02. Lieu de l’allumage pour ceux qui habitent une maison particulière

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Du décret des sages, il ressort qu’il n’était pas à craindre, autrefois, que le vent n’éteigne les veilleuses de ‘Hanouka allumées à la porte de chez soi. En effet, les maisons étaient construites serrées les unes contre les autres, et nombre de villes et de cours étaient entourées de murailles, si bien qu’aucun vent fort ne soufflait entre les bâtisses. Aussi pouvait-on allumer les veilleuses de ‘Hanouka sur le seuil des maisons ou des cours, sans crainte d’extinction. De nos jours, par contre, si l’on allumait les veilleuses sur le seuil de sa demeure, à l’extérieur, le vent les éteindrait. Le seul moyen de protéger les veilleuses est de les allumer dans une ‘hanoukia entourée de vitres de verre.

Toutefois, nous ne voyons pas que les sages nous aient obligés à faire l’acquisition d’une structure de verre pour accomplir la mitsva d’allumage de ‘Hanouka. Par conséquent, si l’on ne souhaite pas acheter une ‘hanoukia entourée de verre, on sera fondé à faire l’allumage à l’intérieur de la maison. Et si l’on allume ses veilleuses devant la fenêtre donnant sur le domaine public, on aura accompli la publication du miracle au même titre que ceux qui font l’allumage à la porte de leur maison. Simplement, on n’aura pas accompli le supplément de perfection (hidour) indiqué par nos sages, consistant à allumer la ‘hanoukia du côté gauche de la porte (en entrant), afin que ceux qui entrent dans la maison soient entourés de mitsvot : la mézouza à droite et les veilleuses à gauche. Ceux qui souhaitent accomplir la mitsva en tenant compte de toutes ses perfections se procureront donc une ‘hanoukia entourée de vitres ; ils pourront ainsi allumer leurs veilleuses à l’extérieur de la maison, du côté gauche de la porte. Quand plusieurs membres de la famille procèdent à l’allumage – conformément à la coutume ashkénaze (cf. ci-dessus, chap. 12 § 3-4), on fera en sorte que chaque ‘hanoukia soit visible en elle-même, afin que le nombre de veilleuses correspondant au jour soit discernable. Une autre possibilité consiste, pour les membres de la famille autres que le père de famille, à allumer leurs veilleuses aux fenêtres de la maison[1].

Autrefois, comme nous l’avons vu ci-dessus (§1), de nombreuses personnes habitaient dans des maisons dotées de cours entourées d’une muraille, dans laquelle était percé un portail par lequel on sortait dans la rue. Dans ces conditions, la cour était considérée comme la continuation de la maison, et le lieu indiqué pour l’allumage était le portail de la cour, du côté extérieur. Mais de nos jours, les cours ne sont plus entourées de murailles ; aussi, la porte où il faut allumer les veilleuses est celle de l’entrée de la maison[2].

Quand la porte de la maison se trouve placée de telle façon qu’on ne la voit pas tellement depuis la rue, et que, en revanche, on verrait davantage les veilleuses depuis la rue si elles étaient allumées à la fenêtre, certains estiment néanmoins préférable d’allumer à la porte de la maison, car c’est ce qu’ont d’abord décrété les sages, afin que ceux qui entrent dans la maison soient entourés de mitsvot. D’autres estiment qu’il est préférable d’allumer à la fenêtre, car le décret des sages a pour propos essentiel de publier le miracle, or davantage de gens verront les veilleuses si elles sont placées devant la fenêtre. Il semble, en pratique, qu’allumer à la fenêtre apporte davantage de perfection à l’accomplissement de la mitsva ; mais allumer à la porte présente aussi un avantage[3].


[1]. Selon le Chéïlat Ya’avets I 149, il est bon d’allumer les veilleuses dans un boîtier de verre, et nombreux sont ceux qui ont cet usage à Jérusalem. Le Rav Tsvi Pessah Frank (Miqraé Qodech 16-17) explique le motif de cet usage. Mais de l’avis même de ces auteurs, il n’est pas obligatoire d’acheter un boîtier en verre. C’est aussi l’avis du ‘Aroukh Hachoul’han 671, 24, qui ajoute que, par le biais du verre (qui était autrefois moins transparent), les veilleuses se voient moins bien. L’auteur ajoute que c’est pour cette raison que l’on a coutume d’allumer à l’intérieur de la maison, du côté gauche de la porte en entrant. Toutefois, nombreux sont ceux qui ont coutume d’apporter à la mitsva ce supplément de perfection, consistant à avoir une ‘hanoukia entourée d’un boîtier de verre, quoiqu’il n’y ait pas là d’obligation, comme le rapporte le Ritva, cité par Hilkhot ‘Hag Be’hag 5, note 12.

La Guémara (Chabbat 21b) nous enseigne qu’en cas de danger on a coutume d’allumer les veilleuses sur une table, à l’intérieur de la maison. Cependant, quand le danger n’était pas tellement grand, on préférait allumer, certes à l’intérieur, mais près de la porte, à gauche en entrant. C’est ce qu’écrit le Rama 671, 7. Le Or Zaroua s’étonne de ce que l’on ne soit pas revenu à un allumage extérieur, après que le danger eut disparu. Selon le ‘Itour, dès lors que l’on a pris l’usage d’allumer à l’intérieur, on a maintenu cet usage, même quand le danger a disparu. Certains ont gardé cet usage jusqu’à nos jours, comme le rapportent le Min’hat Yits’haq VI 66, le Yemé Ha’hanouka 3, 2 et le Pisqé Techouvot 671, note 11. Cf. Torat Hamo’adim 3, 4, selon lequel c’est là l’usage dans la majorité des communautés séfarades. Quoi qu’il en soit, il ressort de la Guémara et des Richonim qu’il est préférable d’allumer à la porte de la maison, du côté extérieur, ou à une fenêtre de la maison, visible depuis le domaine public ; car ces deux possibilités trouvent leur source dans la Guémara Chabbat 21b, et par elles le miracle est davantage rendu public.

[2]. Si l’on a une cour devant chez soi, les Richonim sont partagés quant au fait de savoir où l’on doit allumer. Selon Rachi, le Ran et d’autres, on allume à la porte de sa maison, tandis que, selon Tossephot, le Rachba et d’autres, on allume à la porte de sa cour. Le Choul’han ‘Aroukh 671, 5 tranche conformément à l’avis de Tossephot, et ne mentionne pas du tout l’opinion de Rachi. Le ‘Aroukh Hachoul’han 671, 20 s’en étonne. (Cette question est plus complexe ; cf. Bérour Halakha sur Chabbat 21b, Torat Hamo’adim 3, 2). Quoi qu’il en soit, il est admis de trancher comme Tossephot en cette matière, comme le notent le Michna Beroura et le Béour Halakha.

Toutefois, en pratique, de nos jours, on ne doit presque jamais allumer ses veilleuses à la porte de la cour, ce pour plusieurs raisons. a) En général, les cours n’ont plus, de nos jours, de clôture ni de portail. b) Selon certains, quand le portail ne nécessite pas de mézouza, par exemple dans le cas où il n’a pas de linteau, il ne faut pas y allumer les veilleuses (comme il ressort des propos de Rabbénou Yerou’ham, cités par le Darké Moché à la fin du chapitre ; cf. Hilkhot ‘Hag Be’hag 5, 1, note 2).  c) Selon le ‘Hazon Ich, puisque, de nos jours, on n’utilise plus les cours à des fins domestiques comme autrefois (pour la lessive, la cuisson et autres activités de ce genre), la cour ne constitue plus le prolongement de la maison ; celui qui allume ses veilleuses à l’entrée de sa cour n’est donc pas quitte de son obligation d’allumer des veilleuses à son domicile (cf. Az Nidberou V 39). Il est vrai que certains A’haronim contemporains recommandent de faire l’allumage au portail de la cour, comme le rapporte le Pisqé Techouvot 671, 4 ; mais en pratique, puisque tout le monde s’accorde à dire que, si l’on a allumé à la porte de sa maison, on est quitte, pourquoi entrerait-on dans un cas de doute en allumant à l’entrée de sa cour ?

Nos sages enseignent que, si une maison est dotée de deux portes, par différents côtés, on devra allumer à chacune des deux ouvertures, afin que les passants ne suspectent pas les habitants de ne point accomplir la mitsva (Chabbat 23a, Choul’han ‘Aroukh 671, 8). Mais nous avons vu, dans la note précédente, que, de nos jours, nombreux sont ceux qui ont coutume d’allumer leurs veilleuses à l’intérieur de la maison. Par conséquent, il n’est pas nécessaire d’allumer aux deux portes donnant sur des endroits différents de la maison, puisqu’aucune suspicion n’est à craindre. C’est ce qu’écrivent plusieurs Richonim et de nombreux A’haronim ; et tel est l’avis du Rama ad loc. Leurs propos sont cités par Torat Hamo’adim 3, 8 et Pisqé Techouvot 671, 17.

[3]. Quand l’emplacement de la porte est un peu de côté et ne se voit pas tellement de la rue, il semble naturellement préférable d’allumer à la fenêtre donnant sur la rue, puisque les règles se rapportant au lieu de l’allumage sont destinées à assurer la publication du miracle, comme l’écrit le Cha’ar Hatsioun 671, 30. C’est aussi l’avis du Igrot Moché, Ora’h ‘Haïm IV 125. D’autres pensent que le mieux est de placer la ‘hanoukia à gauche de la porte, parce qu’alors on est entouré de mitsvot, et parce que cet emplacement correspond à certaines intentions kabbalistiques (cf. Pisqé Techouvot, note 13). À notre humble avis, la publication du miracle est prioritaire. Même si la fenêtre est haute de plus de dix téfa’him, il reste préférable d’allumer à la fenêtre donnant sur la rue, afin de contribuer à la publication du miracle (cf. ci-après note 5).

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