Chapitre 05- Etude de la Torah et prière, le Chabbat

11. Les prières du Chabbat

La ‘Amida de Chabbat comprend sept bénédictions. Le texte des trois premières et des trois dernières bénédictions est identique à celui des jours de semaine ; mais au lieu des treize bénédictions centrales, on récite une unique bénédiction, spécifique, qui a pour thème la sainteté du Chabbat, et dans laquelle nous demandons à Dieu qu’Il agrée notre repos et nous sanctifie par ses mitsvot. Cette bénédiction se conclut : « Béni sois-Tu, Eternel, qui sanctifies le Chabbat » (Baroukh… meqadech ha-Chabbat). En introduction à cette bénédiction, nos sages ont rédigé un texte particulier à chaque ‘Amida de Chabbat : Ata qidachta (« Tu as sanctifié… ») pour l’office d’Arvit ; Yisma’h Moché pour celui de Cha’harit ; et Ata é’had pour celui de Min’ha. Si l’on s’est trompé, et que l’on ait dit l’une de ces trois bénédictions à la place de l’autre, par exemple si l’on a dit le texte de Min’ha dans la ‘Amida d’Arvit, on est quitte, car la partie essentielle de la bénédiction[l] est commune à toutes ces versions (Choul’han ‘Aroukh 268, 6 ; Michna Beroura 14).

Certes, fondamentalement, il eût été possible de réciter, le Chabbat, toutes les bénédictions que l’on dit les jours ouvrables, et d’y ajouter une bénédiction particulière en l’honneur de Chabbat. Mais précisément pour l’honneur du Chabbat, nos maîtres n’ont pas voulu peser sur les fidèles en prolongeant davantage la prière (Berakhot 21a). De plus, il ne convient pas de formuler, pendant Chabbat, des prières sur les nécessités quotidiennes, qui soient susceptibles de peiner celui qui les prononce (Tan’houma, Rachi et Maïmonide). Nos sages ont donc prescrit de dire, au lieu des treize bénédictions centrales, une unique bénédiction. Simplement, si l’on a commencé, par erreur, à réciter les bénédictions des jours de semaine, on terminera de dire la bénédiction que l’on a commencée, puis, seulement ensuite, on reviendra au texte de Chabbat. En effet, fondamentalement, il serait possible de réciter l’ensemble des bénédictions des jours de semaine ; par conséquent, si l’on a déjà commencé à dire l’une de celles-ci, il convient de la terminer (Choul’han ‘Aroukh 268, 2). Mais si l’erreur a consisté à ne pas dire la bénédiction du Chabbat, et dès lors que l’on n’a pas encore achevé sa ‘Amida, on reviendra au début de ladite bénédiction du Chabbat, puis, de là, on poursuivra dans l’ordre jusqu’à la fin de la ‘Amida ; par contre, si l’on a déjà achevé sa ‘Amida, même si l’on n’a pas encore reculé de trois pas, on reprendra toute la ‘Amida au début (Choul’han ‘Aroukh 268, 5).

Nos sages ont aussi institué une prière supplémentaire, le jour de Chabbat : la prière de Moussaf, qui correspond aux sacrifices additionnels qu’il nous a été prescrit d’offrir en ce jour. Dans la ‘Amida de Moussaf, les trois premières et les trois dernières des bénédictions sont, là encore, identiques à celles de semaine ; quant au milieu, les sages ont rédigé une bénédiction spécifique sur les sacrifices de Moussaf et sur la sainteté de Chabbat[5].


[l] C’est-à-dire la partie commençant par Elo-hénou v’Elo-hé avoténou, retsé na vimnou’haténou (« Notre Dieu et Dieu de nos pères, agrée, de grâce, notre repos ») et s’achevant par la formule conclusive, Baroukh Ata A-donaï, meqadech ha-Chabbat (« Béni sois-Tu, Eternel, qui sanctifies le Chabbat »).

[5]. Si l’on s’est trompé dans la récitation de la ‘Amida de Moussaf, que l’on ait commencé à lire les bénédictions des jours de semaine, et que l’on s’aperçoive de son erreur, on cessera immédiatement la lecture de la bénédiction en cours (bien que, de l’avis de certains, il y ait lieu de la réciter jusqu’à son terme), car ces bénédictions de semaine n’appartiennent en rien à la prière de Moussaf (Choul’han ‘Aroukh 268, 2, Michna Beroura 5).

 

Si, lors de la ‘Amida d’Arvit ou celle de Min’ha, on a commencé à dire Ata, avec l’intention de poursuivre la bénédiction Ata ‘honen [« Tu dispenses la sagesse à l’homme… », première des treize bénédictions centrales de la semaine], et que l’on se souvienne que l’on est Chabbat, on poursuivra selon le texte de la bénédiction du Chabbat ; en effet, dans l’une et l’autre de ces prières, la bénédiction du Chabbat commence, elle aussi, par le mot Ata ; [à Arvit : Ata qidachta (« Tu as sanctifié le septième jour… ») ; à Min’ha : Ata E’had (« Tu es Un… »)]. En revanche, à Cha’harit, dès lors que l’on a formé l’intention de commencer la bénédiction des jours profanes et qu’on a amorcé sa récitation par le seul mot Ata, on devra mener jusqu’à son terme la bénédiction Ata ‘honen (« Tu dispenses la sagesse… ») [car la bénédiction du Chabbat, à Cha’harit, ne commence pas par le mot Ata, mais par Yisma’h]. Toutefois, même à Cha’harit, si l’on a dit le seul mot Ata par simple inattention, on se reprendra, et l’on dira tout de suite Yisma’h Moché. En effet, même si l’on avait poursuivi par les mots Ata qidachta, propres à Arvit, ou Ata E’had, propres à Min’ha, on aurait été quitte (Choul’han ‘Aroukh 268, 3 ; Michna Beroura 6 ; Ben Ich ‘Haï, deuxième année, Toledot 10).

12. Vaïkhoulou

Au cours de la ‘Amida du soir de Chabbat, on dit les versets de Vaïkhoulou, c’est-à-dire les trois versets de la Genèse qui traitent du premier Chabbat (Chabbat Béréchit) et qui commencent par le mot Vaïkhoulou: « Ainsi furent achevés les cieux, la terre et toutes leurs armées. Dieu mesura, le septième jour, l’œuvre qu’Il avait faite, et Il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’Il avait faite. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car en ce jour Il se reposa de toute son œuvre, que Dieu avait créée pour qu’elle fût créatrice[m] » (Gn 2, 1-3).

Nos sages ont dit : « Quiconque récite Vaïkhoulou dans la ‘Amida du soir de Chabbat, c’est comme s’il se faisait l’associé du Saint béni soit-Il dans l’œuvre de la Création » (Chabbat 119b). Le but de la création est que l’Eternel se révèle au monde, et que, grâce à cette révélation, Il dispense sa bénédiction au monde ; et tel est le propos essentiel du Chabbat. Or quand un Juif témoigne de la Création du monde et de la sainteté du Chabbat en récitant Vaïkhoulou, il contribue à la réalisation de ce vers quoi tend la Création ; par cela, la bénédiction s’accroît dans le monde.

Nos sages disent encore (passage cité) : « Quiconque récite Vaïkhoulou dans la ‘Amida du soir de Chabbat, les deux anges de service qui accompagnent tout homme posent leurs mains sur sa tête et lui disent : “Ton péché a disparu et ta faute sera expiée” (Is 6, 7). » Le thème du Chabbat est lié à celui de la téchouva[n]. Cela se manifeste dans les lettres communes aux deux mots, שבת (Chabbat) et תשובה (téchouva). En effet, le Chabbat, nous nous souvenons du Créateur du monde et revenons, faisons retour à toutes les bonnes aspirations qui sont inscrites en notre âme. Quiconque récite le paragraphe Vaïkhoulou, le soir de Chabbat, exprime par là le sens profond de ce jour ; ce faisant, il mérite d’accéder à une téchouva véritable, et ses fautes sont expiées.

En plus de la récitation de Vaïkhoulou à voix basse au sein de la ‘Amida d’Arvit, toute l’assemblée répète Vaïkhoulou à haute voix et debout, une fois la ‘Amida achevée (Choul’han ‘Aroukh 268, 7). La raison en est que, si un jour de fête tombe un Chabbat, la ‘Amida d’Arvit sera celle des jours de fête, où la sainteté de Chabbat est simplement spécifiée en quelques mots, sans mention de Vaïkhoulou. Afin que l’on ne perde pas, durant ces Chabbats, le bénéfice de cette récitation, nos sages ont prescrit de dire Vaïkhoulou, tous les Chabbats de l’année après la ‘Amida du soir. Certains donnent à cela une seconde raison : la volonté de témoigner publiquement de la Création du monde[6].

En plus de cela, on lit Vaïkhoulou une troisième fois lors du Qidouch. On trouve ainsi de nombreux cas où l’on a coutume de réciter trois fois une parole importante.


[m]. Pour une autre traduction de la fin de passage, cf. ci-dessus, chap. 1 § 1 et note a.

 

[n]. Littéralement : retour. Repentir, retour sur ses actes, mais aussi retour à la relation que l’on avait à Dieu, avant la faute.

[6]. Certains auteurs soutiennent que, d’après cette deuxième raison, celui qui n’a pas eu le temps de dire Vaïkhoulou avec l’assemblée ne doit pas se contenter de le réciter seul ensuite, car la parole d’un seul homme ne constitue pas un témoignage suffisant : il demandera donc à un autre fidèle de réciter le paragraphe avec lui. Si on le récite seul, néanmoins, on formera l’intention de le réciter simplement, à titre d’étude – comme on lit la Torah – et non en tant que témoignage proprement dit (Touré Zahav 268, 5). Selon une opinion, il est bon de se hâter de terminer sa ‘Amida, afin de pouvoir réciter Vaïkhoulou en minyan, car une telle récitation participe de la sanctification du nom divin (qidouch Hachem) ; or la sanctification du nom divin se fait, par excellence, en présence de dix personnes (Peri Mégadim, Béour Halakha).

 

Si, dans sa ‘Amida, on est déjà parvenu à la première mention (incluse) du verset Yihiou lératson – celle qui précède le paragraphe Elo-haï, nétsor –, on peut réciter Vaïkhoulou avec l’assemblée [à voix basse], puis terminer la ‘Amida.

 

Les usages que nous venons de décrire participent du hidour, l’embellissement apporté à la pratique ; mais si l’on s’en tient à la stricte obligation, le particulier qui n’a pas terminé sa ‘Amida n’a pas l’obligation de réciter Vaïkhoulou, car cette récitation fut instituée afin que ce texte fût dit, les jours de fête aussi, au sein de la prière publique, et pour en faire mériter ceux-là même qui ne savent pas le réciter (Choul’han ‘Aroukh 268, 7). En tout état de cause, même quand il est difficile de déranger un autre fidèle afin de réciter ensemble Vaïkhoulou, on fera bien de le réciter seul, afin que, si l’on y ajoute la mention de ce texte dans la ‘Amida qu’on aura faite, et celle qu’on fera lors du Qidouch, on parvienne au nombre de trois mentions (cf. Michna Beroura 268, 19 ; ‘Hazon Ich 38, 10).

13. Maguen Avot – Mé’ein chéva’

Nos sages ont prescrit que l’officiant réciterait, après la ‘Amida d’Arvit de Chabbat, une bénédiction appelée Mé’ein chéva’ (« résumé des sept »). Elle est une sorte de répétition de la ‘Amida, en ce qu’elle contient le résumé de chacune des sept bénédictions récitées pendant la ‘Amida de Chabbat. Le sens de cette prescription est qu’autrefois les synagogues se trouvaient dans les campagnes, et il était dangereux de rentrer seul chez soi, la nuit après l’office. Or on a pris en compte la possibilité qu’un fidèle s’attarde, termine sa prière après les autres, et en vienne à rentrer seul chez lui, se mettant ainsi en danger. Aussi fut-il décidé que l’officiant réciterait une bénédiction, Mé’ein chéva’, grâce à quoi l’assemblée resterait plus longtemps à la synagogue, ce qui laisserait le temps à ceux qui prient plus longuement de terminer leur prière et de rentrer chez eux en compagnie des autres fidèles.

Bien qu’on ait coutume, depuis plus de mille ans, de construire les synagogues à l’intérieur des villes, la règle est restée en vigueur, et dans toutes les synagogues l’officiant récite, après la ‘Amida dite à voix basse, la bénédiction Mé’ein chéva’. En revanche, si un minyan se constitue pour prier chez un particulier, par exemple chez un nouveau marié, ou encore chez un endeuillé, on ne récite pas ladite bénédiction, car ce texte n’a été institué qu’à l’usage des synagogues (Choul’han ‘Aroukh 268, 10).

Certains auteurs, qui suivent les enseignements de la Kabbale, estiment que, bien que les sages du Talmud aient donné à l’institution de ce texte le motif indiqué ci-dessus, ils ont également été mus par une intention mystique : la nécessité de réciter, le Chabbat, une forme de répétition de la ‘Amida lors de l’office d’Arvit. Aussi, selon ces auteurs, cette règle ne dépend pas du fait que la prière soit dite à la synagogue : en tout endroit où se réunit un minyan, l’officiant doit réciter cette bénédiction (Ben Ich ‘Haï, Kaf Ha’haïm 268, 50). Tel est l’usage de ceux qui ont l’habitude de se conduire suivant les prescriptions de la Kabbale. Cependant, les autres décisionnaires tranchent selon la première opinion : il n’y a pas lieu de dire la bénédiction Mé’ein chéva’ quand l’endroit où l’on prie n’est pas un lieu de rassemblement habituel de minyan. Ce n’est qu’à Jérusalem, la ville sainte, que l’on dit cette bénédiction, même dans le cadre d’un minyan occasionnel, car toute la ville est considérée comme une synagogue[7].

C’est à l’officiant qu’il appartient de réciter cette bénédiction ; par conséquent, dans les communautés où l’assemblée des fidèles chante en chœur la partie de ce texte introduite par les mots Maguen avot, l’officiant doit ensuite répéter ce passage en solo (Michna Beroura 268, 22).

Les A’haronim sont partagés quant au fait de savoir s’il faut se prosterner au début de cette bénédiction. Selon certains, puisque cette bénédiction tient lieu de répétition de la ‘Amida, elle est assimilée à celle-ci, et l’officiant doit donc se prosterner à son début, comme il se prosternerait au début de la ‘Amida. Selon d’autres, ce texte n’est pas considéré comme une répétition, et il n’y a donc pas lieu de se prosterner à son début. Chacun conservera sa coutume[8].


[7]. S’il est décidé de prier en un même endroit un certain nombre de jours, le Elya Rabba et le Michna Beroura (268, 24) estiment que, dès lors qu’il s’y trouve un rouleau de la Torah, on doit dire la bénédiction Mé’ein chéva’. Mais s’il ne s’y trouve pas de séfer-Torah, on ne la récite pas. Le Igrot Moché (Ora’h ‘Haïm IV 69, 3) est d’avis que la chose ne dépend pas de la présence d’un rouleau de la Torah, mais de la fixité du minyan : si l’on prie en un même endroit chaque soir de Chabbat, le minyan est considéré comme fixe, et l’on dit Mé’ein chéva’. C’est également ce qui ressort d’autres A’haronim, parmi lesquels le Choul’han ‘Aroukh Harav 268, 15, qui ne mentionne pas la présence d’un rouleau de la Torah comme condition de la fixité d’un minyan. Il semble que, en cas de doute – parce que la chose est controversée, ou parce qu’il est douteux que le minyan puisse être considéré comme régulier –, on puisse adjoindre l’opinion des kabbalistes à celles-ci, et réciter Mé’ein chéva’.  Aussi, dans le camp d’été d’un mouvement de jeunesse où se trouve un séfer-Torah, on récite ce texte, bien qu’il n’y ait pas de synagogue fixe ; et dans un hôtel, si une synagogue fixe est aménagée, ou s’il se trouve un séfer-Torah, on le dit également. Si aucune de ces deux conditions n’est présente, on ne le dit pas.

 

Concernant Jérusalem, selon les responsa Har Tsvi, Ora’h ‘Haïm I 152, on dit Mé’ein chéva’ en tout endroit où est réuni un minyan. C’est aussi la position du Yalqout Yossef 267, 20.

[8]. Les Guéonim sont partagés quant au fait de savoir si une personne qui n’aurait pas prié peut ou non s’acquitter de son obligation en écoutant la bénédiction Mé’ein chéva’ dite par l’officiant. Selon Rav Netronaï Gaon, on peut se rendre quitte ainsi ; et bien que, lorsqu’on sait dire la ‘Amida par soi-même, on ne puisse s’acquitter par la répétition de l’officiant, on est indulgent à Arvit car, dans son fondement, cette prière est facultative. Selon Rav Moché Gaon, ce n’est que dans le cas où l’on s’est trompé, en récitant la ‘Amida des jours de semaine, que l’on peut se rendre quitte par l’écoute de Mé’ein chéva’. Selon Rav Amram Gaon, on ne s’acquitte en aucun cas de son obligation de prier par l’écoute de Mé’ein chéva’. À l’origine de leur controverse, se trouve la question de savoir si Mé’ein chéva doit être considéré comme une répétition de la ‘Amida. Le Choul’han ‘Aroukh 268, 13 décide que, si l’on a écouté la bénédiction prononcée par l’officiant, et que l’on ait eu l’intention de s’acquitter par elle, on est quitte. Le Michna Beroura 268, 28 écrit que, si l’on s’est trompé dans sa prière et que l’on n’ait pas encore entendu Mé’ein chéva’, il sera préférable a priori de prier par soi-même, afin de tenir compte des avis selon lesquels on ne se rend pas quitte par l’écoute de cette bénédiction (cf. de même Yalqout Yossef 267, 18).

14. Qabbalat Chabbat et autres ajouts à la prière

Il y a plus de quatre cents ans, les kabbalistes de Safed ont initié l’usage de réciter des cantiques et des poèmes pour accueillir le Chabbat. Or, dans la mesure où les Juifs, de par le monde, voulurent eux aussi donner expression à l’âme supplémentaire qui les habite dès l’entrée de Chabbat, cette coutume kabbalistique se répandit dans toutes les communautés juives : c’est la prière dite de Qabbalat Chabbat (accueil du Chabbat). À cette époque, vivait Rabbi Chelomo Alkabets, l’auteur du merveilleux poème Lekha Dodi (« Va, fiancé, au-devant de ta fiancée… »), que l’on a aujourd’hui coutume de réciter dans toutes les synagogues pour accueillir le Chabbat.

La coutume de Rabbi Isaac Louria était d’accueillir le Chabbat dans les champs ; ses compagnons et lui se tournaient face à l’ouest, là où le soleil se couche, point cardinal qui, aux dires de nos sages, est la direction principale où se dévoile la Présence divine (Baba Batra 25a). La coutume s’est répandue, dans les synagogues, de se tourner du côté ouest quand on récite la dernière strophe du poème Lekha Dodi, strophe où se disent les mots bo-i, kala (« viens, fiancée »). D’après cela, même quand l’entrée de la synagogue est orientée dans une autre direction, on se tourne du côté ouest. D’autres ont coutume de se tourner vers l’entrée de la synagogue, même si cette entrée n’est pas orientée à l’ouest, exprimant en cela que le Chabbat est semblable à un invité, qui entre par la porte[9].

Une coutume très ancienne, qui date de l’époque des Richonim, consiste à réciter avant l’office d’Arvit le deuxième chapitre de la michna Chabbat, « Bamé madliqin » (« Avec quoi allume-t-on les veilleuses de Chabbat ? ») (Choul’han ‘Aroukh 270, 1), à la fin duquel nos sages enseignent : « Il y a trois choses que l’homme doit dire chez lui, le soir de Chabbat, à l’approche du coucher du soleil : “Avez-vous fait les prélèvements ? Avez-vous préparé la jonction des domaines (‘erouv) ? Allumez les veilleuses !” » Dans certaines communautés, on n’a pas l’usage de réciter ce chapitre. Certains ont coutume de réciter un extrait du Zohar ayant pour thème la grandeur du Chabbat (et dont le premier mot est Kegavna).

Depuis l’époque des Richonim, on a pris l’usage d’ajouter des cantiques aux Pessouqé dezimra qui ouvrent l’office de Cha’harit. On a choisi des cantiques qui rappellent la Création du monde et le don de la Torah, car le Chabbat est célébré en souvenir de la Création, et la Torah fut donnée un Chabbat. Avant la bénédiction Yichtaba’h, par laquelle on conclut les Pessouqé dezimra, on intercale l’hymne Nichmat kol ‘haï (« L’âme de tout être vivant bénira ton nom, Eternel, notre Dieu… »), qui contient un rappel de la sortie d’Egypte, car le Chabbat marque le souvenir de la sortie d’Egypte (Tour, Ora’h ‘Haïm 281, Levouch)[10].

Les femmes sont dispensées de la mitsva de prier en minyan et de la récitation des ajouts fixés par nos sages. En revanche, elles sont tenues de réciter les bénédictions matinales (Birkot hacha’har), les bénédictions de la Torah (Birkot ha-Torah) et la ‘Amida de Cha’harit, ainsi que celle de Min’ha ; mais si elles se contentent de ne réciter qu’une ‘Amida par jour, elles sont quittes de leur obligation. A posteriori, les femmes peuvent s’acquitter de leur obligation par la seule lecture des bénédictions matinales et des bénédictions de la Torah (La Prière juive au féminin 2 § 5). Pour celles qui le peuvent, il est bon de se rendre à la synagogue pour la prière du Chabbat (op. cit. 20 § 2).


[9]. Dans certaines communautés séfarades, on a coutume de se tourner vers l’ouest quand on dit Mizmor lé-David (Cantique de David, Ps 29) et tout le poème Lekha Dodi. La coutume des communautés yéménites et d’une partie des communautés séfarades est de ne se tourner ni vers l’ouest, ni vers l’entrée. Dans toutes les communautés ashkénazes et une partie des séfarades, on ne se retourne que vers la fin de Lekha Dodi, au début de la strophe commençant par Bo-i véchalom. Il n’est pas convenable qu’en un même lieu, une partie des fidèles se tournent vers l’ouest depuis Mizmor lé-David et que les autres ne le fassent qu’à partir de Bo-i véchalom, en raison de l’interdit de lo titgodedou (« Vous ne vous séparerez pas en petits clans »). En revanche, il est admissible que certains fidèles restent assis quand d’autres se lèvent, puisqu’il est fréquent de voir une partie de l’assemblée assise et une autre debout.

[10]. De prime abord, il y a lieu de s’interroger : au traité Berakhot (21a), on dit que, pour l’honneur du Chabbat, nos sages n’ont pas voulu peser sur le public en exigeant que fussent dites les treize bénédictions centrales de la ‘Amida. Comment comprendre que l’on prolonge la prière par l’adjonction de cantiques ? Il faut répondre que ce qu’ont essentiellement visé nos sages, c’est de ne pas peser sur le public en conservant, dans la prière, les requêtes portant sur les affaires profanes, susceptibles de causer du tourment aux fidèles (comme l’expliquent le midrach Tan’houma, Vayéra 1, le Ma’hzor de Vitry 140, Maïmonide, Peer Hador 130, ainsi que nous le rapportons en Har’havot 5, 11, 1). Tandis qu’il est bon et souhaitable de multiplier les louanges.

 

On peut encore dire que nos sages ont voulu abréger la prière pour ménager du temps à l’étude de la Torah et aux délices sabbatiques ; en effet, telle est bien l’orientation du Chabbat que de s’adonner à l’étude de la Torah  au milieu de délices. Mais quand, au fil du temps, les gens étudièrent moins la Torah, les décisionnaires ajoutèrent des cantiques, qui, sous un certain rapport, se rattachent à l’étude de la Torah – à la manière de ce qu’écrit Rachi dans le Séfer Hapardes 174, au sujet des hymnes qui s’ajoutent au rituel des fêtes, et que l’on a fixés là en raison du principe עת לעשות לה’ הפרו תורתך (« Il est temps d’agir pour l’Eternel, car on a transgressé ta Torah »), ces hymnes tenant donc lieu de derachot (homélies rabbiniques).

15. L’usage d’aller saluer le rabbin, le Chabbat

« Rabbi Yits’haq a dit : “On a l’obligation d’aller au-devant de son maître les jours de fête” » (Roch Hachana 16b). Cette mitsva a pour but de renforcer le lien qui unit l’homme à son rabbin, grâce à quoi on se renforce soi-même dans l’étude de la Torah et la pratique des mitsvot. Or les jours consacrés sont les plus indiqués pour intensifier son rapport avec les domaines toraniques. Telle est la coutume des  Israélites depuis des temps immémoriaux, comme nous l’apprenons du cas de la femme sunamite : quand son mari la vit se rendre chez le prophète Elisée, un jour ordinaire, il lui demanda : « Pourquoi te rends-tu chez lui aujourd’hui ? Ce n’est ni la néoménie ni Chabbat » (Rois II 4, 23), ce qui laisse bien entendre que, les jours de Roch ‘hodech (néoménie) et de Chabbat, elle allait au-devant du prophète ou du maître.

Selon le commentaire des Richonim, cette mitsva dépend de la distance. Celui qui habite loin de son rabbin doit aller le saluer, à tout le moins, les jours de fête, comme l’a dit Rabbi Yits’haq. Si l’on habite plus près, on doit aller le saluer au moins une fois par mois. Et si l’on habite à proximité, on doit le saluer chaque Chabbat (d’après Rabbénou ‘Hananel et le Ritva ; cf. Béour Halakha 301, 4, passage commençant par Léhaqbil). D’après cela, on a pris l’usage, de nos jours, d’aller à la fin de l’office saluer le rabbin par les mots Chabbat chalom. Certes, l’essentiel de la mitsva consiste à venir écouter la deracha du rabbin, comme nous l’avons vu ci-dessus (§ 4 ; cf. Pniné Halakha, Mo’adim [Fêtes et solennités juives, tome 2, à paraître] 1, 17) ; cependant, en lui souhaitant Chabbat chalom, on accomplit la mitsva de la façon élémentaire, car cette salutation exprime le respect que l’on a à son endroit, et, par cela, on aura l’avantage d’éprouver son influence.

Le Rav Tsvi Yehouda Hacohen Kook – que la mémoire du juste soit bénie – expliquait que, bien que les femmes n’aient pas l’obligation d’étudier la Torah selon tous ses détails et toutes ses précisions, elles surpassent les hommes quant à leur lien fondamental à la Torah et à ceux qui s’y consacrent. C’est un fait qu’avant la révélation du Sinaï, le Saint béni soit-Il ordonna à Moïse de s’adresser d’abord aux femmes, ensuite seulement aux hommes, comme il est dit : « Ainsi tu diras à la maison de Jacob, et tu parleras aux fils d’Israël » (Ex 19, 3), ce que le midrach Mekhilta commente : « La maison de Jacob, ce sont les femmes ; les fils d’Israël, ce sont les hommes. »

Aussi n’est-ce pas un hasard si c’est de la femme sunamite que nous apprenons la mitsva d’aller saluer son maître, les jours de fête et de Chabbat. Car, à ce qu’il semble, la relation des femmes à la Torah est, dans son fondement, plus profond que celui des hommes. En effet, les hommes s’adonnent plus aux détails des règles et des commandements toraniques, tandis que les femmes sont liées davantage aux principes fondamentaux de celle-ci (La Prière juive au féminin, chap. 3, ainsi que 7 § 2).

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