18. Paroles de Torah incluses dans le rituel ; bénédiction Ché’assa li kol tsorki

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La majorité des paragraphes que nous récitons dans la section des sacrifices de l’office matinal ont été fixés pour deux raisons : a) pour suppléer aux sacrifices, que nous ne pouvons apporter, et pour nous préparer à la prière ; b) pour que chaque Juif ait le mérite d’étudier la Torah chaque jour, en lisant des fragments de Torah écrite, de Michna et de Talmud. Dès lors, le 9 av, où il est interdit d’étudier la Torah, la question se pose de savoir si l’on peut réciter ces paragraphes. Selon de nombreux auteurs, tout ce qui fait partie de l’ordonnancement habituel de la prière a pour propos principal de servir le rituel ; aussi est-il permis de réciter ces paragraphes, même le 9 av. Tel est l’usage séfarade, et d’une partie des communautés ashkénazes. D’autres disent que chaque fidèle est autorisé, le 9 av, à réciter ce qu’il a l’habitude de réciter tous les jours au sein de la prière ; par contre, il ne récitera pas ce que, au sein de la section des sacrifices, il n’a pas l’habitude de dire[22].

Certains ont coutume de réciter chaque jour plusieurs psaumes, de manière à terminer chaque mois la lecture de tout le livre des Psaumes (Tehilim). Le 9 av, certains disent qu’il est permis, après le midi solaire (‘hatsot hayom), de réciter la section quotidienne des psaumes. D’autres estiment qu’il est juste de repousser cette lecture après le 9 av (Michna Beroura 554, 7, Kaf Ha’haïm 20)[23].

L’une des bénédictions du matin (Birkot hacha’har) est : Ché’assa li kol tsorki (ou kol tsorkhaï) (« Béni sois-Tu… qui as pourvu à tous mes besoins »). Cette bénédiction vise notamment à exprimer notre reconnaissance pour avoir des chaussures à mettre à nos pieds. Or, bien qu’il soit interdit de porter des chaussures le 9 av, ainsi qu’à Kipour, les Ashkénazes, et une partie des Séfarades, ont coutume de réciter cette bénédiction, car elle constitue une expression générale de reconnaissance quant à notre situation ordinaire, et non spécifiquement quant au fait de porter des chaussures tel jour. De plus, même ces jours de jeûne, il est permis de porter des chaussons, dans lesquels on ressent la dureté du chemin. En outre, à l’issue du jeûne, on remet ses chaussures, et certains auteurs pensent que la reconnaissance exprimée dans les bénédictions matinales se rapporte également à la nuit suivante. Cependant, de l’avis de Rabbi Isaac Louria, il ne faut pas dire cette bénédiction ces jours-là, et tel est l’usage de la majorité des Séfarades[24].

Le soir du 9 av, il est permis de réciter tout le rituel du Chéma Israël qui se lit sur son lit, au moment du coucher ; en effet les versets qui y sont inclus sont récités sur le mode de la prière, et non en tant qu’étude.


[22]. Pour le Choul’han ‘Aroukh 554, 3, il est permis de réciter tout le rituel quotidien, même le Midrach Rabbi Ichmaël [énoncé des règles herméneutiques de la Torah orale]. C’est aussi ce qu’écrit le ‘Aroukh Hachoul’han 554, 6. Selon le Rama 559, 4, il ne faut pas dire le Pitoum Haqetoret [paragraphes talmudiques consacrés à la fabrication de l’encens]. Cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 7, 44, qui explique que le Rama vise ici le Pitoum Haqetoret que certains récitent à la fin de l’office : c’est cette répétition du même texte que visent certains décisionnaires, quand ils disent que tout le monde n’a pas l’usage de le réciter. Toutefois, il ressort du Michna Beroura 554, 7 que ce dont il est question est bien le Pitoum Haqetoret du début de l’office.
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Quoi qu’il en soit, il ressort du Michna Beroura le principe suivant : ce que l’on a l’habitude de réciter au sein du rituel, chaque jour, peut être également récité le 9 av. C’est l’opinion que nous visions ci-dessus, en disant : « D’autres disent que chaque fidèle est autorisé à réciter ce qu’il a l’habitude de réciter tous les jours. » Cf. Pisqé Techouvot 554, 4, Torat Hamo’adim 8, 19.

[23]. Le Touré Zahav permet de réciter, le 9 av, le Chnaïm miqra vé-é’had targoum du jour [lecture de chaque verset de la paracha, deux fois dans sa version originale, puis une fois dans sa traduction araméenne]. Certaines communautés ont adopté cet usage : ainsi des Hassidim de Loubavitch, qui étendent ce principe à ce qu’ils nomment ‘HiTaT [acronyme de ‘Houmach (Pentateuque), Téhilim (Psaumes), Tanya (ouvrage hassidique ainsi nommé) ; les Hassidim de cette école peuvent donc continuer, le 9 av, d’étudier et réciter la section quotidienne de cette triple discipline]. Mais la plupart des A’haronim n’ont pas adopté cette opinion, comme l’explique le Cha’ar Hatsioun 554, 11. De même n’y a-t-il pas lieu de lire la section quotidienne du ‘Hoq Lé-Israël ou des Ma’amadot [autres ouvrages d’étude proposant une lecture quotidienne de textes], comme l’expliquent le Birké Yossef 554, 5 et le Michna Beroura 7. Si l’on veut prier pour un proche malade, il est permis de réciter des psaumes en sa faveur, même avant le milieu du jour, car cela répond à un besoin particulier (Divré Malkiel VI 9, Torat Hamo’adim 8, 19, fin de la note).

[24]. Selon le Roch, le Ran et le Tour, Ora’h ‘Haïm 613, on récite la bénédiction Ché’assa li kol tsorki le jour de Kipour ; c’est ainsi que tranche le Michna Beroura 554, 31. Selon Maïmonide, on ne dit pas de bénédiction au sujet d’une chose dont on n’a pas la jouissance ; il ne faut donc pas dire cette bénédiction ces jours-là, comme le rapporte le Beit Yossef ad loc. C’est aussi la coutume du Gaon de Vilna. Mais à l’issue du jeûne, après avoir remis ses chaussures, il récitait cette bénédiction (Ma’assé Rav 9). Selon la coutume de Rabbi Isaac Louria (le Ari zal), bien que l’on récite généralement les bénédictions sur les bienfaits dont on ne jouit pas (cf. La Prière d’Israël 9, 3), on ne dit pas Ché’assa li kol tsorki durant ces jours de jeûne.

Tel est l’usage de ceux qui suivent les coutumes du Ari zal, comme le rapporte le Kaf Ha’haïm 46, 17. Selon le Rav Pe’alim II 8, on ne dira pas la bénédiction, même à l’issue du jeûne. Cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 7, 36, Torat Hamo’adim 10, 14 ; cette dernière source rapporte la directive la plus répandue dans les communautés séfarades, qui est de ne point dire la bénédiction ces jours de jeûne ; mais l’auteur ajoute que ceux qui la récitent ont sur qui s’appuyer, et que son père, le gaon Rabbi Ovadia Yossef avait coutume de la réciter.

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