Zmanim

18. Paroles de Torah incluses dans le rituel ; bénédiction Ché’assa li kol tsorki

La majorité des paragraphes que nous récitons dans la section des sacrifices de l’office matinal ont été fixés pour deux raisons : a) pour suppléer aux sacrifices, que nous ne pouvons apporter, et pour nous préparer à la prière ; b) pour que chaque Juif ait le mérite d’étudier la Torah chaque jour, en lisant des fragments de Torah écrite, de Michna et de Talmud. Dès lors, le 9 av, où il est interdit d’étudier la Torah, la question se pose de savoir si l’on peut réciter ces paragraphes. Selon de nombreux auteurs, tout ce qui fait partie de l’ordonnancement habituel de la prière a pour propos principal de servir le rituel ; aussi est-il permis de réciter ces paragraphes, même le 9 av. Tel est l’usage séfarade, et d’une partie des communautés ashkénazes. D’autres disent que chaque fidèle est autorisé, le 9 av, à réciter ce qu’il a l’habitude de réciter tous les jours au sein de la prière ; par contre, il ne récitera pas ce que, au sein de la section des sacrifices, il n’a pas l’habitude de dire[22].

Certains ont coutume de réciter chaque jour plusieurs psaumes, de manière à terminer chaque mois la lecture de tout le livre des Psaumes (Tehilim). Le 9 av, certains disent qu’il est permis, après le midi solaire (‘hatsot hayom), de réciter la section quotidienne des psaumes. D’autres estiment qu’il est juste de repousser cette lecture après le 9 av (Michna Beroura 554, 7, Kaf Ha’haïm 20)[23].

L’une des bénédictions du matin (Birkot hacha’har) est : Ché’assa li kol tsorki (ou kol tsorkhaï) (« Béni sois-Tu… qui as pourvu à tous mes besoins »). Cette bénédiction vise notamment à exprimer notre reconnaissance pour avoir des chaussures à mettre à nos pieds. Or, bien qu’il soit interdit de porter des chaussures le 9 av, ainsi qu’à Kipour, les Ashkénazes, et une partie des Séfarades, ont coutume de réciter cette bénédiction, car elle constitue une expression générale de reconnaissance quant à notre situation ordinaire, et non spécifiquement quant au fait de porter des chaussures tel jour. De plus, même ces jours de jeûne, il est permis de porter des chaussons, dans lesquels on ressent la dureté du chemin. En outre, à l’issue du jeûne, on remet ses chaussures, et certains auteurs pensent que la reconnaissance exprimée dans les bénédictions matinales se rapporte également à la nuit suivante. Cependant, de l’avis de Rabbi Isaac Louria, il ne faut pas dire cette bénédiction ces jours-là, et tel est l’usage de la majorité des Séfarades[24].

Le soir du 9 av, il est permis de réciter tout le rituel du Chéma Israël qui se lit sur son lit, au moment du coucher ; en effet les versets qui y sont inclus sont récités sur le mode de la prière, et non en tant qu’étude.


[22]. Pour le Choul’han ‘Aroukh 554, 3, il est permis de réciter tout le rituel quotidien, même le Midrach Rabbi Ichmaël [énoncé des règles herméneutiques de la Torah orale]. C’est aussi ce qu’écrit le ‘Aroukh Hachoul’han 554, 6. Selon le Rama 559, 4, il ne faut pas dire le Pitoum Haqetoret [paragraphes talmudiques consacrés à la fabrication de l’encens]. Cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 7, 44, qui explique que le Rama vise ici le Pitoum Haqetoret que certains récitent à la fin de l’office : c’est cette répétition du même texte que visent certains décisionnaires, quand ils disent que tout le monde n’a pas l’usage de le réciter. Toutefois, il ressort du Michna Beroura 554, 7 que ce dont il est question est bien le Pitoum Haqetoret du début de l’office.
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Quoi qu’il en soit, il ressort du Michna Beroura le principe suivant : ce que l’on a l’habitude de réciter au sein du rituel, chaque jour, peut être également récité le 9 av. C’est l’opinion que nous visions ci-dessus, en disant : « D’autres disent que chaque fidèle est autorisé à réciter ce qu’il a l’habitude de réciter tous les jours. » Cf. Pisqé Techouvot 554, 4, Torat Hamo’adim 8, 19.

[23]. Le Touré Zahav permet de réciter, le 9 av, le Chnaïm miqra vé-é’had targoum du jour [lecture de chaque verset de la paracha, deux fois dans sa version originale, puis une fois dans sa traduction araméenne]. Certaines communautés ont adopté cet usage : ainsi des Hassidim de Loubavitch, qui étendent ce principe à ce qu’ils nomment ‘HiTaT [acronyme de ‘Houmach (Pentateuque), Téhilim (Psaumes), Tanya (ouvrage hassidique ainsi nommé) ; les Hassidim de cette école peuvent donc continuer, le 9 av, d’étudier et réciter la section quotidienne de cette triple discipline]. Mais la plupart des A’haronim n’ont pas adopté cette opinion, comme l’explique le Cha’ar Hatsioun 554, 11. De même n’y a-t-il pas lieu de lire la section quotidienne du ‘Hoq Lé-Israël ou des Ma’amadot [autres ouvrages d’étude proposant une lecture quotidienne de textes], comme l’expliquent le Birké Yossef 554, 5 et le Michna Beroura 7. Si l’on veut prier pour un proche malade, il est permis de réciter des psaumes en sa faveur, même avant le milieu du jour, car cela répond à un besoin particulier (Divré Malkiel VI 9, Torat Hamo’adim 8, 19, fin de la note).

[24]. Selon le Roch, le Ran et le Tour, Ora’h ‘Haïm 613, on récite la bénédiction Ché’assa li kol tsorki le jour de Kipour ; c’est ainsi que tranche le Michna Beroura 554, 31. Selon Maïmonide, on ne dit pas de bénédiction au sujet d’une chose dont on n’a pas la jouissance ; il ne faut donc pas dire cette bénédiction ces jours-là, comme le rapporte le Beit Yossef ad loc. C’est aussi la coutume du Gaon de Vilna. Mais à l’issue du jeûne, après avoir remis ses chaussures, il récitait cette bénédiction (Ma’assé Rav 9). Selon la coutume de Rabbi Isaac Louria (le Ari zal), bien que l’on récite généralement les bénédictions sur les bienfaits dont on ne jouit pas (cf. La Prière d’Israël 9, 3), on ne dit pas Ché’assa li kol tsorki durant ces jours de jeûne.

Tel est l’usage de ceux qui suivent les coutumes du Ari zal, comme le rapporte le Kaf Ha’haïm 46, 17. Selon le Rav Pe’alim II 8, on ne dira pas la bénédiction, même à l’issue du jeûne. Cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 7, 36, Torat Hamo’adim 10, 14 ; cette dernière source rapporte la directive la plus répandue dans les communautés séfarades, qui est de ne point dire la bénédiction ces jours de jeûne ; mais l’auteur ajoute que ceux qui la récitent ont sur qui s’appuyer, et que son père, le gaon Rabbi Ovadia Yossef avait coutume de la réciter.

19. Statut du 10 av

Le septième jour du mois d’av, les Babyloniens conquirent le Temple ; le 9, à l’approche du soir, ils l’incendièrent ; il brûla tout au long du 10. Rabbi Yo’hanan enseigna que, s’il avait vécu à cette époque, il aurait fixé le jeûne le 10 av, puisque la majorité du sanctuaire brûla pendant ce jour. Certains Amoraïm avaient coutume d’être rigoureux vis-à-vis d’eux-mêmes, et jeûnaient le 9 et le 10. Cependant, les prophètes et la communauté des sages (‘Hakhamim) fixèrent le jeûne au 9 av, car tout va d’après le commencement. Or le commencement de la catastrophe eut lieu le 9 av (Ta’anit 29a, Talmud de Jérusalem 4, 6).

Toutefois, puisque, en pratique, la majorité du Temple brûla le 10, le peuple juif a pris l’usage de ne pas manger de viande, ni de boire de vin, le 10 av. Selon l’usage séfarade, l’interdit s’étend à toute la journée ; selon l’usage ashkénaze, jusqu’au midi solaire seulement (Choul’han ‘Aroukh et Rama 558, 1).

Selon la majorité des A’haronim, en plus de l’interdit de manger de la viande et de manger du vin, il ne faut pas non plus lessiver du linge, ni revêtir des habits lessivés, ni se faire couper les cheveux, ni écouter de la musique réjouissante, ni se laver à l’eau chaude. Mais il est permis de se laver à l’eau tiède. D’autres décisionnaires, indulgents, estiment que, le 10, on a l’obligation de s’abstenir de viande et de vin seulement, et qu’il est en revanche permis de se laver, de se faire couper les cheveux et de faire de la lessive, sans limitation. A priori, il faut se conduire selon les vues des décisionnaires rigoureux, mais en cas de nécessité pressante, on peut être indulgent[25].

De même, on a coutume de ne pas réciter la bénédiction Chéhé’héyanou (« qui nous as fait vivre, nous as maintenus, et nous as fait parvenir à cette époque »), le 10 av, de la même façon que durant les trois semaines (‘Hida, Kaf Ha’haïm 558, 8 ; cf. ci-dessus, chap. 8 § 7-8).

Quand le 10 av tombe un vendredi, il est permis, dès le matin du 10, de se préparer au Chabbat, en se coupant les cheveux, en faisant de la lessive et en se lavant. Si l’heure presse, il est permis d’organiser les préparatifs de Chabbat dès l’issue du 9 av (Michna Beroura 558, 3, ‘Aroukh Hachoul’han 2 ; au prochain paragraphe, nous exposerons la règle de l’issue du jeûne lorsque la date de celui-ci a été repoussée).

On a coutume de repousser la Birkat halevana (bénédiction de la nouvelle lune) après le jeûne, car il faut la dire dans la joie, or on diminue les manifestations de joie durant les neuf jours. Nombreux sont ceux qui ont coutume de la réciter tout de suite après l’office d’Arvit qui clôt le jeûne. Mais a priori, il ne convient pas de procéder ainsi, car il est difficile d’être joyeux à ce moment, où l’on n’a pas encore eu le temps de boire ni de manger, de se laver le visage et les mains, ni de remettre ses chaussures. Aussi, il est juste de fixer le moment de la Birkat halevana environ une heure ou deux après l’issue du jeûne ; entre-temps, on mangera et l’on se lavera quelque peu. De cette façon, on pourra réciter cette bénédiction joyeusement. Toutefois, en un lieu où il est à craindre que, si l’on repousse la Birkat halevana, certains fidèles n’oublient de la dire, on pourra la dire immédiatement après le jeûne ; il sera bon, auparavant, de boire et de se laver le visage[26].


[25]. Décisionnaires rigoureux : Maharchal, Baït ‘Hadach, Maguen Avraham, Elya Rabba et d’autres. Bien qu’il soit courant, parmi nos communautés, que les Ashkénazes soient rigoureux à cet égard, et les Séfarades indulgents, ce n’est pas en ce sens que s’expriment les A’haronim. Parmi les décisionnaires séfarades, nombreux sont ceux qui tiennent une position rigoureuse, même à l’égard du lessivage, du fait de se laver et de se couper les cheveux. Parmi eux : le ‘Hida (Ma’haziq Berakha 558, 1), Rabbi ‘Haïm Falagi (Mo’ed Lekhol ‘Haï 10, 92), le Kaf Ha’haïm 558, 6. Le Knesset Haguedola (Hagahot Ha-Tour), le Maamar Mordekhaï et le Ye’havé Da’at V 41 sont indulgents.

Selon le Béour Halakha, en cas de nécessité pressante, on peut s’appuyer sur les avis indulgents. C’est aussi l’opinion de la majorité des décisionnaires. Cf. Pisqé Techouvot 558, 2. Le Rav Mordekhaï Elyahou (Hilkhot ‘Haguim 29, 3-4) écrit qu’il faut être rigoureux jusqu’à ‘hatsot (le midi solaire), et que celui qui est rigoureux sur tous ces points, tout au long du 10, est digne d’éloge. C’est la position du Kaf Ha’haïm 558, 10.

En général, les règles applicables le 10 av sont analogues à celles des « neuf jours », suivant la coutume ashkénaze, quoiqu’elles soient un peu plus indulgentes. En effet, pendant les neuf jours, on a coutume de limiter l’invitation de personnes à une sé’oudat mitsva (repas donné en l’honneur d’une mitsva) où l’on mange de la viande et où l’on boit du vin ; tandis que, à l’issue de tich’a bé-av, on ne s’impose pas de telles limitations (Michna Beroura 558, 2).

Certains Hassidim ont coutume d’organiser la clôture de l’étude d’un traité talmudique (siyoum), à l’issue de tich’a bé-av ; car, dans l’intériorité de ce jour, est enfouie la joie, puisque c’est en ce jour que commence le processus de Délivrance (Guéoula). Cf. Pisqé Techouvot 558, 1. De plus, les sages autorisent à manger, à l’issue du jeûne, un plat contenant un goût de viande (Béour Halakha ad loc.). Il est bon de s’abstenir de relations conjugales, dans la nuit du 10 ; mais s’il s’agit de la nuit où la femme s’immerge au miqvé (bain rituel), ou d’une nuit qui précède le voyage du mari, il n’y a pas lieu de s’en abstenir (Michna Beroura 558, 2, Kaf Ha’haïm 7).

[26]. Cette halakha a déjà été mentionnée ci-dessus, chap. 1 § 16. Selon le Maharil, il faut repousser la bénédiction de la lune à un autre jour. Le Rama 426, 2 écrit que, si le 9 av tombe le jeudi, on repoussera la bénédiction de la lune à l’issue de Chabbat ; et que, si cela tombe un autre jour, on repoussera la bénédiction au soir suivant. Pour la majorité des A’haronim, cependant, on ne repousse pas la mitsva, mais on récite la bénédiction dès l’issue du jeûne ; c’est l’avis du Knesset Haguedola, du Peri ‘Hadach, du ‘Hida, du ‘Hayé Adam, du Michna Beroura 426, 11. Certains ajoutent à cela un motif supplémentaire : il y a aussi une part de joie, à l’issue du 9 av, à l’égard du Messie, fils de David, qui naît à cette date. Aussi convient-il de dire la bénédiction de la lune dès ce moment. Quoi qu’il en soit, le Michna Beroura ad loc. précise – et d’autres A’haronim avec lui – qu’il est bon de goûter quelque aliment avant cela, et de remettre ses chaussures. Cf. Torat Hamo’adim 11, 1, Pisqé Techouvot 551, 31, et ci-dessus chap. 1 § 16.

20. Quand le 9 av tombe un Chabbat

Quand le 9 av tombe le Chabbat, le jeûne est repoussé au dimanche. Le Chabbat, on ne marque aucun signe de deuil, on mange et l’on boit comme chaque Chabbat, et l’on peut même faire bonne chère, comme le roi Salomon en son temps (cf. ci-dessus, chap. 9 § 4)[27].

Comme nous l’avons vu (§ 4), les femmes enceintes et celles qui allaitent ont l’obligation de jeûner le 9 av. Mais quand le jeûne est repoussé, la règle est plus indulgente : si elles se sentent un peu faible, ou qu’elles aient une certaine indisposition, bien qu’elles ne soient pas malades, elles sont dispensées du jeûne repoussé (Béour Halakha 559, 9, passage commençant pas Vé-eino ; Kaf Ha’haïm 75).

Les ba’alé-berit[j] ont l’obligation de jeûner le 9 av. Mais si le 9 av tombe un Chabbat, et que le jeûne soit par conséquent repoussé au dimanche, la règle est plus légère : selon la majorité des décisionnaires, il est permis à ces personnes, qui sont partie prenante dans cette joie, de faire l’office de Min’ha après le midi solaire (‘hatsot hayom), de procéder à la cérémonie de circoncision immédiatement après, puis de manger et de boire. D’autres décisionnaires sont rigoureux. En pratique, même quand le jeûne est repoussé, on se conduit comme aux autres jours de jeûne : on procède à la circoncision à l’approche de la fin du jeûne, puis on sert le repas après la tombée de la nuit[28].

Lorsque tich’a bé-av tombe le Chabbat et que le jeûne est repoussé au dimanche – qui est donc le 10 –, les usages de deuil ne se prolongent pas à l’issue du jeûne : dès après la tombée de la nuit (tset hakokhavim), il redevient permis de se faire couper les cheveux, de faire de la lessive et de se laver à l’eau chaude. Simplement, aux yeux de nombreux décisionnaires, il faut s’abstenir de consommer de la viande et du vin : puisque l’on a jeûné ce jour même, il ne convient pas que, immédiatement après, on se réjouisse par du vin et de la viande (Rama 558, 1, Michna Beroura 4-5, Rav Mordekhaï Elyahou, Hilkhot ‘Haguim 29, 9). D’autres, indulgents, permettent de consommer de la viande et du vin dès après la tombée de la nuit (Rabbi ‘Haïm Vital, Peri ‘Hadach, Torat Hamo’adim 11, 8).


[27]. Selon le Choul’han ‘Aroukh 554, 19, quand le 9 av tombe un Chabbat, tous les interdits relatifs au jeûne sont levés, et les relations conjugales elles-mêmes sont permises. Selon le Rama, il faut s’abstenir de relations conjugales ; en effet, quand une pratique de deuil relève de la vie intime, elle se maintient, puisqu’elle n’atteint pas à l’honneur du Chabbat. Le Michna Beroura 40, s’appuyant sur le Chné Lou’hot Habrit et le Maguen Avraham, estime que, s’il s’agit de la nuit du miqvé, où les relations conjugales sont une mitsva (mitsvat ‘ona), même ceux qui suivent la coutume du Rama s’appuient sur l’opinion du Choul’han ‘Aroukh.

[j]. Ceux qui sont parties prenantes à la joie de la circoncision : le père de l’enfant, le circonciseur (mohel) et celui qui tient l’enfant sur ses genoux (sandaq).

[28]. Le Choul’han ‘Aroukh 559, 9 est indulgent à l’égard des ba’alé-berit, leur permettant de manger et de boire durant le jeûne repoussé. C’est aussi l’avis de la majorité des décisionnaires, parmi lesquels le Michna Beroura et le Torat Hamo’adim 2, 5. Toutefois, certains auteurs ont coutume d’être rigoureux ; c’est la position du Maguen Avraham 559, 11 ; cf. Kaf Ha’haïm 559, 74. C’est en ce sens que de nombreuses communautés ont coutume de procéder. Le Knesset Haguedola écrit ainsi que l’on a coutume d’être rigoureux dans les communautés turques ; le Choul’han Gavoha signale, lui aussi, que l’on était rigoureux à Salonique ; on l’était aussi au Yémen, comme le rapportent les responsa Pé’oulat Tsadiq III 147. Selon le ‘Aroukh Hachoul’han 559, 9, on n’a jamais vu ni entendu que quiconque ait fait une sé’ouda (un repas) le 9 av repoussé, ni même quelque autre jour de jeûne plus léger. Cf. Pisqé Techouvot 559, 9. (Quant au cas de la femme enceinte et de la femme qui allaite, le Ye’havé Da’at III 40 est indulgent lorsque le jeûne est repoussé, même si aucune indisposition n’est éprouvée.)

21. Règles applicables aux enfants

De même que pour toutes les mitsvot, on a l’obligation d’éduquer les jeunes enfants à pratiquer celles qui sont propres au 9 av et au deuil pour la destruction du Temple.

Mais en raison de leur faiblesse, il est impossible de faire jeûner les enfants. Ce n’est qu’à partir de neuf ans que l’on a l’usage de leur apprendre à jeûner quelques heures du jour, en fonction de leur force. Mais ils ne jeûneront pas toute la journée (Rabbi Mena’hem Azaria da Fano 111 ; cf. Kaf Ha’haïm 554, 23). Quand on fait manger les jeunes enfants, on ne leur donne que des aliments simples, afin de les éduquer à s’associer au deuil de la communauté (Michna Beroura 554, 5). Nombreux sont ceux qui ont l’usage d’apporter à cela un supplément de perfection, en apprenant aux enfants parvenus à l’ « âge de l’éducation » (guil ‘hinoukh), c’est-à-dire six ans, à ne pas manger ni boire durant la nuit du jeûne.

À partir de l’ « âge de l’éducation », c’est-à-dire à partir du moment où l’enfant commence à comprendre ce que signifient la destruction du Temple et le deuil, ce qui correspond à peu près à six ans, on apprend à l’enfant à ne pas porter de sandales, ni de chaussures qu’il est d’usage de porter dans la rue, et avec lesquelles on marche sur des pierres. On leur apprend aussi à ne pas s’oindre ni se laver pour le plaisir. Certains ont l’usage d’être rigoureux en ce qui concerne le port de chaussures : ils n’en font pas porter à leurs enfants, dès l’âge de deux ou trois ans. Bien que ces très jeunes enfants ne comprennent pas le sens du deuil, cette pratique exprime notre propre affliction face à la destruction du Temple, affliction telle que nous associons même les très petits enfants, dans une certaine mesure, au deuil[29].

De même qu’il est interdit aux adultes d’étudier la Torah, parce que celle-ci réjouit le cœur, et que seules les choses tristes, liées à la destruction du Temple et aux règles du deuil, peuvent être étudiées en ce jour (cf. § 10), de même les adultes qui voudraient enseigner la Torah aux enfants sont seulement autorisés à leur apprendre des notions liées à la destruction et au deuil. Selon certains auteurs, il est même interdit aux adultes d’enseigner aux enfants des sujets liés à la destruction et aux lois du deuil, car, lorsqu’il enseigne à l’enfant, l’adulte se réjouit. Il n’est permis que de lui raconter la destruction du Temple (Michna Beroura 554, 2 ; cf. Kaf Ha’haïm 8). Puisque ces deux opinions sont aussi convaincantes l’une que l’autre, chacun est autorisé à choisir quel usage adopter. Suivant toutes les opinions, il est permis à l’enfant d’étudier par lui-même tous les sujets permis à l’adulte[30].


[29]. Certes, s’agissant de Kipour, le Choul’han ‘Aroukh 616, 1 décide que les petits enfants s’abstiennent seulement du port de chaussures [par opposition aux autres abstentions], car le respect de cet interdit n’entraîne pas une grande souffrance. Il est en revanche permis de les laver et de les oindre. Toutefois, cette permission s’explique par le fait que, jadis, on avait l’usage de laver et d’oindre les petits enfants pour aider à leur croissance. Mais de nos jours, où l’on a perdu cet usage, il semble aussi interdit de les laver et de les oindre que de leur faire porter des chaussures. Telle est la position du Nit’é Gavriel 69, 2 ; 73, 3.

Toutefois, le ‘Hokhmat Adam 152, 17 estime que, le 9 av, il n’est pas même nécessaire d’éduquer les petits enfants à s’abstenir de chaussures. En effet, selon lui, ce n’est qu’à Kipour qu’on éduque à cela les petits, tandis que le 9 av et les jours de deuil, puisque la chose entraîne un peu de souffrance, il n’est pas nécessaire de les y éduquer. Mais selon le Maguen Avraham 551, 38, on éduque les enfants au deuil de la collectivité. C’est en ce sens que se prononce le Michna Beroura 551, 81, qui précise qu’il y a deux raisons à l’interdit de couper les cheveux aux enfants : premièrement, une raison éducative ; de ce point de vue, l’interdit n’a lieu de s’appliquer qu’à partir de six ans ; mais deuxièmement, une raison tenant à l’affliction des adultes, de sorte que les enfants, eux aussi, sont sujets à l’interdit avant l’âge de six ans. (Selon le Pisqé Techouvot 554, 15, tout le monde s’accorde à dire, quoi qu’il en soit, qu’il n’est pas nécessaire d’être rigoureux avant l’âge de deux ou trois ans).

[30]. Les enfants qui comprennent ce qu’on leur enseigne sont autorisés à apprendre des sujets tristes (comme le disent le Baït ‘Hadach, le Touré Zahav et d’autres). Quand certains auteurs disent que l’on n’enseigne pas les petits, ils ne visent que le programme habituel de leur étude. Selon le Maguen Avraham, on ne leur enseigne même pas les thèmes tristes, mais il est permis de leur raconter la destruction du Temple. Cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 7, 42, Torat Hamo’adim 8, 20.

01. Les jours de ‘Hanouka au fil des générations

À l’époque du deuxième Temple, « lorsque les Grecs pénétrèrent dans le sanctuaire, ils rendirent impures toutes les huiles qui s’y trouvaient. Lorsque la dynastie hasmonéenne reprit l’avantage et vainquit les Grecs, les Hasmonéens, après des recherches, ne trouvèrent qu’une fiole d’huile, frappée du sceau du Grand-prêtre. Cette fiole contenait une quantité d’huile suffisante pour allumer le chandelier d’or (la ménora) un jour seulement. Un miracle eut lieu, et l’on put allumer la ménora avec cette huile pendant huit jours. L’année suivante, on institua ces jours comme jours de fête (yamim tovim), marqués par des chants de louange et de reconnaissance. » Pendant ces huit jours, il est interdit de jeûner, ou de prononcer un éloge funèbre (Chabbat 21b, Méguilat Ta’anit 9, 2).

Les sages fixèrent de nombreux autres jours de fête à l’intention du peuple juif, à l’époque du deuxième Temple, en signe de reconnaissance et de joie pour le salut dont bénéficia le  peuple. Tous ces jours sont mentionnés dans la Méguilat Ta’anit[a]. Nombre de ces jours de fête furent fixés à l’occasion des victoires hasmonéennes. Ainsi du jour de Nicanor, le 13 adar, où les Hasmonéens vainquirent une grande armée grecque et tuèrent Nicanor, son commandant ; du 14 nissan, où ils conquirent Césarée ; du 22 éloul, où les Hasmonéens tuèrent les apostats qui ne s’étaient pas repentis ; du 23 ‘hechvan, où ils détruisirent le lieu de prostitution que les Grecs avaient bâti près du Temple ; du 25 ‘hechvan, où ils conquirent la Samarie et commencèrent à la peupler et à l’édifier[1].

Toutefois, la halakha a été tranchée : après la destruction du deuxième Temple, la Méguilat Ta’anit n’est plus applicable (Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 573, 1). En effet, après la destruction, tous les effets bénéfiques des événements qui eurent lieu à cette époque ont disparu, et il n’y a plus lieu de s’en réjouir. Il est même permis de jeûner, ces jours-là, ou de prononcer un éloge funèbre. Seuls les jours de ‘Hanouka sont restés, d’entre tous ces jours de fête. Nos sages ont expliqué que les jours de ‘Hanouka se sont maintenus, pour toutes les générations, en raison du miracle particulier de la fiole d’huile et de la mitsva, qu’ils instituèrent, d’allumer des veilleuses afin de publier ce miracle. Et puisque, à ‘Hanouka, on accomplit déjà la mitsva d’allumer des veilleuses, on a également maintenu les autres aspects de cette fête. Aussi exprimons-nous, à ‘Hanouka, notre reconnaissance envers Dieu, en récitant le passage ‘Al hanissim (« Pour les miracles ») au sein de la prière, et louons-nous l’Eternel, en récitant le Hallel, pour le salut qu’Il apporta à son peuple. De même, nous ne jeûnons pas, ni ne prononçons d’éloge funèbre à ‘Hanouka (cf. Roch Hachana 18b, Rachi et Ritva ad loc.).

Pour mieux comprendre la signification des jours de ‘Hanouka et du miracle de la fiole – qui, seuls, nous sont restés d’entre tous les jours de fête fixés à l’époque du deuxième Temple –, nous devons expliquer d’un peu plus près les événements survenus en ce temps, et leur sens.


[a]. Texte contemporain du deuxième Temple, recensant une liste de dates où eurent lieu des événements heureux pour Israël.

[1]. On peut également citer le 22 chvat : à la suite de la révolte hasmonéenne, Antiochus l’impie fit mouvement vers Jérusalem pour la détruire et y tuer les Juifs, quand lui parvint la mauvaise nouvelle des révoltes contre sa personne à l’est de son territoire ; or le 22 chvat (en l’an 167 avant l’ère civile), il fut contraint d’interrompre le siège de Jérusalem, et mourut au cours de ces révoltes. Citons encore le 3 kislev : les Hasmonéens supprimèrent du Temple les symboles des bataillons grecs. Le 24 av, où les Hasmonéens rétablirent le droit de la Torah, au lieu du droit grec, pour s’appliquer aux jugements des tribunaux ; le 23 iyar, où Simon, fils de Mattathias conquit la forteresse d’Acra ; en effet, après la libération de Jérusalem, il y restait une garnison grecque ; le 27 iyar, où les Hasmonéens supprimèrent (à ce qu’il semble, sous la direction de Jonathan, fils de Mattathias) les symboles idolâtres qui étaient suspendus aux portes des maisons et des échoppes ; les 15 et 16 sivan, où fut conquis Beit Shéan, et où furent expulsés les étrangers qui oppressaient Israël. On fixa également un jour de fête le jour où moururent les rois impies qui avaient persécuté les sages : le roi Alexandre Jannée le 2 chvat, et Hérode le 7 kislev. De nombreux autres jours sont cités par la Méguilat Ta’anit.

02. Le règne grec

Durant des siècles, s’est développée en Grèce une culture qui produisit de grandes avancées en science, en philosophie, en littérature, dans les arts, l’architecture, la stratégie militaire et les institutions de pouvoir. La puissance grecque s’accrut avec le temps. À la suite de ses victoires sur ses rivaux, Philippe II de Macédoine réussit à unifier les Etats grecs sous son autorité. Il invita le plus grand des philosophes et scientifiques grecs, Aristote, à être le précepteur de son fils Alexandre. Quand Alexandre accéda au pouvoir, il entreprit une campagne de conquêtes. En trois ans (de 3426 à 3429, ou de 334 à 331 avant l’ère civile), les Grecs conquirent de prodigieux territoires, l’Asie mineure, la terre d’Israël, l’Egypte, et tout le vaste territoire de l’empire perse, jusqu’à l’Inde.

Après la mort d’Alexandre de Macédoine, les commandants de l’armée grecque commencèrent à se combattre mutuellement pour l’exercice du pouvoir, jusqu’à ce que les immenses territoires sous souveraineté grecque se divisassent en plusieurs royaumes grecs.

En conséquence de la conquête territoriale, la culture grecque se répandit dans tous ces pays. Elle assimila toutes les cultures environnantes, et créa une culture hellénistique unitaire. Le type de régime, la langue, la culture, les compétitions sportives de toutes ces contrées devinrent hellénistiques. Les riches et les notables de chacun de ces peuples s’assimilèrent aux Grecs et imitèrent leur mode de vie.

La Judée, elle aussi, fut gouvernée par les Grecs, et, là encore, l’hellénisation se répandit. Toutefois les Juifs étaient différents des autres peuples ; aussi le processus d’hellénisation en Judée fut relativement lent. Mais durant les cent soixante années de leur règne, les Grecs virent croître leur influence, principalement sur la classe aisée. À un certain stade de cette influence, les Grands-prêtres Jason et Ménélas furent eux-mêmes les fers de lance de l’hellénisation, et œuvrèrent en faveur de l’influence grecque sur la Judée. Ils édifièrent, à côté du Temple, un stade pour les concours de lutte, et préféraient regarder les combats plutôt que de faire le service des sacrifices au Temple[2].


[2]. Alexandre de Macédoine est mort en 3437 (323 avant l’ère civile). Ptolémée et Séleucos luttèrent contre Antigone, le vainquirent devant Gaza en l’an 3448 (-312), et partagèrent entre eux le territoire : l’Egypte à Ptolémée, la Syrie et la Babylonie à Séleucos. Après cela, ils se firent la guerre l’un à l’autre pour la terre d’Israël. Dès 3459 (-301), c’est la maison de Ptolémée qui en prit le contrôle pour plus de cent années. En 3562 (-198), Antiochus III, de la dynastie séleucide, conquit la terre d’Israël. Vers la fin de sa vie, son pouvoir déclina.

Quand il tenta la conquête du royaume de Pergame en Asie mineure, les Romains vinrent au secours de Pergame et l’emportèrent sur lui : il fut contraint de leur payer de lourds tributs. Après lui, Antiochus Epiphane régna (de 3584 à 3598, ou de -176 à -164). C’est lui, Antiochus l’impie, qui persécuta religieusement le peuple juif. (L’essentiel de la présente note et des suivantes est emprunté à l’ouvrage du Dr Mordekhaï Breuer, Divré Hayamim Lé-Israël Oul’oumot Ha’olam, éd. Mossad Harav Kook.)

03. Les décrets de persécution et la révolte

En l’an 3591 de notre calendrier (-169), environ cent soixante ans après la conquête de la terre d’Israël par les Grecs, Antiochus IV (Epiphane) commença à alourdir son joug sur le peuple juif. Les Grecs, sous sa conduite, pillèrent les objets du sanctuaire, firent brèche dans les murailles de Jérusalem, tuèrent des milliers de Juifs, et en vendirent de nombreux autres comme esclaves. En 3593 (-167), Antiochus décréta que les Juifs devaient abandonner la Torah et ses commandements, et faire le culte des idoles, condamnant à la peine de mort quiconque observerait les mitsvot. Il annula le service des sacrifices au Temple, et transforma celui-ci en lieu de culte idolâtre. Les rouleaux de la Torah furent déchirés et brûlés. Les soldats grecs passèrent de village en village et contraignirent les Juifs à élever un autel idolâtre et à manger du porc. La circoncision fut interdite, et les femmes qui exposaient leur vie pour circoncire leurs fils furent exécutées. À la suite de ces décrets de persécution, nombre de personnes pieuses s’enfuirent vers les déserts, les cavernes, et vers d’autres pays, et beaucoup furent tués pour la sanctification du nom divin.

La terrible pression qui s’exerçait contre le judaïsme réveilla l’étincelle de l’âme ; et quand les Grecs arrivèrent au village de Modiin, et voulurent contraindre Mattathias fils de Yo’hanan, le Grand-prêtre, à servir les idoles, Mattathias se leva et tua l’envoyé grec, ainsi que le Juif hellénisé qui l’accompagnait. Ce qui était nouveau, dans cet acte, c’était qu’au lieu d’accepter de mourir pour la sanctification du nom divin, comme les autres Juifs pieux, Mattathias choisit de tuer le persécuteur ; et, avec ses fils, il hissa l’étendard de la révolte contre les Grecs et contre l’hellénisation.

La guerre fut dure. Judas Macchabée, qui était le plus audacieux de ses fils, prit la tête des combattants. Avec héroïsme et habileté, les Hasmonéens eurent le dessus sur les armées grecques ; après deux ans environ, ils réussirent à reconquérir Jérusalem et, le 25 kislev 3596 (-165), ils commencèrent à purifier le sanctuaire, et à rétablir le service des sacrifices. C’est alors qu’eut lieu le miracle de la fiole d’huile.

Après cela, les Grecs revinrent en terre d’Israël avec de plus grandes forces armées, conquirent de nouveau Jérusalem, et installèrent les prêtres hellénisés à la tête du Temple. Cependant, pour ne pas aggraver la tension avec les Juifs, ils annulèrent les décrets de persécution, et autorisèrent les Juifs à observer la Torah et ses mitsvot. Pour autant, la révolte ne cessa pas encore : les Hasmonéens continuèrent de combattre les Grecs et l’hellénisation. La guerre connut des succès et des revers, les frères hasmonéens mêlèrent l’héroïsme, la diplomatie et la ruse, jusqu’à ce qu’enfin, après des décennies, les Juifs parviennent à l’autonomie politique ; certes, sous une certaine autorité des grands royaumes d’alors, le monde grec au début, puis Rome ; mais le gouvernement, en terre d’Israël, était tout de même exercé par des Juifs et pour les Juifs[3].

Il semble, de prime abord, que, si les Grecs s’étaient armés de patience, la Judée se serait elle aussi, finalement, hellénisée, comme les autres peuples. Mais la main de l’Eternel, cachée dans le mouvement des générations, créa les conditions de la confrontation. De même qu’Il endurcit le cœur de Pharaon en son temps, de même Il endurcit le cœur d’Antiochus : par cela, se révélèrent la foi, l’abnégation et l’héroïsme juifs.


[3]. Le 13 adar 3599 (-161), l’armée de Judas Macchabée vainquit l’armée de Nicanor. Nicanor fut tué, les survivants de son armée battirent en retraite, et ce jour fut institué comme jour de fête perpétuel. Immédiatement après, les Grecs dépêchèrent Bacchidès, à la tête d’une grande armée. Judas Macchabée ne réussit pas à engager de nombreux combattants, et c’est seulement avec huit cents hommes qu’il fit face. Lors de ce combat, Judas Macchabée fut tué (en 3600/-160). Bacchidès conquit toute la terre d’Israël, nomma comme Grand-prêtre l’hellénisant Alkime, qui fit exécuter soixante anciens parmi les sages. Jonathan, frère de Judas, prit la direction des survivants du camp hasmonéen, qui s’étaient cachés et avaient fui. Avec le temps, les Hasmonéens se renforcèrent et réussirent à attaquer les arrières des troupes grecques, mais ne parvinrent pas à reconquérir Jérusalem.

Quand le pouvoir du roi Démétrios fut menacé, celui-ci rechercha un accord avec les Hasmonéens, en échange de quoi il leur octroya Jérusalem et l’autonomie politique. Jonathan profita de la lutte pour le pouvoir que connaissait la dynastie séleucide, et obtint du rival de Démétrios des avantages supplémentaires, de sorte que, en 3608 (-152), les hellénisants furent écartés de la direction du Temple, et Jonathan commença de servir en tant que Grand-prêtre. Un des occupants, Tryphon, qui n’avait pas accepté que fussent confiés à Jonathan des pouvoirs accrus sur Jérusalem, lui tendit un piège : il l’invita à venir discuter avec lui, et l’assassina (3618/-142).

Simon, frère de Jonathan, prit sa suite, et passa un accord avec le parti opposé à Tryphon, obtenant que la Judée n’eût plus à payer le tribut au pouvoir grec. Tandis que les monarques grecs en Syrie se livraient à des guerres intestines, Simon purifia le pays des restes de l’influence hellénistique, conquit la forteresse d’Acra (le 23 iyar 3619/-141 ; cette date fut fixée comme jour de fête), ainsi que d’autres villes voisines de la Judée, et consolida la liberté politique judéenne. Lorsqu’Antiochus Sidêtês triompha de ses ennemis et n’eut plus besoin de l’aide de Simon, il encouragea une conspiration contre lui, et c’est le propre gendre de Simon, Ptolémée, qui assassina celui-ci ainsi que deux de ses fils (3625/-135). Avec l’aide d’Antiochus Sidêtês, Ptolémée tenta de prendre le pouvoir en Judée, mais Jean Hyrcan, digne fils de Simon, le combattit. Alors, Antiochus Sidêtês vint au secours de l’assassin Ptolémée, causa des dévastations en Judée et imposa un dur siège à Jérusalem. Mais en raison de révoltes qui éclatèrent contre sa personne, il fut contrait de se retirer, et accepta la proposition de paix de Jean ; celui-ci convint de payer un lourd tribut aux Grecs, en échange de quoi il obtint une certaine autonomie, et fut nommé Grand-prêtre et président du Sanhédrin (nassi, litt. prince).

Peu de temps après, l’armée d’Antiochus Sidêtês fut mise en déroute, et lui-même fut tué lors de la guerre contre les Parthes. Jean conquit alors des territoires supplémentaires en terre d’Israël, afin d’élargir le peuplement juif, au désavantage du peuplement non-juif, et de purifier le pays des pratiques idolâtres. Les conquêtes supplémentaires permirent à la population juive de s’enrichir et de prospérer. Jean dirigea la Judée pendant trente-et-un ans, de 3625 à 3656 (de -135 à -104). Durant la plus grande partie de cette période, il régna avec piété et renforça le Sanhédrin, mais à la fin de sa vie, il fut attiré par la doctrine sadducéenne.

04. Crises au sein de la dynastie hasmonéenne

Après que la guerre contre les Grecs se fut achevée par la victoire militaire et politique, une guerre d’une autre nature, culturelle, se déclara. Les Juifs durent encore se défendre, face au vaste et impétueux courant de l’hellénisme, qui submergeait toutes les cultures environnantes. La culture grecque était très puissante, la méthode d’investigation scientifique perfectionnée, la stratégie militaire remarquable et le mode de gouvernance efficace. L’art de la sculpture et de l’architecture impressionnait tous ceux qui en voyaient les productions, les spectacles fascinaient le public et les compétitions sportives emportaient les cœurs. Aussi la culture grecque parvint-elle à se répandre avec un tel dynamisme dans tout le monde connu. Des siècles plus tard, quand Rome devint la plus grande puissance mondiale, la culture grecque continuait de régner en maître.

Bien que la révolte juive fût parvenue à repousser le processus d’hellénisation, celui-ci ne s’arrêta pas : après quelques décennies, l’hellénisation reprit profondément racine parmi la classe riche, et parmi les Juifs qui entraient en contact étroit avec les autres nations. Les hellénisants, durant le règne hasmonéen, furent appelés Sadducéens (Tsédouqim). Ils ne prêchaient pas l’assimilation totale, mais défendaient l’idée qu’il était possible d’associer, dans un cadre national juif, la fidélité à la Torah écrite et la culture grecque.

L’une des tragédies auxquelles l’histoire juive fut confrontée fut que les petits-fils et arrière-petits-fils de Mattathias, qui avait sacrifié sa vie pour combattre l’hellénisation, furent eux-mêmes attirés par les hellénisants, et portèrent atteinte aux sages d’Israël, gardiens de la tradition. L’arrière-petit-fils de Mattathias fut le roi Alexandre Jannée, qui servit également comme Grand-prêtre. Il fut un roi impie, et se figurait lui-même que sa mort réjouirait les sages d’Israël et ceux qui les soutenaient. Afin d’empêcher une telle joie, il ordonna que soient tués, immédiatement après sa mort, de nombreux sages d’Israël. Mais après sa mort, ses héritiers, et au premier chef sa veuve Salomé Alexandra (Chlomtsion), annulèrent ce décret. Le jour de la mort d’Alexandre Jannée fut fixé comme jour de joie et de reconnaissance, pour la disparition de l’impie et le salut des sages d’Israël.

Finalement, les serviteurs des rois hasmonéens, à la tête desquels se trouvait Hérode, l’emportèrent sur la famille hasmonéenne, anéantirent leur descendance et régnèrent à leur place, au point que nos sages déclarèrent : « Quiconque prétend descendre de la dynastie hasmonéenne est soit un esclave, soit un menteur » (Baba Batra 3b)[4].

On peut comprendre, d’après cela, la critique des sages d’Israël envers la dynastie hasmonéenne : ses chefs ne se sont pas efforcés, dès l’abord, de désigner un roi de la maison de Juda, comme l’ordonne la Torah : « Le sceptre ne sera pas retiré de Juda » (Gn 49, 10 ; cf. Na’hmanide ad loc.). Les chefs de la maison hasmonéenne furent d’abord appelés princes (nessiim) ; après cela, ils se couronnèrent eux-mêmes comme rois. De plus, ils recueillirent la fonction de Grand-prêtre ; or il est certain que se livrer aux manœuvres du pouvoir politique a nui à leur service sacerdotal. Ainsi, le service sacré, qui aurait dû être accompli dans la sainteté et la pureté, fut atteint, et l’influence de l’hellénisme s’accrut. À l’inverse, sur le plan politique lui-même, la monarchie hasmonéenne ne fut pas parfaite, car elle se maintint dans l’ombre des empires forts, et généralement sous leur autorité. La faiblesse politique permit, elle aussi, le renforcement de l’hellénisme en Judée.


[4]. Après la mort de Jean Hyrcan en 3656 (-104), les crises commencèrent. Son testament ne fut pas respecté. Son fils aîné Judas Aristobule, allié des Sadducéens se conduisit en souverain hellénistique, fit jeter en prison sa mère et ses frères, et se proclama roi et Grand-prêtre. Après environ un an, il mourut ; son frère Alexandre Jannée régna à sa place pendant vingt-sept ans. Celui-ci était sadducéen, inclinait en faveur de l’hellénisation, et combattit les sages. Cependant, il continua d’élargir les frontières d’Israël. À la fin de sa vie, il revint sur sa position et comprit que son penchant pour les Sadducéens avait porté atteinte au caractère national juif du royaume. Il ordonna alors de transmettre l’héritage de la royauté à son épouse, la pieuse Salomé Alexandra, sœur du Tanna Chimon ben Chata’h.

La reine Salomé Alexandra régna neuf années, de 3684 à 3693 (de -76 à -67). Après sa mort, une rude guerre fratricide éclata entre ses deux fils (qui avaient été éduqués par leur père, Alexandre Jannée le Sadducéen), Hyrcan II et Aristobule II. En 3695 (-65), les deux frères se tournèrent vers Pompée, représentant de Rome, afin qu’il les départage. Celui-ci marcha contre la Judée avec son armée, mit fin en 3697 (-63) à la monarchie hasmonéenne, réduisit les frontières de la Judée, et maintint Hyrcan II dans sa fonction de Grand-prêtre et de chef des Juifs en Judée. Il transféra les autres parties de la terre d’Israël sous l’autorité d’un gouvernement autonome soumis aux représentants de Rome.

Par la suite, Antipater d’Idumée, conseiller d’Hyrcan II, se rapprocha des Romains et devint leur homme de confiance, puis, grâce à leur appui, le véritable gouverneur de la Judée. Après lui, Hérode, son fils, poursuivit sa voie. Quand Hérode aida Hyrcan à vaincre son neveu, fils de son frère, Hyrcan lui donna en retour Myriam, sa petite-fille, comme épouse. C’est ainsi qu’Hérode put, plus tard, se réclamer de la dynastie hasmonéenne, dont il se disait le continuateur.

En l’an 3720 (-40), les Parthes conquirent la terre d’Israël ; avec eux, le fils d’Aristobule II revint gouverner la Judée, se vengeant de son oncle Hyrcan II.  Hérode s’enfuit à Rome, où il fut nommé roi de Judée ; il s’en revint à la tête de troupes romaines, et reconquit la terre d’Israël. Commencèrent alors les trente-six années de son règne. Il fit tuer ses opposants et tous ceux qui auraient pu menacer son trône ; parmi eux, les descendants de la dynastie hasmonéenne, et même plusieurs de ses propres fils. Lorsqu’il mourut, en 3756 (-4), les sages instituèrent le jour de sa mort, 7 kislev, comme jour de fête. Malgré cela, Maïmonide considère la période de son règne comme relevant de la royauté d’Israël. Dans ses lois (‘Hanouka, 3, 1), il écrit en effet que, grâce à la victoire hasmonéenne, la royauté revint au peuple d’Israël pour plus de deux cents ans. Par là-même, Maïmonide nous apprend que la période d’Hérode elle-même était meilleure que la servitude qui avait précédé la révolte, et que la servitude qui suivit la destruction du deuxième Temple.

05. Résultats spirituels pour la postérité

Malgré tous ces défauts, la victoire de la maison hasmonéenne eut une très haute valeur. L’autonomie politique, bien qu’elle fût partielle, contribua au développement de la population juive en terre d’Israël, à tous égards. Jusqu’alors, 40% des récoltes et de la production étaient captées par les Grecs, comme impôt, tandis que, désormais, toutes les récoltes demeuraient dans le pays, et concouraient au développement économique de la Judée. Grâce aux victoires militaires, le peuplement juif se répandit dans l’ensemble de la terre d’Israël, les Juifs revinrent de leurs diasporas, la natalité juive se renforça, et le peuple juif, qui avait vécu la destruction du premier Temple et l’exil, se restaura largement. Sous l’effet de l’autonomie politique, la terre d’Israël redevint le centre national et spirituel du peuple juif. Les maisons d’étude prospérèrent et s’étendirent. La directive des membres de la Grande Assemblée, « Formez un grand nombre de disciples, et élevez une barrière protectrice autour de la Torah » (Maximes des Pères 1, 1), s’accomplit pleinement. Durant cette période, les fondements spirituels de la Torah orale furent posés, grâce à quoi le peuple d’Israël garda sa foi et sa loi durant deux mille ans de dur exil.

C’est pourquoi le miracle de la fiole d’huile exprime, plus qu’aucun autre, le caractère de la période de ‘Hanouka. Certes, le deuxième Temple fut détruit, et tous les résultats politiques de la dynastie hasmonéenne furent réduits à néant ; mais l’étude de la Torah orale, qui se développa à cette époque, se maintient à jamais. Par le miracle de la fiole d’huile, se révélèrent les vertus éternelles de la Torah, qui a pour particularité d’éclairer l’obscurité, par-delà les lois de la nature, et grâce à laquelle nous avons perduré, dans les ténèbres du long exil. Le miracle de la fiole d’huile dévoila également les vertus du peuple d’Israël, qui ne se confond point avec les autres peuples : ce peuple-là ne peut être soumis, et sa foi ne se peut annuler.

Grâce à l’esprit de sacrifice de Mattathias et de ses fils, furent révélés le fondement profond de la Torah et l’élection d’Israël. Mais la dynastie hasmonéenne, avec ses complications et ses problèmes, ne régna que temporairement, et nous ne la commémorons pas de façon particulièrement solennelle.

On comprend donc les paroles de nos maîtres (Roch Hachana 18b), quand ils expliquent que c’est grâce au miracle de la fiole d’huile, et grâce à la mitsva instituée par les sages et consistant à allumer des lumières, que les jours de ‘Hanouka se sont maintenus perpétuellement. Par le miracle de la fiole d’huile, il fut manifeste que les fruits de la victoire militaire sur les Grecs ne sont pas seulement temporaires, mais perpétuels. Nos maîtres ont donc décidé que les jours de ‘Hanouka continueraient d’être célébrés, bien que les autres jours de fête mentionnés dans la Méguilat Ta’anit fussent annulés après la destruction du deuxième Temple. Aussi, à côté de la mitsva d’allumer des veilleuses, que nous accomplissons pendant les huit jours de ‘Hanouka, nous exprimons également notre reconnaissance et louons l’Eternel en récitant le passage ‘Al hanissim ainsi que le Hallel, pour le salut, la victoire et le secours divin[5].

Au fil des ans, il apparut que le miracle était encore bien plus grand : non seulement nous réussîmes à survivre au milieu de l’océan hellénistique qui submergeait le monde, mais, par l’effet d’un processus complexe, le judaïsme brisa la majorité des principes idolâtres de l’hellénisme. La foi abstraite dans un Dieu unique, les valeurs morales, l’aspiration à l’amendement du monde, principes de la Torah, allèrent en se répandant parmi les nations, jusqu’à ce que, par des voies droites ou tortueuses (le christianisme et l’islam), ces valeurs devinssent la base de tout le bien et de toute la beauté portés par la culture humaine.

Quelle que soit la longueur de notre exil, la lumière d’Israël et de la Torah porte plus loin encore, et éclaire plus encore. Elle continue d’éclairer, jusqu’à ce que nous méritions d’apporter une huile nouvelle et pure, produit des olives de la terre d’Israël, par laquelle nous allumerons le chandelier de notre Temple ; alors la terre se remplira de la connaissance de l’Eternel, bientôt et de nos jours, amen.


[5]. L’expression de la reconnaissance s’accomplit par la récitation de ‘Al hanissim, que nous insérons dans la ‘Amida et dans le Birkat hamazon. Dans ce texte, l’accent est mis sur la victoire militaire sur les Grecs, qui voulurent faire oublier la Torah et les mitsvot au peuple juif ; or l’Eternel nous secourut, et livra les impies, puissants, entre les mains des justes, en petit nombre ; puis on purifia le sanctuaire et l’on y alluma le chandelier. Mais ce texte ne mentionne pas le miracle de la fiole d’huile.

Maïmonide (3, 1) met plus encore l’accent sur la victoire nationale et politique : « Sous le deuxième Temple, quand la Grèce régnait, les autorités grecques prirent des décrets contre Israël et entreprirent de révoquer leur religion. Ils ne les laissaient plus étudier la Torah ni pratiquer les mitsvot. Ils s’emparèrent de leur argent, de leurs filles, entrèrent dans le Temple, s’y livrèrent à la débauche, rendirent impur ce qui était pur. Les Israélites en souffrirent beaucoup, et furent l’objet d’une grande pression, jusqu’au jour où le Dieu de nos pères prit pitié d’eux et les délivra de leurs mains. Les Hasmonéens, de la famille des Grands-prêtres, l’emportèrent, tuèrent leurs oppresseurs, et délivrèrent Israël de leur emprise. Ils nommèrent un roi, issu de la dynastie sacerdotale, et la royauté d’Israël fut restaurée pendant plus de deux cents ans, jusqu’à la destruction du deuxième Temple. »

Le miracle de la fiole d’huile, quant à lui, exprime la victoire de la foi et de la Torah. Ce miracle est le socle grâce auquel les jours de ‘Hanouka sont passés à la postérité. Toutefois, nous n’aurions pas mérité d’allumer ces lumières, ni de connaître la victoire de la foi, par-delà les générations, si n’avait pas eu lieu le miracle que fut la victoire des justes sur les impies, et si les résultats atteints sur le plan national ne s’étaient pas produits, comme il apparaît dans le texte ‘Al hanissim. C’est de cela que nous louons l’Eternel dans le Hallel. En effet, la partie principale du Hallel fut instituée pour célébrer le secours divin à l’égard d’Israël, tel que le sauvetage du peuple juif quand il passa de l’esclavage à la liberté, et de la mort à la vie, ainsi que le laisse entendre Maïmonide, quand il met l’accent sur l’aspect national. On peut mieux comprendre ainsi pourquoi Maïmonide insiste sur la joie des jours de ‘Hanouka, comme il l’écrit au paragraphe 3 : « C’est en vertu de cela que les sages de la génération décidèrent que ces huit jours, débutant le soir du 25 kislev, seraient des jours de joie et de louange, pendant lesquels on allumerait des lumières. » (Il se peut que, pour Maïmonide, le miracle principal soit la victoire militaire, contrairement à ce que nous écrivions ci-dessus, § 1, en nous fondant sur plusieurs Richonim.)

Pour approfondir cette question et celle qui suit, voir encore Rav Kook, Orot, chap. Lemahalakh haïdéot, où il est dit que l’époque du deuxième Temple constitua une préparation à l’exil, permettant de puiser une vitalité sainte dans le Temple, et de l’intégrer à l’élaboration de la Torah orale, qui accompagna les Juifs durant leur exil ; cf. aussi le chapitre ‘Hakham ‘adif minavi, ainsi que Orot Hatorah, chap. 1.

06. La lumière qui éclaire les ténèbres : la Torah orale

Ce n’est pas un hasard si la fête de ‘Hanouka tombe pendant la période où l’obscurité de la nuit est au plus fort. Dans cette période, ont lieu les nuits les plus longues de l’année, et le froid de l’hiver se répand sur le pays. Bien plus, la lune elle-même n’éclaire point, car ‘Hanouka commence durant les jours qui précèdent Roch ‘hodech, où la lune va en diminuant.

À cette heure, quand le soleil se couche, que l’obscurité se répand sur la terre et que la longue nuit dépose son ombre inquiétante et froide, les Juifs sortent, leurs bougies en main, et allument les veilleuses de ‘Hanouka. Cela symbolise la foi juive, puissante, qui brise toutes les ténèbres. Même dans les périodes les plus sombres, quand les empires immenses gouvernaient cruellement le monde, nous n’avons pas désespéré de la lumière de la Torah et de la foi, et nous avons continué d’apprendre et d’enseigner. Un peu de notre lumière repousse beaucoup de leur obscurité.

Les jours de ‘Hanouka sont les jours de la joie de la Torah orale ; d’abord, parce qu’ils ont été institués par les sages. La mitsva d’allumer les veilleuses figure elle-même parmi les premières mitsvot instituées par nos sages. Mais au-delà, ces jours donnent expression à la thématique de la Torah orale, prise généralement. Sous le premier Temple, la prophétie était répandue parmi le peuple israélite ; on se consacrait donc principalement à la Torah écrite (Torah chébikhtav). Mais après la destruction du premier Temple et la fin de la prophétie, sonna l’heure de la Torah orale (Torah chébe’al peh). La Torah orale révèle la grandeur du peuple d’Israël, qui est associé au dévoilement de la lumière toranique. Les principes sont fixés dans la Torah écrite, mais la voie permettant de les mettre en pratique est tracée par les maîtres de la loi orale. Certes, la lumière de la Torah écrite brille davantage : elle ressemble au soleil en plein midi, tandis que la lumière de la loi orale ressemble à la lune et aux étoiles. Mais la loi orale a la faculté de pénétrer les secrets de l’âme humaine, et d’éclairer les recoins les plus obscurs de l’univers. Durant la période du deuxième Temple, ont été posées les bases de l’étude systématique de la Torah orale, selon ses directives, ses mesures préventives et ses coutumes. Par la lumière particulière de la Torah orale, semblable aux lumières de ‘Hanouka, qui illuminent les ténèbres, nous avons également réussi à nous mesurer à toutes les difficultés de l’exil.

Ces idées, enfouies au sein de ‘Hanouka, sont à ce qu’il semble la raison profonde pour laquelle cette fête jouit d’un tel amour, d’une telle affection, au point qu’il n’est presque aucun Juif, même éloigné de la pratique de nombreuses mitsvot, qui n’ait coutume d’allumer les lumières de ‘Hanouka. De plus, tous les Juifs ont coutume d’accomplir cette mitsva en y apportant un supplément de perfection (cf. ci-après, chap. 12 § 2), suivant l’usage dit mehadrin min hamehadrin (« de la manière la plus accomplie »).

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