04. La deracha (homélie) du Chabbat

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Autrefois, toutes les communautés juives prirent soin d’instituer, le Chabbat, un important discours rabbinique appelé deracha, auquel tout le monde venait assister. Les rabbins y exposaient des notions de loi (halakha) et de foi (émouna). Cette importante institution a pour fondement la directive divine donnée à Moïse dans la section Vayaqhel (Ex 35), et que le midrach commente ainsi :

Le Saint béni soit-Il dit à Moïse : « Etablis de grandes communautés, et expose devant leurs membres réunis en nombre les lois du Chabbat. Ainsi, par toi, les générations à venir apprendront [à leur tour] à réunir des communautés, chaque Chabbat, et à rassembler le peuple dans les maisons d’étude, pour enseigner et instruire Israël des paroles de la Torah : ce qui est interdit, ce qui est permis. Ainsi, mon grand nom sera glorifié parmi mes enfants. » C’est à ce propos que les sages ont dit : « Moïse prescrivit à Israël d’étudier les questions d’actualité : les règles de la Pâque sont enseignées à Pessa’h, celles de Chavou’ot à Chavou’ot, les lois de chaque fête durant la fête considérée. Moïse dit à Israël : “Si vous observez ce rituel, le Saint béni soit-Il vous le comptera comme si vous l’aviez intronisé Roi sur son monde, comme il est dit : Vous m’êtes témoins, dit l’Eternel, que Je suis votre Dieu” (Is 43, 12) » (Yalqout Chim’oni, Vayaqhel 408).

Il est interdit de fixer un repas pendant la deracha (Choul’han ‘Aroukh 290, 2). Nos sages enseignent que c’est l’une des raisons pour lesquelles des personnes riches s’appauvrissent. On rapporte le cas d’une famille de Jérusalem, qui fixait son repas pendant la deracha ; à cause de cette faute, elle disparut (Guitin 38b).

Rabbi Zeira raconte que, au début, en voyant les gens courir écouter la deracha, il pensait qu’ils profanaient le Chabbat, car ils ne marchaient pas tranquillement[d]. Mais après avoir entendu les propos de Rabbi Yehochoua ben Lévi, qui dit : « Que toujours on coure pour un enseignement de halakha, même le Chabbat », il courut lui-même assister à la deracha. Dans la mesure où la deracha est destinée à l’ensemble du public, il est apparu difficile d’en adapter le niveau à tous : certains auditeurs savaient déjà tout ce que le rabbin enseignait, tandis que d’autres ne comprenaient pas ses paroles. À ce sujet, nos maîtres enseignent : « La récompense essentielle de l’écoute de la deracha réside dans le fait de courir pour aller l’entendre » (Berakhot 6b). En effet, grâce au fait que les gens courent se rassembler pour entendre la deracha, il est fait honneur à la Torah, la Présence divine réside entre les fidèles, et ceux-ci ont le mérite de se renforcer ainsi dans leur foi et de se lier davantage à la Torah et aux mitsvot. Quoi qu’il en soit, même si l’on ne participe pas à la deracha, il faut étudier la Torah tout le temps qu’elle a lieu, et il n’est permis en aucun cas de faire un repas ou de se promener tant qu’elle a cours (Michna Beroura 290, 7).

Le propos essentiel de la deracha est d’enseigner au public la halakha pratique et de guider les auditeurs dans les chemins de l’Eternel ; comme le disent nos maîtres, de mémoire bénie : « Pour enseigner et instruire Israël des paroles de la Torah : ce qui est interdit, ce qui est permis » (Yalqout Chim’oni, Vayaqhel 408). Un jour, Rabbi Abahou et Rabbi ‘Hiya bar Abba[e] se trouvaient en une certaine contrée. Rabbi Abahou discourut sur des questions d’agada[f], tandis que Rabbi ‘Hiya discourut sur des questions de halakha. La majorité des auditeurs de Rabbi ‘Hiya abandonnèrent sa deracha et allèrent écouter Rabbi Abahou. Rabbi ‘Hiya en fut irrité, car Rabbi Abahou avait dérogé aux usages de la deracha, laquelle avait été essentiellement instituée pour traiter de questions halakhiques. Et bien que Rabbi Abahou eût essayé de l’apaiser, Rabbi ‘Hiya ne voulait pas se laisser fléchir (Sota 40a). Au premier abord, on peut penser que Rabbi Abahou avait estimé que le public possédait de faibles connaissances, et qu’il fallait donc l’encourager par des thèmes relatifs à la foi et à l’agada. Rabbi ‘Hiya, en revanche, estimait que ce public avait la capacité de comprendre un enseignement de halakha.

En pratique, tout dépend du public et de ce dont il a besoin pour se parfaire. En général, il faut associer, dans la deracha, des propos relatifs à la halakha et à ses motifs, avec des propos d’émouna et de morale. Tel est l’usage observé par nombre des plus grands maîtres d’Israël (cf. Tour, Ora’h ‘Haïm 290, Baït ‘Hadach, Maguen Avraham, Choul’han ‘Aroukh 290, 3, Michna Beroura 6).

C’est aux responsables des communautés qu’incombe la mitsva de renforcer l’étude publique de la Torah pendant Chabbat, et d’instituer des cours, nombreux et variés, pour les hommes et pour les femmes, pour les adultes et pour les jeunes, consacrés à la halakha et à l’agada, à la Bible et au Talmud, afin que chacun puisse participer aux cours. À ce titre, on devra s’efforcer d’instituer une deracha centrale, destinée à l’ensemble du public, afin de faire honneur à la Torah et d’en consolider la position.


[d]  On doit marcher d’un pas tranquille, le Chabbat, comme il est dit : « Si tu retiens ton pas, le Chabbat… » (Is 58, 13).

[e] Deux Amoraïm, maîtres de la Guémara.

 

[f] Partie narrative et spéculative de la loi orale.

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