. Dans un lieu où l’on fait Min’ha longtemps avant le coucher du soleil, on allumera les veilleuses après l’office de Min’ha, et l’on aura soin de terminer l’allumage cinq minutes, au moins, avant le coucher du soleil, afin que l’on puisse accueillir le Chabbat avant le coucher du soleil. On accomplira ainsi la mitsva de tosséfet Chabbat, consistant à ajouter une part de temps profane au temps sacré (Michna Beroura 671, 47). À l’issue de Chabbat, on allume les veilleuses après l’office d’Arvit ; en effet, tant que l’on n’a pas encore prié, on n’est pas encore sorti du jour de Chabbat.

Le motif de l’allumage fait à la synagogue est de publier le miracle ; aussi la présence d’au moins dix hommes majeurs est-elle requise, à la synagogue au moment de l’allumage. Si dix hommes ne sont pas encore présents, et qu’il soit impossible de repousser l’allumage – par exemple à l’approche de Chabbat, quand il est à craindre que, si l’on repousse l’allumage, on n’ait pas le temps de terminer à temps l’office de Min’ha –, certains estiment que l’on peut néanmoins allumer les veilleuses et réciter la bénédiction. En effet, au moins dix personnes se rassembleront certainement par la suite en ce lieu, qui verront, elles, les veilleuses, quoique dix hommes n’aient pas entendu les bénédictions (Maguen Avraham, Michna Beroura 671, 47, Béour Halakha ad loc.). D’autres estiment que l’on allumera les veilleuses sans dire les bénédictions (Mor Ouqtsi’a, Kaf Ha’haïm 671, 72)[17].


[16]. Le motif principal que mentionnent les Richonim pour expliquer l’allumage fait à la synagogue est la publication du miracle (pirsoum haness). C’est ce qu’écrivent le Méïri sur Chabbat 23b, le Manhig, le Colbo et de nombreux autres. Selon le Rivach 111, c’est parce que l’on a commencé à allumer à l’intérieur des maisons que l’on a pris l’usage d’allumer aussi à la synagogue, afin de publier le miracle devant l’assemblée des fidèles. Le Manhig propose un autre motif : puisque le miracle s’est produit au sanctuaire, on a voulu le publier à la synagogue, qui est un « petit sanctuaire ». Selon ces motifs, on ne se rend pas quitte par cet allumage.

Le Or’hot ‘Haïm, quant à lui, explique que cette coutume est aussi destinée à rendre quitte ceux qui ne savent pas très bien accomplir la mitsva, ou ceux qui ne sont pas empressés de l’accomplir. Certains pensent que le but est de rendre quittes les invités, qui n’ont pas leur propre maison dans les environs. Ces dernières explications laissent entendre que l’on peut, en cas de nécessité pressante, s’acquitter par le biais de l’allumage fait à la synagogue. Si l’on se réfère à l’approche de Rachi, de Maïmonide et du Mordekhi, exposée en note 5, celui qui s’est acquitté de l’obligation d’allumer en elle-même, par l’allumage fait chez lui en son absence, ne s’est pas pour autant acquitté de l’obligation de reconnaissance ; aussi pourra-t-il s’en acquitter en écoutant la bénédiction Ché’assa nissim, lors de l’allumage fait à la synagogue.

Quoi qu’il en soit, en pratique, la halakha est que celui qui procède à l’allumage à la synagogue ne s’acquitte pas ainsi de son obligation, puisque chacun a l’obligation d’allumer chez soi. Si l’on allume à la synagogue, et que ce soit aussi pour sa femme et ses enfants que l’on répète l’allumage à la maison, on doit évidemment répéter chacune des bénédictions chez soi. Mais si l’on habite seul, on ne répétera, le premier jour, que les deux premières bénédictions car, selon certains, la bénédiction Chéhé’héyanou se rapporte au jour pris en tant que tel (cf. Beit Yossef 676, 3, Cha’ar Hatsioun 3) ; on s’en sera donc déjà acquitté par la bénédiction que l’on aura récitée à la synagogue. C’est ce qu’écrivent le Michna Beroura 671, 45 et le Kaf Ha’haïm 74. (Selon le Ye’havé Da’at II 74, on ne répétera pas non plus la bénédiction Ché’assa nissim ; en revanche, selon le Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm I 190, on répétera même Chéhé’héyanou.) Aussi est-il préférable, a priori, que celui qui procède à l’allumage à la synagogue soit quelqu’un qui n’entre pas dans de tels cas de doute : par exemple, quelqu’un qui a l’usage de s’acquitter de son obligation par le biais de l’allumage de son père.

[17]. Selon les responsa Rav Pe’alim, Ora’h ‘Haïm II 62, s’il se trouve dix personnes en comptant les femmes présentes dans la galerie féminine (la ‘ezrat nachim), il devient possible de dire les bénédictions, d’après ceux-là même qui exigent la présence de dix personnes. Le Torat Hamo’adim 7, 8 rapporte des avis selon lesquels on peut associer des mineurs au quorum des dix ; l’auteur ajoute que, si l’on associe des mineurs, il est bon que ce soit un mineur qui récite la bénédiction.

15. Allumage des veilleuses dans des lieux publics

Nombreux sont ceux qui ont coutume de donner un supplément de perfection à la mitsva de publier le miracle, en allumant une ‘hanoukia en tout lieu où se rassemblent des gens : à un mariage, une bar-mitsva, une bat-mitsva (célébration de la majorité religieuse d’une fille), ou encore lorsqu’on se rassemble lors d’une fête donnée à l’occasion de ‘Hanouka, ou lors d’une conférence. La question qui se pose est de savoir s’il est permis de réciter les bénédictions, pour un allumage fait en de telles occasions.

Selon de nombreux maîtres de notre génération, on ne récite pas les bénédictions pour un allumage fait en de telles célébrations, car ce n’est qu’à la synagogue qu’il est de coutume de faire un allumage public assorti de ses bénédictions ; il ne nous revient pas, en revanche, de créer de nouvelles coutumes, pour d’autres lieux ; et celui qui dirait ces bénédictions en un autre lieu les prononcerait en vain. Il se peut que, si l’on a coutume de procéder à un allumage à la synagogue précisément, ce soit en souvenir du chandelier que l’on allumait au Temple, la ménora. En effet, la synagogue est considérée comme un petit temple (miqdach mé’at). Il n’y a donc pas lieu de procéder, en d’autres endroits, à un allumage assorti de ses bénédictions.

Cependant, selon certains décisionnaires, il est permis, en tout lieu de réunion publique, de faire un allumage et d’en réciter les bénédictions, car la coutume consistant à allumer des veilleuses à la synagogue a pour motif la publication du miracle. Aussi y a-t-il lieu de réciter les bénédictions de l’allumage en tout lieu de réunion publique. Il est toutefois préférable de faire, en un tel lieu, les offices de Min’ha et d’Arvit, voire d’Arvit seulement : alors, ce lieu sera considéré, dans une certaine mesure, comme une synagogue, et l’on pourra dès lors procéder à l’allumage et réciter les bénédictions, comme il est d’usage.

En pratique, ceux qui veulent s’appuyer sur l’opinion selon laquelle on peut réciter les bénédictions y sont autorisés. S’il se trouve aussi, dans cette réunion, des personnes non pratiquantes, qui n’ont peut-être pas allumé leurs veilleuses chez elles, il importe grandement d’allumer les veilleuses à cette occasion, en récitant les bénédictions. En effet, c’est seulement dans le cas où l’allumage se fait avec ses bénédictions que tous les participants y prêteront attention, écoutant les bénédictions ; ce n’est qu’alors que le miracle sera manifeste à leurs yeux, et qu’ils apprendront à accomplir la mitsva. Si c’est possible, il est préférable de confier l’honneur d’allumer et de réciter les bénédictions à un Juif qui n’a pas l’habitude de pratiquer les mitsvot. De cette façon, il sera manifeste que les mitsvot sont l’héritage de tout le peuple juif : pratiquants et non pratiquants tous ensemble[18].


[18]. Ceux qui interdisent de réciter les bénédictions sont : Min’hat Yits’haq VI 65, Tsits Eliézer XV 30, Divré Yatsiv, Ora’h ‘Haïm 286, Chévet Halévi IV 65, le Rav Chelomo Zalman Auerbach et le Rav Yossef Chalom Elyachiv. En revanche, le Rav Mordekhaï Elyahou le permet, à condition que l’on fasse la prière d’Arvit en ce même lieu. Quant au Rav Chaoul Israeli, il le permet, même si l’on ne fait pas Arvit (Miqraé Qodech du Rav Harari, 10, note 24). C’est aussi l’avis du Yabia’ Omer VII 57, 6, qui rapporte que le Michnat Ya’aqov du gaon Rabbi Ya’aqov Rosenthal s’exprime dans le même sens. Pour le Az Nidberou V 37 et VI 75, on récite la bénédiction quand le rassemblement se fait à l’extérieur.

Si nous écrivons qu’il est préférable d’honorer une personne qui n’est pas habituée à la pratique des mitsvot, c’est que, même dans le cas où la halakha devrait être conforme à l’opinion rigoureuse, on pourrait considérer que cette personne récite les bénédictions au titre de l’apprentissage et de l’éducation (à la manière des enfants qui s’habituent à réciter les bénédictions ; cf. Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 215, 3, Michna Beroura 14, Cha’ar Hatsioun 14). Il semble que le conseil, donné par certains, de réciter les bénédictions en les lisant dans un volume de Talmud (où elles sont précisément enseignées) ait plus d’inconvénients que de les confier à un non pratiquant qui s’habitue ainsi à les réciter.

04. Coutume ashkénaze : hommes, femmes et enfants

Selon la coutume ashkénaze, pour accomplir la mitsva de la façon la plus accomplie (méhadrin min haméhadrin), il faut que chacun des membres de la maisonnée procède à l’allumage, sur sa propre ‘hanoukia, en assortissant cet allumage de sa bénédiction. Le premier jour, chacun allume une veilleuse, le deuxième jour, chacun en allume deux, et ainsi de suite jusqu’u huitième jour où chacun allume huit veilleuses. On ne craint pas que le nombre des veilleuses correspondant au jour ne soit plus connaissable, parce que l’on a soin de séparer les chandeliers l’un de l’autre[1].

Même les enfants, quand ils sont parvenus à « l’âge de l’éducation », allument leurs veilleuses et récitent la bénédiction. Ce qu’on appelle âge de l’éducation se situe à peu près autour de six ans, car alors les enfants comprennent le récit du miracle, ainsi que la mitsva.

Les femmes mariées n’ont pas l’usage d’allumer de veilleuses, car l’allumage accompli par leur mari est aussi considéré comme le leur ; en effet, la femme est comme une autre partie de l’homme (ichto kegoufo). Dans de nombreuses familles, même les filles parvenues à l’âge de l’éducation et les jeunes filles s’abstiennent d’allumer des veilleuses. Quoi qu’il en soit, si elles le veulent, elles sont autorisées à allumer et à réciter la bénédiction. Il semble bienvenu d’encourager les filles, à partir de l’âge de l’éducation, à allumer les veilleuses, au moins jusqu’à leur majorité religieuse (bat mitsva), car l’allumage les relie à la Torah et aux mitsvot. Si elles veulent continuer d’allumer après être devenues majeures, elles seront bénies pour cela. Même une femme mariée, dont l’époux allume les veilleuses, est autorisée, si elle le désire, à allumer elle-même et à prononcer la bénédiction[2].


[1]. La compréhension simple du Talmud conduit à dire que, si la coutume appelée méhadrin veut que chacun des membres de la famille allume personnellement une veilleuse unique, la coutume dite méhadrin min haméhadrin voudra que chaque membre de la famille allume, là encore personnellement, un nombre de veilleuses correspondant au jour. Tel est l’avis de Maïmonide, ‘Hanouka 4, 1-3, et tel est l’usage ashkénaze. Mais Rabbénou Yits’haq (Tossephot sur Chabbat 21b) estime que seul un membre de la famille doit allumer une ‘hanoukia unique car, si chaque membre de la maisonnée faisait son propre allumage, on ne saurait plus quel jour on est, parmi les huit que dure ‘Hanouka ; selon lui, le propos essentiel de la coutume dite méhadrin min haméhadrin consiste à illustrer le miracle de façon correspondante au nombre des jours. Tel est l’usage séfarade, et c’est en ce sens que se prononce le Choul’han ‘Aroukh 671, 2. (Rabbi Aharon Halévi explique que procéder ainsi glorifie le miracle plus que ne le fait la coutume dite méhadrin – d’après laquelle chaque membre de la maisonnée allume, chaque jour, une bougie unique. En effet, dans de nombreuses maisons, il n’y a que peu de personnes ; par conséquent, en adoptant la version séfarade de l’usage méhadrin min haméhadrin, davantage de veilleuses seront allumées. On peut encore expliquer que, même si cette méthode a pour effet d’allumer moins de veilleuses, l’embellissement consiste dans le fait de devoir être précis sur le jour de ‘Hanouka dans lequel on se trouve.)

De nombreux auteurs expliquent que la différence entre coutumes résulte essentiellement de l’emplacement de l’allumage. Les Séfarades ont pris l’usage d’allumer la ‘hanoukia près de la porte de la maison ; dès lors, si plusieurs personnes procédaient à leur propre allumage à cette même place, on ne saurait reconnaître à quel jour de la fête on se trouve. Tandis que les Ashkénazes ont pris l’usage d’allumer à l’intérieur de la maison ; par conséquent, chacun peut faire son propre allumage. Le Darké Moché 671, 1 rapporte donc au nom de Rabbi Abraham de Prague, que, lorsque l’allumage se fait à l’intérieur de la maison, et de l’avis même de Tossephot, ceux qui ont à cœur d’appliquer la coutume de méhadrin min haméhadrin doivent faire en sorte que chaque membre de la maisonnée allume sa propre ‘hanoukia. Cf. Torat Hamo’adim 1, 4.

Dans son commentaire, le Gaon de Vilna écrit que, selon la Guémara, le motif essentiel de la position de Hillel et son école est que l’on s’élève en sainteté. Et il n’est pas nécessaire qu’il soit manifeste que l’on se trouve tel ou tel jour, le principal étant la progression quotidienne. Par conséquent, le Gaon de Vilna ne retient pas la crainte formulée par Tossephot ; si bien que, même quand tout le monde allume à la porte de la maison, l’allumage doit tenir compte du nombre des membres de la maisonnée et du nombre des jours.

Certains auteurs soutiennent qu’une lecture précise de Maïmonide indique que, pour celui-ci, un seul membre de la famille doit allumer pour tous, tandis que la coutume ashkénaze, conforme aux vues du Maharil, veut que chacun allume ses propres veilleuses et récite la bénédiction. Dans son Meloumdé Mil’hama (p. 232), le Rav Rabinowitz écrit que, si l’on se réfère à la version de Maïmonide éditée par le Rav Kapah, il apparaît que la coutume ashkénaze est exactement conforme à l’opinion de Maïmonide.

Le Touré Zahav 677, 1 et le Maguen Avraham 677, 9 expliquent que, dès lors que les membres de la maisonnée n’ont pas l’intention de s’acquitter de la bénédiction par celle que prononce le chef de famille, ils peuvent réciter la bénédiction pour l’allumage de leurs propres veilleuses. Ce qui laisse bien entendre que, n’était-ce cela, ils ne pourraient point dire la bénédiction, car il n’est pas d’usage de réciter une bénédiction pour un simple embellissement de la mitsva. Mais le Sfat Emet sur Chabbat 21b cite une thèse selon laquelle, fondamentalement, les sages considéraient que l’usage de méhadrin min haméhadrin impliquait que chacun récite la bénédiction, bien que l’on soit déjà essentiellement quitte de la mitsva.

Les avis sont également partagés quant au cas suivant : si l’on a déjà allumé une veilleuse unique, en prononçant la bénédiction, et que l’on obtienne ensuite des veilleuses supplémentaires, permettant d’atteindre le nombre requis selon l’usage de méhadrin min haméhadrin, devra-t-on répéter la bénédiction en allumant ces veilleuses nouvelles, destinées à l’embellissement de la mitsva ? Selon le Elya Rabba, on répètera la bénédiction ; selon le Peri ‘Hadach, fin du chap. 672, on ne la répètera pas. C’est en ce dernier sens qu’inclinent les responsa de Rabbi Aqiba Eiger, deuxième édition, chap. 13, lequel se fonde sur la leçon que l’on peut tirer du Touré Zahav et du Maguen Avraham.

Il faut se demander quelle règle s’applique dans le cas où les membres de la famille, pensant d’abord qu’ils feraient eux-mêmes l’allumage, n’allument finalement pas : l’allumage effectué par le chef de famille les acquitte-t-il ? À notre humble avis, il semble qu’ils sont quittes a posteriori, car la mitsva consiste dans le fait qu’une veilleuse soit allumée à la maison, or en pratique celle-ci est effectivement allumée : même à leur corps défendant, ils se sont rendu quittes de la mitsva, strictement entendue, sans enjolivement (hidour) supplémentaire. Quant à leur intention de ne pas se rendre quittes, comme le notent le Touré Zahav et le Maguen Avraham, elle ne porte que sur le hidour, consistant à allumer soi-même et à réciter soi-même la bénédiction ; il n’en reste pas moins qu’ils sont quittes de la mitsva prise en elle-même. Ce point mérite approfondissement. Il est évident que telle est la règle selon les vues du Sfat Emet. De plus, en matière de règle rabbinique, nous avons pour principe qu’un fait présent peut voir son statut juridique suspendu à la survenance d’un fait à venir (yech breira be-derabbanan).

[2]. Le motif selon lequel la femme est comme une autre partie de l’homme (ichto kegoufo) est cité par de nombreux A’haronim, parmi lesquels le Michna Beroura 671, 9 et 675, 9, et le Kaf Ha’haïm 671, 16. Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer l’usage selon lequel, dans nombre de familles, les filles n’allument pas de veilleuses. Selon le ‘Hatam Sofer, Chabbat 21b, puisqu’on a coutume d’allumer à l’extérieur, il ne serait pas pudique que les filles sortent et s’exposent ainsi. Pour le Michméret Chalom 48, 2, puisque la mère n’allume pas, il ne serait pas poli que ses propres filles allument. D’autres disent que l’allumage fait par les enfants a simplement un but éducatif ; or les filles n’allumeront pas quand elles grandiront, puisqu’elles seront acquittées par leur mari ; elles n’ont donc pas lieu, non plus, d’allumer quand elles sont petites (cf. Miqraé Qodech du Rav Frank, chap. 14, Yemé Ha’hanouka 8, 3, Torat Hamo’adim 2, 1-3).

Si elles le veulent, elles peuvent cependant allumer et dire la bénédiction, comme le rapporte le Michna Beroura 675, 9. En effet, selon la coutume ashkénaze, les femmes sont autorisées à accomplir, en les assortissant de leur bénédiction, les mitsvot dont elles sont dispensées. Cela est vrai à plus forte raison pour l’allumage de ‘Hanouka, mitsva à laquelle les femmes sont tenues. Comme il y a des femmes célibataires et des veuves habitant seules, les filles ont lieu de s’habituer à allumer les veilleuses, quand elles habitent chez leurs parents, et à dire la bénédiction. Selon la coutume séfarade majoritaire, une seule personne procède à l’allumage dans chaque maison ; et si la femme souhaite allumer elle aussi, elle peut le faire sans dire la bénédiction.

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