02. Les quatre parachiot

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Nos sages ont institué la lecture de quatre paragraphes (paracha, plur. parachot ou parachiot) : Cheqalim, Zakhor, Para et Ha’hodech. On les lit pendant les Chabbats du mois d’adar, quoique la première d’entre elles se lise généralement le Chabbat qui précède ce mois[1].

Les Chabbats où se lit l’un de ces quatre paragraphes, on sort deux rouleaux de la Torah. Dans le premier, on fait monter sept appelés, pour qui on lit la paracha de la semaine ; dans le second, on lit, pour le lecteur de la haftara à suivre (le maftir), la paracha particulière. Et puisque la haftara, tirée des Prophètes, doit traiter d’un sujet proche de ce qui a été lu pour le maftir, chaque haftara lue pendant l’un de ces Chabbats aborde un thème lié à la paracha du second rouleau, et non à la paracha hebdomadaire lue dans le premier rouleau.

Le premier Chabbat, on lit la paracha Cheqalim (« les sicles », Ex 30, 11-16). Les sages ont institué cette lecture afin de rappeler à chaque Juif de faire le don du demi-sicle annuel, qui sert à financer l’achat des sacrifices collectifs. Puisque c’est à partir du mois de nissan que l’on devait commencer cet achat, grâce au prélèvement nouveau, nos sages ont prescrit de lire, un mois auparavant, la paracha Cheqalim, qui rappelle à chaque Juif d’apporter son prélèvement. Et bien que, de nos jours, le Temple soit détruit, et que nous n’ayons pas le mérite d’offrir des sacrifices, nous lisons la paracha Cheqalim en souvenir du Temple (cf. Michna Beroura 685, 1, Miqraé Qodech 3).

Deuxième paracha : Zakhor (« souviens-toi », Dt 25, 17-19). Par sa lecture, nous accomplissons la mitsva de la Torah consistant à se souvenir de ce que nous fit Amaleq. Les sages ont institué sa lecture avant Pourim, afin que la mitsva du souvenir d’Amaleq se juxtapose à cette fête, pendant laquelle nous nous réjouissons de l’accomplissement de ladite mitsva, par l’effacement d’Haman, qui était, précisément, de la descendance d’Amaleq.

La troisième paracha est Para (« la vache rousse », Nb 19, 1-22). On y apprend la manière de se défaire de l’impureté, afin de pouvoir se rendre au Temple et y offrir des sacrifices. Nos sages en ont institué la lecture à l’approche du mois de nissan, afin de se préparer et de se purifier avant d’apporter le sacrifice pascal (qorban Pessa’h). Bien que, de nos jours, nous n’offrions plus le sacrifice pascal, nous lisons la paracha Para, en souvenir du Temple.

Quatrième paracha : Ha’hodech (« ce mois », Ex 12, 1-20), où est mentionnée la consécration du mois hébraïque et la mitsva de la Pâque. Nos sages en ont fixé la lecture à l’approche du mois de nissan, parce que nissan est le premier des mois. De plus, par cette lecture, nous nous éveillons à la préparation de la fête de Pessa’h et de toutes ses mitsvot.

Quand la néoménie (Roch ‘hodech) du mois d’adar ou de nissan tombe le Chabbat, on sort trois rouleaux de la Torah : dans le premier, on lit la paracha de la semaine ; dans le second, le paragraphe de Roch ‘hodech ; dans le troisième, la paracha particulière : pour la néoménie d’adar, la paracha Cheqalim, pour celle de nissan, la paracha Ha’hodech.

Selon la majorité des décisionnaires, la mitsva de lire la paracha Zakhor est de rang toranique ; aussi est-on plus pointilleux quant à sa lecture qu’à l’égard des autres parachiot, comme nous l’expliquerons plus loin (§ 6). Certains auteurs estiment que la lecture de la paracha Para est, elle aussi, d’obligation toranique ; aussi, on a l’usage d’apporter à sa lecture, également, un supplément de perfection et de précision[2].


[1]. Dans l’ordonnancement de la lecture des parachiot au mois d’adar, il y a toujours un Chabbat, au moins, où l’on ne lit aucune des quatre. Les sages nous indiquent un moyen mnémotechnique : 7-15, 2-6, 4-4, 6-2/16 (ז-טו, ב-ו, ד-ד, ו-ביו). Cela signifie que, si le 1er adar tombe le septième jour de la semaine, le Chabbat où l’on ne lira aucune des quatre parachiot sera le 15 du mois ; c’est ce qu’il faut entendre par 7-15. Si le 1er adar a lieu le deuxième jour de la semaine (le lundi), le Chabbat où ne se lira aucun de ces paragraphes sera celui du 6 du mois (on lira alors Cheqalim à la fin du mois de chvat) ; c’est ce que signifie 2-6. Si le 1er adar est un mercredi (quatrième jour de la semaine), le Chabbat où ne se dit aucun des quatre fragments est celui du 4 du mois, ce que vise la formule 4-4. Enfin, si le 1er adar tombe un vendredi (sixième jour de la semaine), c’est pendant deux Chabbat que ces lectures ne se feront pas : le 2 et le 16 du mois, ce que l’on exprime par 6-2/16.

[2]. L’institution des quatre parachiot a précédé celle de la lecture de la paracha hebdomadaire [telle que nous la pratiquons]. Certes, dès l’époque de Moïse notre maître, il avait été décidé de faire une lecture publique de la Torah, chaque Chabbat, chaque lundi et chaque jeudi. Cependant, la division du pentateuque en cinquante-quatre parachiot, de manière à achever chaque année la lecture de toute la Torah, est plus tardive. À l’époque des Amoraïm, cette coutume était observée en Babylonie, tandis qu’en terre d’Israël on terminait la lecture publique de la Torah en trois ans. L’institution des quatre parachiot, et la lecture publique de la Torah aux jours de fête, quant à elles, sont déjà mentionnées dans la Michna et dans la Guémara (Méguila 29a-30b).

La lecture de la paracha Zakhor est une obligation toranique, comme nous le verrons au § 6. Certains auteurs estiment que la lecture de Para est, elle aussi, une obligation de la Torah ; c’est ce qu’écrit le Choul’han ‘Aroukh, Ora’h ‘Haïm 146, 2 et 685, 7. Pour la majorité des décisionnaires, toutefois, sa lecture est une obligation de rang rabbinique ; cf. Michna Beroura 146, 13 et 685, 15, Kaf Ha’haïm 28 et Torat Hamo’adim 2, 18. A priori, on est rigoureux à l’égard de Para, comme on l’est pour la paracha Zakhor.

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