02. Ordonnancement de l’étude du sabbatique

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L’étude de la Torah, le Chabbat, doit se faire dans la joie et la délectation. Aussi plusieurs décisionnaires écrivent-ils qu’il n’y a pas lieu d’étudier des textes complexes ou difficiles car, quand l’étudiant ne comprend pas ce qu’il apprend, il est en proie à la tension et à la souffrance. Par conséquent, il est bienvenu, le Chabbat, de réviser des sujets que l’on connaît déjà bien, ou d’apprendre des choses claires et compréhensibles, chacun selon son niveau. S’agissant même des disciples des sages, il convient qu’ils étudient, le Chabbat, des sujets relativement faciles, qui ne nécessitent pas un grand effort intellectuel (Or Zaroua’, Ya’avets). Selon d’autres, il convient au contraire que les érudits étudient précisément des sujets compliqués, et en approfondissent leur compréhension (Ma’haziq Berakha 290, 6). À ce qu’il semble, il n’y a pas là de controverse : cela dépend de chacun. Celui qui aime poser des questions et les résoudre se livrera à l’étude de textes complexes, et celui qui aime accéder à une compréhension droite et claire s’adonnera à l’étude de sujets plus directement accessibles.

L’étude doit porter essentiellement sur des paroles qui amènent l’homme à vivre sa vie comme il convient, ainsi qu’il est dit : « Vous les apprendrez [les mitsvot], et vous vous appliquerez à les accomplir » (Dt 5, 1). De même, les décisionnaires écrivent que, si l’on ne dispose que d’un nombre limité d’heures à consacrer à l’étude, on les consacrera à celle de la halakha. On étudiera aussi des thèmes de pensée juive, de nature à édifier la foi (émouna), et des ouvrages d’éthique (moussar), afin d’élever sa pensée et d’améliorer ses voies (Michna Beroura 290, 6, Dericha, Sifté ‘Haïm, Touré Zahav sur Yoré Dé’a 246, Choul’han ‘Aroukh Harav, Hilkhot Talmud Torah 2, 9). Et si telle est la règle durant la semaine, à plus forte raison convient-il d’étudier, pendant Chabbat, des paroles de Torah qui orientent l’existence, car le Chabbat est l’intériorité de la semaine, et son propos est d’illuminer et de guider les six jours de l’action. Chacun devra donc se demander quelle étude éclaire le plus sa vie – en plus de l’étude de la halakha –, qu’il s’agisse d’ouvrages d’émouna, de la Bible, ou encore de chapitres de moussar ou de textes ‘hassidiques. Quant aux disciples des sages, qui s’adonnent toute la semaine aux différents domaines de l’étude, ils n’ont pas besoin de telles directives : ils étudieront ce vers quoi leur cœur les porte.

Il est bon de produire, le Chabbat, des interprétations nouvelles[a]. Le Zohar (III 173a) enseigne que, à l’issue du Chabbat, à l’heure où l’âme supplémentaire s’en retourne à son lieu, le Saint béni soit-Il demande quelle interprétation originale a proposé chaque Juif, grâce à son âme supplémentaire (Chené Lou’hot Haberit, Chabbat, Ner Mitsva 53). Ce qui est visé là ne consiste pas en interprétations requérant effort et peine : il s’agit d’interprétations réjouissantes, qui proposent de nouveaux chemins de compréhension pour l’existence. Si l’on ne sait pas élaborer d’interprétations innovatrices, on étudiera quelque sujet nouveau (Ma’haziq Berakha 290, 5 ; Kaf Ha’haïm 5).

Si l’on a des enfants, il est bon d’étudier la Torah avec eux pendant Chabbat. On accomplira par cela une double mitsva, car c’est une mitsva pour le père que d’enseigner la Torah à ses fils, comme il est dit : « Tu les enseigneras à tes fils » (Dt 11, 19). Nos sages ont dit : « Quiconque enseigne la Torah à son fils, le verset le lui impute comme s’il l’avait enseignée, non seulement à son fils, mais au fils de son fils, au petit-fils de son fils, et ainsi de suite jusqu’à la fin des générations » (Qidouchin 30a), comme il est dit : « Tu les feras connaître à tes fils et aux fils de tes fils » (Dt 4, 9). Car grâce à l’enseignement dispensé au fils, la Torah continue de se transmettre de génération en génération, à tout jamais. Nos sages ajoutent (réf. cit.) qu’un grand-père qui a le mérite d’enseigner la Torah à son petit-fils a le privilège de transmettre la tradition de la Torah de façon particulièrement élevée, au point que « le verset le lui compte comme s’il l’avait reçue au mont Sinaï ». En effet, il est écrit : « Tu les feras connaître à tes fils et aux fils de tes fils », et immédiatement après : « Ce jour où tu parus devant l’Eternel ton Dieu, au mont Horeb[b] » (Dt 4, 9-10). Or la Torah fut donnée le jour de Chabbat, si bien que ce jour est celui qui convient le mieux à cette transmission de la tradition toranique.


[a] ‘Hidouch, plur. ‘hidouchim : littéralement « renouvellement ». Dans ce contexte : interprétation originale, lecture innovatrice.

[b] Autre nom du Sinaï. La juxtaposition des deux versets suggère l’idée d’un grand-père incarnant, aux yeux du petit-fils qui reçoit son enseignement, l’ancêtre présent devant le mont Sinaï, le jour du don de la Torah.

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