Pour les sept espèces par lesquelles la Torah fait l’éloge de la terre d’Israël, on récite la bénédiction finale Mé‘ein chaloch (litt. « analogue à trois »), qui porte ce nom parce qu’elle résume les trois premières bénédictions du Birkat hamazon. À la manière de la bénédiction Hazan (par laquelle commence le Birkat hamazon), on y mentionne la nourriture que nous avons consommée ; à l’instar de la Birkat haarets (bénédiction de la terre, deuxième du Birkat hamazon), on y loue la terre d’Israël, « terre agréable, bonne et étendue » ; en regard de la bénédiction de Jérusalem (troisième du Birkat hamazon), on y mentionne Jérusalem et le sanctuaire. Et puisque, après la destruction du Temple, les Sages ont ajouté au Birkat hamazon une quatrième bénédiction, Hatov vé-hamétiv, ils ont également ajouté à Mé‘ein chaloch ces mots qui s’y réfèrent : « car Tu es bon et bienfaisant pour tous ». Malgré cet ajout, la bénédiction est toujours appelée Mé‘ein chaloch, par référence aux trois bénédictions qu’il nous faut réciter en vertu de la Torah même (Berakhot 44a ; Michna Beroura 208, 50 ; cf. ci-dessus, chap. 4 § 1-2).
Les sept espèces en question sont : le blé, l’orge, le raisin, la figue, la grenade, l’olive et la datte. Au sein de la catégorie « blé et orge », il faut encore inclure trois espèces céréalières : l’épeautre, l’avoine et le seigle, ce qui porte à cinq le nombre des céréales requérant cette bénédiction. Si l’on en a fait du pain, on récite le Birkat hamazon (comme nous l’avons vu ci-dessus, chap. 4 § 1) ; si l’on en a fait des plats ou des gâteaux mézonot, on récite Mé‘ein chaloch, comme pour les autres des sept espèces.
Les Richonim sont partagés quant au statut de la bénédiction Mé‘ein chaloch. Certains disent que la réciter est une mitsva toranique ; car, deux versets plus haut que celui où la Torah nous commande de réciter le Birkat hamazon, sont citées les sept espèces par lesquelles il est fait l’éloge de la terre d’Israël, ce qui laisse entendre que, après leur consommation, il faut également bénir l’Éternel. Il est dit en effet : « Terre à blé, à orge, à vigne, à figue et à grenade, terre à olive huileuse et à miel [de datte] ; terre où ce n’est pas avec parcimonie que tu mangeras du pain, où rien ne te manquera ; terre dont les pierres sont de fer ; de ses monts, tu extrairas le cuivre. Tu mangeras et te rassasieras, et tu béniras l’Éternel ton Dieu pour la bonne terre qu’il t’a donnée. » (Dt 8, 8-10) Toutefois, puisqu’il y a une différence entre la consommation de pain, qui est la base de l’alimentation humaine, et celle de fruits ou céréales des sept espèces, les Sages ont prescrit, après la consommation de pain, de louer Dieu au moyen d’un texte détaillé de trois bénédictions, tandis que, après la consommation de produits des sept espèces, c’est une bénédiction unique qu’ils ont prescrite, Mé‘ein chaloch (Halakhot Guedolot ; Roch ; Rachba). D’autres estiment que la Torah, en soi, n’oblige à dire de bénédiction qu’après avoir mangé du pain, car seul le pain est cité dans le verset qui précède immédiatement la mitsva de la bénédiction. D’après cette thèse, ce sont les Sages qui, comme prolongement à cela, ont institué la bénédiction Mé‘ein chaloch après la consommation des sept espèces ; en effet, dans la mesure où il est fait l’éloge de la terre d’Israël à leur propos, il convient, après leur consommation, de réciter une bénédiction d’importance (Maïmonide ; Séfer Mitsvot Gadol)<[1].
La bénédiction Mé‘ein chaloch possède une particularité : dans la mesure où nous la récitons sur les espèces pour lesquelles est louée la terre d’Israël, les Sages ont prescrit d’y signaler explicitement la catégorie de nourriture consommée. Sur les pâtisseries et les plats à base des cinq céréales, on dit : ‘Al hami’hia vé‘al hakalkala (« pour la nourriture et pour la subsistance ») ; sur les fruits appartenant aux sept espèces – olive, datte, raisin, figue et grenade –, on dit : ‘Al ha‘ets vé‘al peri ha‘ets (« pour l’arbre et pour le fruit de l’arbre ») ; et sur le vin : ‘Al haguéfen vé‘al peri haguéfen (« pour la vigne et pour le fruit de la vigne »).
Le Chabbat, les jours de fête et de Roch ‘hodech, on mentionne, dans la bénédiction, le jour particulier où l’on se trouve, car notre alimentation n’est pas semblable, les jours de semaine, à ce qu’elle est un jour saint. Si l’on a oublié de mentionner ce jour particulier, on est néanmoins quitte. À ‘Hanouka et à Pourim, fêtes instituées par les Sages, on n’ajoute pas de mention particulière dans la bénédiction Mé‘ein chaloch (Choul‘han ‘Aroukh 208, 12).
Puisque la mitsva de louer l’Éternel pour la nourriture est fondamentalement liée à l’éloge de la terre d’Israël, on a soin, dans le cas où le fruit a été cultivé en terre d’Israël même, de signaler cela dans la formule finale de la bénédiction : Baroukh Ata… ‘al ha-arets vé‘al pérotéha (« béni sois-Tu… pour la terre et pour ses fruits »). Si c’est en diaspora que le fruit a poussé, la formule finale sera, en revanche : ‘al ha-arets vé‘al hapérot (« pour la terre et pour les fruits »). De même, pour le vin : si les raisins ont été cultivés en Israël, on termine par les mots : vé‘al peri gafnah (« pour le fruit de sa vigne ») ; si les raisins sont de diaspora : vé’al peri haguéfen (« pour le fruit de la vigne »). Quand on ne sait pas si les fruits ou les raisins ont poussé en terre d’Israël, on prononce la version de diaspora, dont la formulation est plus générale (Berakhot 44a ; Michna Beroura 208, 54)<[2].
Il semble que, d’après ceux qui estiment que la bénédiction finale sur les sept espèces est de rang toranique, on doive la réciter dans le cas même où l’on n’est pas rassasié ; comme l’écrit Rachi (39a) : « S’agissant de la bénédiction des fruits de la terre [d’Israël], le verset parle seulement de consommation (akhila) ; or celle-ci est formalisée à partir d’un kazaït. » C’est aussi ce qui ressort du Séfer Ha‘hinoukh 430 ; et la chose est vraisemblable puisque, en général, les fruits appartenant aux sept espèces ne rassasient pas à eux seuls (en dehors des gâteaux, et, dans une certaine mesure, du vin et des dattes, comme le rapporte le Choul‘han ‘Aroukh 208, 17).
En pratique, le Choul‘han ‘Aroukh 209, 3 laisse entendre que la bénédiction Mé‘ein chaloch est de rang rabbinique ; dès lors, si l’on doute de l’avoir récitée, on ne la répétera pas. Mais le Michna Beroura 209, 10 écrit au nom de certains A‘haronim que, puisque aux yeux de certains décisionnaires cette bénédiction est toranique, il sera juste, si l’on a mangé à satiété des fruits appartenant aux sept espèces et que l’on ne sache plus si l’on a récité ou non la bénédiction finale, de manger encore un kazaït de la même espèce : on dira sur ce kazaït les bénédictions initiale et finale, ce par quoi l’on sortira du doute. D’après nos propos précédents, il sera juste d’agir ainsi, même si l’on n’est pas rassasié.
[2]. S’agissant des aliments à base de céréales, selon la coutume ashkénaze, on dit toujours ‘al hami‘hia (« pour la nourriture »), que ces céréales soient cultivées en Erets Israël ou en diaspora. Selon la coutume séfarade, pour des céréales cultivées en Israël, on termine par les mots ‘al mi‘hiatah (« pour sa nourriture »), et, pour des céréales cultivées en diaspora, par les mots ‘al hami‘hia. De nos jours, en Israël, la majorité des céréales sont importées de l’étranger, de sorte que, même en cas de doute, on dit ‘al hami‘hia.
Selon le Tour et le Maguen Avraham, la formule conclusive de la bénédiction finale sur les aliments mézonot est, de même qu’à son commencement, ‘al hami‘hia vé‘al hakalkala (« pour la nourriture et pour la subsistance »). Mais le Beit Yossef écrit que, selon le Halakhot Guedolot, Maïmonide et le Séfer Mitsvot Gadol, la formule finale est simplement ‘al hami‘hia. Selon le Cha‘ar Hatsioun 208, 52, c’est cet usage qu’il convient de suivre, car telle est l’opinion de nombreux Richonim et A‘haronim. [La coutume de nombreuses communautés d’Afrique du nord est cependant de dire ‘al hami‘hia vé‘al hakalkala (ou ‘al mi‘hiatah vé‘al kalkalatah s’il est certain que les céréales ont été cultivées en Erets Israël).]
Le Tour 208, 10 note que, selon le Halakhot Guedolot, on dit vénokhal mipiriah vénisba’ mitouvah (« nous mangerons de son fruit et nous rassasierons de ses bienfaits »), tandis que, selon le Séfer Mitsvot Gadol, on ne le dit pas, car, estime cet auteur, « il ne faut pas désirer la terre [d’Israël] pour ses fruits et ses richesses, mais pour y accomplir les commandements qui dépendent d’elle » ; et tel était l’usage du Roch. Mais le Baït ‘Hadach décide que l’on mentionne ces mots. Selon lui, nous demandons que la sainteté se révèle par le biais des fruits du pays, « car, en consommant ses fruits, nous sommes nourris de la sainteté et de la pureté de la Présence divine, et nous rassasions de ses trésors ».